L'Antiquité en cartes animées

Vincent Boqueho raconte l'Antiquité classique

Qui n'a pas entendu parler de l'Antiquité classique ? Ces termes très connus sont paradoxalement porteurs de différents sens. Ainsi, en Europe occidentale, cette période s'achève traditionnellement avec la chute de l’empire romain d’Occident en 476. Plus à l'Est, elle commence avec la fin de Babylone, en 539 av. J.-C., et s'étend jusqu'à la naissance de l'Islam, en 622 de notre ère.

Si cette époque mérite d'être à nouveau explorée, c'est qu'elle a posé les fondements des civilisations qui sont encore les nôtres aujourd'hui...

Vincent Boqueho
L'Antiquité classique en 36 épisodes

Vincent Boqueho (Herodote.net, 2017)Notre collaborateur Vincent Boqueho enseigne les sciences à Nice. Après son exploration de la haute Antiquité, il parcourt avec nous l'Antiquité classique sous forme de cartes animées d'environ 4 minutes 30.

Le voyage se déroule en cinq étapes :
1- Une éruption de nouvelles civilisations
2- Le monde à l'époque hellénistique
3- Pax romana, pax sinica
4- Les chevauchées barbares
5- Les derniers sursauts de l'Antiquité

Chacun peut consulter à titre d'exemple la carte ci-après :

Le creuset du monde actuel

En 539 av. J.-C., trois millénaires d’Histoire se sont déjà écoulés, dominés par l’éclat de l’Égypte et de la Mésopotamie. Même si ces deux civilisations nous ont laissés certains mythes (comme le Déluge) ou certaines conventions (comme le découpage en heures-minutes-secondes), personne aujourd’hui ne se sent de « culture égyptienne » ou de « culture babylonienne ». Alors que cette époque appelée « haute Antiquité » nous a finalement légué très peu de choses, la suivante, dite « Antiquité classique », imprègne encore notre vie actuelle.

Un flash-back s’impose pour mieux comprendre cette continuité bi-millénaire. Focalisons-nous d’abord sur la Méditerranée. La chute de l’Égypte et de la Mésopotamie accompagne l’essor de la civilisation gréco-romaine, dont l’héritage est toujours palpable en Europe et en Amérique. Présent dans l’inconscient collectif, celui-ci imprègne notre culture et survit même jusque dans nos institutions.

Plus à l’est en Iran, l’Antiquité classique voit l’essor du peuple perse qui a mis un terme à la haute Antiquité et dont l’histoire continue de nos jours de s’écrire. Si nous avançons encore davantage à l’est, la civilisation indienne se forge et atteint l’apogée de son éclat. Cette époque voit aussi se structurer la civilisation chinoise autour d'un empire qui va perdurer jusqu'à nos jours.

Si l’Antiquité classique met en place la plupart des cultures « modernes », c’est aussi parce qu’elle se caractérise par une vigueur religieuse sans précédent : c'est le temps des prophètes !

L'empire perse des Achéménides (Ve siècle av. J.-C.)

Perse et Iran : Antiquité classiqueVous retrouverez l'Iran dans les cartes animées suivantes : L’empire perse achéménide (525 – 404), La chute de l’empire achéménide (404 – 323), Parthes et Kouchans (141 av. J.-C. – 224 apr. J.-C.), L’essor de l’empire perse sassanide (224 – 476), La chute de l’empire perse sassanide (476 – 651)

Les Perses aux origines de l’Antiquité classique

Combat entre un guerrier perse et un hoplite grec. Scène peinte sur un kylix (coupe) du Ve siècle avant J.-C., musée archéologique national d'Athènes.Vers 700 av. J.-C., deux peuples indo-européens originaires de l’Asie Centrale s’installent sur les plateaux iraniens. D’abord tributaires des Mèdes, installés au nord, les Perses vont s’affranchir de leur domination sous l’impulsion de Cyrus le Grand et se lancer dans une époustouflante épopée politico-militaire.

En 539 av. J.-C., Cyrus s’empare de Babylone, balayant du même coup trois mille ans d’Histoire : la civilisation mésopotamienne s’effondre pour ne plus jamais se relever.

Son successeur Cambyse II s’empare ensuite de l’Égypte, mais la société pharaonique perdurera tant bien que mal jusqu’à la conquête romaine.

Cyrus et ses successeurs, les Achéménides, sont à l'origine du premier empire à vocation universelle. 

Le monde grec à la fin de l'époque archaïque (VIe siècle av. J.-C.)

Grèce : Antiquité classiqueVous retrouverez la Grèce dans les cartes animées suivantes : la Grèce et les guerres médiques (550 – 460), Sparte et Athènes (460 – 338), l’héritage d’Alexandre le Grand (323 – 270), les royaumes hellénistiques (270 – 130), l’apogée de l’empire byzantin (476 – 571)

La Grèce classique, berceau de la pensée occidentale

Dans le même temps, les cités de la Grèce archaïque multiplient comptoirs et colonies de la Méditerranée Occidentale (Marseille) à la Mer Noire. Mais les Perses rompent cet équilibre en détruisant les cités d’Ionie qui constituaient jusqu’alors le principal terreau de la pensée grecque. Ils entrent en conflit avec la Grèce, en particulier avec la cité d’Athènes. Ces guerres médiques sont remportées contre toute attente par Athènes et ses alliés. 

Forte de son succès, Athènes va condenser toute l'effort civilisationnel des Grecs et produire une floraison intellectuelle et artistique sans précédent dont nous cultivons encore l'héritage.

Au coeur de la péninsule italienne, les Étrusques, un peuple encore assez mystérieux, développent une civilisation originale. Elle ignore l'esclavage et tient les femmes pour les égales des hommes, ce qui la différencie de la civilisation grecque.

Les cités étrusques vassalisent leurs voisines : parmi elles, une cité latine d’apparence anodine, Rome... Mais elles doivent compter avec d'autres puissances régionales, la Grande-Grèce bien sûr (le sud de l'Italie), mais surtout Carthage, un comptoir fondé quelques siècles plus tôt par les marchands phéniciens à la pointe de l'Afrique.

L'Asie aux sources de la spiritualité moderne

Pour compléter la vision de l’Ancien Monde à la fin du VIe siècle avant notre ère, tournons-nous à présent vers l’Asie où l’expansion des Perses provoque aussi des bouleversements. Dominant toute l’Asie centrale, ils ont fondé une satrapie jusque dans le Gandhara indien et participent à l’essor de la civilisation indienne. Dans le sous-continent, l'antique religion védique se transforme peu à peu, devenant l’hindouisme.

Dans la vallée du Gange, l’éveil du Bouddha Siddharta Gautama Sakyamuni vers 531 av. J.-C. engendre l’une des religions les plus dynamiques du monde. Elle se propagera ultérieurement en Asie centrale, en Asie du sud-est et en Chine. À la même époque, les deux grands penseurs, Lao Tseu et Confucius, livrent leurs enseignements en Chine du nord et vont profondément influencer la culture chinoise.

Alexandre le Grand sur son cheval Bucéphale, détail de la mosaïque romaine de Pompéi représentant la bataille d'Issos, musée national archéologique de Naples.

L’époque hellénistique

En dépit de son unité culturelle, la Grèce reste divisée en cités rivales. C’est finalement de Macédoine, un royaume du nord partiellement hellénisé, que va venir son unification au IVe siècle, sous la férule du roi Philippe II et de son fils Alexandre le Grande. En une décennie, celui-ci soumet la Grèce mais aussi la Perse, jusqu'aux confins de l'Inde.

Sa mort prématurée entraîne alors la dislocation de son empire en plusieurs royaumes. Si l’œuvre du Conquérant peut être considérée  comme un échec politique, elle s'avère en revanche un succès culturel, puisqu’elle contribue à diffuser la civilisation grecque en Égypte comme en Asie Centrale (Bactriane) et en Inde (Gandhara). 

La culture grecque, bien que déclinante, va se développer dans tout le bassin méditerranéen donnant naissance à l’hellénisme. Alexandrie d'Égypte devient ainsi un prestigieux centre de la connaissance où s’illustrent de nombreux savants. De l’Afrique du nord à la Mésopotamie, la langue grecque va devenir la langue usuelle des échanges jusqu’à la conquête arabe, mille ans plus tard. C’est en grec que s’exprimeront César, Auguste… et les évangélistes. 

Rome et Carthage au cours de la deuxième guerre punique (IIIe siècle av. J.-C.)

Rome : Antiquité classiqueVous retrouverez Rome dans les cartes animées suivantes : Rome et les Étrusques (750 – 490), Rome à la conquête de l’Italie (490 – 270), Rome face à Carthage (270 – 120), de la république à l’empire (120 – 27), Rome et la naissance du christianisme (27 av. J.-C. – 96 apr. J.-C.), apogée de l’empire romain (96 – 235), divisions de l’empire romain (235 – 337), la chute de Rome (337 – 423), les premiers royaumes germaniques (476 – 561), effondrement de l’empire byzantin (571 – 642)

L’ascension de Rome

Pendant ce temps, en Italie, Rome s’est débarrassée de la tutelle étrusque et constituée en république. Elle est gouvernée par un Sénat, autrement dit une assemblée de tous les représentants des familles patriciennes. La cité soumet de proche en proche une grande partie de la péninsule : la civilisation étrusque elle-même ne survit pas à cette remarquable vigueur militaire et culturelle dont les Grecs font aussi les frais en Sicile et dans le sud de l’Italie.

Ces conquêtes finissent par mettre Rome en contact direct avec Carthage. Au terme des guerres puniques, celle-ci est détruite en 146 av. J.-C. Plus rien n'arrête désormais l'expansion de Rome qui soumet la Grèce et tout le pourtour méditerranéen.

Vitalité des mondes indien et chinois (IIIe siècle av. J.-C.)

Inde : Antiquité classiqueVous retrouverez l'Inde dans les cartes animées suivantes : la naissance de l’hindouisme et du bouddhisme (600 – 400), l’empire maurya (400 av. J.-C. – 70 apr. J.-C.), l’empire Gupta (70 – 530)

Inde : le temps des empires

En Asie aussi, le IIIe siècle avant notre ère est caractérisé par l'émergence de grand empires. En Inde, la dynastie Maurya centrée sur la plaine du Gange fonde un empire qui englobe la totalité de la péninsule à l’exception de l’extrême sud. La conversion de l’empereur Asoka au bouddhisme en constitue le point d’orgue : elle sera décisive pour la diffusion de cette religion.

Empire chinois des Han (IIe siècle av. J.-C.)

Chine : Antiquité classiqueVous retrouverez la Chine dans les cartes animées suivantes : naissance du taoïsme et du confucianisme (771 – 250), naissance de l’empire chinois (250 – 90), la Chine des Han (90 av. J.-C. – 220 apr. J.-C.), la Chine divisée (220 – 439), la réunification de la Chine (439 – 618)

Chine : le Premier Empereur

Qin Shi Huangdi, XIXe siècle, British Library.En Chine, le désordre de type féodal qui règne depuis plusieurs siècles arrive à son terme.

En 221 av. J.-C., Qin Shi Huangdi parvient à unifier le pays par la force des armes et devient le Premier Empereur chinois. Il met en place les structures politiques et administratives qui guident encore la Chine moderne.

Mais la dynastie qu’il fonde ne lui survit pas. Elle est bientôt remplacée par celle des Han qui restaurent et approfondissent son oeuvre centralisatrice.

L’empire des Han constitue un apogée qui demeurera une référence pour toutes les générations à venir. C’est à cette époque que le confucianisme devient un socle culturel. Les Chinois entrent en contact avec les autres civilisations de l’Ancien Monde.

Les Amériques en mutation

Ignorée de l'Ancien Monde et pour cause, l’Amérique est en pleine mutation. En Mésoamérique (sud du Mexique et Guatemala), la civilisation olmèque a cédé la place à de nombreux foyers culturels qui en perpétuent l’héritage. Tandis que sur les plateaux, Teotihuacan s’érige en capitale religieuse et domine la région, au sud, les Mayas posent les bases d’une civilisation rayonnante. À l’instar de la Grèce, elle se caractérise par un ensemble de cités-états, souvent en guerre les unes contre les autres, mais dotées d’une culture commune.

Dans les Andes, c’est l’ancienne civilisation de Chavin qui sert de substrat culturel aux différentes civilisations qui émergent. Certaines d’entre elles sont tournées vers la côte pacifique : au sud, la civilisation de Nazca succède à celle de Paracas. Au nord, se construit celle des Moche. Enfin, d’autres se développent sur les plateaux andins, notamment celle de Tihuanaco sur les rives du lac Titicaca.

Les chameaux sur la route de la soie, mosaïque murale, Khiva, Ouzbékistan

L’essor de la Route de la Soie

Au début de notre ère, la Méditerranée est désormais un lac romain. C’est le début de la pax romana (en français, « paix romaine » ), qui coïncide avec la pax sinica (en français, « paix chinoise » ) en Chine assurée par l’empire des Han.

Homme kouchan en costume traditionnel avec la tunique et les bottes, IIe siècle, Gandhara, musée Guimet Paris.Inévitablement, des échanges s’amorcent entre les deux plus grandes puissances mondiales et vont donner naissance à la Route de la Soie. Celle-ci traverse deux empires hellénisés qui vont en profiter : l’empire parthe en Iran, et l’empire kouchan en Asie Centrale.

Quant à l’Inde, elle se trouve davantage en retrait depuis l’effondrement de l’empire Maurya, mais n’en demeure pas moins une destination commerciale très prisée. La route maritime qui la relie à l’empire romain passe par les détroits de Bab el Mandeb au sud de la Mer Rouge. Une civilisation déjà ancienne située de part et d’autre des détroits va en tirer le meilleur parti.

Dans l’actuel Yémen, domaine de l’« Arabie heureuse », l’antique royaume de Saba cède place à celui d’Himyar. À l’ouest, l’Éthiopie voit la montée en puissance du royaume d’Aksoum. La rivalité commerciale entre Aksoum et Himyar pousse ce dernier à fonder des comptoirs sur la côte orientale de l’Afrique, qui commence ainsi à sortir de l’ombre.

La route de la soie entre Chine et empire romain

La christianisation du monde occidental

La paix romaine favorise la diffusion du christianisme. Actif soutien de la nouvelle religion, l’empereur Constantin fonde aussi sur le Bosphore, en 330, une nouvelle capitale appelée à un prodigieux avenir. Elle prendra son nom : Constantinople.

Empires perse et byzantin à la veille de la conquête arabe (VIIe siècle)

Le monde antique à l’épreuve des invasions barbares

Les IIIe et IVe siècles de notre ère voient la disparition progressive de la culture grecque sur les terres conquises par Alexandre le Grand. En Iran, les Perses chassent les Parthes du pouvoir et fondent l’empire sassanide en 226. À l’Est, l’empire kouchan ne résiste pas à leur pression.

Les Chinois ne peuvent quant à eux arrêter les nomades surgis des steppes mongoles. Ils s'emparent du nord historique en 311. La Chine traditionnelle se replie au sud, qui connaît ainsi une nouvelle vigueur et achève sa sinisation.

En Asie Centrale, les nomades de la steppe connus sous le nom de Huns Blancs fondent l’empire hephtalite. D’autres Huns se dirigent vers l'Occident et poussent devant eux les peuples germains.

Pour les Romains, la pression des barbares devient ingérable. Ne pouvant être présents sur tous les fronts, leurs généraux se partagent les responsabilités. Après l'empereur Théodose, en 395, la scission de l'empire devient définitive entre un Orient hellénisé et un Occident latin. Le premier cède sous la pression des différentes germaniques et donne naissance à l'émergence de différents royaumes barbares. L'Orient résiste quant à lui autour de sa capitale, Constantinople (ou Byzance).

Au cours de cette époque troublée, une seule région reste à peu près épargnée : l’Inde. Dès 320, le royaume du Magadha, ancien cœur de l’empire Maurya, reprend de la vigueur sous l’impulsion de la dynastie Gupta. Peu à peu, il s’étend sur une grande partie du sous-continent. Au début du Ve siècle, la civilisation indienne rayonne comme jamais.

Une route maritime s’ouvre avec la Chine du sud, ce qui entraîne l’essor des premiers royaumes hindouistes et bouddhistes en Asie du sud-est et en Indonésie. Le bouddhisme tend même à supplanter le confucianisme traditionnel en Chine. À l’ouest, le commerce avec l’Inde revitalise le royaume éthiopien d’Aksoum qui atteint lui aussi son apogée.

À la fin du Ve siècle, l’empire Gupta commence à s’affaiblir sous la pression des Huns Blancs et finira par se replier sur son territoire originel. Le sous-continent indien, morcelé politiquement, n’en conservera pas moins sa vitalité économique.

Le prohète Mohammed guidant la prière avec Abraham, Moïse et Jésus, manuscrit médiéval persan.

Naissance de l’islam et fin de l’Antiquité

Loin des traditionnels foyers de civilisation, au coeur de la péninsule arabique, une révolution s’accomplit dans l'ombre avec l'émergence d'une nouvelle religion monothéiste, l’islam, inspirée du judaïsme et du christianisme.

Le prophète Mahomet soumet les tribus arabes à la nouvelle foi et après sa mort, en 632, ses successeurs s'emparent sans coup férir des possessions byzantines d'Afrique et d'Asie et renversent l'empire perse.

Jusqu’alors cœur culturel du monde antique, la Méditerranée se transforme en barrière culturelle : dorénavant, l’Histoire de l’Europe et du Proche-Orient sera marquée par la rivalité entre la chrétienté et l’islam. Quant à l’Afrique subsaharienne, elle est également concernée par ces bouleversements : la revitalisation du commerce transsaharien et du commerce dans l’Océan Indien va y favoriser l’essor de royaumes puissants. La diffusion de l’islam chamboulera aussi le destin d’une grande partie de l’Asie jusqu’en Indonésie.

Dans l’Ancien Monde, seule la Chine demeure à l’écart de ces transformations : en 589, le pays retrouve enfin son unité et va connaître un nouvel apogée sous la dynastie des Tang.

Publié ou mis à jour le : 2020-01-17 09:48:24

 
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