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2001-2026

Un monde moins violent que jamais... Jusqu'à quand?

Attentats du World Trade Center le 11 septembre 2001. Ouvrons le journal, allumons la télé. Nous voilà inondés de mauvaises nouvelles. Serait-ce que le monde va de mal en pis ? Nous avons voulu y voir plus clair et nous avons mesuré la violence guerrière de Napoléon à nos jours.
Surprise. Nous découvrons que les attentats du 11-Septembre, si spectaculaires qu'ils fussent, ont inauguré la décennie la plus pacifique qu'ait connue le monde depuis 1910, voire 1840, avec une baisse significative du nombre de victimes par rapport aux décennies antérieures (moins de cent mille victimes par an en moyenne).
Cette baisse tendancielle de la violence s'est confirmée dans la décennie suivante, de 2011 à 2020, en dépit de Daech et de la guerre en Syrie. Mais la troisième décennie du siècle s'annonce bien plus violente et meurtrière (note)...

Notre enquête porte sur la violence d'État :
• Elle inclut toutes les violences qui résultent d'une décision politique ou idéologique : guerres civiles, invasions, famines planifiées, terrorisme et attentats.
• Elle exclut les violences domestiques et la criminalité ordinaire, ainsi que les autres sources du malheur humain : misère, injustice sociale, violence économique (pour cause de sous-développement, d'oppression ou d'exploitation), sans compter les catastrophes, tremblements de terre, accidents d'avions, etc.

2001-2021 : un monde moins violent que jamais (livre numérique, pdf)Tous les conflits, depuis l'origine des temps, connaissent leur lot de violences (blessures, sévices, viols, mutilations, traumatismes, incarcérations, privations de nourriture...).

Nous nous en sommes toutefois tenus au décompte des morts pour évaluer le degré de violence des différents conflits car cet indicateur est le seul qui soit à peu près objectif et fiable (note).

Notons que c'est de cet indicateur que l'on se sert aussi pour  mesurer la criminalité ordinaire, la violence routière ou encore l'importance relative d'une catastrophe.

Les données chiffrées nous viennent des conclusions admises par la communauté des historiens et, en ce qui concerne les conflits récents, des sources publiques (UCDP, ONU, Global Terrorism Index, etc.). Toutes ces sources donnent des ordres de grandeur assez pertinents pour les besoins de l'analyse, avec des fourchettes plus ou moins larges.

Il s'ensuit un constat sans appel : la violence d'État a causé un million de décès en 2001-2010 ainsi qu'en 2011-2020 ; soit beaucoup moins que dans les décennies antérieures, de 1840 à 2000 (à l'exception de la décennie 1900-1910).

Pour un accès détaillé aux données chiffrées et aux sources, nous vous invitons à vous reporter à la version intégrale de cette enquête ou à sa version pdf.

Durant les deux  premières décennies du XXIe siècle, la violence d'État a été moins meurtrière que la criminalité ordinaire (60 000 homicides en 2019 rien qu'au Brésil) et ne parlons pas de la mortalité routière, à l'origine de plus d'un million de morts dans le monde chaque année, dix à quinze millions dans une décennie.

[cliquez sur la frise et suivez les événements de 1989 à 2021]

2001-2020 : des conflits limités

Dans les deux premières décennies du XXIe siècle, nous avons recensé trois zones de conflits principales :

• La Mésopotamie (Syrie-Irak), avec l'invasion de l'Irak, la guerre civile en Syrie et l'émergence de l'« État islamique » (Daech) sans compter une autre guerre consécutive au « printemps arabe », en Libye.

• L'Afghanistan, de l'invasion du 7 octobre 2001 à la chute de Kaboul, le 15 août 2021.

• En Afrique, dans l'Est du Congo, des groupes tutsis et hutus venus du Rwanda voisin se sont affrontés de 1994 à 2003 et sans doute au-delà. Rappelons aussi le drame du Darfour et la guerre civile du Sud-Soudan.

• Autres conflits du XXIe siècle : le Levant fait beaucoup parler de lui depuis un siècle mais le retentissement médiatique des affrontements israélo-palestiniens et la descente aux enfers du Liban sont heureusement sans commune mesure avec leur violence meurtrière (note). Pour le reste, l'actualité des vingt dernières années s'est nourrie de conflits mineurs en nombre de victimes.

Faisons le récapitulatif de la violence d'État pendant les vingt dernières années sur la base des estimations disponibles :
• 2001-2010 : Irak (200 000), Darfour (200 000 à 300 000), Afghanistan (140 000), Congo (300 000 à 400 000).
• 2011-2020 : Syrie (600 000), Irak (100 000), Sud-Soudan (200 000 à 300 000), Afghanistan (100 000).

Ces conflits et drames aboutissent sur les deux premières décennies du XXIe siècle à un total d'environ deux millions de morts violentes. Sur la deuxième décennie, on a peut-être dépassé le seuil du million de morts.

1912-2000 : une folie guerrière sans guère de précédent

Bien plus belliciste apparaît le XXe siècle avec, pour chaque décennie, y compris en-dehors des deux guerres mondiales, un total nettement supérieur à un million et même deux millions de morts.

Encore proches de nous, les années 1990 ont été ainsi endeuillées par le Rwanda et les Grands Lacs mais aussi les conflits au Liberia, entre Érythrée et Éthiopie, en Yougoslavie, la guerre du Golfe et le blocus de l'Irak, offensive des talibans en Afghanistan...

Notons malgré tout que 1975 fut la première année de paix universelle depuis au moins le XIXe siècle. Cette année-là, le monde connut quelques mois de paix totale entre la fin de la guerre du Vietnam (30 avril 1975) et la reprise de la guerre en Angola à l'automne.

Il faut remonter à la première décennie du XXe siècle (1900-1910), que l'on appela plus tard la « Belle Époque », pour rencontrer un semblant de paix. Le continent européen  connaissait alors de fortes tensions sociales mais ses élites profitaient alors d'un bien-être sans précédent dans un monde très ouvert. 

Les principales guerres se déroulèrent comme aujourd'hui à la périphérie des empires : guerre des Boers en Afrique australe, guerre russo-japonaise, massacre des Hereros... Elles firent bien moins d'un million de morts au total.

Qui pouvait alors imaginer que les décennies suivantes se solderaient par deux guerres mondiales d'une violence sans précédent avec 100 à 200 millions de morts violentes sur une planète alors peuplée d'environ deux milliards d'êtres humains ?

Il s'ensuit que toute personne née au début du XXe siècle et qui aura pu atteindre le XXIe siècle a tout à la fois traversé la génération la plus meurtrière de l'Histoire (1914-1947) et la période sans doute la moins violente (2001-2010).

1815-1912 : la plus longue période de paix qu'ait connue l'Europe

Il faut en définitive remonter aux années 1815-1840 pour discerner une violence d'État aussi peu meurtrière qu'aujourd'hui. En effet, après les guerres de la Révolution et de l'Empire (probablement 3 à 4 millions de morts  en Europe dont un million pour la France de 1792 à 1814), l'humanité n'eut affaire qu'à des conflits mineurs de 1815 à 1840 : Amérique latine, Grèce, Serbie, Algérie.

Mais cette accalmie ne dura pas et les choses se gâtèrent à nouveau dans les années 1840 en Europe et dans le reste du monde. La Chine, en premier lieu, fut victime de la guerre de l'opium, de la révolte des Taiping et de celle des Boxers.

Dans le même temps, les Occidentaux se lancèrent dans des entreprises coloniales coûteuses en vies humaines (Indes, Mexique, Afghanistan - déjà -, Afrique noire...) sans parler des guerres internes : guerre de Sécession, guerre de Crimée, etc. En Amérique du nord, les Étasuniens menèrent presque à son terme l'extermination des Amérindiens.

Mais quant à l'Europe proprement dite, elle connut une exceptionnelle période de paix de 1815 (Waterloo) à 1912 (guerres balkaniques), à peine brouillée par trois ou quatre conflits conventionnels vite éteints : indépendance italienne (Solferino, 1859), guerre prusso-autrichienne (Sadowa, 1866), guerre franco-prussienne (1870). Au total, ces conflits firent moins de victimes que ceux des sept dernières décennies (Budapest, 1956 ; guerres de Yougoslavie, 1992-1995).

Aussi, contrairement à ce que l'on entend couramment, nous ne sortons pas de la plus longue période de paix jamais connue. La plus longue période de paix qu'ait connue l'Europe est le XIXe siècle (1815-1912).

Vers un retour à la tragique « normalité » de la guerre ?

Les deux premières décennies de ce siècle pourraient n'avoir été qu'une accalmie dans la violence inhérente à l'histoire des hommes.

L'actuelle décennie (2021-2030) a très mal débuté. Il y a eu la guerre du Tigré (Éthiopie) puis la guerre en Ukraine avec sans doute déjà un demi-million de morts.

La violence a franchi un nouveau seuil avec le pogrom du 7 octobre 2023 en Israël et ses viols et meurtres de nourrissons sous l'oeil des smartphones. Ajoutons à cela les victimes de la guerre au Soudan et à Gaza, sans compter les conflits qui perdurent en Syrie, au Yémen, au Tigré ou encore au Kivu (RDC).

Concernant la troisième décennie du XXIe siècle, nous avons déjà franchi le seuil du million de morts dû à la violence d'État et il est à craindre que ce seuil soit allègrement dépassé d'ici la fin de la décennie... Il n'est que d'écouter notre classe politique et nos commentateurs de plateau télé pour comprendre que la guerre n'est plus un interdit absolu mais un mode ordinaire de règlement des conflits, « la continuation de la politique par d'autres moyens » (Carl von Clausewitz).

Publié ou mis à jour le : 2026-09-16 14:28:20

Voir les 8 commentaires sur cet article

Christian (16-09-2026 19:42:05)

A en juger par les chiffres cités dans cette chronique, il me semble que la décennie 2021-2030 risque d’être beaucoup plus meurtrière que les deux précédentes puisque, avec les 300.000 à 600.... Lire la suite

Doc7538 (14-09-2026 17:59:35)

En écho au commentaire de Mme D Toulet, il me semble que la vision de Mr Larané est biaisée par le prisme international de son argumentaire. La violence "domestique" prend depuis quelques décennie... Lire la suite

Michel (11-09-2024 18:55:12)

Le commerce d’armes de plus en plus létales, florissant, me paraît représenter un danger important pour l’avenir avec la multiplication du nombre des populations déplacées par les conflits dâ... Lire la suite

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