12 mars 2025. La fin de la guerre en Ukraine est exigée par Donald Trump, davantage porté au business qu’à la guerre ; elle est souhaitée par Volodymyr Zelensky, conscient de l’épuisement de son peuple ; elle est appréhendée par Vladimir Poutine, qui préférerait sans doute aller jusqu’à la victoire totale, avec la prise d’Odessa, le grand port ukrainien de la mer Noire.
Les Européens se voient tenus à l’écart des discussions. Ils se repentent d’avoir laissé aux Américains le soin de les défendre et ressassent l’adage latin : vis pacem, para bellum (« Si tu veux la paix, prépare la guerre »). C’est oublier qu'ils eussent pu éviter la guerre avant 2014 avec une diplomatie résolument orientée vers la paix…
D'une manière peu diplomatique, le président américain a soumis son homologue ukrainien à ses conditions, jusqu'à lui imposer la cession des ressources minérales de son pays ! N'en soyons pas surpris. De la très lointaine affaire Jumonville (1754) au contrat de sous-marins Aukus (2021) en passant par tous les traités signés avec les tribus indiennes, le refus de la SDN (1920), etc., George Washington et ses successeurs ne se sont jamais souciés de la parole donnée, sans que cela leur porte préjudice.
Ce 11 mars 2025, cinquante jours après son entrée en fonction, Donald Trump vient ainsi d'obtenir l'ouverture de négociations à Djeddah (Arabie saoudite) avec les Ukrainiens et les Russes. Exclus du jeu diplomatique, les Européens ont le même jour réuni à Paris les chefs militaires d’une trentaine de pays - dont la Turquie et l’Australie - pour discuter d’une éventuelle force militaire. Mais de cette réunion sont absents les Ukrainiens eux-mêmes que cette force est destinée à protéger de toute nouvelle agression...
Isolée comme jamais, l’Union européenne paie le prix de ses contradictions depuis au moins 2013.
Cette année-là, la chancelière Angela Merkel et le président Vladimir Poutine lancent la construction d’un deuxième gazoduc sous la Baltique. Ce sera Nord Stream 2.
Comme le précédent, ce gazoduc permet d’éviter la traversée de la Pologne, un partenaire auquel les Allemands et les Russes n’accordent pas leur confiance. Mais il renforce la dépendance de l’industrie allemande envers le gaz naturel russe, abondant et bon marché, ce qui ne pose aucun problème à Berlin, à la différence de Washington qui y voit une concurrence déloyale de la part de son alliée envers l’industrie américaine.
La même année, le 21 novembre 2013, le président ukrainien Viktor Ianoukovitch se retire avec fracas de l’accord de libre-échange et d’assistance économique qu’il devait signer avec l’Union européenne une semaine plus tard à Vilnius (Lituanie).
C’était l’aboutissement du projet de Partenariat oriental lancée en 2005 par la Suède et la Pologne. L’Ukraine, pauvre et en grande difficulté économique, en attendait beaucoup mais ne voulait pas pour autant rompre ses liens traditionnels avec la Russie et le président l’avait fait savoir à ses interlocuteurs européens. Ceux-ci ayant refusé toute forme de dialogue ou d’association avec Moscou, le président ukrainien refusa de signer l’accord.
Ainsi la Russie bénéficiait d’un côté des faveurs de Berlin mais se voyait rejetée aux marges de l’enfer par d’autres États européens, au premier rang desquels Varsovie et Stockholm.
De cette rupture s’ensuivit la révolution Euromaïdan et l’éviction du président ukrainien le 22 février 2014, avec pour résultat la rébellion du Donbass et l’intervention de l’armée russe, jusqu’à l’agression du 24 février 2022.
« Ah Dieu ! que la guerre est jolie » (Apollinaire)
À défaut d’avoir œuvré pour l’unité du continent européen quand cela était encore possible, l’Union européenne renonce désormais à ses discours de paix et affiche pas moins de deux objectifs guerriers… soit au moins un de trop :
• Encourager l’Ukraine à poursuivre la guerre vaille que vaille « jusqu’au dernier Ukrainien ».
• Se réarmer à tout va en vue de faire face à une hypothétique « menace russe » !
Le premier objectif est voué à l’échec, considérant la dépendance des états-majors envers le Pentagone et la faiblesse de leurs moyens, et c’est heureux pour les Ukrainiens.
Il est maintenant à peu près certain que la guerre s’arrêtera avant la fin de l’année. La seule inconnue réside dans les conditions de la paix négociée entre Trump et Poutine : sans doute seront-elles pour les Ukrainiens plus dures que les accords de Minsk de février 2015, jamais appliqués par les signataires, ou que les négociations d’Istanbul de mars 2022, torpillées par les Britanniques.
Les dirigeants européens prétendent financer la reconstruction de l’Ukraine en se payant sur les actifs des oligarques russes. Mais en sont-ils si sûrs ? Poutine, maître du jeu, veillera à protéger les intérêts desdits oligarques en mettant en avant le droit international sur la propriété privée et le précédent fâcheux que constituerait cette saisie. Parions qu’il s’accordera avec Trump pour laisser à la charge des Européens ladite reconstruction. Et l’un et l’autre ne verront aucun inconvénient, bien au contraire, à ce que l’Ukraine adhère à l’Union européenne !...
Parions aussi que les entreprises américaines non seulement s’arrogeront les ressources en minerais de l’Ukraine mais aussi occuperont en Russie la place libérée par les entreprises françaises et européennes à la suite des sanctions décrétées par Bruxelles en 2022.
Le deuxième objectif – le réarmement de l’Europe - est, lui aussi voué à l’échec car il résulte, hélas, de la faiblesse des industries stratégiques du Vieux Continent et du retard accumulé par les Européens dans les technologies numériques et microélectroniques depuis deux décennies. C’est la conséquence des choix politiques imposés par les partis maastrichiens qui ont érigé la libre concurrence et l’abaissement des frontières en principes constitutionnels (Article 206, ex-article 131 TCE).
En vertu de ces principes appliqués sans nuances, Bruxelles s’est par exemple interdit de financer et protéger des substituts européens à Google et autres Facebook, à la différence de la Chine et de la Russie qui ont développé leurs propres GAFAM (opérateurs internet). Même chose dans d’autres secteurs stratégiques : composants électroniques, IA, etc.
Il est devenu dès lors impossible de lutter contre les avantages cumulatifs des rivaux américains et asiatiques. Contrairement aux espoirs affichés par le président Macron, aucune start-up française ou européenne n’a de chance de grandir face à des concurrents riches à milliards et en mesure de tout acheter grâce à une trésorerie surabondante.
Le discours d’Ursula von der Leyen relatif au réarmement de l’Europe (Rearm Europe) est de ce point de vue éclairant : le 4 mars 2025, la présidente de la Commission européenne a promis d’engager jusqu’à 800 milliards d’euros afin de permettre aux États-membres d’investir dans la défense, mais sans se soucier de la nature de cet effort.
Autrement dit, au nom de la libre concurrence et du libre-échange, il sera loisible pour les Polonais, les Allemands et bien d’autres de commander des armes aux États-Unis ! C’est d’ailleurs ce que les uns et les autres ont déjà annoncé. Autant dire que les Européens ont toute chance de rester sous la dépendance du Pentagone et à la merci d’une suspension des livraisons par l’exécutif américain.













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Voir les 17 commentaires sur cet article
Christian (28-03-2025 10:53:45)
Ce vendredi, le président russe Vladimir Poutine a évoqué l'idée d'une «administration transitoire» pour l'Ukraine, sous l'égide de l'ONU, afin d'organiser une élection présidentielle «démo... Lire la suite
Christian (18-03-2025 08:26:44)
Si tu veux apparaître comme le plus grand président américain de toute l'histoire, fais semblant de préparer la paix! La Russie va peut-être accepter le cessez-le-feu de trente jours proposé par... Lire la suite
Christian (14-03-2025 08:16:10)
Je ne sais pas si les pays occidentaux auraient pu éviter la guerre en 2014, comme il est écrit en tête de cet article, mais la relative faiblesse de leurs réactions à l'époque et l'inefficacitÃ... Lire la suite