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France

La malédiction des grands argentiers

Une malédiction plane sur les responsables des finances publique qui se sont succédés en France, depuis les « légistes » de Philippe Le Bel en passant par les surintendants des finances des rois et jusqu’aux ministres actuels de la République.

Du Trésor royal au gibet de Montfaucon

Enguerrand de Marigny, légiste de Philippe IV le Bel, prête la main à toutes les exactions royales depuis le rognage des monnaies jusqu’aux spoliations des banquiers lombards installés à Paris et au procès des Templiers qui permet de mettre la main sur leurs biens. Ces initiatives lui valent, comme il se doit, une grande impopularité dans le peuple et de nombreux ennemis en haut lieu...

Le gibet de Montfaucon (gravure du XIXe siècle, reconstitution)Louis X le Hutin, qui succède à son père Philippe le Bel, se refait une virginité à bon compte en lui intentant un procès.

C'est ainsi que l'ancien « Chancelier et Chambellan de Nostre sire le Roy » est pendu à l'aube du 30 avril 1315. Son corps est ensuite transporté au gibet de Montfaucon, qu'il a lui-même fait construire pour y exposer les malfaiteurs après leur supplice.

Le même scénario se reproduit sous les règnes suivants. Gérard de la Guette est à son tour exposé à Montfaucon de même que son successeur Pierre Rémy, sieur de Montigny.

On observe une longue pause avec la guerre de Cent Ans avant que le jeune roi Charles VI le Bien-Aimé (plus tard surnommé le Fou) accorde sa confiance à Gérard de Montaigu. Il cumule les fonctions et les honneursnbsp;: intendant des finances, chambellan, grand-maître de la maison du roi...

Mais cela lui vaut la jalousie des puissants oncles du roi, membres du conseil de régence. Profitant de la maladie de Charles VI, ils le font mettre à la question. Le ministre est décapité à la hache aux Halles le 17 octobre 1409 et son corps transporté, devinez oùnbsp;? à Montfaucon.

Le prévôt de Paris Pierre des Essars, qui a concouru à sa chute dans l'ombre du duc de Bourgogne, reprend aussitôt les finances du royaume. Il en profite pour s'enrichir comme le veut la tradition.

Au risque de nous répéter, disons qu'il est décapité aux Halles le 1er juillet 1413 et son corps transporté à Montfaucon.

On remet ça sous le règne suivant, celui de Charles VII : le chambellan Pierre de Giac, en charge des finances, a la réputation d'un homme prévaricateur et vil, qui plus est marié à une femme aussi cupide que riche. Après un procès vite expédié, il est enfermé dans un sac et jeté dans la Loire.

En 1436, le roi ayant rétabli sa situation grâce à Jeanne d'Arc, il confie la charge de maître des monnaies et d'argentier à un marchand de sa bonne ville de Bourges, Jacques Cœur. Après la mort de sa protectrice Agnès Sorel, en 1450, il est accusé de diverses malversations  et même d'avoir empoisonné la favorite. Emprisonné pendant trois ans, il trouve moyen de s'évader et ne doit qu'à l'exil d'avoir la vie sauve.

Vindicte royale

Sous le règne suivant, celui de Louis XI, Jean La Balue, fils d'un tailleur de Poitiers, entre dans la carrière ecclésiastique. Présenté au roi par le favori Charles de Melun, il obtient la charge d'intendant des finances puis l'évêché d'Angers et même la barrette de cardinal. 

L'intrigant convainc le roi de rencontrer à Péronne son adversaire le duc de Bourgogne Charles le Téméraire. L'entrevue tourne au fiasco et Louis XI en conçoit une rancune mortelle à l'égard de La Balue et le fait emprisonner à la Bastille, dans une cellule ordinaire, non pas dans une cage de fer (« fillette ») comme le suggère la légende. Protégé par la barrette de cardinal, La Balue en réchappe au bout de onze ans et finit ambassadeur à Rome.

Jacques de Beaune, baron de Semblançay, est à l’âge de 80 ans surintendant des finances de François 1er lorsque le roi est fait prisonnier par Charles Quint à la bataille de Pavie (1525). La reine-mère Louise de Savoie, qui exerce la régence, profite de l’occasion pour traîner en justice Semblançay et le condamne à être pendu.

Nicolas Fouquet, surintendant des finances au début du règne de Louis XIV, ne doutait de rien (sa devise latine « quo non ascendam  ? » signifiait « jusqu’où ne monterai-je pas  ? »). Il ne sentit ni la jalousie de Colbert ni l’exaspération du jeune roi lors de son invitation fastueuse dans son château de Vaux-le-Vicomte.

Louis XIV le fit arrêter et juger. Dépité que les juges l'eussent simplement condamné à l'exil et non à la mort, il obtint que sa peine fut aggravée. C'est ainsi que le présomptueux surintendant finit ses jours dans la forteresse de Pignerol, à la frontière entre la France et l’Italie.

Le procès de Fouquet

Vie privée, vie publique

Beaucoup plus tard, sous la IIIe République, à la veille de la Grande Guerre, Joseph Caillaux est un ministre des Finances arrogant mais efficace et convaincu des bienfaits de la paix. Sa deuxième épouse prend la regrettable initiative d’assassiner dans son bureau le directeur du Figaro Gaston Calmette, qui mène une campagne de diffamation contre le ministre en prenant prétexte de sa relation adultère avant son remariage. Caillaux renonce à se présenter à la présidence du Conseil pour s'occuper de la défense de son épouse. Peut-être, sans cette mésaventure, eut-on évité la guerre  ?

Plus près de nous sous la Ve République, on se souvient des démissions du ministre de l’Économie et des Finances Dominique Strauss-Kahn après l’affaire de la MNEF dont il sort finalement blanchi, celle d’Hervé Gaymard après la révélation du coût de son appartement de fonction, celle de l’ancien ministre du budget Éric Woerth à la suite de la vente équivoque de l’hippodrome de Compiègne et de ses relations avec le conseiller financier de la richissime Liliane Bettencourt.

Ajoutons-y l'affaire de l’arbitrage dont a bénéficié Bernard Tapie, qui implique la ministre Christine Lagarde. Dernière en date, l'affaire Cahuzac est d'une nature particulière : elle témoigne d'un comportement privé en totale contradiction avec les responsabilités publiques du ministre du Budget.


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République française
Publié ou mis à jour le : 2018-11-27 10:50:14

 
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