3 juillet 1866

« Coup de tonnerre » à Sadowa

Le 3 juillet 1866, les Prussiens du roi Guillaume 1er écrasent les Autrichiens de François-Joseph 1er à Sadowa (Königgrätz en allemand), en Bohème, près de l'Elbe. Cette seule bataille met fin à la guerre entre les deux pays. Elle fait en Europe l'effet d'un « coup de tonnerre » car nul n'imaginait une victoire aussi complète de la Prusse.

André Larané
L'affaire des duchés danois

Adepte de la « Realpolitik », le chancelier prussien Otto von Bismarck a provoqué la guerre en vue d'unifier l'Allemagne autour de la Prusse et de mettre l'Autriche hors jeu. Il reproche à celle-ci d'être un empire multiculturel et vieillissant, inapte à régénérer la nation allemande.

Le prétexte de la guerre lui est fourni par un différend dans l'administration des duchés de Slesvig (ou Schleswig), de Holstein et de Lauenbourg. Ces duchés, situés au sud du Danemark, appartenaient à titre personnel au roi de ce pays. Le Holstein et le Lauenbourg, peuplés d'Allemands, faisaient partie de la Confédération germanique ; ce n'était pas le cas du Slesvig, mi-danois, mi-allemand.

Le 15 novembre 1863, le roi Frédéric VII meurt sans enfant et le duc Christian de Glurg monte sur le trône sous le nom de Christian IX. Les lois de succession des duchés voudraient que ceux-ci reviennent au duc Frédéric d'Augustenbourg, un Allemand. Mais le roi défunt avait demandé que ceux-ci reviennent à son successeur Christian IX. Celui-ci, dès son avènement, annexe le Slesvig au Danemark.

Les Allemands des duchés se rebellent aussitôt et réclament pour souverain le duc d'Augustenbourg. La Diète de Francfort, qui préside la Confédération germanique, s'en mêle et envoie des troupes occuper le Holstein.

Bismarck, qui a des visées sur les duchés et en particulier la rade de Kiel, dans le Holstein, entraîne l'Autriche dans une guerre commune contre le Danemark. L'empereur des Français Napoléon III, en situation d'arbitre, laisse faire et même laisse entendre à Berlin qu'il ne s'opposerait pas à l'annexion des duchés.

Bien incapables de résister, les Danois signent le 30 octobre 1864 la paix de Vienne par laquelle ils renoncent aux duchés. Reste à régler le sort de ceux-ci. Bismarck n'a pas la moindre envie de les confier à Frédéric d'Augustenbourg. Il occupe sans attendre la rade de Kiel. Vienne proteste. On est au bord de la guerre.

Finalement, par une convention signée en août 1865 à Gastein, il est convenu que l'Autriche administrerait le Holstein et la Prusse le Slesvig (ainsi que la rade de Kiel). Quant au Lauenbourg, il deviendrait propriété personnelle du roi de Prusse Guillaume 1er. Il n'est nulle part question de consulter les populations.

C'est un recul brutal du droit des nationalités par rapport au précédent de Nice et la Savoie (1860).

L'Autriche isolée

Le comte Helmuth von Moltke (1800-1891), chef d'Etat-Major général de la Prusse puis de l'Allemagne Là-dessus, Bismarck complète la modernisation de l'armée prussienne avec le concours de son efficace ministre de la Guerre, le comte Albrecht von Roon, et de son chef d'état-major général, le comte Helmut von Moltke. Puis il entreprend d'isoler l'Autriche.

Le chancelier prussien rencontre l'empereur des Français à Biarritz en octobre 1865.

Il en retire l'assurance que Napoléon III ne s'opposera pas à l'entrée en guerre de la Prusse contre l'Autriche et même la soutiendra si elle permet à sa chère Italie d'enlever la Vénétie à l'Autriche.

C'est ainsi que Napoléon III use de son entregent pour convaincre le roi d'Italie Victor-Emmanuel II de signer un traité d'alliance de trois mois avec Berlin le 8 avril 1866.

Pour Bismarck, il n'y a plus de temps à perdre. Comme l'Autriche a annoncé qu'elle défèrerait la question des duchés ex-danois à la Diète de Francfort, Bismarck proclame que la convention de Gastein n'a plus lieu d'être et, le 8 juin 1866, occupe le Holstein.

Puis il propose habilement de réformer la Confédération germanique et d'instituer un Parlement élu.

L'idée est propre à ravir les patriotes allemands. Mais l'Autriche s'y oppose et, le 14 juin 1866, demande à la Diète de Francfort de mobiliser les troupes de la Confédération germanique contre la Prusse.

C'est enfin la guerre. Contre la Prusse, qui ne bénéficie que du maigre soutien de l'Italie, l'Autriche rallie la plupart des États allemands : Saxe, Hanovre, Bavière, Bade, Wurtemberg... Autant dire que l'on ne donne pas cher de la Prusse.

Mais celle-ci réagit très vite. Sous le commandement du feld-maréchal Helmuth von Moltke, l'armée prussienne écrase en quelques jours les armées des petits États allemands avant de remporter la victoire de Sadowa sur les Autrichiens et les Saxons, commandés par le général Benedek.

Bataille de Sadowa ou Königgrätz entre Prussiens et Autrichiens (3 juillet 1866)

Vienne exclue d'Allemagne

Ses victoires sur l'Italie ne sont à l'Autriche d'aucune utilité. Trois semaines après sa victoire de Sadowa, l'armée prussienne campe à Nikolsbourg, à 60 kilomètres de Vienne. C'est là, le 22 juillet, qu'est signé l'armistice.

Plus avisé qu'il ne le sera plus tard à l'égard de la France, Bismarck évite d'humilier l'Autriche. « La question de la victoire est tranchée, il s'agit maintenant de rétablir la vieille amitié avec l'Autriche », déclare-t-il à von Moltke au soir de Sadowa...

Lors du traité de paix, signé à Prague le 23 août 1866, l'Autriche est exclue d'Allemagne mais ne perd en définitive que la Vénétie. Notons que le roi de Prusse Guillaume 1er l'aurait volontiers démembrée si Bismarck ne s'y était opposé de toutes ses forces.

La Prusse, quant à elle, annexe la plupart de ses adversaires d'Allemagne du Nord, à savoir les duchés danois du Slesvig et du Holstein, ainsi que le Hanovre, le Nassau et la Hesse-Cassel... sans bien sûr consulter les populations. Son territoire est désormais d'un seul tenant et s'étire de la Sarre au Niémen.

La Confédération germanique est remplacée le 15 décembre 1866 par une Confédération de l'Allemagne du Nord, avec 21 états sous la mainmise écrasante de la Prusse.

François-Joseph 1er dans les années 1860 La Confédération comporte un Parlement fédéral composé de deux assemblées : le Bundesrat, ou Conseil fédéral, et le Reichstag, ou Chambre des députés. Ceux-ci sont élus au suffrage universel.

La réalité du pouvoir appartient au Président héréditaire qui n'est autre que... le roi de Prusse Guillaume 1er, assisté d'un Chancelier fédéral en la personne de Bismarck !

Il ne manque à la nouvelle Confédération que d'être rejointe par les grands États du Sud (Bade, Bavière...) pour que toute l'Allemagne soit enfin unie.

De son côté, l'empereur d'Autriche François-Joseph 1er,inaugure un nouvel état multiculturel résolument tourné vers le Danube et les Balkans, l'Autriche-Hongrie.

Nuages sur l'Europe

Tandis que l'Autriche se retire piteusement de la scène allemande, les autres puissances, France et Russie, ne laissent pas de s'inquiéter devant l'expansion vertigineuse de la Prusse. Adolphe Thiers déclare que « la France n'avait pas eu de plus grand malheur en huit cents ans » !

Maladroitement, sans avoir attendu la paix de Prague, Napoléon III a réclamé à la Prusse, pour prix de sa médiation auprès de l'Italie et de sa neutralité bienveillante, un territoire tel que le Palatinat bavarois ou encore le Luxembourg.

En faisant état publiquement de cette demande de « pourboires », le chancelier Bismarck excite contre la France l'animosité des Allemands et de la plupart des Européens... Il prépare ce faisant la prochaine guerre, contre la France cette fois, en vue de parfaire l'unité allemande.

Publié ou mis à jour le : 2019-06-26 11:34:37

 
Seulement
20€/an!

Actualités de l'Histoire
Revue de presse et anniversaires

Histoire & multimédia
vidéos, podcasts, animations

Galerie d'images
un régal pour les yeux

Rétrospectives
2005, 2008, 2011, 2015...

L'Antiquité classique
en 36 cartes animées

Frise des personnages
Une exclusivité Herodote.net