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Vers un nouveau monde

Les années « jeunes » (1943-1968)


Il y a un demi-siècle, en 1968-1973, les Occidentaux refermaient sans trop en avoir conscience la parenthèse de l’après-guerre.

Ils rompaient avec un quart de siècle à tous égards atypique. Cette courte période s'était caractérisée par une fécondité plus élevée que durant le siècle précédent, une entrée en force dans l’industrie de masse et la société de consommation et un remodelage complet des relations internationales après deux siècles d’une écrasante prépondérance de l’Europe.

Les Français allaient garder la nostalgie de cette période de grand dynamisme qui faisait suite à plusieurs décennies d’asthénie et que l’économiste Jean Fourastié a qualifiée de « Trente Glorieuses » en 1979.

André Larané
Génération Johnny

Johnny Hallyday sur la Place de la Nation, le 22 juin 1963 (15 juin 1943, Paris ; 6 décembre 2017, Marnes-la-Coquette) (DR)Né en 1943, Johnny Hallyday, malgré sa très longue carrière, demeure le marqueur le plus représentatif d’une génération exubérante, joyeuse et tourmentée, celle qui avait vingt ans dans les années 1960. « Idole des jeunes » dans ces années-là, il a accompagné sa génération au fil des décennies suivantes.

D’aucuns ont comparé son hommage funèbre à celui de Victor Hugo. Si excessif que soit le parallèle entre les cent ou deux cents mille badauds du 9 décembre 2017 et le million du 1er juin 1885, notons que le chanteur et le poète ont l’un et l’autre dialogué avec les Français pendant plus d’un demi-siècle. Le premier, issu du peuple, a réussi à gagner le respect des intellectuels ; le second, issu de la bourgeoisie, a su mieux que personne s’adresser aux humbles.

Mais les similitudes s’arrêtent là. Johnny, malgré son nom et son tropisme américains, est demeuré très hexagonal et l'on peut douter que ses chansons survivent à ses fans. Hugo s’est acquis une stature universelle et compte avec Napoléon, Pasteur, Jeanne d’Arc et Marie Curie parmi les rares Français connus de tous les humains ou à peu près.

[cliquez sur la frise et suivez les événements de 1989 à 2018]

Révolution démographique

1942 ! Au plus fort de la Seconde Guerre mondiale, au plus profond de l’abîme, quand s’ouvrent les chambres à gaz et que débute Stalingrad, plus grande bataille de tous les temps, la vie renaît.

Timbre poste émis en 1939 par le gouvernement issu du Front populaire, en vue d'encourager la natalitéPour des raisons qui nous échappent, la natalité connaît un rebond surprenant après des décennies de langueur. En France, le nombre de naissances passe de 490 000 en 1941 à 542 000 l’année suivante.

Les démographes ne prendront la mesure du phénomène que plusieurs années après : il annonce dans la plupart des pays occidentaux dont la France une hausse de la fécondité à près de trois enfants par femme (plus qu'en Algérie ou en Iran aujourd'hui), contre près de moitié moins dans les décennies antérieures.

Ce niveau exceptionnel va perdurer jusqu’en 1964, avec cette année-là environ 870 000 naissances pour cinquante millions d’habitants, avant que ne s’amorce une lente diminution puis un effondrement brutal en 1974 en-dessous de deux enfants par femme, pour des raisons qui restent également mystérieuses.

Le rajeunissement soudain de la population explique pour une bonne part le redressement très rapide de l’Europe après 1945 et sa vitalité qui va culminer en 1968. Pour la première fois dans l’histoire de l’humanité, selon le mot du démographe Alfred Sauvy, « la guerre a peuplé ».

Révolution politique

On n’a observé rien de tel, notons-le, après la Première Guerre mondiale : tout juste un rattrapage partiel du déficit des naissances dû à la guerre et un effort de reconstruction qui s’est achevé à la fin des années 1920, avant que ne survienne le Jeudi noir et l’effondrement de Wall Street.

Après le traité de Versailles de 1919, chaque nation a tenté un retour nostalgique à l’avant-guerre que l’on qualifie désormais en France de « Belle Époque ». Les États-Unis sont revenus à leur tradition isolationniste. Ils ont rejeté le traité de Versailles, fermé leurs frontières et imposé un nouvel ordre moral avec la prohibition de l’alcool et la censure au cinéma.

Le gouvernement britannique (avec Churchill à la manœuvre comme chancelier de l’Échiquier) a tenté de rendre à la livre sterling sa parité or d’avant-guerre, ce qui a contribué pour une bonne part à la crise de 1929 ! La France, ruinée mais victorieuse, porta au pouvoir le Bloc national et retrouva les sommités d’avant-guerre : Fallières, Deschanel, Poincaré, Briand… Seul se retira Clemenceau, rattrapé par l’âge.

Très différente est la situation en 1945 car on n’a conservé cette fois aucune nostalgie de l’avant-guerre. Dans tous les grands pays occidentaux, y compris bien sûr en Allemagne, le personnel politique est renouvelé de fond en comble. En France, les revenants de l’avant-guerre tel Léon Blum se contentent d’un rapide tour de piste avant de quitter la scène.

Lord Mountbatten quitte le palais du gouvernement à Delhi, le jour de l'indépendance (15 août 1947)

- décolonisation :

D'emblée émerge un nouveau monde sans rien de commun avec celui de 1914. La Grande-Bretagne liquide sans trop de regrets son immense empire, à commencer par le joyau des Indes, dès 1947. Les Pays-Bas se font davantage prier avant de renoncer aux Indes orientales (l'Indonésie actuelle). La France, en retard d'une guerre, ne lâchera l'Indochine et l'Algérie qu'au terme de deux rudes conflits. La Chine sort de cent cinquante ans d'humiliations avec la victoire de Mao en 1949.

L'indépendance sera aussi accordée à la plupart des colonies d'Afrique subsaharienne, auxquelles les experts prédisent un radieux avenir du fait de leur jeunesse, de leurs infrastructures et de leurs immenses ressources naturelles. Peu de gens prennent au sérieux l'avertissement de l'agronome René Dumont, L'Afrique noire est mal partie (1962).

Tous les pays restés en marge de la révolution industrielle (Amérique latine, Afrique et Asie, Japon excepté) sont qualifiés de sous-développés et rassemblés sous l'étiquette « tiers monde ». Eux-mêmes se veulent « non-alignés » à l'égard des États-Unis comme de l'URSS mais les réalités économiques et géopolitiques obligent la plupart à faire allégeance à l'une ou l'autre des deux superpuissances de l'après-guerre.

- « guerre froide » :

Sortis grands vainqueurs de la Seconde Guerre mondiale, les États-Unis et l'Union soviétique, sont aussitôt entrés en « guerre froide », avec le « rideau de fer » pour ligne de partage de leurs zones d'influence en Europe.

Dr Folamour (Stanley Kubrick, 1964)Du blocus de Berlin à la crise des missiles de Cuba, en passant par la guerre de Corée, la crise de Suez, la guerre du Vietnam... le monde s'installe dans une tension permanente qui fait craindre le pire : un conflit nucléaire entre les deux superpuissances qui anéantirait la planète.

Cette menace est illustrée par le film de Stanley Kubrick, Dr Folamour. Il sort en 1964 alors que déjà s'estompe la crainte de l'apocalypse nucléaire : après s'être faits peur à Cuba, Washington et Moscou entament des négociations en vue d'un désarmement bilatéral.

Un premier traité d'interdiction partielle des essais nucléaires est signé à Moscou le 5 août 1963. C'est désormais dans la conquête spatiale, autrement plus pacifique, que va s'exprimer la concurrence entre les systèmes « socialiste » et « capitaliste ».

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La guerre froide

Publié ou mis à jour le : 2018-04-13 17:51:19

Les commentaires des Amis d'Herodote.net

Voir les 10 commentaires sur cet article

JACKIE (21-12-201709:54:55)

L'auteur de cette phrase "on peut douter que ses chansons survivent à ses fans" est bien imprudent ! Je ne suis pas fan spécialement de Johnny Halliday mais ses fans ne sont pas forcément "au cerveau étroit dans la rue on comprend comment le nazisme a pu s'implanter si facilement!" Quant à cette dernière remarque, cela me semble hors sujet. Ne peut-on aimer l'histoire et être tolérant ?! Il y a des chansons qui traverseront les siècles et des œuvres littéraires qui finissent au pilon quelques mo... Lire la suite

Thierry (13-12-201713:04:37)

@ Michel Le Glaunec.
A voir tant de fanatiques au cerveau étroit dans la rue on comprend comment le nazisme a pu s'implanter si facilement!

Propos scandaleux avec en plus des fautes d'accord. L'avenue des Champs Élysées était plus digne que votre commentaire pour le coup indigne.

Thierry (12-12-201712:23:04)

Ces deux personnalités médiatiques, récemment disparues, sont peut être les derniers marqueurs, de ce que notre société actuelle est capable de saluer. Celle de l'Esprit pour l'un et celle du cœur pour l'autre. L'une, s'est s’enorgueillie, du mot juste, du verbe écorcheur, de l'adjectif opportun ; mais aussi de la phrase qui donne un sens heureux ou pas. - N'est-pas magicien qui veut : - N'est-ce pas Jean ? - Ton bel habit de Lumières, s'est terminé dans le pré-carré d'invalides statiques et sil... Lire la suite

Danilu (11-12-201719:52:50)

Pour être complet sur les années 55 à 65, on peut citer aussi Gilbert Bécaud qui, influencé par la musique américaine qu'il découvre lors d'une tournée aux USA avec Piaf,annonce la nouvelle génération de chanteurs de rock avec quelques tubes très "jazzy" (viens danser, âge tendre et tête de bois...).

Jean LOIGNON (11-12-201718:29:42)

Johnny Halliday représentera un paradoxe : son indéniable et exceptionnelle popularité contraste avec une absence d'engagement dans les combats et débats de la société française. Modéré dans son soutien politique à la droite, il préféra toujours un positionnement aimable et consensuel, gage de longévité. Son inhumation à la très chic île de St-Barthélémy est à ce niveau assez symbolique.
Brassens, Ferré, Ferrat et autres classés "à gauche", mais aussi Coluche à sa façon prirent davantage... Lire la suite

Christiane (11-12-201716:05:10)

Article très intéressant sur ces années de ma jeunesse (née en 1945) qui me rappelle certains événements marquants dont je n’avais peut-être pas, à l’époque, perçu l’importance. Quant à Johnny il a fait partie de toute ma vie et c’est avec beaucoup d’émotion que j’ai suivi ses obsèques à la télé ainsi que les émissions hommage. De la même manière j’ai été très touchée par la disparition de Jean d’Ormesson que j’adorais, pas seulement pour son œuvre mais aussi pour son esprit et son élégance en t... Lire la suite


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