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Jean-Paul Sartre (1905 - 1980)

Un philosophe «engagé»


Jean-Paul Sartre a régné sur la pensée française après la Seconde Guerre mondiale et jusqu'aux premières atteintes de la vieillesse. Sa personnalité à multiples facettes a suscité, en France mais aussi à l'étranger, de nombreuses cabales d'une violence dont on a peu idée aujourd'hui.

Camille Vignolle
Un parcours chaotique

Le philosophe est né à Paris le 21 juin 1905 dans une famille bourgeoise. Après des études brillantes à l'École normale supérieure de la rue d'Ulm (Paris), il devient professeur de lycée.

Mobilisé pendant la « drôle de guerre » (septembre 1939-mai 1940), il est ensuite capturé par les Allemands comme la plupart des soldats français. Libéré en mars 1941, il poursuit ses travaux d'écriture et ses réflexions philosophiques pendant l'Occupation. D'un côté, il forme avec quelques amis un cercle résistant et il lui arrive de transporter des journaux et des tracts séditieux, de l'autre, il remplace un professeur juif dans un lycée parisien et obtient des autorités d'occupation le droit de faire jouer sa pièce Les Mouches, laquelle se solde par un échec.

Quand les Alliés débarquent en Normandie, Jean-Paul Sartre, devenu chroniqueur dans le journal d'Albert Camus, Combat, voit sa notoriété franchir les frontières. Il acquiert même la réputation d'un grand résistant.

Après la Libération, il se révèle un militant acharné de la future révolution socialiste et se range parmi les « compagnons de route » du communisme soviétique. Il fonde en 1945 la revue philosophique Les Temps modernes.

Fidèle du café de Flore, un établissement à la mode du quartier de Saint-Germain-des-Prés où il avait coutume d'écrire pendant l'Occupation, Jean-Paul Sartre devient, aux côtés de sa compagne, Simone de Beauvoir, l'idole de la jeunesse bourgeoise d'après-guerre.

Jean-Paul Sartre milite activement contre l'intervention militaire en Indochine. Il devient une figure emblématique de la gauche mais n'échappe pas à de troubles contradictions. En 1946, il publie entre autres ouvrages un petit essai à succès : Réflexions sur la question juive.

On peut y lire : « Formé par son action quotidienne sur la matière, l'ouvrier voit dans la société le produit de forces réelles agissant selon des lois rigoureuses... Les bourgeois, au contraire, et l'antisémite en particulier ont choisi d'expliquer l'histoire par l'action des volontés individuelles... L'antisémitisme, phénomène bourgeois, apparaît donc comme le choix d'expliquer les événements collectifs par l'initiative des particuliers... »

Ainsi, selon notre grand penseur, l'antisémitisme se confond peu ou prou avec la pensée libérale et un travailleur manuel ne saurait être antisémite !

En 1952, dans un essai intitulé Saint-Genet, comédien et martyr, le philosophe célèbre Jean Genet, truand et poète à ses heures, homosexuel en révolte contre la société, mais occulte soigneusement ses sympathies pro-nazies dans les années trente.

L'année suivante, après l'exécution des époux Rosenberg pour cause d'espionnage, il publie une lettre ouverte au peuple américain dans le journal Libération (22 juin 1953) : « Vous êtes collectivement responsables de la mort des Rosenberg, les uns pour avoir provoqué le meurtre, les autres pour l'avoir laissé commettre, vous avez toléré que les États-Unis soient le berceau d'un nouveau fascisme ; en vain vous répondrez que ce seul meurtre n'est pas comparable aux hécatombes hitlériennes ; le fascisme ne se définit pas par le nombre de ses victimes mais par sa manière de les tuer... ».

NB : les services secrets américains ont depuis lors publié des preuves incontestables de la culpabilité des Rosenberg ; preuves qu'ils ne pouvaient divulguer à l'époque des faits au risque de compromettre leurs agents.

Jean-Paul Sartre ne tarde pas à s'opposer avec fracas à Albert Camus, en philosophie comme en politique. La guerre d'Algérie met à jour la différence entre le dogmatisme du premier et l'approche compassionnelle du second.

Dans la préface du pamphlet de Franz Fanon : Les damnés de la terre (1961), Jean-Paul Sartre lâche en particulier cette phrase assassine : « Abattre un européen, c’est faire d’une pierre deux coups, supprimer en même temps un oppresseur et un opprimé : restent un homme mort et un homme libre ; le survivant, pour la première fois, sent un sol national sous ses pieds ».

Tandis que Camus accueille avec reconnaissance le prix Nobel de littérature (avant de mourir prématurément en 1961 dans un accident de voiture), Sartre, conséquent avec lui-même, refuse avec hauteur le même prix en 1964.

Prématurément usé par ses nuits de veille et l'usage d'amphétamines, il s'engage avec quelque maladresse aux côtés des révolutionnaires de Mai 68 et s'associe au lancement du quotidien Libération.

Il écrit en 1972 à propos de la Révolution française : « Un régime révolutionnaire doit se débarrasser d'un certain nombre d'individus qui le menacent et je ne vois pas là d'autre moyen que la mort; on peut toujours sortir d'une prison; les révolutionnaires de 1793 n'ont probablement pas assez tué. »

Dans les années 70, Jean-Paul Sartre, déjà très malade, s'associe à son ancien condisciple de Normale Sup, Raymond Aron, dans la condamnation des dictatures communistes du Cambodge et du Viêt-nam. Il s'éteint le 15 avril 1980 et repose depuis lors au cimetière Montparnasse (Paris), où l'a rejoint sa compagne Simone de Beauvoir.

Publié ou mis à jour le : 2017-06-01 12:07:01

Les commentaires des Amis d'Herodote.net

Les commentaires sur cet article :

Cyrille (12-06-200617:12:18)

Dans cette période qui a fourni de nombreux intellectuels français de réputation internationale (Althusser, Lacan, Merlau-Ponty...), Raymond Aron était en opposition notoire avec Sartre et la plupart de autres. On lui donne maintenant raison alors qu'il faisait figure d'épouvantail à l'époque par ses positions "libérales".
Sartre, par sa mère, était en famille avec le "bon" Dr Schweitzer qui fut un médecin de brousse renommé. Il est aussi parent de Louis Schweitzer, l'ex PDG de Renault.


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