19 août 1942

Débarquement des Canadiens à Dieppe

Au printemps 1942, Les États-Unis viennent à peine d’entrer en guerre contre Hitler et l'Axe Berlin-Rome-Tokyo mais Churchill et Roosevelt envisagent d'ores et déjà un débarquement sur les côtes de la Manche.

En attendant que les conditions de ce débarquement soient réunies, Churchill veut multiplier les opérations de harcèlement sur le front occidental en vue de soutenir le moral de ses troupes et également immobiliser des divisions allemandes qui feront défaut sur le front de l'Est, où les troupes soviétiques résistent tant bien que mal à l'offensive de la Wehrmacht.

Le port de Dieppe est choisi pour être l'un de ces raids de diversion. Entre les estuaires de la Seine et de la Somme, il a l'avantage d'être assez proche des côtes anglaises pour permettre un soutien aérien. L’objectif est de tester les défenses allemandes du Mur de l'Atlantique, détruire en particulier une station radar et rembarquer enfin.

Ce sera le plus grand raid allié de la Seconde Guerre mondiale. Un sanglant fiasco six mois avant le début des débarquements qui, de l’Afrique du Nord à l’Italie et la France, seront tous couronnés de succès...

François Rousseau

Une opération commando à grande échelle

L'organisation du raid de Dieppe est confiée par Churchill à Lord Louis Mountbatten (37 ans), proche parent de la famille royale, par ailleurs un officier de marine brillant, efficace et audacieux. À la tête de la Direction des opérations combinées (Combined Operations Headquarters) depuis le 27 octobre 1941, il a en charge les opérations de harcèlement chères à Churchill. Il ne doit d'ailleurs des comptes qu'à ce dernier et à son cabinet de guerre, au grand dam de l'état-major britannique.

Mountbatten a déjà lancé avec succès des opérations commandos, en particulier contre le port de Saint-Nazaire. Cette fois, il s'agit de manoeuvrer non plus quelques centaines de soldats d'élite aguerris mais plusieurs milliers de soldats qui n'ont pour la plupart pas encore combattus. Initialement prévue le 7 juillet 1941, l'opération  doit être in extremis annulée en raison des mauvaises conditions météorologiques...

Tragique fiasco

L'opération débute enfin le 19 août 1942, vers 4h30 du matin, par cinq assauts simultanés sur les plages de Dieppe et des alentours, sur une vingtaine de kilomètres. Placée sous le commandement du major général J.H. Roberts, elle a pour nom de code Jubilee

Plus de six mille hommes de troupe sont engagés. Parmi eux figurent 1005 commandos britanniques, 50 rangers américains, 15 Français et surtout 4 963 hommes et officiers de la 2e division d'infanterie canadienne, dont le régiment franco-canadien des fusiliers Mont-Royal. C'est à eux que revient l’assaut principal sur la très grande et très large plage de galets du port normand.

Mais un convoi allemand a repéré plus tôt que prévu les 250 bateaux de la flotte alliée et donné l'alerte de sorte que l'effet de surprise ne joue pas.

Croyant le grand débarquement arrivé, les Allemands dépêchent leurs meilleures escadrilles. 800 avions alliés et 450 allemands vont se mesurer dans ce qui restera la plus grande bataille aérienne de la Seconde Guerre mondiale après la bataille d’Angleterre. 106 appareils alliés sont perdus contre 48 allemands. Au nombre des alliés figurent 49 pilotes français. Six seront abattus, dont le commandant François-Émile Fayolle, touché par la DCA. Il venait d’être nommé commandant du Squadron 174 de la Royal Air Force (RAF) sur Hurricane

Les batteries allemandes de la côte et la Luftwaffe mitraillent et bombardent sans répit les plages. Les fantassins peinent à avancer et sont fauchés par les éclats de galets projetés par la mitraille ! Les chars Churchill arrivent quant à eux à franchir la plage de galets. Ils atteignent la grande prairie du front de mer mais sont arrêtés par le tir nourri des batteries. 

Les opérations de flanc ne réussissent guère mieux. Leur seul succès sera la destruction de la batterie côtière Hess de Varengeville par le 4e Commando britannique commandé par le lieutenant-colonel Lord Lovat, qui se rendra célèbre lors du Débarquement de Normandie. Au pied du village, on peut toujours monter sur la falaise par la valleuse empruntée par le commando. L’érosion aidant, on aperçoit le long du littoral des blockhaus tombés en mer.

Prisonniers canadiens dans les rues de Dieppe (août 1942)Le débarquement vire à la tragédie. L'ordre d'évacuation est donné dès 11h du matin ! La retraite en désordre va laisser 1197 tués et deux mille prisonniers, sans compter 46 victimes civiles.

Les Alliés tirent heureusement toutes les leçons de cet échec héroïque. Ils décident que le futur débarquement en Europe de l'Ouest aura lieu sur des plages à l'écart des ports existants. Dans cette perspective, ils se lancent dans la mise au point d'un grand port artificiel. Ce sera Arromanches... et le 1er septembre 1944, c’est à la 2e DI canadienne que reviendra l’honneur de libérer enfin la ville de Dieppe.

Un cimetière pour honorer la mémoire des Canadiens

Tombe du commandant François-Émile Fayolle au cimetière canadien © photo François RousseauLe cimetière canadien des Vertus, à 5 kilomètres de Dieppe, est le premier construit par la CWGC (Commonwealth War Graves Commission) en 1940, pendant la campagne de France, pour accueillir les soldats décédés en milieu hospitalier.

À l’issue du raid de Dieppe, les habitants transportent eux-mêmes dans ce cimetière les soldats canadiens morts en opération.

En 1949, le cimetière a encore accueilli des pilotes et marins morts dans la région. Une émouvante cérémonie s’y déroule chaque 18 août au soir.

Mitrailleuse Vickers venant d’un chasseur Spitfire © photo François RousseauUn Mémorial a été par ailleurs ouvert en février 2002. Il est devenu un site de pèlerinage pour les Canadiens.

On y trouve une collection d’uniformes de soldats ayant participé au raid, des photos, journaux et films. Toutes les pièces sont des dons de soldats, de régiments ou même de Dieppois. Par exemple, une mitrailleuse Vickers venant d’un chasseur Spitfire MkVb du Squadron 403 tombé à Saint-Aubin-le-Cauf et récupérée ensuite par des enfants...

Monument au Royal Regiment of Canada édifié à Puys, en contrebas des anciens blockhaus du Mur de l’Atlantique © photo François Rousseau

Publié ou mis à jour le : 2019-07-23 12:55:37

 
Seulement
20€/an!

Actualités de l'Histoire
Revue de presse et anniversaires

Histoire & multimédia
vidéos, podcasts, animations

Galerie d'images
un régal pour les yeux

Rétrospectives
2005, 2008, 2011, 2015...

L'Antiquité classique
en 36 cartes animées

Frise des personnages
Une exclusivité Herodote.net