Carl von Clausewitz (1780 - 1831)

Le théoricien de la guerre moderne

Carl von Clausewitz, portrait de Carl Wilhelm Wach, XIXe siècle.« La guerre n’est que la simple continuation de la politique par d’autres moyens. » Cette maxime de Clausewitz est devenue l’une des phrases les plus célèbres de notre temps.

Clausewitz a été lu et médité par les militaires prussiens, Lénine, Mao, Eisenhower, Henry Kissinger, Raymond Aron. Son traité De la Guerre (Vom Kriege) est au programme des Académies militaires américaines.

L’image de Clausewitz est aujourd’hui ambivalente. Considéré, à l’égal d’un Thucydide, comme la plus grande référence de l’histoire de la pensée stratégique, il est aussi un auteur contesté, parfois envisagé comme celui qui ouvre la porte aux guerres totales du XXe siècle.

Thomas Tanase

Dans l'armée à 12 ans

Clausewitz est né en 1780 à Burg, dans une famille typique de petits fonctionnaires. Depuis le règne de Frédéric II (1740-1786), l’armée prussienne, avec sa discipline de fer, fait la gloire de la Prusse. Le jeune garçon n’a guère le temps de faire des études poussées : il devient cadet (élève-officier et porte-enseigne) à 12 ans et dès l'année suivante, en 1793, participe au siège de Mayence, occupée par les Français.

Le siège de Mayence par les Français en 1792, peinture de Georg Melchior Kraus.

Le baptême du feu

Le souvenir de cette première expérience combattante à un âge encore tendre a dû le marquer à vif : une des pages les plus convaincantes de son ouvrage De la Guerre est sans nul doute celle qui, loin de toute théorie, décrit la transformation subie par le novice qui entre sur un champ de bataille : « Les impacts de balle commencent à frapper autour de lui (…), les boulets éclatent, les grenades explosent (…) et voilà soudain qu’un ami tombe. (…) Encore un pas : le plomb tombe comme grêle (…). La compassion nous emplit à la vue des mutilés, des mourants, notre cœur bat à la chamade. ».

Le général Gerhard Johann David von Scharnhorst, vers 1810, Johann Friedrich Bury, Musée d'État de Basse-Saxe, Hanovre.C’est l’époque où la Révolution et la conscription nationale mettent fin aux affrontements limités de l’Ancien Régime : la guerre devient totale, mobilisant le peuple au nom de la Nation. La Prusse se retire du conflit en 1795.

Pendant une dizaine d’années, Clausewitz peut prendre le temps de gravir les échelons et multiplier les lectures. Il se fait remarquer par l’étoile montante de l’armée prussienne, Gerhard von Scharnhorst, dont il suit les cours. C’est ainsi que s’est formé le noyau de la future Académie de Guerre de Berlin.

Ce général, qui accorde une grande importance à l’Histoire, s’appuie, pour enseigner la stratégie, sur des exemples de campagnes célèbres. Cette instruction va permettre ainsi à Clausewitz de rencontrer les milieux culturels les plus importants d’Europe, où se croisent l’idéalisme de Kant et le tourbillon d’idées qui annonce le romantisme.

Bataille d'Auerstaedt, aquarelle de Gaspard Gobaut, 1879.

Un homme courageux

En 1803, Clausewitz tombe amoureux de la jeune Marie von Brühl, une femme issue de la haute noblesse. Va-t-il se frayer un chemin vers la cour royale ? Rien n’est moins sûr car le mariage n’est pas encore en vue et son milieu bien trop modeste.

Marie von Clausewitz, lithographie, vers 1830.Clausewitz patientera plusieurs années, entretenant une correspondance régulière avec la jeune femme. Elle contribuera d’autant plus à la formation artistique et culturelle de Clausewitz qu’elle est également une fervente nationaliste hostile à toute forme de soumission à la France.

Pendant ce temps, Napoléon devient le héros d’une partie de l’Europe. Il incarne la nouvelle manière de faire la guerre, reposant sur la vitesse de mouvement et la bataille décisive : sa campagne de 1805, qui le mène de Boulogne à Austerlitz, devient un modèle du genre.

Mais la Prusse est à son tour battue l'année suivante à Iéna et Auerstaedt. Clausewitz prend part à la bataille d’Auerstaedt et se fait remarquer par son courage, malgré le désastre. Il doit ensuite accompagner à contrecœur pendant un an le prince Auguste de Prusse, interné en France.

Dans ses échanges épistolaires avec Marie, le jeune officier ne fait guère mystère de ses sentiments. Bien que sensible à l’émotion religieuse qui se dégage de l’art gothique, notamment à la cathédrale de Reims, il ne tarde pas à s’en prendre à « l’arrogance » des Français.

Inutile d’ajouter que, meurtri par la défaite, il ne partage pas l’enthousiasme du prince Auguste pour les divertissements parisiens. D’autant moins d’ailleurs que son tempérament ne le pousse guère à la sociabilité.

Souvent mentionné comme un frein à sa réussite, ce trait de caractère ne l’empêchera pas de briller grâce à sa vivacité intellectuelle. Cette année d’exil finit avec un séjour en Suisse, chez Madame de Staël, où les idées libérales et nationales se mêlent au romantisme naissant.

L'Académie de Guerre à berlin, vers 1880, dessin extrait de l'ouvrage de Peter Paret : Clausewitz et l'État. L'homme, ses théories et son temps, éd. F. Dümmler, Bonn 1993. L'agrandissement montre une photographie de l'Académie en 1903 (Hermann Rückwardt).De retour en Prusse, c’est une tout autre tâche qui attend Clausewitz : moderniser l’armée, sous la direction de Scharnhorst. Le vieux modèle de Frédéric II a fait son temps et l’armée prussienne renonce aux mercenaires pour devenir une armée nationale. Une milice est créée afin d’avoir un réservoir d’hommes immédiatement mobilisables en cas de conflit. Les anciens officiers, dont l’incompétence a été flagrante en 1806, sont par ailleurs écartés.

Un nouveau processus de sélection, qui ne repose plus sur la noblesse, est mis en place. Les officiers doivent apprendre les tactiques de manœuvre qui ont fait le succès des troupes françaises afin de combiner l’effet des différents corps d’armée (infanterie, cavalerie et artillerie). Culture et Histoire sont au cœur de cette nouvelle éducation. Une nouvelle Académie de Guerre est officiellement crée en 1810 : Clausewitz y enseigne.

L'armée prussienne à Waterloo, Victor Huen, vers 1900, musée national de l'Éducation, Rouen.

Acteur du renouveau prussien

La réforme militaire n’est qu’un des aspects du vaste effort de transformation qu’entreprend le royaume de Prusse, qui a tiré les leçons de ses défaites. En quelques années, le servage va être aboli, l’administration modernisée et Wilhem von Humboldt crée à Berlin un nouveau système d’éducation assortie de l’Université moderne. 

Clausewitz prend part à cet élan dans lequel certains ont vu les bases des succès prussien et allemand du XIXe siècle et au-delà. C’est également au cours de ces années qu’il rédige les premières ébauches de ce qui va devenir son ouvrage De la Guerre. Et comme un bonheur ne vient jamais seul, en 1810, il peut enfin se marier, ayant obtenu l’accord du souverain Frédéric-Guillaume III.

Les protagonistes de la guerre de Prusse, lithographie, vers 1830, Wilhelm Devrient, Künstler-Galerie, Berlin. Au premier plan, York von Wartenburg, puis Kleist von Nollendorff (à gauche) et August von Gneisenau (à droite), derrière, Blücher von Wahlstatt, puis Tauentzien von Wittenberg (à gauche) et Gerhard Johann David von Scharnhorst(à droite), Bülow von Dennewitz à l'arrière-plan.Cependant, le roi se méfie des réformateurs, trop libéraux. Il préfère composer avec l'occupant et ne se soucie guère de défier Napoléon... au grand dam de son épouse, la reine Louise. La Prusse est officiellement l’alliée de l’Empire français.

Une situation qui pousse Clausewitz à prendre l’une des plus grandes décisions de sa vie : en 1811, comme nombre d’officiers, il quitte l’armée prussienne et se met au service du tsar Alexandre, alors que l’affrontement avec Napoléon approche. Il devient un témoin direct de la campagne de Russie, même s’il n’y joue qu’un rôle mineur.

Après la bataille de la Bérézina, il réussit néanmoins à négocier avec le général Yorck, qui commande le contingent prussien, la convention de Tauroggen : l’armée prussienne se rend aux Russes et change de camp, contrevenant aux ordres de Frédéric-Guillaume III. Ce retournement ouvre l’Allemagne aux Russes et annonce le reflux napoléonien.

C’est au tour de la Prusse de procéder à la levée en masse, et de donner toute leur portée aux réformes accomplies. Clausewitz est toujours sous l’uniforme russe lorsque les armées du tsar entrent en France en 1814.

Réintégré dans l’armée prussienne, il accomplit son grand fait d’armes en 1815, sous les ordres du général Thielmann.

Le feld-maréchal Blücher von Wahlstatt en 1815, Emil Hünten, 1863, Kunsthalle, Kiel, Allemagne.Parallèlement à la bataille de Waterloo, le 18 juin 1815, il contribue à retenir et fixer à Wavre les troupes françaises de Grouchy supérieures en nombre. Cela permet de couvrir les arrières de Blücher, dont l’arrivée à Waterloo sera décisive. Le jour suivant, Clausewitz, incapable de tenir le terrain, peut battre en retraite.

Le retour à la paix est à certains égards décevant. Clausewitz continue de monter en grade, mais il n’obtient pas les hauts postes qu’il espérait. L’heure est à la réaction, et à la remise en cause des idées de la Révolution. Mais Frédéric-Guillaume III n’a pas oublié son rôle de fin négociateur dans la convention de Tauroggen et il le nomme à la tête de l’Académie de Guerre en 1818. 

Trop libéral aux yeux de certains, Clausewitz est pourtant fermement attaché à l’ordre prussien. Mais il comprend aussi qu’il est impossible de revenir au monde d’avant Napoléon : il reste modéré et réaliste. 

Contrairement à bien des militaires, à l’image de Blücher, il ne fait pas partie de ceux qui expriment bruyamment leur volonté d’écraser la France, mais il insiste sur l’importance de maintenir un équilibre européen. Il est clair cependant que son humeur s’assombrit face à ce qu’il considère comme un manque de reconnaissance et il mène une vie de plus en plus retirée, soutenu par son épouse.

Cet isolement donne à Clausewitz le temps d’écrire. Tout au long de sa carrière, il a rédigé des notes, des textes d’analyse. Il veut reprendre tout cela dans une étude systématique. Mais le texte de son traité sur la guerre est sans cesse remanié et connaît de nouveau développements. En 1831, il est envoyé à Breslau, avec pour tâche de surveiller la Pologne, en révolte contre les Russes. Arrivé sur place, il meurt de l’épidémie de choléra qui vient de se déclarer.

Lénine, disciple de Clausewitz 

« La guerre est la continuation de la politique par d’autres moyens.
« L’auteur de cette citation, dont les idées sont aujourd’hui unanimement acceptées par n’importe quelle personne qui réfléchit, s’est déjà battu il y a quelque quatre-vingt ans contre l’idée que l’on pourrait séparer la guerre de la politique des gouvernements ou des classes qui conduisent cette guerre. »

Lénine, discours sur Guerre et Révolution, 27 mai 1917.

Le livre d'une vie

C’est sa femme, Marie, qui fait publier en 1832 le De la Guerre, resté inachevé. L’ouvrage de Clausewitz est complexe. Son style, qui emprunte au langage philosophique de l’époque (on a relevé des parallélismes avec Hegel) est particulièrement difficile à suivre, ouvrant la porte aux interprétations partielles.

Première de couverture originale du livre de Clausewitz, De la guerre (Vom Kriege), 1832, BnF, Gallica.L’ouvrage se veut une étude totale de la guerre en huit livres : il commence par définir ce qu’est l’essence de la guerre, avant de passer en revue la théorie de la guerre (ses modes opératoires), la stratégie, l’engagement, la défensive, l’attaque, et, pour finir le plan de guerre (qui revient sur l’importance de définir des objectifs).

Clausewitz rompt avec les traités de son temps, souvent limités au champ de bataille, aux questions d’angle d’attaque et de formation, pour étudier la guerre comme un fait total, ce que résume sa célèbre maxime « la guerre n’est que la simple continuation de la politique par d’autres moyens. »

Il est celui qui affirme « que la guerre n’est jamais une réalité indépendante. » Si l’on s’en tient à son essence, « la guerre n’est rien d’autre qu’un combat singulier à grande échelle », un affrontement de deux volontés, qui doit aller jusqu’au bout, dans une montée aux extrêmes. La guerre s’achève par la destruction de l’esprit de résistance adverse, plus que par le seul fait militaire en lui-même. On est ici bien plus proche des guerres du XXe siècle que de celles du XVIIIe siècle !

Comment vaincre l'adversaire ?

« Les esprits humanistes veulent croire que l’on peut désarmer ou vaincre l’adversaire sans lui causer trop de souffrances, et que l’art de la guerre évolue en ce sens. Même si ces idées sont sympathiques, il faut absolument les écarter. La guerre est une affaire particulièrement dangereuse, et les erreurs commises par bonté d’âme y sont les plus dangereuses. » (De la guerre, livre I, III)

« La finalité de la guerre est de désarmer l’ennemi (…). Si nous voulons que notre adversaire se soumette à notre volonté, il faut le mettre dans une situation qui soit plus douloureuse pour lui que le sacrifice que nous lui demandons de faire. Bien entendu, les désavantages de cette position ne doivent pas être passagers, au moins en apparence, sans quoi au lieu de céder l’ennemi attendra de se trouver dans une situation meilleure. Si la guerre se prolonge, tout changement de situation devra donc lui être encore plus douloureux, tout au moins en théorie. Et le pire pour un belligérant est de se retrouver totalement désarmé (…)
Si nous voulons vaincre l’ennemi, nous devons adapter nos efforts à ses capacités de résistance. Celles-ci résultent de la combinaison de deux facteurs qui ne peuvent être séparés, à savoir la somme des moyens à disposition et la force de la volonté (…)
En raisonnant de manière abstraite, il est impossible de s’arrêter avant d’avoir atteint les extrêmes, puisque des forces en conflit sont laissées à elles-mêmes et n’obéissent plus à rien d’autre qu’à leurs lois propres (…). Cependant, même si l’on admet que cette tension extrême des forces est un absolu facilement démontrable, nous n’en sommes pas moins obligés d’admettre que l’esprit humain ne peut que difficilement accepter ce genre de divagation logique. Cela conduirait trop souvent à un usage de la force disproportionné, qui mettrait à mal l’équilibre du pouvoir. La volonté serait soumise à un effort disproportionné par rapport aux objectifs, et par conséquent impossible à obtenir dans la vrai vie, dans la mesure où ce ne sont pas les subtilités pointilleuses qui donnent sa force à la volonté. Tout prend une forme différente une fois que l’on passe de l’abstraction à la réalité. »
(De la guerre, livre I, IV-VI)

La guerre n’est pas une simple question militaire : même si elle a ses propres règles qui déterminent ce qu’une armée peut faire, elle dépend en dernière instance des objectifs politiques du pouvoir. Et la question est, pour le dire avec nos mots d’aujourd’hui, comment s’organise une société pour appréhender et affronter la guerre, jusqu’où est-elle prête à consentir des sacrifices ?

Toutefois, Clausewitz sait très bien qu’il existe une immense différence entre la théorie et la pratique. Tout le dernier chapitre du livre De la Guerre, essentiel, traite de cette question : « Finalement, l’issue ultime d’une guerre toute entière ne peut jamais être considérée comme un absolu (…). Dès que les deux adversaires ne sont plus de purs concepts, mais des États et des gouvernements doués d’individualité, la guerre cesse d’être une idéalité. » C’est justement ce qui donne à la politique tout son poids.

Scène de la guerre d'Espagne, vers 1808, Francisco de Goya, musée des Beaux-Arts de Buenos Aires, Argentine.

La guerre : simple en théorie, imprévisible dans l'action

Dans la réalité, la guerre est un « véritable caméléon » et change de nature avec chaque cas particulier. Toute l’analyse de Clausewitz est ainsi construite sur le va-et-vient dialectique entre la guerre dans son principe, son essence, et la diversité concrète de ses formes. Dans la réalité, la notion d’usure, la « friction », est essentielle. Ce qui compte, ce n’est pas tant les grands plans théoriques, mais l’épreuve du terrain pour une armée accablée par les pertes et la peur, qui agit dans le brouillard.
« À la guerre tout est simple, mais le plus simple est difficile. » (De la guerre, livre I, VII).
C’est que la guerre n’est pas une science. Elle ne pose pas des problèmes à résoudre comme des équations, mais des situations pleines de hasard et d’incertitudes, qui font d’elle, par sa nature, « un jeu ».

La guerre combine trois aspects : la violence pure, nourrie par la haine de l’autre, le jeu du hasard et des probabilités, ainsi que la dimension politique. Le succès se joue par conséquent dans une configuration triangulaire qui combine la détermination à se battre du peuple, la capacité pratique des chefs à faire face aux hasards du terrain et l’intelligence du gouvernement dans les objectifs qu’il fixe.

Le dernier chapitre laisse également entrevoir un autre Clausewitz : celui qui veut faire un inventaire complet de toutes les formes de guerre sur le modèle des ouvrages philosophiques de son temps. Son expérience constitue bien entendu le ferment de sa réflexion. Inspiré par la résistance espagnole face à Napoléon, il est le premier théoricien moderne de la guérilla. Mais cette étude systématique représente une tâche infinie ; c’est aussi l’aspect de l’ouvrage qui a le plus mal vieilli.

Nous sommes ici au cœur de la contradiction de Clausewitz. Il étudie la guerre comme un fait social, historique, mais sa volonté d’en faire une description totale, éternelle, dans le langage philosophique de son temps le rend contradictoire, inachevé, parfois trop lié aux particularités de son époque. L’idée que « dans la guerre le combat est le moyen unique » semble aujourd’hui datée, trop liée au modèle de la bataille d’anéantissement napoléonienne.

Elle ouvre surtout la porte à une lecture erronée de Clausewitz, en particulier lorsqu’il écrit qu’il ne faut pas avoir peur de verser le sang car « la décision de par les armes est pour toutes les opérations de guerre ce qu’est le payement en espèces pour le commerce à crédit. » Dans les faits, Clausewitz s’est en réalité montré mesuré et attentif à la vie des ses soldats, comme à Wavre par exemple.

Sur le moment, on ne peut pas dire que le De la Guerre remporte un grand succès. Mais Helmuth von Moltke, l’artisan de la victoire prussienne de 1870 face à la France, qui a suivi dans sa jeunesse les enseignements de l’Académie miliaire dirigée par Clausewitz, se proclame son disciple. C’est alors le début de la renommée mondiale de l’ouvrage et son auteur, mais aussi celui des malentendus.

Pas de guerre sans objectifs

« Il n’y a pas de guerre sans faiblesses humaines, et c’est contre elles que la guerre est dirigée. » (De la guerre, livre IV, 10)
« Personne ne commence une guerre, ou à tout le moins personne de raisonnable ne devrait commencer une guerre, sans se demander ce qu’on veut atteindre et comment on veut l’atteindre, en d’autres termes quelle est la finalité et quels sont les objectifs. » (De la guerre, livre VIII, 2)

L'armée allemande impériale (1890 - 1913.). Guillaume II (au centre) salue ses officiers d'état-major pendant les manœuvres de 1905. À droite, sur son cheval, le chef d'état-major général von Moltke, Imperial war museum, Londres.

Les officiers allemands de la Première Guerre mondiale tirent en effet de Clausewitz l’enseignement le plus simpliste qui soit : la guerre doit être faite jusque au bout. Seul le manque de fermeté des hommes politiques peut être responsable de la défaite. En réaction, beaucoup verront dans le concept de « guerre totale » les prémices des catastrophes du XXe siècle.

Clausewitz inspire le Grand Timonier

« Au nord du Shanxi (i.e. en 1935), j’ai lu huit livres : L’Art de la Guerre de Sun Tzu, le livre de Clausewitz, le livre d’exercices militaires japonais, aussi les livres soviétiques sur la stratégie, la coopération interarmes, etc. À ce moment-là, je lisais ceux-ci afin d’écrire sur les questions stratégiques de la guerre révolutionnaire, de résumer les expériences de la guerre révolutionnaire ».
Conversation de Mao Zedong en décembre 1960 citée par Miao, Yu. « Clausewitz en Chine », Stratégique, vol. 97-98, no. 5, 2009, p. 213-215.

Mais lu par Engels, puis par Lénine, qui ne peuvent que relever la phrase « toutes les guerres peuvent se considérer comme des actions politiques », De la Guerre passe dans la littérature militaire soviétique, puis chinoise avec Mao Zedong qui théorise la guerre populaire. Les Américains se mettent aussi à lire Clausewitz, surtout après la Seconde Guerre mondiale : Eisenhower le cite et les penseurs réalistes, nourris à l’école allemande, sont eux aussi de fervents admirateurs, à l’instar d’Henry Kissinger.

La guerre du Vietnam relance l’intérêt des Américains pour le stratège prussien. Parce qu’il a su sortir la guerre des champs de bataille et l’analyser comme un fait total, comme une question de volonté plus que de technique militaire, Clausewitz est ainsi devenu l’une des grandes figures de notre temps, régulièrement cité.

Le livre de chevet d'Eisenhower

Dwight D. Eisenhower, en réponse à la question « quel est le livre qui a eu le plus d’influence dans votre vie, en dehors de la Bible ? »
« Je citerai immédiatement deux livres très différents, l’un militaire et l’autre politique. Du côté de la littérature militaire, si je devais choisir un livre, je pense que ce serait le De la guerre de Clausewitz. Pour ce qui est du gouvernement civil, je pense que l’ouvrage le plus important serait l’Histoire des États-Unis de George Bancroft. »
Lettre de Dwight D. Eisenhower à Olive Ann Tambourelle, 2 mars 1966, citée par Christopher Bassford, Clausewitz in English, the Reception of Clausewitz in Britain and America, Oxford, 1994, ch. 18.

Bibliographie

Rappelons pour mémoire l'ouvrage posthume de Clausewitz : De la guerre, Carl Philipp Gottlieb von Clausewitz, 1832. 

Sur la vie et la pensée det l'acteur et théoricien de la guerre, les lecteurs francophones peuvent se reporter à sa biographie : Clausewitz (Bruno Colson, Perrin, 2016).

Publié ou mis à jour le : 2020-08-21 06:40:36

 
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