La France mérite mieux !

M. Mélenchon, ne médisez pas sur l’Histoire de France

Le 4 mars 2026, à Bondy, au nord de Paris, Jean-Luc Mélenchon a réaffirmé que la construction de Notre-Dame de Paris aurait été rendue possible grâce aux savoirs empruntés aux musulmans et à Saladin !…  Dans un texte d’une belle tenue, Philippe Marie (Tribune chrétienne) a démontré l’ineptie de ses propos et je n’y reviendrai pas.

Demandons-nous pourquoi devant un public majoritairement originaire du sud de la Méditerranée, le leader de La France Insoumise (LFI, extrême-gauche) éprouve ainsi le besoin de dévaloriser la France et son Histoire.

Jean-Luc Mélenchon est l’un des rares hommes politiques actuels qui aime se référer à l’Histoire. C’est un trait qu’il partage avec toutes les grandes figures républicaines de la France comme avec un autre tribun, son miroir inversé : feu Jean-Marie Le Pen (FN, extrême-droite). En 2016, Herodote.net l’avait interrogé sur l’Histoire de France et il avait évoqué avec passion et pertinence les figures de Philippe le Bel, Louis XI et Robespierre.

Veut-il aujourd’hui démontrer aux fils d'immigrés que le pays qui a accueilli leurs parents ou grands-parents n'a rien qui mérite qu'on l'aime ? Que leurs parents ou grands-parents ont eu tort en fuyant la terre de leurs ancêtres pour ce qu'ils croyaient bien à tort être un Eden ? Veut-il nourrir le ressentiment de tous ceux qui peinent à s’épanouir dans leur existence ?

Le plus lourd de conséquences est la racialisation des rapports sociaux par Jean-Luc Mélenchon et son état-major (note). Leur mise en avant des « racisés » est toutefois récusée au sein même de LFI par des personnalités comme le nouveau maire de Saint-Denis (150.000 habitants), Bally Bagayoko (52 ans), élu le 15 mars 2026.

Ce fils d’immigrants maliens, cadre à la RATP et élu local, modèle d’assimilation, calme et pondéré, est au premier abord l’antithèse de Jean-Luc Mélenchon, lui-même né au Maroc dans un foyer de petits colons hispano-siciliens. Il refuse l’appellation de « racisés » pour définir les nouveaux Français venus du continent africain et préfère parler des « héritiers de l’immigration » (source : entretien avec Apolline de Malherbe). Il rejoint en cela la tradition millénaire de la France, qui ignore le concept de race et cultive le « désir de vivre ensemble », un concept inventé par le philosophe Ernest Renan et dans lequel le mot important est « désir ».

Pour une Histoire de France qui rassemble et grandit

Si nous souhaitons non pas conduire le pays à la guerre intercommunautaire mais assimiler les immigrants et enfants d’immigrants de ces dernières décennies, alors, il importe de prendre le contrepied du discours de Bondy évoqué plus haut.

Reprenons la formule célèbre de notre « instituteur national » Ernest Lavisse en la paraphrasant : « Jeunes gens, la France mérite d’être aimée parce que la nature l'a faite belle, et parce que son histoire l'a faite grande ».

C’est le thème que je me suis plu à développer dans un essai pédagogique et respectueux des données historiques : Notre Héritage, Ce que la France a apporté au monde (Herodote.net/L’Artilleur, octobre 2022).

 

Rappelons quelques-uns de ces apports de la France au monde. Ils bousculent les idées reçues et les contresens qui fleurissent sur les réseaux sociaux et parfois trouvent un écho dans les milieux universitaires et intellectuels.

Ainsi, à l’encontre du prêchi-prêcha sur le « patriarcat occidental », c’est la chrétienté médiévale qui a libéré les femmes, de façon imparfaite certes, mais bien plus sûrement que toutes les autres civilisations du IIe millénaire.

Dans cet espace centré sur l’Hexagone français, elles avaient accès à toutes les professions (sauf la prêtrise) ; elles étaient libres de choisir leur mari et, corrélativement, avaient toute liberté de sortir et se vêtir comme il leur plaisait ; elles étaient protégées contre la répudiation et celles qui refusaient le mariage avaient la faculté d’entrer en religion.

Il y eut ensuite une première régression à la Renaissance, sous la pression des milieux « intellectuels » (droit, médecine) et des corporations professionnelles, et une seconde, bien plus profonde, sous le XIXe siècle bourgeois. Celle-ci débuta très précisément en France à l’automne 1793, quand la gauche jacobine au pouvoir envoya à la guillotine la reine mais aussi Olympe de Gouges, Mme Roland et beaucoup d’autres.

En France, la sexualité est longtemps demeurée du domaine de l’intime. Au Moyen Âge, l’homosexualité et l’adultère étaient des péchés parmi d’autres et l’on pouvait les effacer dans le secret de la confession. C’est seulement au milieu du XIXe siècle que des savants imbus d’eux-mêmes commencèrent à traiter l’homosexualité comme une maladie honteuse. Quant à l’adultère, il devint sous la IIIe République un motif de divorce.

La France médiévale fut aussi après l’An Mil le premier territoire au monde débarrassé de l’esclavage, autrement dit de la faculté de disposer d’un être humain à sa guise et de le vendre sans égard pour ses liens affectifs (conjoint, enfants).

L’esclavage réapparu seulement au XVIIe siècle sur des îles lointaines, à l’initiative d’aventuriers qui adoptèrent le modèle oriental des plantations sucrières avec une main-d’œuvre africaine. Il s’amplifia au Siècle des Lumières (le mal-nommé) tandis qu’émergea en France et en Europe, dans les milieux dits « philosophiques », l’idée d’une classification de l’humanité en races plus ou moins douées.

Ce fut la naissance du racisme « scientifique », une extrapolation du racisme bien réel qui avait cours dans d’autres régions du monde et en particulier dans l’espace arabo-musulman.

C’est quelques années après la mort de Mahomet qu’un général musulman imposa à un roitelet du Soudan la livraison chaque année de plusieurs centaines d’esclaves. Au Xe siècle, l’érudit arabe Al-Tabari se fonde sur le récit biblique de la malédiction de Cham (dico) pour justifier l’esclavage des Africains (avec castration en prime). On peut y voir le début du racisme antinoir.

De l’autre côté de la Méditerranée, en France et dans la chrétienté médiévale, on insistait au contraire sur l’unité de l’humanité. Celle-ci était illustrée par un roi noir parmi les trois Rois mages de l’Épiphanie. Dans les États francs de Terre Sainte, créés à l’occasion des croisades, les chroniqueurs arabes étaient frappés par le fait que le droit était le même pour tous, quelle que soit leur condition et leur appartenance religieuse.

Dans les États européens issus de la féodalité, en effet, chacun était tenu de respecter le droit. Celui-ci tirait sa force de son ancienneté et s’imposait à tous. Même au XVIIe siècle, sous le règne de Louis XIV, roi que l’on dit « absolu », le monarque lui-même était tenu de respecter les décisions de justice et les procédures de ce que l’on appellerait aujourd’hui l’État de droit.

Au Moyen Âge, la religion était certes omniprésente mais elle laissait place à la liberté de penser. Au XIIe siècle, dans les écoles diocésaines de Paris, Chartres et Orléans, de grands esprits comme le fameux Abélard entreprirent de séparer la raison de la foi : on pouvait être un bon chrétien tout en philosophant.

Notre Héritage / Ce que la France a apporté au monde (Herodote.net/L'Artilleur, 416 pages, 2022, 22 euros)Ce sont ces différents aspects : émancipation des femmes, absence d’esclaves, respect du droit, etc., qui ont permis à la pointe occidentale de l’Eurasie de progresser siècle après siècle. Ainsi a-t-elle pu accomplir la révolution industrielle qui a sorti l’humanité de la précarité, généralisé l’instruction, éradiqué les famines et les épidémies, réduit à presque rien la mortalité infantile, etc.

Ce résultat sans équivalent dans l’Histoire universelle est, comme on l’a vu, le fruit d’un concours de circonstances providentiel. Il ne préjuge bien évidemment pas d’une quelconque supériorité des Européens sur le reste de l’humanité. Mais il nous oblige. Les jeunes Français et les jeunes Européens se doivent d’être reconnaissants aux générations passées pour leurs efforts et de s’inscrire dans leur sillage. Les nouveaux Français et les nouveaux Européens, venus des autres continents, se doivent d’être également reconnaissants à la terre qui a accueilli leurs parents et de la féconder à leur tour de leurs talents et leur travail.

Pour un développement plus détaillé et plus complet des apports de la France à l’humanité, rien ne vaut bien sûr la lecture des 416 pages de Notre Héritage.

André Larané
Publié ou mis à jour le : 2026-03-19 10:23:58

Voir les 11 commentaires sur cet article

ajperlaigue (19-03-2026 11:43:19)

Sur la rq concernant JLM, je n'ai pas développé un autre aspect que je ressens mal dans le texte, c'est qu'analyser son propos sur le patrimoine, les cathédrales, les antériorités, appropriations... Lire la suite

Robert V (19-03-2026 07:04:53)

En référence à la phrase ,vous verrez à la fin qu'il restera eux et nous . Nous prépare t-il pas une révolte des banlieues en cas de victoire du RN à la présidentielle ? sinon quel est son ... Lire la suite

VALLVERDU Constant (18-03-2026 21:31:51)

Merci M Larané. Merci pour cette "remise à niveau ", concernant le sieur Mélenchon, lequel n’en est pas à une outrance près. Rien ne me contrarie plus que la propension qu’ont certains p... Lire la suite

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