Les juifs en Europe

Résurgence de l'antisémitisme

La République française a vu émerger dans les premières années du XXIe siècle un antisémitisme sans précédent sur son sol. Cette haine des juifs, qui va jusqu'au meurtre, est alimentée par le conflit israélo-palestinien...
Elle se nourrit du mal-être d'une fraction de la jeunesse musulmane face à une modernité occidentale à laquelle elle n'arrive pas à s'identifier et de son ressentiment à l'égard des juifs naguère humiliés et voués au statut de dhimmi (« protégés », aujourd'hui en apparence bien intégrés dans le monde occidental et tenant tête en Israël à toutes les coalitions arabes (note)...

Le juif et la France, exposition antisémite du palais Berlitz (Paris, 5 septembre 1941 - 15 janvier 1942)Dans les années 1970, l'opinion publique paraissait vaccinée contre l'antisémitisme en France et dans le reste du monde.

En marge de la société, des illuminés comme le « négationniste » Faurisson contestaient la réalité de la Shoah cependant que quelques nostalgiques de l'Occupation ressassaient les préjugés antisémites habituels.

Mais peu à peu a émergé un nouvel antisémitisme qui a pris prétexte de la défense des Palestiniens pour condamner non seulement les Israéliens mais aussi un « lobby juif » auquel sont assimilés tous les juifs de France et des États-Unis.

Ce nouvel antisémitisme ne se nourrit pas seulement de préjugés mais, ce qui est autrement plus grave, de la haine des juifs.

Celle-ci est devenue dans les années 2000 le facteur de ralliement d'une jeunesse pauvre et inculte en grande partie issue de l'immigration maghrébine et sahélienne. Elle tient au fait que les juifs français, dont la majorité viennent d'Afrique du Nord, ont mieux réussi que ces autres minorités à s'intégrer à la communauté nationale. Elle se diffuse aussi dans une fraction de la jeunesse française pauvre, d'ascendance chrétienne mais en voie de déculturation.

Plus gravement, elle trouve un écho dans la jeunesse des beaux quartiers, à l'image de la propre fille de deux députés, Alexis Corbière et Rachel Garrido, qui clame sur les réseaux sociaux, au grand dam de ses parents : « Je suis antisémite, j'assume ! »

Comment ne pas rappeler le cri de Zola dans sa Lettre à la jeunesse (1897) : « Des jeunes gens antisémites, ça existe donc, cela ? Il y a donc des cerveaux neufs, des âmes neuves, que cet imbécile poison a déjà déséquilibrés ? »

Le cas Dieudonné

L'un des premiers porte-parole du nouvel antisémitisme fut dans les années 2010 l'humoriste Dieudonné, un métis franco-camérounais doté d'un réel talent de scène. Il a d'abord donné le change en revendiquant plus de place en France pour les minorités ethniques dans un discours propre à séduire la gauche « morale ».

Puis il a jeté le masque en faisant des juifs l'obstacle à l'émancipation de ces minorités et en se rapprochant d'Alain Soral, un transfuge du parti communiste devenu le théoricien de l'antisémitisme. Il a même repris à son compte des inepties comme d'attribuer aux juifs la responsabilité de la traite atlantique !

Dieudonné s'est aussi rapproché des antisémites traditionnels de l'extrême-droite, lesquels cultivent de vieux préjugés sur les juifs et l'argent sans partager pour autant le racisme criminel des nazis, fondé sur le culte d'une race supérieure de grands blonds aux yeux bleus. Il a par ailleurs bénéficié du soutien de quelques vedettes du showbiz comme Nicolas Anelka, footballeur antillais converti à l'islam.

Mais son public attitré, ce furent les jeunes générations de toutes origines, en rupture avec l'idée nationale et qui votent écologiste ou extrême-gauche (du moins quand elles daignent voter). 

La gauche social-démocrate n'a trouvé à lui opposer que la censure a priori de ses spectacles, contestée à juste titre par Jack Lang, ancien ministre et professeur de droit, et les outrances d'un autre humoriste, Nicolas Bedos, grimé en mollah-Hitler (21 janvier 2014).

L'odieux attentat terroriste dont furent victimes les journalistes de Charlie Hebdo le 7 janvier 2015 pour avoir critiqué le prophète de l'islam a ajouté au trouble. Beaucoup de jeunes musulmans ont eu alors le sentiment d'un traitement inéquitable entre Dieudonné qui se moque des juifs et les caricaturistes qui dévaluent leur religion, comme si la liberté d'expression ne devait profiter qu'aux juifs !

Rattrappé par les ennuis judiciaires dans les années 2020, l'humoriste est passé à la trappe mais le nouvel antisémitisme s'est entretemps enraciné en France.

Haine des juifs, haine de l'Occident

En ce XXIe siècle, la haine des juifs ne se cantonne plus à des insultes mais débouche sur des crimes. On en a eu de tragiques illustrations avec le calvaire du jeune israélite Ilan Halimi, torturé à mort en janvier 2006 par le « gang des barbares », l'assassinat de trois enfants juifs par l'islamiste d'origine algérienne Merah en mars 2012,  ou encore les violences subies par une famille juive de Créteil, en décembre 2014, du fait de « deux Blacks et un Nord-Africain » (Libération, 12 décembre 2014).

La liste s'est encore allongée avec les meurtres de Sarah Halimi (4 avril 2017) et de Mireille Knoll (23 mars 2018) , qui avait échappé à la rafle du Vél d'Hiv, sans oublier les quatre victimes du Musée juif de Bruxelles, tuées le 24 mai 2014 par un Franco-Algérien, ni les quatre morts de la prise d'otages de l'Hyper Cacher de Vincennes le 9 janvier 2015.

Par son caractère violent et meurtrier, la haine antisémite apparue dans les années 2000 est sans précédent. Jamais auparavant en France on n'avait assassiné des juifs (des enfants !) du seul fait de leur religion, si l'on met à part l'occupation nazie (note).

Cette haine des juifs exprime le rejet de la société occidentale par le fait que les juifs en représentent la partie la plus accomplie, à tort ou à raison. À l'inverse des anciens antisémites qui reprochaient aux juifs de n'être pas assez intégrés, les nouveaux leur reprochent de l'être trop ! Aujourd'hui, s'attaquer aux juifs, c'est, sans en avoir l'air, se dresser contre les moeurs occidentales et la modernité, voire contre les « blancs ».

Gendarmes dans le cimetière juif de Westhoffen en Alsace après sa profanation le 4 décembre 2019.

Criminelles complaisances

Il faut remonter plus de trente ans en arrière pour voir les Français manifester en masse contre un acte antisémite, la profanation du cimetière juif de Carpentras dans la nuit du 8 au 9 mai 1990. Encore s'agissait-il à l'époque de saisir ce prétexte pour dénoncer le Front National de Jean-Marie Le Pen (note).

Par contre, aucun des attentats criminels commis par des islamistes contre des juifs n'a entraîné de mobilisation populaire. Le 11 janvier 2015, plusieurs millions de Français ont manifesté, mais ce fut au cri de : « Je suis Charlie », pour s'indigner à juste titre de l'assassinat de la rédaction du magazine. Personne n'a crié ce jour-là :  « Je suis juif » en rappel de l'assassinat concomitant de quatre juifs dans l'Hyper Cacher de Vincennes. 

Le nouvel antisémitisme ainsi que le racisme (dico) bénéficient en effet d'une mansuétude surprenante de la gauche « morale » cependant que l'extrême-gauche et les « antifas » (pour antifascistes) se voient piégés par un antisionisme aux relents antisémites et un soutien inconditionnel aux thèses racialistes qui réduisent musulmans et noirs à l'état d'« éternels opprimés ».

L'Université de Saint-Denis a accueilli sans frémir un colloque explicitement réservé aux non-blancs (« Paroles non-blanches », 11-15 avril 2016)... Il serait à ce propos intéressant d'entendre la définition d'un « non-blanc » : à partir de combien de grands-parents blancs un métis est-il renvoyé dans la catégorie honnie ? Suggérons aux organisateurs du colloque de trancher la question en reprenant à leur compte les lois de Nuremberg !

La même année, le 29 mai 2016, le maire de Verdun, de concert avec l'État, a invité  aux cérémonies du Centenaire un chanteur « dieudonnesque » connu pour ses outrances antisémites, au prétexte qu'il était « plébiscité par les jeunes comme aucun autre artiste français ». Cet artiste à peau noire appartenait à un groupe de rap délicatement baptisé Sexion d'Assaut, en référence aux SA nazies ! N'était-ce pas un motif suffisant de le renvoyer à ses outrances ?    

Mehdi Meklat est un autre exemple des dérives de la gauche. Cette vedette du Bondy Blog, un média de la banlieue parisienne, ne craignit pas de multiplier des propos haineux contre les homosexuels et les juifs mais en les signant d'un pseudo au nom bien français (Marcelin Deschamps) pour mieux les banaliser et répandre aussi l'idée fausse que la haine était partagée par tous. Malgré cela et son appel au « Grand Remplacement », il a conservé l'estime aussi bien des Inrockuptibles que d'honorables journalistes de la radio du service public.

Depuis lors, les incidents antisémites se multiplient sans plus émouvoir l'opinion publique... 

Sauver l'intégration « à la française »

Dans un pays, la France, qui compte la communauté israélite la plus nombreuse d'Europe et a accueilli plus de personnes des autres continents que tout autre pays européen, le nouvel antisémitisme consacre la faillite du « multiculturalisme » prôné par quelques grands esprits.

Il met en lumière la faillite de l'extrême-gauche (La France Insoumise, Verts,...) dont les thèses racialistes réduisent musulmans et noirs à l'état d'« éternels opprimés ». Comment les enfants d'immigrants ne finiraient-ils pas par perdre le nord à force de s'entendre dire que toutes leurs difficultés viennent de la malfaisance des Français (colonisation, esclavage, discriminations...) ?

Il signe aussi l'échec des socialistes qui, à l'instigation des penseurs de Terra Nova, ont parié sur l'alliance de la bourgeoisie mondialisée et du prolétariat immigré, contre les classes moyennes, les ouvriers et les employés. Ce pari a assuré l'élection de François Hollande en 2012 mais il se retourne aujourd'hui contre ses instigateurs en rejetant à l'arrière-plan les revendications sociales qui ont fait le succès des socialistes et en promouvant des revendications « sociétales » bourgeoises. On a vu ainsi une ancienne égérie de la gauche « morale », Farida Belghoul, ex-figure de la Marche des beurs de 1983, rejoindre Dieudonné au nom de la défense des valeurs familiales et traditionnelles contre l'« homophilie » de la bourgeoisie.

Le nouvel antisémitisme annonce une société éclatée et fait planer de lourdes menaces sur la génération à venir... Nous échapperons à la fatalité si nous inculquons à chacun, d'où qu'il vienne, à quelque classe qu'il appartienne, l'amour de la France, de son Histoire, de sa langue et de sa culture. Puissions-nous en avoir la volonté, la force et le courage (note).

André Larané
Publié ou mis à jour le : 2024-01-28 16:35:20

Voir les 30 commentaires sur cet article

Loïc (15-02-2024 22:54:22)

Qualifier le 7-Octobre de plus grand attentat antisémite du siècle​ comme l'a fait Emmanuel Macron est ​t​out à fait trompeu​r : ​Ce n'est pas l'antisémitisme façon XXe... Lire la suite

mcae.fr (14-11-2023 08:06:17)

Il serait bon de rappeler que tout n’a pas été dit sur le chiffre (incontestable!!!!!) de 6 millions de morts de la Shoah, si on rappelle que Roosevelt s’est toujours farouchement opposé à mettre fin ... Lire la suite

Pierre (13-11-2023 14:04:10)

L’antisémitisme est né des principales tares de l’humanité. Mais présentement, c’est secondaire si on compare au sort des Palestiniens. Pour eux quel est l’espoir? La politique d’Israël, soutenu par l... Lire la suite

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