L'énigme de la puissance américaine

États-Unis : l’Empire contre-attaque

8 janvier 2026. La capture du dictateur vénézuélien comme la revendication du Groenland par le président Trump ont sidéré les Européens et laissé sans voix leurs gouvernants. Après une année 2025 marquée par les initiatives brouillonnes et tempêtueuses du président américain, il apparaît de toute évidence que l’Europe et le monde entrent dans une nouvelle ère historique…

Si la lecture sur écran vous paraît inconfortable, téléchargez le texte intégral et imprimez-le.

Dans la nuit du 2 au 3 janvier 2026, à l’instigation du président Donald Trump, les forces spéciales américaines se sont emparées par surprise du président-dictateur vénézuélien, Nicolas Maduro. D’aucuns ont voulu voir dans ce coup de force l’élimination salutaire d’un personnage ignoble et, de fait, personne ne le regrettera.

Mais ce raid au cœur de Caracas, capitale du Venezuela, ne saurait se réduire à une opération de police, comme en 1989, l’élimination du dictateur panaméen Manuel Noriega, coupable lui aussi de collusion avec les narcotrafiquants. Moins d’un an après l’intronisation de Donald Trump, il traduit avec éclat le culot et l’énergie de ce président bientôt octogénaire et décidément hors normes.

Plus encore, le coup de Caracas s’inscrit dans une longue suite d’initiatives par lesquelles les États-Unis ont tombé le masque et manifestent leur volonté de puissance.

Nicolas Maduro entre des hommes de la DEA (Drug Enforcement Administration) le 3 janvier 2026

Le progressif réveil de la puissance américaine

Jusqu’en 1989, les gouvernants américains ont été contenus par la menace soviétique et l’équilibre de la terreur. Washington et Moscou respectaient les instances internationales telle l’ONU et se cantonnaient à leur zone d’influence. La Maison Blanche se permettait d’intervenir au Chili comme au Guatemala cependant que le Kremlin pouvait remettre à leur place Hongrois, Tchèques et Polonais. Cette tempérance dans les relations internationales a fait croire au triomphe du « droit international », un mythe dont les racines remontent au Moyen Âge européen.

L’implosion de l’URSS a désinhibé l’administration américaine bien avant l’arrivée de Trump au pouvoir. Il y a des signes qui ne trompent pas.

En 1992, au premier Sommet de la Terre, à Rio, le président George Bush avertit les écologistes : « Notre mode de vie n’est pas négociable » (« The American way of life is not up for negotiation »). En d’autres termes, les gouvernants étasuniens n’entendent pas se mobiliser contre le réchauffement climatique si cela doit obliger les Américains à plus de sobriété.

Ils font confiance à leurs capacités d’innovation pour surmonter les défis à venir, tant environnementaux que climatiques. Après tout, n’ont-ils pas déjà réussi à climatiser le désert avec des villes agréables à vivre comme Phoenix (Arizona) ? La rupture des accords de Paris (COP 21) par le président Trump et sa ferveur pour les énergies fossiles s’inscrivent dans cette démarche. Elles n’ont rien d’inédit. Et tant pis pour les quelques milliards d’êtres humains qui n’auront pas les ressources pour s’adapter au réchauffement climatique…

En matière stratégique, après la dissolution du Pacte de Varsovie, le Pentagone s’est bien gardé de dissoudre l’OTAN qui en était le pendant. Au contraire, l’Alliance atlantique a accueilli en son sein les anciens satellites de l’URSS et, pour la première fois de son histoire, du 24 mars au 10 juin 1999, elle a engagé une opération militaire, à savoir le bombardement de Belgrade (Serbie), cela sans l’aval de l’ONU et sur la foi d’un énorme mensonge comme le gouvernement américain en a  le secret.

En matière géopolitique, la Maison Blanche a entrepris dès les années 1990 de parachever sa victoire sur le communisme en ruinant pour de bon la Russie et en vassalisant l’Europe occidentale. Ancien conseiller du président Jimmy Carter, Zbigniew Brzezinski préconisa judicieusement en 1997 dans Le Grand Échiquier de couper la grande Russie de la « petite Russie » (l’Ukraine).

Le Secrétariat d’État s’y employa à coup de milliards de dollars avec le concours de la fondation de George Soros. Cette ingérence conduisit le gouvernement de Kiev à participer à l’agression de l’Irak en 2003 puis elle fit tomber en 2014 le président régulièrement élu Viktor Ianoukovitch à l’issue de la « révolution Euromaïdan ».

L’ours russe étant sorti de sa tanière le 24 février 2022, toutes griffes dehors, voilà les Européens de l’Ouest obligés tout à la fois de rompre de fructueux échanges avec leur grand voisin (hydrocarbures contre biens d’équipement) et de s’en remettre pour leur protection au Pentagone et au complexe militaro-industriel américain. Celui-ci ne s’embarrasse pas d’arguties juridiques pour avancer ses pions. Ainsi le président Joe Biden oblige-t-il l’Australie à rompre un contrat de 56 milliards d’euros avec la France pour la livraison de douze sous-marins. Son successeur Donald Trump exige de ses féaux ouest-européens qu’ils augmentent leur budget de défense en vue d’acquérir du matériel US et en particulier des avions de chasse F-35.

Cette vassalisation de l’Union européenne passe aussi par des modes civils moins brutaux mais non moins efficaces, en premier lieu l’extraterritorialité du droit américain. Celle-ci, en germe depuis le XIXe siècle, a été seulement activée au XXIe siècle dans le droit fil des attentats du 11 septembre 2001. Par le biais de l’OFAC (Bureau de contrôle des avoirs étrangers, Département du Trésor), le gouvernement américain met à l’amende les entreprises corrompues ou suspectées de commercer avec des États-voyous ou sous embargo.

Ces amendes, dont le montant peut atteindre plusieurs milliards de dollars, frappent pour l’essentiel les entreprises ouest-européennes : Crédit Lyonnais (2003), UBS (2004), Siemens (2008), Alstom (2014) ou encore BNP Paribas, taxé de 8,9 milliards de dollars en 2014 pour avoir, selon la justice américaine, contourné des embargos liés au Soudan, à l'Iran et à Cuba ! Toutes ces entreprises se soumettent pour conserver leur accès au marché américain et au dollar.

Maître du monde, mais jusqu’à quand ?

Autant dire que le président Trump peut avancer ses pions sans grand risque, du moins dans l’hémisphère occidental (Europe et Amériques) et au Moyen-Orient, où il apporte au Premier ministre israélien Benjamin Nétanyahou un soutien conditionnel et n’a pas craint de le relayer dans la « guerre des douze jours » (12-22 juin 2025) livrée à la République islamique d’Iran.

Le président américain détient enfin et surtout les clés du conflit russo-ukrainien. Il peut morigéner le président Zelensky et négocier en tête-à-tête avec le président Poutine sans se soucier de ses « alliés » européens. Ceux-là cachent leur impuissance derrière des menaces verbales comme la saisie des avoirs russes gelés par Euroclear en Belgique ou l’envoi d’une « force de réassurance » en Ukraine. Il va de soi en effet que le Kremlin ne consentira jamais à un cessez-le-feu sur ces bases-là.

L’issue de la guerre en Ukraine ne dépend plus en aucune façon des Européens ni même des Ukrainiens. Elle dépend du bras de fer entre les présidents Trump et Poutine… et pour l’heure, le premier a pris l’avantage : il a fait tomber Maduro, l’un des alliés privilégiés du Kremlin ; la Syrie d’Assad, autre allié du Kremlin, est aussi tombée ; enfin, la République islamique se trouve ébranlée par la destruction partielle de ses sites nucléaires en juin 2025 et surtout par la révolution démocratique en cours dans les rues des grandes villes iraniennes.

Plus fort encore, la revendication américaine sur le Groenland souligne la dépendance dans laquelle est tombée l’Union européenne. Ce territoire danois d’outre-mer, vaste de deux millions de km2 et peuplé de seulement cinquante mille habitants, a par sa situation géographique et son caractère stratégique, vocation à tomber dans l’escarcelle des États-Unis !

Cette perspective était tue quand Washington faisait mine de respecter les conventions internationales. Elle est aujourd’hui ouvertement envisagée par le président américain. Les Européens pourraient l’en détourner en recourant eux-mêmes à l’épreuve de force, par exemple en postant quelques troupes sur la calotte glaciaire. Mais ils en sont incapables comme ils sont incapables de toute action résolue et déterminée. Ils l’ont montré à l’égard de l’Algérie, qui emprisonne arbitrairement des ressortissants français, ou de l’Azerbaïdjan quand il a procédé à un nettoyage ethnique du Haut-Karabagh arménien.

Le jour venu, le président Trump pourra sans trop de mal convaincre les Groenlandais d’obtenir leur indépendance et ensuite de demander leur rattachement à la Fédération. Pas besoin de troupes pour cela. Une pluie de dollars devrait suffire à rallier les hésitants. Les États-Unis du président Theodore Roosevelt n’ont pas procédé autrement quand ils ont décidé d’ouvrir un canal à travers l’isthme de Panama : ils ont « aidé » les habitants de la région à obtenir leur indépendance puis ont conclu avec eux un traité léonin à leur convenance.

Les illusions de paix et de démocratie sur lesquelles les Européens ont bâti l’Union de Maastricht en 1992 sont bel et bien dissipées et nous en sommes revenus avec Donald Trump à la Realpolitik et à l’intérêt égoïste des nations comme au temps de la reine Victoria.

Jusqu’où ira le président américain dans ses « folles » entreprises ? Le plus grand danger qui le menace est sans doute l’hubris, la démesure. Comme bien d’autres avant lui, il pourrait se laisser griser par le succès jusqu’à perdre le contact avec la réalité. Mais nous n’en sommes pas encore là.

André Larané
Publié ou mis à jour le : 2026-01-19 10:58:57

Voir les 21 commentaires sur cet article

Christian (10-02-2026 07:59:36)

Le potentat de la Maison Blanche menace de bloquer un projet de pont entre le Canada et les États-Unis sous prétexte que les États-Unis «devraient recevoir une compensation pour tout ce qu’ils o... Lire la suite

Christian (09-02-2026 19:39:29)

En donnant publiquement son avis sur le chanteur portoricain Bad Bunny, le potentat de la Maison Blanche s'abaisse au niveau de Juliette Armanet déclarant publiquement qu'elle trouve "immonde" la cha... Lire la suite

Orsoni (30-01-2026 20:47:26)

Je partage évidemment les commentaires Mais le pb n est pas tel ou tel personnage Comme l humanité est pleine de stalines Maos Hitlers mussollinis pol pots,..... nous croisons tous tous les mati... Lire la suite

Respectez l'orthographe et la bienséance. Les commentaires sont affichés après validation mais n'engagent que leurs auteurs.

Actualités de l'Histoire

Histoire & multimédia

Nos livres d'Histoire

Récits et synthèses

Jouer et apprendre

Frise des personnages