La Normandie

Viking et tellement française !

Héritière de l’ancienne province romaine de Lyonnaise II, la Normandie fut fondée en 911 par un chef viking et joua trois siècles durant un rôle majeur sur la scène européenne.

De leurs ancêtres Vikings, les Normands ont conservé l’esprit d’aventure qui les poussa à traverser la Manche et s’emparer de l’Angleterre mais aussi à fonder un royaume en Sicile et plus tard à explorer le Nouveau Monde.

Ils représentèrent pour les rois de France un péril mortel jusqu’au moment où Philippe Auguste réussit à les soumettre. La Normandie rentra alors dans le rang tout en conservant son génie propre. Elle a donné à la langue française quelques-uns de ses meilleurs représentants et contribue encore puissamment à l’identité nationale...

Stéphane William Gondoin

Saint-Céneri-le-Gérei, l'un des plus beaux villages de France, au sud-ouest d'Alençon. En agrandissement, le Nez de Jobourg dans la Hague.

Une terre façonnée par les hommes

Bordée par la Manche, avec son littoral de 600 km tourné vers l’Angleterre, l’actuelle région Normandie se situe à cheval sur le Bassin parisien et le Massif armoricain. À l’Est, on découvre des plaines ondulantes, traversées par la Seine qui y dessine d’amples méandres souvent couverts de forêts ; en descendant vers le Sud-Ouest, le bocage remplace les champs ouverts et les reliefs s’accentuent pour culminer à plus de 400 mètres près d’Alençon ; à l’Ouest enfin, avec ses marécages et son bocage, le Cotentin aux côtes déchirées regarde vers les espaces infinis de l’Atlantique.

Peuplée depuis 7 000 ans, la Normandie a accumulé un patrimoine historique exceptionnel, fruit d’une série de rencontres entre différents peuples. Celtes, Romains, Vikings... Tous ont laissé un héritage qui a façonné au fil des siècles des paysages immortalisés par les impressionnistes.

Eugène Boudin, Sur la plage, coucher de soleil, 1865, The Met Museum, New York. En agrandissement, Camille Pissaro, L’Avant-port de Dieppe, après-midi, soleil , 1902, Château-Musée de Dieppe.

La Préhistoire

Il y a environ 12 000 ans, à la fin de la dernière glaciation, nous devons imaginer en lieu et place des verts pâturages un paysage de toundra parcouru par de grands troupeaux de rennes ou de mammouths. La Manche n’existe pas en tant que mer, le niveau des océans se trouvant une centaine de mètres plus bas que de nos jours.

Haches en pierre polie du Néolithique. Musée de la Hougue-Bie, Jersey. (© SWG)Au fond du bassin coule vers l’Atlantique le paléo-fleuve Manche, où se jettent des paléo-rivières comme la Seine, la Somme ou la Tamise. Le réchauffement climatique global fait remonter lentement les eaux : entre -10000 et -6000, la Manche se remplit, séparant la Grande-Bretagne du continent et isolant les îles Anglo-Normandes, pendant que le sol se couvre d’un manteau forestier.

Après le temps des chasseurs-cueilleurs nomades du Paléolithique, les bouleversements du Néolithique arrivent sous ces latitudes il y a environ 7000 ans et les hommes se sédentarisent. Des fermes isolées et des villages apparaissent, parfois cernés de fossés et de remparts de terre.

La Normandie n’est certes pas la Bretagne, mais on y recense tout de même quelques superbes mégalithes, comme l’allée couverte des Roques (Manche), les tumulus de Colombiers-sur-Seulles (Calvados), de la Hougue-Bie (Jersey) ou du Déhus (Guernesey).

Tumulus de la Hougue-Bie, Jersey. (© SWG) En agrandissement, le tumulus de Colombiers-sur-Seulles, dans le Calvados. (© SWG)

La Protohistoire, du bronze au fer

Les deux grands musées normands d’Histoire : musée des Antiquités de Rouen et musée de Normandie de Caen, regorgent de pièces remontant à l’âge du bronze (-2300/-800), haches à talon, épées, casques, parures et toutes sortes d’artefacts.

L’un des neuf casques en bronze découverts à Bernières-d’Ailly, qui remontent au bronze final. Celui-ci est exposé au musée de Normandie de Caen. (© SWG)Les dernières recherches archéologiques et palynologiques ont démontré que durant cette période, les paysages s’anthropisent : les fermes se multiplient et la forêt recule au profit du bocage ; les échanges se développent à grande échelle avec les îles britanniques.

Entre -1200 et -800, de profonds bouleversements affectent ce petit monde : on assiste à des regroupements d’habitats, retranchés au sommet d’éperons naturels (Exmes dans l’Orne, Carteret dans la Manche… ), ou derrière des remparts protégeant de vastes zones, tels le célèbre Hague Dike fermant la presqu’île de la Hague (3 500 ha) ou le fossé Saint-Philibert barrant la presqu’île de Jumièges (1 300 ha). Cela témoigne d’une insécurité croissante sur fond d’émergence d’une aristocratie guerrière.

La maîtrise du travail du fer, à compter de -800, correspond avec les premières vagues de migrations celtiques (culture dite « de Halstatt »). Au Ier siècle av.-J.-C., à la veille de l’arrivée des légions romaines, une dizaine de peuples se partagent l’ensemble du territoire et chacun d’entre eux possède un ou plusieurs oppida, c’est-à-dire des places fortes.

Torque en or du bronze final, relevé dans un filet de pêche au large de Fécamp. Il démontre le talent des orfèvres mille ans avant notre ère. Musée Les Pêcheries, Fécamp. (© SWG)Là encore, il ne faut pas s’imaginer une Normandie « forestière », à l’image de cette « Gaule chevelue » que décrivaient ingénument les livres d’école de la IIIe République, mais plutôt couverte d’un bocage au maillage dense. Si l’on en croit Jules César, elle est alors traversée par la frontière, qu’il fixe à la Seine et à la Marne, séparant les « Gaulois » des « Belges », ces derniers appartenant à la vague de migration celtique la plus récente.

En 57 av. J.-C., les Calètes (occupants du pays de Caux, des Belges) et les Véliocasses (sans doute aussi des Belges, Rouen et Vexin), participent à une coalition s’opposant aux Romains emmenée par les Bellovaques (Oise actuelle). Les Aulerques Éburovices (région d’Évreux) et les Lexoviens (pays d’Auge) s’unissent quant à eux aux Unelles (Cotentin) et sont soumis en 56 av. J.-C. par le légat Quintus Titurius Sabinus.

Ces cinq peuples participent aussi à la grande coalition de 52 av. J.-C., visant en vain à briser le siège d’Alésia. Notons enfin que l’énorme trésor de Grouville, mis au jour à Jersey en 2012, apparemment enfoui entre -50 et -30, comprend surtout des monnaies frappées chez les Coriosolites (Côtes-d’Armor) : les îles Anglo-Normandes semblent donc à cette époque dans l’orbite des tribus armoricaines, plutôt que dans celle des Unelles.

Trésor de Grouville. Enfoui au Ier siècle av. J.-C., il est essentiellement composé de monnaies frappées par les Coriosolites. On y a aussi trouvé des objets en or. Il a fallu plusieurs années d’un travail méticuleux, réalisé par le professeur Neil Mahrer et son équipe, pour dégager, nettoyer et étudier chaque élément. (© SWG)

La « Normandie » gallo-romaine

Après une ultime année de convulsions (51 av. J.-C.) auxquelles contribuent à nouveau les Véliocasses, les Calètes et les Aulerques Éburovices, la Gaule change de visage et de civilisation.

Les Romains mettent sur pied une organisation administrative par cités, correspondant à l’assise territoriale de chaque peuple, avec une ville principale faisant office de capitale locale, de place commerciale et de relais de pouvoir. Ce sont les prémices de nos départements et de nos préfectures.

La « Normandie » à l’époque gallo-romaine, avec la répartition géographique des peuples et les villes principales. (© SWG)

Les Véliocasses fondent ainsi Rotomagus (Rouen), les Calètes Iuliobona (Lillebonne), les Aulerques Éburovices Mediolanum (Évreux), les Lexoviens Noviomagus (Lisieux), les Baïocasses Augustodurum (Bayeux), les Unelles Crociatonum (mal localisée, peut-être Carentan ou Valognes). Quant aux Sagiens, aux Viducasses et aux Abrincatres, que nous n’avons par encore mentionnés, ils bâtissent respectivement Nudionnum (Sées, dans l’Orne), Araegenua (Vieux-la-Romaine, au sud-est de Caen) et Legedia (Avranches). Remarquons que la plupart des agglomérations prendront par la suite le nom du peuple fondateur.

Vestiges du théâtre antique de Lillebone (détail). En agrandissement, vue aérienne du théâtre.Chacune d’entre elles possède ses grands édifices publics, thermes, forum, arène et autres temples, où l’on rivalise d’audace architecturale. Peu de bâtiments notables nous sont toutefois parvenus dans un bon état de conservation, à l’exception du théâtre de Lillebonne, considéré comme l’un des mieux préservés du nord de la France. À noter également l’existence de sites archéologiques majeurs à Gisacum (Vieil-Évreux, Eure) et Vieux-la-Romaine.

Site extérieur de Gisacum. L'agrandissement montre la statue de Jupiter Stator (bronze) trouvée sur le site de Gisacum en 1840, Ier siècle, musée d'Evreux.

La Lyonnaise II, ancêtre de la Normandie

Toutes ces cités appartiennent à l’énorme province de Lyonnaise, avec Lugdunum (Lyon) pour capitale.

Mur d’enceinte et chaussée romaine d’Évreux, IIIe siècle, musée d'Évreux.Mais sous l'Antiquité tardive, après les raids germaniques des années 275-277, au cours desquelles soixante villes sont ravagées dans les Gaules, l’insécurité oblige les agglomérations qui en ont les moyens à enfermer leur centre-ville derrière une enceinte urbaine. Seule Évreux en conserve de nos jours des vestiges significatifs.

Au commencement du IVe siècle, les réformes administratives de Dioclétien conduisent à la formation d’une Lyonnaise II, avec Rouen pour capitale. Lillebonne et Vieux perdent leur statut, respectivement au profit de Rouen et de Bayeux.

Revers d'un quart de statère des Unelles. Département des Monnaies, médailles et antiques, Paris, BnF.Seules sept cités subsistent désormais autour de Rouen (Véliocasses et Calètes), d’Évreux, de Lisieux, de Sées (ou d’Exmes pendant un ou deux siècles), d’Avranches, de Bayeux (Baïocasses et Viducasses) et de Coutances, cette dernière prenant chez les Unelles la place de Crociatonum, sans doute trop difficile à défendre. La Lyonnaise II a pratiquement les frontières de ce qui sera plus tard la Normandie, démontrant au passage l’ancienneté de l’entité territoriale.

Le christianisme triomphant, au IVe siècle apr. J.-C., calque son organisation sur la carte administrative romaine. Il s’agit d’abord d’un phénomène urbain et les premiers évêques s’installent dans les villes principales, bien à l’abri des remparts.

Le diocèse de Rouen, qui prévaut sur tous les autres, est attesté formellement dès 314. Des évêques de Sées, Avranches, Coutances et Évreux sont mentionnés au 1er concile d’Orléans en 511 ; ceux de Lisieux et de Bayeux apparaissent pour leur part en 538, au 3e concile d’Orléans.

Saint Taurin, premier évêque et évangélisateur d'Évreux, sur un vitrail du chœur de l'église Saint-Taurin d'Évreux (détail). L'agrandissement montre sur une carte la reprise exacte de l’organisation administrative romaine par l'Église. (© SWG)

Le temps des évangélisateurs

L’Empire romain agonise tout au long du Ve siècle et la déposition de son dernier empereur Romulus Augustule en 476 met un terme définitif à son existence.

Au nord de la Loire et jusqu’à la Somme, perdure un royaume dirigé par un certain Syagrius, revendiquant l’héritage gallo-romain. Les Francs de Clovis l’écrasent à la bataille de Soissons en 486 et annexent ses terres.

Ancienne clé-de-voûte récupérée dans les ruines de l'église placée dans le bas côté nord de l'église Saint-Vigor à Cheux (Calvados). Représentation de l'évêque Saint-Vigor tenant enchaînés deux monstres symbolisant le paganisme. En agrandissement, un loup armé. Pontifical à l'usage de Beauvais, adapté à l'usage de Lisieux, deuxième quart du XIIIe siècle.La future Normandie se retrouve pour plusieurs siècles annexée au royaume des Francs. Régulièrement intégrée au royaume de Neustrie, sa destinée fluctue dorénavant au gré des partages et des rivalités sanglantes entre membres de la dynastie mérovingienne.

Les VIe et VIIe siècles apparaissent comme l’âge d’or des ermites et des missionnaires à la foi inébranlable, évangélisant coûte que coûte les campagnes, quand l’Église constitue l’ultime cadre administratif solide.

C’est le temps des légendes pleines de dragons et autres monstres dévorants, de païens aussi têtus qu’ombrageux finissant par se convertir, vaincus par de pieux zélateurs de Dieu.

Dans tous les diocèses, les évêques encouragent les fondations monastiques, pour les hommes et pour les femmes : ainsi naissent Nantes et Portbail dans la Manche, où l’on trouve les vestiges d’un baptistère paléochrétien ; dans l’Eure, Pental (Saint-Samson-de-la-Roque), La Croix-Saint-Leufroy et Andeli ; Saint-Vigor à Cerisy, dans le Calvados ; dans l’Orne, Almenêches et Saint-Évroult…

La basse vallée de la Seine et le pays de Caux deviennent, du VIIe au IXe siècle, des foyers monastiques et intellectuels brillants, avec la naissance et le développement de Jumièges, Fontenelle (auj. Saint-Wandrille), Pavilly, Montivilliers, Fécamp… Liste non exhaustive !

Baptistère paléochrétien de Portbail, dans la Manche. (© SWG) L'agrandissement montre les sarcophages mérovingiens découverts à l'intérieur du monastère de Pental, à Saint-Samson-de-la-Roque par Léon Coutil en 1922.

Une paix carolingienne précaire

Vers 800, il faut s’imaginer les paysans du Vexin, les pêcheurs du Cotentin ou les citadins de Bayeux vivant en paix depuis plusieurs générations. La guerre sévit loin de là, sur les marches d’Espagne, en Saxe ou du côté du royaume des Avars.

Flotte normande allant assiéger Guérande. Tableau de la vie de saint Aubin, XIe siècle, Paris, BnF. L'agrandissement est un tableau d'Évariste-Vital Luminais : Pirates normands au IXème siècle, XIXe siècle.Faute de menaces, il est probable que la plupart des enceintes urbaines héritées de l’Antiquité ne soient plus guère entretenues. À quoi bon engloutir des budgets colossaux dans des constructions jugées inutiles ?

Quant aux monastères gorgés de richesses, ils s’épanouissent sans défense au beau milieu des campagnes, en des endroits isolés. L’effondrement de l’Empire carolingien, à cause des faiblesses de Louis le Débonnaire d’abord, des divisions entre ses fils ensuite, bouleverse la donne et ouvre la porte à d’audacieux pillards.

Profitant de la supériorité tactique que leur confère leurs étonnants navires, des hommes venus du Nord de l’Europe se jettent bientôt sur les côtes de la Manche. En norrois, la langue des anciens Scandinaves, on nomme ces aventuriers mâtinés de marchands et de guerriers des Vikings.

Leurs victimes les appelleront pirates, païens et… Normands, termes dont le poète jersiais Wace nous donne l’étymologie au XIIe siècle : « Man en anglais et en norrois, signifie homme en français ; ajoutez ensemble nord et man, ensemble dîtes donc Normand, c’est homme du nord en roman. »

Les Vikings à l'Armada, Edward Moran, XIXe siècle. En agrandissement, les Normands arrivent en Seine. Illustration de Paul Kauffmann (1849-1940), dans l’Album historique de la Normandie – Souvenir du Millénaire, publié en 1911. (© Coll. SWG)

« La fureur des hommes du Nord »

Dès 820, on signale un premier raid avorté en baie de Seine. Les Vikings (appelons-les comme cela) reviennent en 841 et appliquent une tactique simple, nommée en norrois strandhögg (« coup [de main] sur le rivage ») : débarquer à l’improviste sur une cible vulnérable repérée à l’avance, la passer au pillage, y mettre le feu pour désorganiser la poursuite et déguerpir au plus vite.

Ils saccagent ainsi Rouen et le riche monastère de Jumièges. Ils reviennent quatre ans plus tard et remontent cette fois jusqu’à Paris. En 851-852, ils s’enhardissent, n’hésitant plus à hiverner sur place et s’installant dans l’île de Jeufosse (Yvelines), un peu en amont de Vernon. Désormais, et pour les soixante prochaines années, il feront peser sur toute la région une menace permanente, attaquant systématiquement villes, villages, fermes isolées et monastères, ces derniers s’éteignant l’un après l’autre.

Épisode des invasions normandes en 886-Bataille de Saucourt-en-Vimeu remportée par Louis III sur les normands et leur chef Geramond, Jean-Joseph Dassy, XIXe siècle, Château de Versailles.

Les souverains carolingiens se montrent incapables d’endiguer le phénomène. À l’image de Charles II le Chauve (840-877), piètre descendant de Charlemagne, ils préfèrent régulièrement acheter le départ des indésirables, moyennant des sommes toujours plus élevées, ce qui bien sûr les incite à revenir.

Vitrail du XVIe siècle, église Notre-Dame-des-Arts du Pont-de-l'Arche. Le pont qui y figure donne une assez juste idée de l’emplacement du pont carolingien et des systèmes de défense présents sur les deux rives. (© SWG)Lorsque les rois francs lèvent enfin une armée en personne, c’est généralement pour éviter l’affrontement direct, exception faite de la bataille de Saucourt-en-Vimeu (Somme) en 881, au cours de laquelle deux jeunes monarques valeureux, Louis III et Carloman, infligent aux Vikings une défaite cinglante. Seuls résistent vraiment des barons locaux, ce qui favorise l’affaiblissement du pouvoir monarchique et bientôt l’émergence de principautés territoriales.

Charles le Chauve tente certes de barrer la route de Paris aux envahisseurs en édifiant un pont fortifié à Pîtres dans les années 860 (Pont-de-l’Arche, Eure), mais l’ouvrage sera finalement emporté dans la décennie 880. Bref, toutes les tentatives sont vaines.

Naissance de la Normandie

Les Annales de Saint-Vaast, notre dernière source d’information fiable, se taisent en 900 et nous n’avons aucun témoignage contemporain de la naissance de la Normandie.

Pour trouver un récit cohérent, il faut nous tourner vers l’œuvre du chanoine Dudon de Saint-Quentin intitulée Des mœurs et actes des premiers ducs de Normandie, proche desdits ducs de Normandie, rédigée un siècle après les faits et considérée comme suspecte par les historiens.

Il semble cependant avéré que des colonies scandinaves importantes soient déjà solidement implantées dans le Cotentin, sur une bonne partie du pays de Caux, dans la basse vallée de la Seine et le Bessin. Le roi Charles le Simple a alors l’idée de pactiser avec un chef viking nommé Hrólfr, fraîchement vaincu sous les murs de Chartres.

Rollon « premier duc de Normandie ». Il est ici désigné sous son nom chrétien de Robert, qu’il reçoit au moment de son baptême. Généalogie de la reine Elizabeth I, The British Library. En agrandissement, Gui, archevêque de Rouen, traitant avec Rollon, chef des Normands, XIVe siècle, Bibliothèque municipale de Toulouse.Selon les termes d’un acte de 918, il a auparavant concédé « aux Normands de la Seine, c’est-à-dire à Rollon et ses compagnons », des terres « pour la défense du Royaume ». À lire entre les lignes, on comprend que Charles a tenté un pari : pour empêcher les Vikings de remonter jusqu’à Paris, il a confié à l’un d’entre eux le soin de garder la basse vallée du fleuve. Des chroniques tardives (néanmoins crédibles) fixent l’événement à l’année 911 et Dudon rapporte que la rencontre historique a lieu à Saint-Clair-sur-Epte (Val-d’Oise).

D’après notre vénérable chanoine, Rollon-Hrólfr aurait reçu les terres situées « depuis l’Epte jusqu’à la mer », formule sibylline semblant désigner peu ou prou les actuels départements de l’Eure et de la Seine-Maritime, peut-être les évêchés de Rouen et d’Évreux, sans que l’on sache vraiment où situer la frontière occidentale.

Statue de Guillaume Longue-Épée à Falaise (© SWG) L'agrandissement montre une enluminure de Jean Fouquet extraite des Grandes Chroniques de France, vers 1455-1460 : Couronnement de Louis IV d'Outremer le 19 juin 936 par Artaud, archevêque de Reims (en arrière-plan à gauche). Guillaume Longue Épée est assassiné au bord de la Somme par quatre hommes de main d'Arnoul Ier, comte de Flandre (à droite).Rollon et ses hommes se convertissent par ailleurs au christianisme, peut-être plus par opportunisme que par conviction. Les deux parties sortent gagnantes de l’affaire : Charles achète à moindre frais la tranquillité en offrant une terre sur laquelle il a perdu toute autorité réelle ; Rollon devient pour sa part « comte de Rouen » et entre dans le cercle très fermé des princes territoriaux francs. La Normandie (littéralement « la terre des hommes du Nord ») est née.

On a beaucoup glosé sur la portée de la concession de 911. Dudon évoque un « bien-fonds et un alleu », autrement dit une sorte de pleine propriété, de totale indépendance. Les faits prouvent pourtant que les successeurs de Rollon prêteront, de plus ou moins bon gré, hommage aux rois de France. Nous sommes donc là dans un lien de vassalité classique, à la base de tout l’ordre féodal.

En 924, Charles le Simple a été destitué. Son remplaçant, le roi Raoul, membre de la famille des Robertiens (ancêtres des Capétiens), fait une nouvelle concession à Rollon en lui donnant « le Maine et le Bessin ». Derrière cette formulation se cachent probablement les diocèses de Bayeux, Lisieux et Sées.

En 927, Guillaume Longue-Épée, fils et successeur de Rollon, semble exercer le pouvoir sur cette Normandie encore dans l’enfance. En 933 enfin, le roi Raoul lui cède « la terre des Bretons sise sur le rivage de la mer », ce qui désigne cette fois le Cotentin et l’Avranchin, sur lesquels les Bretons exerçaient leur domination depuis 867.

C’est alors que le mont Saint-Michel, où se maintient vaille que vaille une communauté de chanoines malgré les assauts vikings, passe définitivement dans l’orbite normande. La Normandie reprend quasiment les frontières de la Lyonnaise II, à l’exception du Perche (une partie du diocèse de Sées) et du Vexin français (une partie du diocèse de Rouen).

Statue de Guillaume le Conquérant, dans sa ville natale de Falaise. (© SWG) En agrandissement, les étapes de la fondation de la Normandie. En 933, elle est pratiquement rentrée dans les frontières de la Lyonnaise II. (© SWG)

L’expansion normande

Les descendants de Rollon ne cessent de renforcer la Normandie qui devient, avec la Flandre, l’État féodal le plus prospère du nord de l’ancienne Gaule. Il faut toutefois attendre le principat de Richard II (996-1026) pour voir ses maîtres prendre le titre de duc.

Tour à tour, ils s’emploient à favoriser le développement économique et à réorganiser l’Église, mise à mal durant la période viking, encourageant tout au long du XIe siècle la fondation d’innombrables monastères. C’est aussi à cette époque que quelques dizaines de chevaliers normands, de retour d'un pèlerinage à Jérusaleme, s'arrêtent en Sicile où ils vont faire souche avec un incroyable succès : ils y deviendront d’abord mercenaires avant de se tailler d’immenses domaines à grands coups d’épée. Le petit-fils de l'un d'eux, Roger de Hauteville, deviendra même roi de Sicile.

Tapisserie de Bayeux, scène 1 : le roi Édouard le Confesseur reçoit son beau-frère Harold Godwinson dans son palais de Winchester et lui confie une mission, Musée de la Tapisserie de Bayeux. En agrandissement, scènes 29-30-31 : le couronnement de Harold II d'Angleterre. Mais la principale affaire de ce XIe siècle, c’est bien sûr la conquête de l’Angleterre. Après une jeunesse troublée (1035-1047), le duc Guillaume II écrase en 1047 des vassaux rebelles au Val-ès-Dunes, près de Caen. Une fois la Normandie solidement tenue, il annexe le Passais (région de Domfront, sud de l’Orne), terrasse par deux fois, en 1054 et 1057, une coalition menée par le comte d’Anjou Geoffroi Martel et le roi de France Henri Ier, et s’empare du comté de Maine en 1064.

Il regarde alors vers l’Angleterre, dont le roi Édouard le Confesseur lui a promis le trône après sa mort. Et voici qu’au début de l’année 1066, au décès d’Édouard, le plus puissant noble de l’île, Harold de Wessex, s’en empare. Guillaume le considère comme un usurpateur, lève une armée composée de Normands, ainsi que de Bretons et de Flamands, avant de traverser la Manche.

Il triomphe de son rival le 14 octobre 1066 à Hastings et se fait couronner à Londres le 25 décembre suivant. Cinq ans supplémentaires, ponctués de sièges et de répressions sanglantes, seront toutefois nécessaires aux Normands pour pleinement asseoir leur autorité dans l’île.

Tapisserie de Bayeux - Scène 57: la mort du roi Harold à la bataille de Hastings.

Les Plantagenêt

Les Normands importent en Angleterre leur langue, un dialecte roman différent de celui parlé en Île-de-France, mais aussi l’architecture romane, que les Anglais appellent toujours Norman style. Les envahisseurs bouleversent par ailleurs les structures sociales, réforment complètement l’Église, plaçant petit à petit leurs fidèles à tous les postes clefs. Pour résumer, ils s’assurent la mainmise sur le pays.

Mathilde l'Emperesse, miniature, XIVe siècle, Liber benefactorum de l'abbaye de St Albans, British Library. En agrandissement, Geoffroi Plantagenêt, comte d’Anjou et duc de Normandie à partir de 1144. Émail champlevé, Carré Plantagenêt, Le Mans. (© SWG)À la mort de Guillaume, en 1087, ses trois fils se livrent une lutte farouche pour récupérer ses possessions. C’est finalement le plus jeune, Henri Ier Beauclerc, qui triomphe en 1106 et réunit le royaume anglais avec le duché normand. Ce prince passe l’essentiel de son règne à lutter contre le roi de France Louis VI le Gros et contre des vassaux insubordonnés. Décédé en 1135, il laisse pour seule héritière légitime une fille, Mathilde, surnommée l’Emperesse en raison d’un premier mariage contracté avec un empereur germanique.

En secondes noces, elle a épousé Geoffroi Plantagenêt, comte d’Anjou. La voie paraît toute tracée, mais l’un des cousins de Mathilde, Étienne de Blois, petit-fils du Conquérant par sa mère, s’empare de l’Angleterre comme de la Normandie.

Geoffroi Plantagenêt réussit à lui enlever celle-ci par les armes en 1144. Il la transmet à son fils, Henri, en 1150, auquel Étienne, sans héritier, finit par promettre aussi le trône d’Angleterre. En 1154, Angleterre et Normandie sont à nouveau placé sous le même sceptre, celui d’Henri II Plantagenêt.

Mais pas seulement : également comte d’Anjou par héritage, Henri a épousé en 1152 Aliénor d’Aquitaine et il est donc duc de cette belle province. Il fonde ainsi ce que les historiens nomment volontiers « l’Empire plantagenêt », qui s’étend de la frontière écossaise aux Pyrénées.

Gisants d’Henri II Plantagenêt et d’Aliénor d’Aquitaine. Abbaye de Fontevraud, dans le Maine-et-Loire. (© SWG) L'agrandissement montre une représentation probable d’Henri II Plantagenêt, d’Aliénor d’Aquitaine et de trois de leurs fils. Chapelle Sainte-Radégonde de Chinon. (© SWG)

Et la Normandie devient « française »

La Normandie reste le pivot de cet immense territoire. Henri II Plantagenêt y séjourne régulièrement, tout comme son fils et héritier, le célèbre Richard Cœur de Lion. Celui-ci doit la protéger contre les tentatives d’empiétement permanentes du roi de France Philippe Auguste.

Le Capétien obtient le Vexin normand en 1196, faisant sauter la frontière fortifiée de l’Epte, hérissée de châteaux sur ses deux rives. En réaction, Richard construit en un an le redoutable Château-Gaillard, pour verrouiller la route de Rouen à la hauteur des Andelys (Eure), mais il trouve la mort en 1199.

Le costume est trop grand pour l’homme qui lui succède, son frère Jean sans Terre. Le 28 avril 1202, pour avoir enlevé la fiancée de l’un de ses vassaux, il est condamné à perdre tous ses fiefs détenus de la couronne de France. Philippe Auguste passe aussitôt à l’action et lui arrache des pans entiers de la Normandie, notamment les comtés d’Aumale, d’Eu et d’Évreux.

Château-Gaillard, construit en un an par Richard Cœur de Lion pour fermer aux Français la route de Rouen. (© SWG)

En 1203, le Capétien pousse son avantage et pose le siège à l’été sous les murs du Château-Gaillard. La forteresse du roi Richard tombe le 6 mars et rien ne peut plus désormais arrêter la déferlante française : Caen est pris en mai, Rouen le 24 juin. Dans la foulée, Philippe s’empare de la Touraine, de l’Anjou et du Poitou. S’en est fini de cette Normandie pratiquement autonome, qui fit trembler une bonne partie de l’Europe du Bosphore au mur d’Hadrien.

Faute de flotte, le Capétien doit cependant renoncer à envahir Aurigny, Sercq, Jersey, Guernesey, dont les habitants négocient des avantages substantiels avec Jean sans Terre pour lui conserver leur fidélité. Le divorce est consommé entre « Normandie continentale » et îles Anglo-Normandes.

L'octroi de la Charte aux Normands par Louis X le Hutin en 1315 est confirmé en 1339 par Philippe VI et garantit une large autonomie à la Normandie, manuscrit du XIVe siècle, Paris, BnF.

Dans la tourmente de la guerre de Cent Ans

Désormais, la destinée de la Normandie se fond dans celle du royaume de France, avec quelques particularités toutefois. La coutume de Normandie par exemple, droit propre aux Normands, y sera appliquée jusqu’à la Révolution (et l’est toujours dans les îles Anglo-Normandes !).

Le roi Édouard III. À la tête de ses troupes, il débarque dans le Cotentin en 1346, plongeant la Normandie dans les affres de la guerre de Cent Ans. Nova Statuta pour Edward III, The British Library. En agrandissement, soldats anglais sur le bas-relief de la cathédrale de Lisieux, XVe siècle.Par la Charte aux Normands du 19 mars 1315, le roi Louis X le Hutin reconnaît les spécificités d’une province, qui sombre, à partir de 1346, dans la guerre de Cent Ans, comme le reste du pays.

Au mois d’août de cette année tragique, le roi d’Angleterre Édouard III débarque dans le Cotentin et file vers Paris en ravageant tout sur son passage. Comme autrefois à l’aube de l’ère Viking, les enceintes urbaines ne sont plus guère entretenues et Cherbourg, Valognes, Carentan, Saint-Lô, Caen, Louviers, entre autres, subissent les foudres anglaises.

Suivent des décennies d’épidémies et de ravages, dus tour à tour aux bandes armées hantant les campagnes, aux Britanniques, ou même aux Français, sur fond de guerre à la fois civile et étrangère.

Siège puis reddition de Rouen (en agrandissement), enluminure des Vigiles de Charles VII, vers 1484, Paris, BnF. En 1415, le roi Henry V débarque dans l’estuaire de la Seine et s’empare d’Harfleur, avant d’infliger aux Français la terrible défaite d’Azincourt. Il revient en 1417 et entreprend cette fois la conquête de la province de ses ancêtres, qu’il achève en janvier 1419 avec la reddition de Rouen. Pour trente ans, la Normandie se retrouve détachée du royaume de France et c’est à Rouen, plutôt qu’à Paris, que les Anglais préfèrent juger Jeanne d’Arc en 1431.

Charles VII lance la reconquête en 1449. Les opérations s’achèvent par la défaite anglaise de Formigny, le 15 avril 1450, et la prise de Cherbourg dans la foulée.

Le roi Louis XI mesure bien le péril que représente une Normandie trop autonome, qui vient juste de manquer de lui échapper, et il fait symboliquement briser l’anneau ducal le 9 novembre 1469, devant l’Échiquier (sorte de parlement) réuni pour l’occasion. C'en est fini du duché de Normandie.

Bataille de Formigny, enluminure attribuée à Philippe de Mazerolles, Chroniques de Charles VII de Jean Chartier, Paris, BnF. En agrandissement, le monument de Formigny (Calvados), rappelant la victoire de 1450 sur les Anglais. (© SWG)

L'aventure française

La Renaissance débute avec de grandes missions d'exploration menées aux quatre coins du globe. Les armateurs normands y participent largement et François Ier les y encourage en fondant Le Havre à l'embouchure de la Seine. De son côté, l'armateur dieppois Jean Ango affrète plusieurs navires pour le Nouveau Monde. À l'occasion, il ne dédaigne pas non plus armer des vaisseaux pour se livrer à la guerre de course (dico), ce qui fera sa fortune.

Mais la fin du XVIe siècle amène aussi guerres de religion, morts et destructions. Henri IV triomphe des Ligueurs à Arques (15-29 septembre 1589) et surtout d’Ivry (14 mars 1590), où l’on prête au Vert Galant la célèbre formule « Ralliez-vous à mon panache blanc. »

Au Grand Siècle, le Parlement de Normandie s’illustre pour sa propension à envoyer au bûcher tous les suspects de sorcellerie, ce qui lui vaut de la part de Louis XIV une interdiction formelle de continuer les poursuites en 1670.

Le XVIIIe siècle est malheureusement synonyme de commerce triangulaire, notamment pour le port du Havre qui y prend une large part, mais aussi de Révolution, avec une chouannerie très active dans le sud de la province. Durant tous ces siècles, la Normandie fait face à l’ennemi héréditaire britannique et subit quantité de débarquements, de coups de main, de bombardements… Une situation qui ne cesse qu’avec la fin du Premier Empire.

Au XIXe siècle, alors que s’ouvrent les lignes de chemin de fer Paris-Rouen-Le Havre (achevée en 1847) et Paris-Caen-Cherbourg (1858), se développent tout au long de la côte des stations balnéaires comme Deauville, Cabourg ou Étretat.

Hauteville House. Chez Victor Hugo, à Guernesey. (© SWG)C’est aussi un âge d’or pour les arts, avec dans le domaine des Lettres Flaubert, Barbey d’Aurevilly et autres Maupassant, qui se posent en héritiers du « Grand Corneille » et de Bernardin de Saint-Pierre. Hugo vient également chercher la paix en val de Seine, avant de passer deux décennies en exil à Jersey, puis Guernesey ; on sait par ailleurs le rôle que joueront Cabourg et son Grand-Hôtel dans l’œuvre de Marcel Proust, en devenant le Grand-Hôtel de Balbec dans À la recherche du temps perdu.

La peinture n’est pas en reste et la Normandie joue un rôle central dans la naissance de l’impressionnisme, avec les Honfleurais Dubourg et Boudin, le Havrais Monet… Tous les plus grands, de Pissarro à Renoir, de Sisley à Berthe Morisot en passant par Jongkind, planteront leur chevalet dans les parages de la Manche.

 Johan Barthold Jongkind, Quai à Honfleur, 1866, © MuMa Le Havre. Immersion, lors de l'agrandissement, dans le jardin de Claude Monet, à Giverny. (© SWG)

Les grands vents de l’Histoire continuent cependant de souffler sur la Normandie. D’abord en 1870-1871, avec de rudes batailles livrées sur son sol pendant la guerre franco-allemande, suivie d’une occupation partielle ; pendant la Seconde Guerre mondiale ensuite, avec des villes presque entièrement rasées dès 1940 (Yvetot, Vernon, Caudebec, Louviers, Saint-Valery-en-Caux…).

Le 6 juin 1944 vient la plus grande opération navale de tous les temps : le Débarquement de Normandie, avec son lot de dévastations et de morts. L’historien britannique Anthony Beevor présente justement la Normandie comme « l’agneau sacrificiel offert pour la libération de la France ». Ce dernier conflit a laissé sur la vieille terre de Guillaume le Conquérant des stigmates et des souvenirs indélébiles, qui ne l’empêchent nullement, réunifiée depuis le 1er janvier 2016, de regarder sereinement vers l’avenir.

Bibliographie

Pierre Bauduin, Claude Lorren, Thomas Jarry, Élisabeth Deniaux, La Normandie avant les Normands, Rennes, 2002,
Roger Jouet et Claude Quétel, Histoire de la Normandie, Bayeux, 2011,
Cyril Marcigny, L’âge du bronze en Normandie, Bayeux, 2019,
François Neveux, La Normandie des ducs aux rois, Rennes, 1998,
François Neveux, La Normandie royale, Rennes, 2005,
François Neveux, La Normandie pendant la guerre de Cent Ans, Rennes, 2008,
Guy Verron, Préhistoire de la Normandie, Rennes, 2000.


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Les abbayes normandes
Publié ou mis à jour le : 2020-10-18 13:12:38

 
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