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La papauté des origines à l'An Mil

L'évêque de Rome devient le chef de l'Église


On aurait sans doute étonné les premiers chrétiens comme les officiels romains qui les persécutèrent en tant qu’adeptes d’une religion déraisonnable et hostile si on leur avait dit qu’un jour le christianisme serait le marqueur de la romanité !... 

En effet, en faisant de l'évêque de Rome le chef de l'Église universelle, la chrétienté occidentale a fini par s'identifier à l’universalisme romain. Mais ce fut une transition chaotique et douloureuse, à peine achevée à l'orée de l'An Mil.

Saint Érasme (vers 253 - 303) flagellé en présence de l'empereur Dioclétien, fresque byzantine, VIII e siècle, musée national de Rome.

Saint Pierre, premier évêque de Rome

La communauté chrétienne de Rome revendique sa filiation avec les apôtres Pierre et Paul, mis à mort dans la Ville éternelle vers l’an 67, sous le règne de Néron.

Avec la conversion de Constantin, au début du IVe siècle, l’empire devient progressivement chrétien. À Rome, où l'empereur ne réside plus, l’évêque, que l’on a pris l’habitude d’appeler le pape, devient le personnage central de la ville. Il est désigné comme tous les évêques par une assemblée de fidèles.

Son autorité se fait sentir en Italie, voire même parfois en Gaule ou dans la province romaine d’Afrique (la Tunisie d’aujourd’hui). Mais le centre de gravité du christianisme reste en Orient : c’est là que se trouvent les provinces les plus riches, les grandes cités.

Un signe ne trompe pas : en 324, la fondation de la deuxième Rome sur les rives du Bosphore, appelée à devenir capitale chrétienne de l'empire.

Les théologiens se déchirent sur le dogme

L’unité doctrinale est garantie par les assemblées d'évêques et l’empereur. Justement, Constantin réunit en 325 un premier concile oecuménique à Nicée en vue de définir une profession de foi commune aux chrétiens, le Credo (« Je crois en Dieu... »).

Le concile de Nicée (325), icône du monastère des Meteores, Thessalie, Grèce. L’empereur Constantin est au centre. Arius, condamné, se trouve au fond de l’icône.Les théologiens se divisent malgré cela entre des écoles de cultures différentes, syrienne (autour d’Antioche), égyptienne (autour d’Alexandrie) ou gréco-impériale. Toutes ces querelles sont ressenties à Rome comme de dangereuses subtilités orientales.

Un tournant a lieu en 451 avec le concile de Chalcédoine.

En se fondant sur une lettre du pape Léon 1er  (440-461), reconnu comme le gardien de la tradition apostolique, le concile fixe de manière définitive le dogme de la double nature du Christ, humaine et divine, ainsi que le dogme de la Sainte Trinité.

Déjà s'affirme un semblant d'autorité de la part de l'évêque de Rome, d'autant que celui-ci doit aussi se substituer au pouvoir politique défaillant face aux menaces étrangères.

Léon 1er convainc ainsi en 452 Attila de renoncer à entrer dans la Ville éternelle.

Le pape saint Léon le Grand, illustration du Manuel  de  patrologie : les Pères de l’Église, Sœur Gabriel Peters, Migne.En conséquence de quoi le pape revendique la vocation de sa ville à devenir le centre de la chrétienté.

Au siècle suivant se déploie l'action du pape Grégoire le Grand (590-604). Animé par une dévotion intense, il signe ses lettres d’une formule qui deviendra rituelle : Servus servorum dei (« serviteur des serviteurs de Dieu »).

Premier pape évangélisateur, il encourage aussi la prédication dans les confins barbares. Dans les instructions qu'il donne aux missionnaires, il insiste sur la nécessité de respecter les coutumes locales et de faire confiance au temps pour amener les païens au christianisme : « Après tout, quand on veut arriver au sommet d'une montagne, on monte pas à pas, on ne s'élève pas par bond ».

La papauté et l'invention de l’Europe

Le VIIe siècle voit la désunion du monde méditerranéen avec la naissance de l’islam. Les troupes musulmanes arrivent devant Constantinople. À l’ouest, elles font la conquête de l'Afrique du nord puis débarquent en Espagne avant de se heurter à Poitiers à Charles Martel en 732.

Charles Martel est le maire du palais d'un lointain descendant de Clovis. C'est l'homme fort du Regnum francorum, le « Royaume des Francs » établi sur les ruines de l'empire romain d'Occident, de part et d'autre du Rhin et de la Meuse. Lorsqu’en 751, son fils et successeur Pépin le Bref veut prendre le titre royal en lieu et place du roi mérovingien de la dynastie de Clovis, il sollicite l'avis du pape Zacharie.

Mosaïque figurant Léon III, VIIIe siècle, palais du Latran, Rome (noter le nimbe rectangulaire qui entoure la tête du saint).Celui-ci, confronté à la menace des redoutables Lombards, ne peut plus compter sur la protection de l'empereur de Constantinople, lequel a d'autres soucis avec les Bulgares et les Arabes. L’empereur a, qui plus est, décidé d’interdire les images religieuses. Or, le pape condamne formellement l’iconoclasme byzantin.

Soucieux d'entrer dans les bonnes grâces des Pippinides, la famille de Charles Martel et Pépin, Zacharie donne son assentiment au changement de dynastie. En 754, son successeur le pape Étienne II (752-757) passe les Alpes et procède à Saint-Denis au sacre de Pépin et de ses fils, Carloman et Charles, futur Charlemagne.

En retour, Pépin descend avec ses guerriers dans la péninsule italienne pour soumettre les Lombards.

Mieux encore, il fait don au pape de l’Italie centrale, c’est-à-dire pour l’essentiel l’ancien domaine byzantin dont s’étaient emparés les Lombards. Le pape devient ainsi le maître d’une véritable principauté, le « patrimoine de Saint Pierre » : c’est la naissance des États pontificaux. Ils vont plus ou moins garantir jusqu'en 1870 l'indépendance du souverain pontife à l'égard des autres souverains. 

Le pape Léon III (795-816), d’origine modeste, voit son autorité contestée par les grandes familles romaines. C'est au demeurant un homme de mœurs discutables et ses adversaires y voient un motif de le renverser en 799. Léon III réussit à s’enfuir auprès du roi des Francs.

En 800, celui-ci franchit les Alpes, arrive à Rome et rétablit le pape dans ses droits. En retour, le jour de Noël, alors que Charles se rend dans la basilique Saint-Pierre, le pape le couronne et lui confère le titre inédit d'« Empereur des Romains ». Ainsi le roi des Francs entre-t-il en concurrence avec l'autre empereur, celui de Constantinople.

Le Pape Formose et Etienne VI - Concile cadavérique de 897, Jean-Paul Laurens, 1870, musée des Beaux-Arts, Nantes.

Scandales en série au palais du Latran

Mais avec la décrépitude rapide des successeurs de Charlemagne, les papes se voient privés de leur protecteur naturel. Le trône de Saint Pierre devient le jouet des grandes familles romaines qui manipulent à leur aise l'assemblée des fidèles en charge de l'élection de leur évêque. Elles font élire des papes insignifiants et/ou indignes.

Ainsi, en janvier 897, un certain Étienne VI fait-il exhumer et juger (!) la dépouille d'un prédécesseur, Formose, qui l'avait offensé de son vivant. Après ce « concile cadavérique », la dépouille est jetée dans le Tibre.

En 962, Jean XII prend le parti du roi de Germanie Otton contre le roi d'Italie Bérenger II. Il lui confère le titre d'empereur d'Occident pour le remercier de l'avoir secouru. 

Mais à peine Otton 1er a-t-il le dos tourné que Jean XII se rallie à son ancien ennemi ! Otton revient sur ses pas, fait déposer le pape pour immoralité et le remplace par Léon VIII. L'empereur et ses successeurs ne vont dès lors cesser d'intervenir dans les affaires  italiennes, en s'autorisant un droit d'intervention sur les élections pontificales, en concurrence avec les grandes familles romaines.

Le salut de l'Église romaine et de la papauté va venir du clergé régulier, celui qui vit selon une règle monastique.

L’avènement d’une papauté féodale

L’empereur Otton III, enluminure de l'abbaye de Reichenau, Évangéliaire d'Otton III, v. 1000, Bayerische Staatsbibliothek, Munich.À l'orée de l'An Mil, en Occident, le pouvoir se fractionne en une multitude seigneuries liées les une aux autres par les allégeances féodales. Le pouvoir d'une famille passe bien des fois par le contrôle d’une église ou d’un monastère. Aussi les abbés et les évêques sont-ils bien souvent issus de la noblesse et mènent une vie peu dévote et nourrie d’intrigues politiques.

Cependant, les ferments de renouveau s'affirment avec l'abbaye de Cluny. Fondée en 910 et ne relevant que de l'autorité pontificale, elle porte l’idée d’une Église dégagée des intrigues seigneuriales.

Et surtout, alors que plus aucun pouvoir temporel n’est en mesure d’unir l’Occident, un nouveau mot désigne ce qui l'unit : « chrétienté ».


Version intégrale pour les amis d
L'auteur : Thomas Tanase

Thomas TanaseThomas Tanase, diplômé de l’Institut d’Études politiques de Paris, est docteur et professeur agrégé d’histoire.

Ancien membre de l’École française de Rome, il a également travaillé à l'IFEA (Institut français d'études anatoliennes). Il est l'auteur de travaux sur la papauté et l'Asie, ainsi que d’une biographie de Marco Polo (Ellipses, 2016).

Publié ou mis à jour le : 2016-11-29 10:19:42

Les commentaires des Amis d'Herodote.net

Les commentaires sur cet article :

Jean Devriendt (12-12-201607:57:04)

Cet article est de qualité très inégale. Il ne s’aventure pas dans ce qui fait la solidité du magistère : l’argumentaire théologique qui ici abonde : la vague mention d’Irénée ne suffit pas. Ainsi l’histoire de Patrirachat et la compréhension de l’Église, affirmée « une, sainte, catholique et apostolique » définie au Concile pourtant cité de Nicée-Constantinople, est passée sous silence. Cet « un » fut compris comme unité, comme union ou comme unisson. Et les débats ne sont pas clos aujourd’hui.... Lire la suite

Daniel (05-12-201613:54:26)

Que sous Constantin l'évêque de Rome souhaitât que, avec déférence, on l'appelât "père", je l'apprends. Mais je découvre tellement quand je m'évade (trop rarement) sur ce magnifique site de Monsieur Larané !
Je ne sais pas non plus si, à cette époque, le canon des Ecritures Grecques Chrétiennes était définitivement arrêté ; mais ce qui n'est pas douteux, en revanche, est que ledit évêque ne pouvait ignorer l'évangile de Matthieu, rédigé quelque deux cents ans plus tôt.
Or, au nombr... Lire la suite

Claude (28-11-201617:25:26)

Chef de l'Eglise, chef de l'Eglise universelle... Comme vous y allez ! Le pape n'est devenu (tardivement, comme vous l'expliquez brillamment) le chef que d'une petite moitié de la chrétienté. N'oubliez pas les chrétiens "araméens" et orientaux des premières églises toujours vivaces dans le martyre, les orthodoxes et les protestants, tous aussi légitimes que les catholiques.

Anonyme (28-11-201617:24:55)

Chef de l'Eglise, chef de l'Eglise universelle... Comme vous y allez ! Le pape n'est devenu (tardivement, comme vous l'expliquez brillamment) le chef que d'une petite moitié de la chrétienté. N'oubliez pas les chrétiens "araméens" et orientaux des premières églises toujours vivaces dans le martyre, les orthodoxes et les protestants, tous aussi légitimes que les catholiques.

brigitte (28-11-201608:50:32)

Suétone (Vie de Claude, XXV) ne dit nullement que les juifs, à l'instigation de Chrestos, excitaient des troupes, mais qu'ils étaient à l'origine de troubles fréquents à Rome et il les chassa donc de la ville. "Judeaos, impulsore Chresto assidue tumultuantes, Roma expulit". Parmi eux, Priscille et Aquila qui furent proches de saint Paul.
Et merci pour tout ce que votre site me permet de découvrir.


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