Hitler

La montée du nazisme

La fin de la Grande Guerre laisse l'Allemagne au bord du chaos. En 1918, tandis qu'abdique l'empereur Guillaume II, un gouvernement social-démocrate s'installe à Berlin. Dans la petite ville de Weimar, des représentants élus de tout le pays jettent les bases d'une république démocratique. Ses principes sont sains mais ses jours paraissent comptés dans la situation prérévolutionnaire qui prévaut dans tout le pays...

À Munich, en particulier, des militants communistes, émules des bolchéviques russes, prennent le pouvoir par la violence. Une République des Conseils (« Räterepublik ») se constitue en avril 1919 dans la capitale de l'ancien royaume de Bavière.

Dès les 1er et 2 mai de la même année, elle est abattue brutalement par des corps-francs de droite (Freikorps). Il s'agit de groupes paramilitaires composés de jeunes gens avides d'en découdre (soldats démobilisés, chômeurs...).

Émergence de l'antisémitisme allemand

Fatale coïncidence, la plupart des membres du gouvernement insurrectionnel bavarois étaient juifs, comme du reste le ministre Walther Rathenau qui avait signé l'armistice humiliant de Rethondes. La haine des juifs et des communistes va dès lors faire le lit des mouvements d'extrême-droite.

Les soldats de retour du front, écrasés par le sentiment que la défaite est due à une trahison (un « coup de poignard dans le dos »), attribuent celle-ci aux juifs ; c'est le début d'une vague sans précédent d'antisémitisme, facilitée par le fait que les juifs sont très peu nombreux en Allemagne ; à peine 500 000 soit moins de 1% des 80 millions d'Allemands. À défaut de connaître des juifs en chair et en os, la plupart des Allemands s'en font une idée stéréotypée.

La svastika ou croix gammée, symbole naziC'est dans ce contexte qu'un caporal de 30 ans, Adolf Hitler, infiltre un petit parti fondé par un serrurier, le Parti ouvrier allemand, en devient le leader et le transforme en Parti national-socialiste ouvrier allemand (NSDAP, dit parti « Nazi » pour faire court).

Habilement, Hitler ratisse large, dans les classes populaires portées par le nationalisme comme par le socialisme. Il emprunte à d'autres groupes extrémistes le symbole de la croix gammée, la svastika, et surtout l'antisémitisme.

Lui-même est devenu antisémite après la Grande Guerre, comme la plupart des autres Allemands, et non avant, à Vienne, comme il le prétendra plus tard dans son livre programmatique Mein Kampf.

Il n'empêche que son parti peine à émerger du lot, comme d'ailleurs la plupart des partis extrémistes antiparlementaires de son espèce, qu'ils se classent à droite ou à gauche. Aux élections législatives de mai 1928, les nazis ne recueillent ainsi que 2,6% des suffrages. La république née à Weimar près de dix ans plus tôt semble enfin consolidée...

Réunion du parti à la Hofbrauhaus, Munich, vers 1922 ; Georg Strasser à droite d'Adolf Hitler

Les nazis, un parti extrémiste parmi d'autres

L'une des premières recrues du parti nazi est un capitaine de la Reischwehr, Ernst Röhm (35 ans), qui met au service de Hitler sa brutalité et son fanatisme.

Ernst Röhm (28 novembre 1887, Munich - 2 juillet 1934, prison de Stadelheim, Munich)Accessoirement homosexuel, il devient le chef de la milice du parti, les Sections d'assaut (Sturmabteilungen, SA) ou « Chemises brunes », créées en 1921. D'une extrême violence, ce groupe paramilitaire va, sous prétexte de protéger les meetings nazis, semer la terreur dans le pays et multiplier les affrontements avec les groupes paramilitaires des autres partis. Grâce à son activisme, le parti compte rapidement cinquante mille adhérents.

En dépit de leurs méfaits, Hitler et ses partisans bénéficient en Bavière de la mansuétude des juges et des tribunaux.

C'est le cas en janvier 1922 quand le Führer comparaît pour avoir saboté une réunion adverse et plus encore après le putsch raté du 9 novembre 1923, qui ne lui vaut que neuf mois d'incarcération dans la prison de Landsberg, près de Munich, dans des conditions confortables qui lui permettent de recevoir ses partisans et de dicter Mein Kampf à Rudolf Hess.

Dès le 25 février 1925, il peut refonder son parti et le reprendre en main. Fort de son charisme et de son art oratoire, fait de gesticulations, de regards perçants et de formules simples, Hitler ne laisse pas indifférent. Il ne tarde pas à être rejoint par un jeune romancier raté, Josef Goebbels, qui va prendre en main la propagande du parti...

Le krach, bénédiction des extrémistes

Tout bascule avec le krach de Wall Street, en octobre 1929. L'Allemagne est rapidement frappée par le chômage avec cinq millions de chômeurs dès 1930.

En l'absence de coalition parlementaire cohérente, le Maréchal-Président Hindenburg appelle Heinrich Brüning à la chancellerie (la direction du gouvernement) le 28 mars 1930. Membre du Zentrum catholique, patriote et célibataire austère, syndicaliste et bon gestionnaire, le nouveau chancelier constitue un gouvernement de circonstance avec des gens compétents et tente d'assainir le budget par une politique déflationniste classique. Le Reichstag s'y oppose, ce qui lui vaut d'être dissous.

Aux élections de septembre 1930, le désenchantement fait le lit des partis extrémistes tant de gauche que de droite. Mais le facteur religieux se révèle d'une importance déterminante dans l'orientation des votes. Si les prolétaires catholiques sont ni plus ni moins que les protestants attirés par le vote communiste, il en va très différemment avec le vote nazi !

Les catholiques, qui constituent un tiers de la population allemande, s'en détournent ostensiblement sur les injonctions de leur clergé, rebuté par son racisme viscéral. Dans le village de Waldsee, en Rhénanie, le curé met ainsi en garde ses paroissiens : « Quiconque votera pour Hitler devra rendre des comptes le jour du Jugement Dernier. Il n'y a pas de plus grand péché que de voter pour Hitler ! » (note)

En dépit de l'obstruction catholique, le parti nazi, qui n'avait recueilli que 2,6% des voix en 1928 avec 12 députés seulement, recueille cette fois 18,3% des voix, avec 102 députés. Ceux-ci se présentent au Reichstag en uniforme nazi. Le parti communiste, quant à lui, ne progresse que de 10,6% à 13,1%. L'un et l'autre sont désormais fortement représentés au Reichstag et en mesure de paralyser le travail parlementaire.

Henrich Brüning (1887-1970) Brüning contourne l'obstacle en gouvernant par décrets-lois signés par le Maréchal-Président Hindenburg, avec le soutien résigné des sociaux-démocrates. Ainsi affaiblit-il la démocratie sans pour autant redresser l'économie : augmentation des impôts, réduction des rémunérations des fonctionnaires et des aides sociales. À l'encontre de ses espoirs, la déflation a pour conséquence de réduire la consommation, l'investissement et l'activité.

Le ministre des Affaires étrangères Curtius tente d'établir une union douanière avec l'Autriche mais l'opposition de la France provoque un séisme monétaire à Vienne avec des répercussions dans toute l'Europe. Le chancelier engage quant à lui des négociations sur la suppression totale des réparations de guerre et il est sur le point d'y parvenir quand il est renvoyé.

Pendant ce temps, dans la rue, les paramilitaires communistes et hitlériens s'affrontent à qui mieux mieux. La République de Weimar apparaît dès lors aux yeux des déshérités comme responsable de tous les maux du pays : le « Diktat » de Versailles, les réparations de guerre, le chômage etc.

Comme le mandat du président arrive à son terme, Hitler, qui vient d'obtenir la nationalité allemande, se dispose à se porter candidat. Les démocrates convainquent le vieux Paul von Hindenburg (84 ans) de se représenter. Lui seul paraît en mesure de faire échouer Hitler. Monarchiste et conservateur, « soldat échoué en politique » selon ses propres termes, il n'est réélu que grâce au soutien des socialistes. Il obtient 18,7 millions de voix contre 11,3 millions de voix (30% du total) pour Hitler.

Les nazis tentés par le coup de force

Le 1er juin 1932, Hindenburg se voit contraint de congédier Brüning. Il est vrai que celui-ci, non content de mener le peuple au désespoir avec sa politique de rigueur, se dispose à ponctionner les grands propriétaires fonciers de l'Allemagne orientale, les Junker qui ont l'oreille du président Hindenburg.

Le très influent major Kurt von Schleicher suggère à Hindenburg de nommer à la chancellerie un député quasi-inconnu du Zentrum catholique, Franz von Papen, aristocrate proche des milieux d'affaires et des nationalistes. Lui-même obtient le ministère de la Guerre. Mais le nouveau gouvernement ne tient que grâce à la neutralité du parti nazi. Von Schleicher l'a obtenue de Hitler contre la promesse d'élections législatives anticipées. 

Aux élections qui suivent, le 31 juillet 1932, le parti nazi rafle la mise et obtient 37,4% des suffrages avec 230 sièges de députés contre 107 précédemment. Cela fait de lui le parti le plus puissant du parlement devant le Parti social-démocrate (SPD, 21,6% des voix et 133 sièges), le Parti communiste (KPD, 14,3% des voix et 89 sièges, soit un gain de 12 sièges) et le Zentrum catholique (12,4% des voix, 75 sièges).

Hitler ne se fait pas faute de réclamer à Hindenburg la chancellerie mais le vieux Maréchal-Président refuse avec mépris et un reste de lucidité.

Les nazis s'interrogent. Ils ont le sentiment d'avoir épuisé leurs réserves de voix et doutent d'accéder par la voix légale au pouvoir. Dans ce contexte survient un incident déterminant : dans la localité de Potempa (Silésie), dans la nuit du 9 au 10 août 1932, quelques « Chemises brunes » passablement éméchés assassinent un militant communiste. Les meurtriers sont déférés devant une juridiction spéciale récemment instaurée par le gouvernement de Von Papen, et condamnés à mort.

Débordé par une base impatiente et altérée de pouvoir, Hitler fait une entorse à son légalisme proclamé et prend fait et cause pour eux. Devant la menace, le gouvernement commue leur peine. C'est de fait la fin de l'État de droit ; c'est aussi l'ouverture d'une fracture au sein du parti nazi entre la base et la direction ; elle ne se résorbera qu'avec la « Nuit des Longs Couteaux », en 1934.

Aux élections suivantes, en novembre 1932, le parti amorce son reflux électoral : il régresse à 33% des suffrages cependant que progressent les communistes. Simultanément, Hitler doit faire face à des difficultés financières et à un grave conflit à l'intérieur du parti.

Le major von Schleicher, devenu chancelier le 2 décembre 1932 à la place de von Papen, propose à Gregor Strasser, représentant du parti nazi en Allemagne du nord, la fonction de vice-chancelier. Hitler s'y oppose et Strasser, dépité, démissionne avec éclat du parti nazi le 7 décembre 1932 (Strasser et von Schleicher paieront cette « trahison » de leur vie lors de la « Nuit des longs couteaux », le 30 juin 1934).

Trahison des démocrates

Dans le même temps survient l'impensable. L'ancien président de la Reichsbank Hjalmar Schacht et quelques autres sommités du monde économique demandent par lettre à Hindenburg de nommer à la chancellerie le « chef du groupe national le plus nombreux », autrement dit Hitler. Ils y voient le moyen de détourner les masses populaires des communistes et de les rallier à la République de Weimar !

Il est vrai qu'en 1932, l'horreur absolue est représentée par le communisme stalinien. Les dirigeants allemands, qui ont perdu la confiance des citoyens à cause de leur politique de « rigueur » et de « déflation », espèrent que Hitler saura s'opposer à la menace d'une prise de pouvoir bolchévique, rétablir l'autorité de l'État et agir en personne responsable.

Dans le même temps, le lieutenant-colonel Ott informe le cabinet que la Reichswehr (« défense du Reich », armée de la République de Weimar) n'est pas en mesure de rétablir l'ordre en cas de guerre civile entre nazis et communistes.

La situation paraît des plus instables à von Papen. Celui-ci rencontre Hitler chez un banquier de Cologne, Kurt von Schröder, le 4 janvier 1933. Il soutient sa nomination comme chancelier sous réserve que lui-même soit vice-chancelier et qu'il n'y ait que deux autres nazis au gouvernement. Ce seront Wilhelm Frick, ministre de l'Intérieur duReich, et Hermann Göring, ministre sans portefeuille, par ailleurs ministre de l'Intérieur du Land de Prusse.

L'accession de Hitler à la chancellerie ne fait pas grand scandale, y compris parmi les juifs. Selon les témoignages recueillis par l'historien britannique Laurence Rees, on croit qu'un certain nombre de SA ayant des petites amies juives, leurs diatribes antisémites n'iront pas très loin ! De fait, après la journée de boycott des magasins juifs, le 1er avril 1933, les nazis réduisent soudain la pression. Quelques juifs, qui ont fui le pays dans les premiers mois, retourneront même en Allemagne avant qu'en 1938, le gouvernement ne leur en interdise la possibilité !

Premiers signes de cet apaisement apparent, le Saint-Siège consent à signer un concordat avec l'Allemagne le 20 juillet 1933, à l'initiative du vice-chancelier von Papen et de Mgr Kaas, chef du Zentrum, le parti catholique ; surtout, la Pologne signe à la surprise générale un traité d'amitié avec l'Allemagne le 26 janvier 1934, laissant croire chacun à la perspective d'une décennie de paix.

Hitler pose en gentleman anglais en 1936 (DR)Chacun attend avant tout du nouveau régime qu'il remette sur pied la société et l'économie. Hjalmar Schacht, « Docteur Miracle » qui avait restauré le mark après la crise de 1923 est justement nommé ministre de l'Économie le 27 juillet 1934 et, sous sa férule, l'économie se redresse de manière spectaculaire pour la plus grande satisfaction des Allemands.

Dans cette atmosphère, les camps de concentration ouverts après l'incendie du Reichstag en février 1933 font figure de mal nécessaire afin de mettre hors d'état de nuire les opposants communistes.

Plus gênants sont les troubles entretenus par les masses de SA. Hitler y voit une menace pour sa propre autorité et un obstacle au ralliement de l'armée. Le chef des SA, Röhm, ne réclame-t-il pas « une seconde révolution » ? Son rival Himmler, chef des SS, convainc Hitler de s'en défaire. Il en est lui-même chargé dans la nuit du 30 juin 1934 (la « Nuit des longs couteaux »). Hitler en profite pour se débarrasser de tous les gêneurs. Le général von Blomberg, ministre de la Défense, en est ravi et lui adresse ses félicitations.

Après la mort de Hindenburg, le 2 août 1934, il cumule sa fonction et celle de chancelier sous l'étiquette de Führer qui était la sienne au sein du parti nazi. Quelques semaines plus tard, il obtient de chaque officier et soldat qu'il lui prête un serment de loyauté  à titre personnel ! La Reichswehr devient la Wehrmacht.

Le 1er mars 1935, les habitants de la Sarre se laissent convaincre de voter par référendum leur rattachement immédiat au Reich, dont ils avaient été détachés par le traité de Versailles. Mais deux semaines après, le 16 mars 1935, le Führer profite de son assise nationale et internationale pour rétablir le service militaire obligatoire en violation du même traité de Versailles. Et le 15 septembre de la même année, il promulgue au congrès de Nuremberg deux lois antisémites visant à relancer la politique antijuive.

 

Toujours plus radical

L'État nazi est désormais en ordre de bataille... pour le pire. Ainsi que l'explique l'historien britannique Laurence Rees, cet État fonctionne selon un mode particulier ; non pas, comme le croient les contemporains, selon des ordres donnés par le Führer mais suivant les initiatives des subalternes, tous désireux d'agir selon ce qu'ils croient être la volonté du Führer.

Bien que mû par une ambition forcenée, Hitler ne se montre pas directif mais suggestif. Il joue habilement des rivalités entre ses subordonnés pour les conduire à se surpasser et toujours devancer ses attentes. Il lui suffit d'entériner leurs actions dès lors qu'elles sont conformes à ses objectifs de long terme. Indolent de nature, il ne consacre lui-même guère plus de deux heures par jour aux réunions de travail.

Derrière une façade de rigueur et d'efficacité entretenue par la propagande, le char de l'État tire dans tous les sens, comme on le voit dans la surveillance policière ou encore le traitement des handicapés. Avec une constante toutefois : toujours dans un sens radical, Hitler écartant toujours les compromis et les solutions alambiquées au profit des démarches les plus radicales, une démarche que l'historien allemand Martin Broszat qualifie de « radicalisation cumulative ». C'est comme cela que les responsables de la question juive en viendront à l'extermination de masse tout en conduisant celle-ci de mille et une façons, selon le lieu et les circonstances.

Bibliographie

Parmi de très nombreux livres sur la tragédie nazie, on peut lire une compilation passionnante de témoignages vécus : Ils ont vécu sous le nazisme (Laurence Rees, 2005, Perrin).

Jugeons avec prudence les contemporains du nazisme

C'est un fréquent anachronisme que de juger les contemporains de Hitler d'après ce que nous savons de la fin du nazisme. Mettons-nous un instant à la place de nos aïeux qui assistèrent en 1933 à sa prise de pouvoir.

Dans les cinq ou six ans qui suivent la Grande Guerre de 1914-1918, les opinions publiques européennes avaient été bouleversées par les horreurs perpétrées par les bolcheviques (plus tard appelés communistes) en Russie mais aussi à Munich, avec la République des Conseils, et en Hongrie avec la dictature de Bela Kun. L'Allemagne démocratique, en proie à une crise morale et économique, semble sur le point de sombrer à son tour dans la guerre civile pendant l'« année inhumaine » de 1923.

Dans le même temps, en Italie, Mussolini, un socialiste repenti, inaugure une nouvelle forme d'autoritarisme qu'il présente comme une troisième voie entre le communisme et le capitalisme. Un seul meurtre lui est reproché, celui du député d'opposition Matteoti. Ses apparents succès lui valent l'estime des démocrates, y compris du plus grand d'entre eux, Churchill ! Dans les années 1920, les épigones de Mussolini foisonnent : Salazar au Portugal, Horthy en Hongrie, Pilsudski en Pologne, Dollfuss en Autriche... Pour la plupart des gens, y compris le cardinal Eugenio Pacelli, futur Pie XII, la démocratie parlementaire semble vouée à devenir une exception réservée aux pays anglo-saxons et scandinaves.

À la fin des années 1920, l'Allemagne et l'Europe occidentale sortent enfin du chaos de l'après-guerre. Les citoyens allemands s'accommodent de la nouvelle donne issue du traité de Versailles et l'on parle de part et d'autre du Rhin de réconciliation et même d'union européenne. Mais l'accalmie est de courte durée.

Tout est chamboulé au début des années 1930. Frappée par la politique de « rigueur » du chancelier Brüning qui fait suite au Jeudi noir de Wall Street, l'Allemagne replonge dans une grave crise économique et politique qui fait le jeu des partis antiparlementaires. Dans le même temps, en URSS, le régime communiste se durcit spectaculairement. Staline organise une famine phénoménale en Ukraine et persécute des millions de popes et de fidèles en vue d'établir le « quinquennat de l'athéisme ». Qui plus est, le dictateur soviétique n'attend pas les nazis pour « éloigner les Juifs ». Dès 1928, il crée à cet effet un camp de concentration à ciel ouvert dans la lointaine Sibérie, la république du Birobidjan.

Horrifiés à juste titre par le communisme soviétique, les dirigeants allemands et nombre de leurs concitoyens pensent que Hitler pourrait, comme le Duce italien, remettre leur pays sur pied, laver l'humiliation du traité de Versailles et éviter une dictature communiste prorusse !... Au printemps 1933, après sa prise de pouvoir, quelques milliers d'israélites allemands quittent leur pays par précaution mais beaucoup y reviennent l'année suivante, considérant que le danger est derrière eux. Personne ne soupçonne la suite. En 1936 encore, l'ancien Premier ministre britannique David Lloyd George décrit Hitler comme « un dirigeant-né. Une personnalité dynamique et magnétique à la pensée singulière, à la volonté inébranlable et au cœur intrépide » (note).

Beaucoup de juifs, en Allemagne et en Autriche, tardent à prendre la mesure du danger et se rassurent à bon compte. Ils finiront à Auschwitz, selon la remarque caustique de Billy Wilder qui, lui, n'a pas attendu pour s'enfuir : « Les pessimistes ont fini à Hollywood, et les optimistes à Auschwitz » (note). Edith Stein, philosophe d'origine juive, convertie au catholicisme et entrée au Carmel, fait exception. Dès avril 1933, elle écrit une lettre prophétique au pape Pie XI où elle dénonce l'ignominie du nazisme et les dangers que fait courir à l'humanité « l'idôlatrie de la race » (le contenu de cette lettre a été dévoilé en 2003 par le Vatican).


Publié ou mis à jour le : 2019-11-24 22:11:04

 
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