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15 août 1947

Indépendance de l'Inde et du Pakistan


Le 15 août 1947, l'Inde et le Pakistan deviennent officiellement indépendants.

C'est l'aboutissement de longues et douloureuses tractations entre le colonisateur britannique et les Indiens mais plus encore entre les Indiens eux-mêmes (les Anglais s'étaient pour la plupart résignés à quitter les Indes dès 1930).

André Larané
Multiples identités

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L'État principal issu du British Raj (empire britannique des Indes) s'appelle officiellement Union indienne ou République de l'Inde. C'est aujourd'hui une république fédérale de 28 États et 7 territoires, associée au Commonwealth, dernier vestige de l'empire britannique.

Les Indiens eux-mêmes appellent volontiers leur pays Bharat en référence à un roi mythique qui a inspiré l'épopée en vers Mahâbhârata. D'un point de vue religieux, le pays est aussi appelé Hindoustan parce qu'il est le berceau de l'hindouisme (-stan est un suffixe d'origine persane qui signifie pays).

Le Pakistan est une invention du XXe siècle. Son nom, conçu par un étudiant en 1933, signifie le « pays des purs » et comporte les initiales de trois provinces revendiquées par ses promoteurs : P pour Pendjab, A pour Afghanistan, K pour Cachemire. Devenu une République islamique, il est comme l'Inde rest fidèle au Commonwealth britannique.

L'indépendance de tous les dangers

Le parti du Congrès, qui regroupe les élites hindoues, réclame dès le début du XXe siècle l'autonomie, voire l'indépendance. La Ligue musulmane, toute aussi désireuse de voir partir les Anglais, exige la création d'un État proprement musulman, le Pakistan.

Son chef, Mohamed Ali Jinnah, récuse tout idée de confédération entre cet État et la future Union indienne. Il entretient ses coreligionnaires dans la conviction qu'ils ne pourront jamais vivre en paix s'ils sont en minorité face aux hindous. Après la conférence de Simla, conclue sur un échec le 14 juillet 1946, il les appelle à une journée d'action directe, le 16 août 1946. Il s'ensuit plusieurs milliers de morts rien qu'à Calcutta.

Les Britanniques n'en confient pas moins la direction du British Raj à un gouvernement intérimaire dirigé par le pandit Jawaharlal Nehru, compagnon de route de Gandhi. Ils convoquent par ailleurs une assemblée constituante en décembre 1946 mais celle-ci est boycottée par la Ligue musulmane. Les affrontements sanglants entre les deux communautés commencent à se multiplier.

En février 1947, Londres dépêche lord Louis Mountbatten en qualité de vice-roi. Le cousin de la future reine Elizabeth II, homme remarquable et brillantissime, qui s'est comporté en héros sur le front birman, face aux Japonais, doit négocier les modalités de l'indépendance et éviter la partition du pays.

La préférence de Nehru va à un État centralisé pour prévenir aussi bien la création du Pakistan que la sécession de tel ou tel État princier. Il doit aussi faire face aux extrémistes de son propre camp qui réclament la création d'un État purement hindou, l'Hindoustan, pour faire pendant au futur Pakistan.

Lord Mountbatten cultive d'excellentes relations avec Nehru, lequel devient par ailleurs l'amant de sa séduisante femme ! Mais il désespère de préserver l'unité du British Raj et, en désespoir de cause, choisit d'accélérer le processus d'indépendance, quoiqu'il en coûte.

Finalement, la passation des pouvoirs entre le vice-roi et le Premier ministre a lieu comme prévu le 15 août 1947, à Delhi, au fort Rouge, l'ancien palais des empereurs moghols. La fête est réussie, malgré l'absence de Gandhi, plongé dans un nouveau jeûne en guise de protestation contre la partition, qu'il qualifie à juste titre de « vivisection ».

Les souverains des 340 États princiers qui composent l'Inde acceptent presque tous de rejoindre la future Union en échange de généreuses compensations. L'exception la plus notable est le souverain musulman d'Hyderabad, au coeur du pays. Celui-là ne se ralliera qu'en 1948, sous la contrainte.

Tandis que les Britanniques se retirent avec soulagement, Ali Jinnah proclame à Lahore l'indépendance du Pakistan...

La passation des pouvoirs entre lord Mountbatten et Nehru

Visions d'enfer

Immédiatement, dans l'affolement, la plupart des hindous et sikhs du nouveau Pakistan plient bagage et rejoignent vaille que vaille l'Union indienne ; ils sont imités en sens inverse par de nombreux musulmans. De 1947 à 1950, quinze à vingt millions de personnes se croisent ainsi par-dessus les frontières des deux nouveaux États, occasionnant au passage d'innombrables incidents meurtriers.

Dans les villages où cohabitent les communautés (hindous, musulmans, sikhs) ont lieu des scènes d'épouvante : massacres à l'arme blanche, viols, mutilations... On compte 400 000 à un million de morts rien que dans l'été 1947.

Par ailleurs, une guerre éclate dès la fin de l'année pour le contrôle du Cachemire, une province à majorité musulmane avec un prince hindou. En ce début du XXIe siècle, le problème du Cachemire n'est toujours pas réglé et une ligne de cessez-le-feu indo-pakistanaise coupe toujours cette province autrefois belle et prospère.

Comme si cela ne suffisait pas, le 30 janvier 1948, six mois seulement après l'indépendance, le Mahatma Gandhi est assassiné par un extrémiste hindou. Quant à Mohammed Jinnah, principal responsable du drame, il meurt le 11 septembre suivant de la tuberculose (lord Mountbatten aurait plus tard déclaré que s'il avait eu connaissance de sa maladie, peut-être aurait-il différé l'indépendance dans l'espoir d'éviter la partition).

Malgré ces funestes débuts, la démocratie indienne va lentement mûrir et croître sous la direction de dirigeants remarquables, au premier rang desquels Jawaharlal Nehru et sa fille, Indira Gandhi (sans lien de parenté avec le Mahatma, son patronyme lui venant de son mari).

Moins chanceux est le Pakistan. État artificiel fondé sur l'identité musulmane, il s'est séparé en 1971 de sa partie orientale, aujourd'hui le Bangladesh et se trouve en ce début du XXIe siècle confronté à de nouveaux défis du fait de l'intégrisme islamique.

Commentaire : bilan de la colonisation britannique

En Inde comme au Pakistan ou au Bangladesh, nul n'aurait l'idée aujourd'hui de rendre l'ancien colonisateur responsable des difficultés du moment.

Acccoutumés à traiter avec des envahisseurs extérieurs (Turcs, Mongols...), les Indiens sont reconnaissants aux derniers venus, les Britanniques, d'avoir réalisé l'unité de leur aire culturelle et permis à l'hindouisme et aux traditions védiques de renaître au grand jour. Ils leur sont reconnaissants aussi de leur avoir donné une langue véhiculaire, l'anglais, acceptable par toutes les composantes du pays, et surtout de leur avoir transmis les principes de l'État de droit, sans lesquels il n'est pas de démocratie ni de paix civile. Grâce à quoi l'Union indienne peut se flatter d'être aujourd'hui la plus grande démocratie du monde, en dépit de toutes ses imperfections.

Au passif de la colonisation britannique, il faut inscrire sans nul doute la ruine de l'artisanat qui faisait encore au début du XIXe siècle la prospérité des Indes et la renommée de ses tissus dans le monde entier (indiennes, cachemire, madras...). C'est en inondant le marché indien de leurs textiles produits à Manchester et Liverpool que les Britanniques ont en bonne partie bâti leur puissance industrielle, sans égard pour le savoir-faire local, irrémédiablement détruit (la Chine, notons-le, utilise en ce début du XXIe siècle la même stratégie à l'égard de l'Occident). Les Anglais ont aussi considérablement appauvri la paysannerie indienne et livré celle-ci à d'épouvantables famines (la dernière a frappé le Bengale en 1943).

Si les Indiens se gardent de réclamer des comptes au colonisateurs, c'est aussi parce que ces violences ont été commises avec la complicité active des castes dirigeantes du pays. Condamner la domination anglaise reviendrait à condamner aussi la société indienne... C'est, notons-le, une grande différence avec l'Algérie, où la colonisation française s'est effectuée sous la IIIe République en opposition frontale avec la société indigène musulmane. De là découlent pour partie les récriminations incessantes des Algériens à l'encontre des Français. 

Publié ou mis à jour le : 2015-10-22 17:20:53

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