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25 février 1429

Jeanne d'Arc rencontre le roi à Chinon


Le 25 février 1429, Jeanne d'Arc rencontre le roi Charles VII à Chinon. Venue tout droit de Vaucouleurs, aux marches de Lorraine, la jeune paysanne illettrée était attendue avec une certaine impatience et beaucoup d'appréhension.

Le souverain, qui désespérait de conserver sa couronne face à l'offensive des Anglais, n'attendait plus guère qu'un miracle. Aussi avait-il accueilli avec faveur la proposition de Robert de Baudricourt, son fidèle prévôt de Vaucouleurs, de lui envoyer une jeune fille qui se disait destinée par Dieu à sauver le pays et la monarchie...

Jeanne Lafont

Deux rois pour un royaume

À la mort du roi de France Charles VI le Fou, en 1422, sa veuve Isabeau de Bavière a reconnu pour roi de France l'enfant de sa fille Catherine et du roi d'Angleterre Henri V. Son propre fils aîné, Charles, a été exclu de la succession en raison de son implication dans l'assassinat de Jean sans Peur, le puissant duc de Bourgogne.

La France se trouve donc avec deux rois aussi légitimes l'un que l'autre. Le jeune Henri VI tient sa légitimité du traité de Troyes. L'enfant règne sur Paris et le nord du royaume. Il est représenté sur place par son oncle Jean de Lancastre, duc de Bedford, et bénéficie du soutien de l'Église, de l'Université et du peuple de Paris. Il est également allié au puissant parti bourguignon.

Quant à Charles VII de Valois, fils de Charles VI et Isabeau de Bavière, il règne seulement au centre et au sud du royaume, essentiellement en pays d'oc. On le surnomme par dérision le «petit roi de Bourges».

Il n'a ni argent, ni beaucoup de soutiens, mis à part les redoutables Armagnacs et quelques mercenaires de toutes origines, en particulier des Écossais, ardents à combattre les Anglais. Ses chefs de guerre et courtisans se déchirent en de vaines querelles, se disputant à qui mieux mieux les dépouilles du royaume. L'héritier des Valois est au bord du renoncement quand il rencontre Jeanne d'Arc.

La France de Charles VII et Jeanne d'Arc

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La France de Charles VII et Jeanne d'Arc (1429)À la mort de Charles VI le Fou, en 1422, la France est une mosaïque de territoires, les uns soumis aux Anglais, les autres aux Bourguignons, les derniers enfin au Dauphin, futur Charles VII. Sans compter les provinces périphériques, aujourd'hui françaises, qui sont encore terres d'Empire (Lorraine, Provence...).

Noter à l'est de la Lorraine l'enclave de Vaucouleurs et Domrémy, dont le seigneur fait allégeance au Dauphin. De cette terre lointaine va surgir Jeanne d'Arc...

Jeanne et ses anges gardiens

Jeanne est une jeune fille d'environ dix sept ans. Elle serait née le 6 janvier 1412 dans le ménage d'un prospère laboureur du nom de Jean Darc, à Domrémy (la famille sera en décembre 1429 anoblie par Charles VII et changera son nom en d'Arc).

Domrémy (Vosges) : la maison natale de Jeanne d'ArcEnclavé en Lorraine, terre d'Empire, ce village des bords de la Meuse relève du roi de France et de son représentant, qui réside à Vaucouleurs.

Quatrième enfant de la fratrie, Jeanne est éduquée dans la foi chrétienne par sa mère Isabelle Romée (ce surnom pourrait signaler un pèlerinage à Rome).

D'après ce qu'elle dira plus tard à son procès, elle entend pour la première fois, à l'âge de douze ou treize ans, dans la cour de sa maison, derrière l'église, une «voix» qui lui demande de «bouter l'Anglais hors de toute France» et de restaurer Charles comme seul roi légitime.

Interrogée sur la nature de la «voix», elle conviendra devant ses juges qu'il aurait pu s'agir de saint Michel, sainte Catherine d'Alexandrie et sainte Marguerite, des saints auxiliateurs honorés dans son village ou les environs.

Jeanne bergère (lettrine d'un manuscrit du XVe siècle, BNF)En attendant, jusqu'à son procès, Jeanne se garde d'évoquer une quelconque «voix» mais invoque une prophétie de l'époque d'après laquelle le pays, perdu par une femme (la reine Isabeau de Bavière, signataire du traité de Troyes), sera sauvé par une vierge venue des Marches de Lorraine (elle-même).

Avec l'aide de son oncle et en cachette de ses parents, la jeune paysanne se rend à Vaucouleurs, chez le capitaine des gens d'armes, Robert de Baudricourt, qui, dans un premier temps, la repousse avec hauteur.

Mais Jeanne s'entête, forte de quelques soutiens dans son village et alentours. Une légende ne dit-elle pas que la France, perdue par une femme (la reine Isabeau de Bavière) sera également sauvée par une femme ! L'époque, il est vrai, est fertile en légendes de ce genre et en faux prophètes...

La «pucelle» (jeune fille dans le langage de l'époque) revient à Vaucouleurs et supplie Robert de Baudricourt une deuxième, puis une troisième fois. Entretemps, elle a la douleur de voir son village mis à sac par une bande de soudards bourguignons ; ce drame ne fait que renforcer sa détermination.

À la troisième visite, elle ne réussit toujours pas à amadouer le redoutable capitaine mais un témoin de l'entrevue, Jean de Metz, se laisse impressionner et la mène à Nancy, auprès du duc Charles de Lorraine, malade, dans l'espoir d'une guérison miraculeuse. Jeanne, refusant d'intervenir, recommande seulement au vieux duc de quitter ses maîtresses et se remettre sagement en ménage avec son épouse.

Il est vraisemblable, si l'on en croit l'historien Philippe Erlanger, qu'à la cour du duc, elle rencontre René d'Anjou, beau-frère du dauphin et fils de Yolande d'Aragon.

Celle-ci, maîtresse femme, a épousé Louis II d'Anjou, grand-oncle du dauphin, et donné sa fille Marie en mariage à ce dernier, qu'elle aime comme son propre fils. Le dauphin lui rend son affection et l'appelle «bonne mère». Yolande, douée d'un remarquable sens politique, a sans doute perçu tout le parti qu'elle pouvait tirer de Jeanne d'Arc d'après les compte-rendus qu'on dû lui faire son fils René et ses agents locaux.

Toujours est-il qu'à son retour de Nancy, Jeanne croise à Vaucouleurs un chevaucheur du dauphin, Jean Colet de Vienne, qui convainc Baudricourt de l'amener à Chinon. La population de la petite ville abonde dans le même sens et se cotise même pour offrir des habits d'homme et un cheval à la jeune fille.

Le départ a lieu enfin le 13 février 1429, à la porte de France. Robert de Baudricourt lui remet une épée avec ces mots : «Va, va, et advienne que pourra !». Jeanne, à dater de ce jour, choisit de revêtir ses habits d'homme et de se couper les cheveux. À cela une raison impérieuse : se protéger des hommes de rencontre et se faire respecter des soldats de son escorte et de ses armées futures.

Elle va voyager dans des conditions périlleuses, souvent en territoire hostile, le plus souvent la nuit et par les bois, accomplissant 500 kilomètres en onze jours, tout juste accompagnée de son frère Pierre, Jean Colet de Vienne, Jean de Metz et quatre autres personnes.

Départ de Jeanne de Vaucouleurs, Jean-Jacques Scherrer (1855-1916), 1886, mairie de Vaucouleurs

Tandis que la jeune fille quittait Vaucouleurs, le dauphin Charles connaissait un nouvel et humiliant échec avec la «journée des harengs». Bien que supérieure en nombre, l'une de ses troupes était défaite par l'escorte d'un convoi de harengs destiné à ravitailler les troupes anglaises qui assiégeaient Orléans.

Dans cette situation devenue désespérée, Jeanne est attendue avec une impatience extrême.

Le 23 février, son arrivée à Chinon, qui a fait l'objet d'une intense publicité (peut-être par les agents de Yolande d'Aragon) se fait sous les acclamations. Avant l'audience, la Pucelle s'héberge chez un magistrat lié à la maison d'Anjou et Yolande d'Aragon. Sans doute à cette occasion lui apprend-on quelques bonnes manières et quelques secrets de la cour. On n'est jamais trop prudent...

Le retour de la confiance

Enfin arrive l'audience tant attendue. La jeune paysanne entre dans la grande salle, accompagnée du grand maître de l'hôtel du roi, le comte de Vendôme. Le roi l'attend, en petit comité. Elle fait sa révérence puis lui lance d'une voix claire : «Gentil Dauphin, j'ai nom Jeanne la Pucelle ; et vous mande le Roi des cieux, par moi, que vous serez sacré et couronné dans la ville de Reims (...). Baillez-moi gens pour que je fasse lever le siège d'Orléans et vous mène sacrer à Reims. C'est le plaisir de Dieu que nos ennemis les Anglais s'en aillent en leur pays».

Elle amène ensuite Charles à l'écart. Dans le secret de leurs entretiens, elle lui confie sans doute que Dieu lui a pardonné le meurtre du duc de Bourgogne, sur le pont de Montereau, et qu'il est prêt à lui rendre son royaume. Elle l'assure aussi de sa filiation royale.

Le regard de Charles VII s'illumine. Convaincu par la foi de Jeanne, il accepte de lui confier quelques troupes, à charge pour elle d'aller délivrer Orléans au plus vite de l'assaut anglais.

La Pucelle doit au préalable se soumettre à Poitiers à l'examen de quelques docteurs et théologiens. L'un d'eux, origine du Limousin, demande à Jeanne avec son accent rocailleux :
«- Dans quelle langue s'expriment vos voix ? »
«- Meilleure que la vôtre ! »
répond-elle avec humour dans son bel accent français de Lorraine.
Qui plus est, trois femmes déléguées par Yolande d'Aragon s'assurent de sa virginité pour écarter toute médisance.

Après ces formalités, la Pucelle se dispose à rejoindre l'armée réunie à Blois en vue de délivrer Orléans. L'enjeu est capital. La perte de cette ville entraînerait le franchissement de la Loire par les Anglais et la conquête des derniers territoires encore inféodés au dauphin.

Jeanne d'Arc et les troupes royales (miniature des Chroniques d'Enguerrand de Monstrelet, XVe siècle, BNF
Emblèmes johanniques

Avant le départ, le roi octroie à Jeanne Darc une escorte avec pages et héraut, comme à un véritable chevalier. 

Jeanne, assez bonne cavalière, se fait également confectionner deux étendards sur lesquel sont figurés le Christ et deux anges, avec les mots Jésus Maria. Le premier brûlera accidentellement à Orléans ; le second sera piétiné et détruite à Compiègne. En attendant, il  mènera les troupes à la victoire et aura l'insigne honneur de figurer auprès du roi lors de son sacre à Reims.

Par ailleurs, Jeanne demande que lui soit remise une épée qui lui aurait été recommandée par sa «voix». Selon ses indications, le roi l'envoie quérir à Sainte-Catherine de Fierbois, au sud de Tours, près de l'autel du petit sanctuaire, où elle aurait été abandonnée en des temps anciens.

Jeanne va dès lors porter l'épée de Fierbois à la ceinture en se gardant bien de l'utiliser. Elle va toutefois la briser irrémédiablement peu après le sacre en voulant frapper du plat de l'épée une ribaude qui suivait les troupes. Chacun, le roi compris, ne manquera pas d'y voir un mauvais présage. Plus tard, après le siège raté de Paris, Jeanne, devenue chef de bande, aura moins de scrupule à utiliser une épée «de taille et d'estoc» au combat...

Publié ou mis à jour le : 2017-02-21 10:53:32

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