Franklin Delano Roosevelt (1882 - 1945)

Président de guerre

Franklin Delano Roosevelt devient en 1933 le 32e président des États-Unis, alors que sévit depuis 1929 la plus grave crise économique de l’époque moderne.

Huit ans après son entrée à la Maison Blanche, le redressement est à peine engagé que l’Europe entre en guerre.

Les États-Unis sont eux-mêmes attaqués par le Japon, allié de l’Allemagne hitlérienne. En première ligne dans la lutte, le président meurt brutalement le 12 avril 1945, dans sa treizième année à la Maison Blanche (un record !), à la veille de la victoire finale.

Son quadruple mandat a installé les États-Unis dans le statut inédit de superpuissance...

André Larané

Rétrospective sur Franklin Delano Roosevelt (Les Actualités Françaises 1945),  source : INA

La crise

Herbert Clark Hoover (10 août 1874, West Branch, Iowa ; 20 octobre 1964, New York)Avec le krach boursier d'octobre 1929, les États-Unis et, à leur suite, le reste du monde occidental entrent dans une crise économique majeure. Les faillites bancaires et industrielles se multiplient, le crédit s'effondre (« credit crunch ») et, avec lui, la consommation.

Lors des élections présidentielles de novembre 1932, les États-Unis, première puissance mondiale avec 123 millions d'habitants, comptent déjà 13 à 14 millions de chômeurs et leur production industrielle a été divisée par deux en 3 ans !

Le président sortant Herbert Hoover persiste à croire aux vertus régulatrices du marché et croit voir « la prospérité au coin de la rue ». Le parti démocrate lui oppose le gouverneur de l'État de New York Franklin Delanoo Roosevelt (50 ans) qui, lui, est partisan d'une intervention musclée de l'État.

Une famille compliquée

Franklin Delano Roosevelt à 18 ans (1900)Issu d'une famille patricienne de la côte Est, Franklin Roosevelt est un lointain cousin de l'ancien président Théodore Roosevelt, dont il a épousé la nièce Eleanor le 17 mars 1905. Le couple aura cinq enfants.

Réservée autant que son mari est extraverti, Eleanor doit compter avec la présence envahissante de sa belle-mère qui n'a jamais accepté leur union.

Elle trouve un réconfort dans la présence à ses côtés de sa secrétaire Lucy Mercer, enjouée et dévouée à la famille.

Arrive ce qui devait arriver : dès 1916, Lucy entame une liaison adultérine avec Franklin. Eleanor découvre leur correspondance amoureuse deux ans plus tard en défaisant les bagages de son mari, de retour d'un voyage en Europe.

Franklin et Eleanor Roosevelt en famille

Lucy Mercer, 1915 (26 avril 1891 ; 31 juillet 1948)Il est question de divorce. Une éventualité catastrophique pour le jeune homme auquel tous les espoirs sont permis. On convient donc d'un arrangement : le couple fait chambre à part, Franklin renonce à revoir Lucy... et Eleanor met toute son énergie (et sa fortune) à soutenir la carrière de son mari. 

Lucy s'éloigne et épouse un riche veuf dont elle a une fille. Mais elle reste en correspondance avec Franklin et le retrouvera au plus fort de la guerre. Elle sera à ses côtés le jour de sa mort.

Quant à Eleanor, elle tient parole au-delà de toute espérance. Quand son mari connaîtra les premières atteintes de la polio, elle le remplacera dans les réunions publiques. À la Maison Blanche, elle gagnera par sa dignité et son engagement dans les oeuvres sociales le qualificatif de First Lady (« Première Dame »), une première.

Après la chute du nazisme, elle mettra son nom et sa réputation au service des Nations Unies et participera à la rédaction de la Déclaration universelle des Droits de l'Homme.

Un jeune homme prometteur

Après ses études à Harvard et dans l'école de droit de Columbia, Franklin Roosevelt s'est engagé très tôt en politique. En 1910, il devient sénateur de l'État de New York et en 1913, à seulement 31 ans, entre dans le cabinet du président Wilson comme secrétaire d'État adjoint à la Marine.    

Franklin Roosevelt, jeune Secrétaire d'État adjoint à la Marine (1913)

Sa jeune notoriété lui vaut de figurer sur le ticket démocrate en novembre 1920 comme vice-président du candidat James Cox. Mais celui-ci, qui est partisan d'engager les États-Unis dans la Société des Nations, est battu par le candidat républicain Warren Harding, partisan d'un retour à l'isolationnisme.

Comble de malheur, le 10 août 1921, alors qu'il fait de la voile dans le Nouveau-Brunswick, Roosevelt tombe à l'eau, victime d'une soudaine paralysie. Les médecins diagnostiquent une première attaque de poliomyélite. La maladie va le priver de l'usage de ses jambes. Il s'en remet très partiellement et surmonte son handicap avec un courage qui lui vaut le respect... 

Notons que les photographes veilleront à dissimuler son handicap à l'opinion publique : Franklin Roosevelt sera toujours montré assis ou appuyé à l'épaule d'un ami. Les photographes témoigneront de la même réserve concernant sa vie privée, y compris lorsque Roosevelt les recevra dans son bureau en présence de sa maîtresse Lucy.

En 1928, grâce à la médiation de son épouse, Roosevelt fait un retour triomphal en politique en se faisant élire gouverneur de l'État de New York. Quand éclate la crise, il organise des opérations de secours à grande échelle et multiplie les innovations sociales et économiques. Aussi suscite-t-il un immense espoir aux élections de 1932 malgré la rudesse de ses opposants, tant dans le camp républicain que dans son propre parti démocrate.

Hoover avertit que « si FDR est élu, l'herbe poussera bientôt dans des centaines de villes et des milliers de localités ». Les intellectuels progressistes comme John Dos Passos et Erskine Caldwell l'accusent quant à eux de ne présenter « qu'une version démagogique du républicanisme ».

Les élections du 8 novembre lui valent néanmoins une victoire sans appel avec 57,41% du vote populaire et 472 grands électeurs contre 59 à son rival Hoover.

Débute alors une période de transition cruciale jusqu'à l'intronisation officielle, le 4 mars 1933.Ce jour-là, dans son discours inaugural, le président proclame : « The only thing we have to fear is fear itself... » (« La seule chose dont nous devons avoir peur, c'est de la peur elle-même... »). Le Congrès et les États en profitent pour voter un 20e amendement à la Constitution qui ramène au 20 janvier la passation des pouvoirs.

Discours d'investiture de Franklin Roosevelt le 5 mars 1933 (DR) 

Le New Deal (en français « Nouvelle donne »)

Le nouveau président, qui s'est entouré d'un « Brain trust » (groupe informel de jeunes intellectuels), a préparé sans attendre un ensemble de mesures interventionnistes, avant tout pragmatiques, destinées à sortir le pays de la crise. C’est le New Deal (« Nouvelle donne »). Il va les faire voter tambour battant par le Congrès au cours d'une extraordinaire session de cent jours, du 9 mars au 16 juin 1933.

Son gouvernement (administration en anglo-americain) se compose de Harold L. Ickes à l'Intérieur, Henry Wallace à l'Agriculture, Frances Perkins au Travail (c'est la première Américaine à occuper une fonction ministérielle), Henry Morgenthau Jr aux Finances à partir du 17 novembre 1933 (deuxième juif à occuper ces fonctions)... 

Franklin Roosevelt signe l'Emergency Banking Act (10 mars 1933) sous le regard de son Secrétaire d'État au Trésor William Woodwin (DR)Dès le lendemain de son entrée à la Maison Blanche, Roosevelt proclame l'état d'urgence (une première en temps de paix) et ferme temporairement les banques. Il interdit les exportations d'or et d'argent puis signe l'Emergency Banking Act, le 10 mars. Trois jours plus tard, 400 banques sont déjà en état de rouvrir leurs portes.

Pour éviter le renouvellement d'une crise de confiance, le gouvernement encadre l'activité bancaire avec le Federal Securities Act (27 mai 1933) et le Banking Act (16 juin 1933). 

Plus important que tout, il abandonne l'étalon-or le 19 avril 1933 et dévalue le dollar de 40% : pour l'économiste Alfred Sauvy, cette mesure conventionnelle et peu médiatique aura un impact positif sur la reprise économique autrement plus important que toutes les lois du New Deal !

Le 12 mai 1933, l'Agricultural Adjustment Act (AAA) vise à mettre fin à la surproduction (coton, blé, tabac, maïs) et relever les prix agricoles pour soutenir le niveau de vie des fermiers. Il préconise une réduction des cultures et des cheptels en échange de subventions. Ainsi se met en place une politique massive de soutien de la culture du coton... aujourd'hui accusée de léser gravement les cultivateurs africains.

Le mois suivant, le 16 juin 1933, l'équivalent se met en place dans l'industrie avec le National Industrial Recovery Act (NIRA) qui tend à réduire les heures de travail dans l'industrie et augmenter les salaires. Un Bureau national du travail (National Recovery Administration, NRA) sert de médiateur dans les conflits entre patrons et ouvriers.

Le président Roosevelt debout (adossé à une balustrade) à côté de son épouse EleanorLast but not least, le 5 décembre 1933, le gouvernement fait voter le 21e amendement qui... annule le 18e et met fin à la Prohibition de l'alcool : coup dur pour la grande criminalité.

Contre le chômage, qui ne bénéficie encore d'aucune mutuelle d'assurance, Roosevelt met 500 millions de dollars à la disposition de la Federal Emergency Relief Administration. Il confie aussi un vaste programme de travaux publics d'un total de 3 500 millions de dollars à l'Emergency Public Works Administration. La réalisation emblématique est l'aménagement hydraulique de la vallée du Tennessee par la Tennessee Valley Authority fondée le 18 mai 1933.

L'année suivante est mise en place une Securities and Exchange Commission chargée de surveiller la validité des transactions boursières. Tout cela va de pair avec un considérable renforcement de l'admistration fédérale, passée de 600 000 à près d'un million de fonctionnaires entre 1933 et 1939.

Arrivé au pouvoir en même temps que Hitler (et mourra quelques jours avant lui), le président américain se montre, comme le dictateur allemand, adepte des nouvelles techniques de communication : il explique volontiers son action politique à la radio, au cours de longues « causeries au coin du feu ». Il fait volontiers la Une de Time Magazine de son ami Henry Luce. Il innove aussi par l'utilisation des sondages avec l'institut Gallup.

Le président Roosevelt en chaise roulante dans l'intimité de sa propriété de Hyde Park (NY)Cela dit, les opposants ne désarment pas pour autant. Au Congrès, les républicains et même les démocrates font obstacle aux projets législatifs de la Maison Blanche, obligeant le président à opposer pas moins de 635 fois son veto aux lois de l'assemblée. Un record ! La Cour Suprême, de son côté, n'admet pas que l'État s'entiche de diriger l'économie. Aussi invalide-t-elle en mai 1935 plusieurs mesures du New Deal dont le NIRA (aides à l'industrie). En janvier 1936, c'est au tour de l'AAA d'être invalidé !

C'est au moment où les attaques contre le New Deal se font les plus vives que la production industrielle rebondit enfin. Elle retrouve en 1936 90% de son niveau de 1929. Aux élections de novembre 1936, le président démocrate est reconduit avec 60,80% du vote populaire et 523 grands électeurs contre... 8 à son rival républicain Alf M. Landon ! Il emporte tous les États à l'exception du Maine et du Vermont.

C'est l'amorce d'une recomposition du paysage politique : le parti démocrate séduit les citadins, intellectuels et ouvriers, mais aussi les noirs du Sud qui commencent à délaisser le parti républicain du président Lincoln pour le parti démocrate de Roosevelt.

Mais la crise est encore prégnante. Dans son discours de politique générale, Roosevelt le rappelle : « Le défi qui s'impose à notre démocratie, c'est celui-ci : les mal-logés, les mal-vêtus et les mal-nourris représentent un tiers de la nation ».

L'inquiétude

Il n'est que temps... En 1937, l'activité économique rechute très brutalement avec une baisse de 40% de la production industrielle. C'est qu'en marge des mesures de rétorsion de la Cour Suprême, le gouvernement lui-même croit le moment venu de redresser les comptes publics en réduisant les dépenses et augmentant les impôts ! Il est obligé de faire machine arrière...

Le chômage ne disparaîtra qu'avec la Seconde Guerre mondiale, lorsque l'État inondera les industriels de commandes en vue d'un réarmement à marches forcées. C'est qu'en attendant, le deuxième mandat de Franklin Roosevelt est tout entier dominé par les menaces internationales.

Dès son accession au pouvoir, Roosevelt et son Secrétaire d'État Cordell Hull ont pratiqué une politique de bon voisinage en reconnaissant dès novembre 1933 le gouvernement soviétique et en renonçant à la politique du « gros bâton » en Amérique centrale.

Soucieux d'exprimer le pacifisme de ses concitoyens, il promulgue en 1935 le Neutrality Act par lequel il s'interdit de fournir des armes à tout belligérant. Mais avec la montée des tensions internationales, cet isolationnisme lui apparaît de plus en plus irresponsable.

Conscient des réalités, le président a déjà entrepris de reconstruire la flotte américaine pour faire face à la montée de l'impérialisme japonais. 

En octobre 1939, alors que vient d'éclater la Seconde Guerre mondiale, il fait amender le Neutrality Act en introduisant la clause cash and carry : des belligérants peuvent acheter des armes aux États-Unis à condition de les payer comptant et d'en assurer le transport. Cette clause avantage le Royaume-Uni et la France qui, seuls, peuvent envisager de transporter des armes en sécurité dans l'océan Atlantique.

Quand, le 27 septembre 1940, le Japon conclut avec l'Allemagne et l'Italie un pacte tripartite, Roosevelt obtient du Congrès une loi qui instaure pour la première fois aux États-Unis la conscription en temps de paix : tous les jeunes hommes de vingt à trente-cinq ans sont tenus de s'inscrire pour un tirage au sort, ce qui permet d'appeler 800 000 conscrits.

Mais les citoyens américains n'en restent pas moins hostiles à toute intervention dans le conflit européen. Peu leur chaut que la Tchécoslovaquie, la Pologne, la Belgique, les Pays-Bas et la France soient agressés et envahis par la Wehrmacht... 

Le président Roosevelt en couverture de Time (29 novembre 1943)Contre l'usage, Roosevelt, au vu de la situation internationale, prend la liberté de solliciter un troisième mandat. Sa décision fait débat au sein de son propre camp, au point qu'il doit modifier son ticket et remplacer son vice-président J.N. Garner par Henry Wallace. Son rival républicain Wendell Wilkie fait campagne pour la paix et contre le « faiseur de guerre ».  Il ne peut empêcher la réélection de Roosevelt mais celui-ci doit se satisfaire d'un résultat plus modeste que la fois précédente avec 54% du vote populaire et 449 grands électeurs contre 82 à son rival.

Le président a dès lors les mains plus libres en matière géopolitique. Décidé à soutenir le camp des démocraties, il obtient en mars 1941 le vote de la loi « prêt-bail » (Lend-Lease Act) qui facilite les ventes d'armes aux Britanniques et peut les étendre à « tout pays dont le président jugerait la défense essentielle pour la sécurité des États-Unis ».

Alors que le Royaume-Uni de Winston Churchill est encore contraint de lutter seul contre l'Allemagne de Hitler, l'industrie américaine se met toute entière à son service.

Oubliée la récession. Les États-Unis entrent dans une phase d'expansion et de prospérité sans précédent qui va leur assurer la suprématie mondiale pour plusieurs générations. Financées par les commandes publiques et les emprunts britanniques, les usines tournent à plein régime pour fabriquer non plus des voitures mais des tanks, des canons, des avions et des bateaux.

Le 22 juin 1941, avec l'invasion de l'URSS par la Wehrmacht, la guerre sur le continent européen est relancée et change d'échelle.

Roosevelt, plus que jamais convaincu de l'urgence d'intervenir, organise une rencontre spectaculaire avec le Premier ministre Winston Churchill, « quelque part en mer », au large de Terre-Neuve, le 14 août 1941. Cette première rencontre entre les deux hommes d'État est destinée à préparer les Américains à une alliance avec leurs cousins anglo-saxons avec des buts de guerre honorables. De fait, les deux hommes s'engagent sur des principes moraux destinés à soutenir l'effort de guerre et préparer le monde futur. C'est la Charte de l'Atlantique, à l'origine de la charte des Nations Unies.

Dès le mois suivant,  la loi « prêt-bail » est étendue à l'URSS de Staline, alliée obligée des démocraties. Le 16 septembre 1941, usant de ses pouvoirs de commandant en chef, Roosevelt autorise aussi la flotte de guerre à escorter les cargos américains à destination des îles britanniques, pour leur éviter les attaques des sous-marins. Ce n'est pas la guerre mais ça y ressemble.

En définitive, il faudra rien moins que l'attaque japonaise sur Pearl Harbor, le 7 décembre 1941, pour faire basculer l'opinion américaine ! Cette attaque avait été rendue inéluctable par l'embargo de Roosevelt sur les livraisons au Japon de pétrole, caoutchouc et autres matières stratégiques. Entravé dans ses projets de conquête de l'Asie, le Japon impérialiste s'était alors vu dans la nécessité de lancer un avertissement aux Américains : se préparer à une guerre douloureuse ou se retirer d'Extrême-Orient et du Pacifique. Un avertissement illusoire compte tenu de la disproportion des forces entre le petit Japon et la première puissance économique mondiale.

La guerre inaugure le Siècle américain

Dès le lendemain de Pearl Harbor, le 8 décembre, le Congrès déclare la guerre au Japon. Il ne peut faire moins. Mais le 11 décembre, c'est l'Allemagne qui, en soutien de son très lointain « allié » japonais, déclare à son tour la guerre aux États-Unis. Curieuse maladresse de Hitler qui aurait pu se garder de cette provocation... 

La Marine et l'aéronavale engagent leurs premiers combats dans des attaques tous azimuts contre les Japonais pour sauver ce qui peut l'être de leurs possessions du Pacifique. Contre toute attente, elles essuient d'humiliants revers avec la perte des Philippines qui s'ajoute à celles de Singapour et de l'Indonésie. L'expansion nipponne est stoppée cependant par la bataille de Midway, du 3 au 6 juin 1942.

Conscient que la plus grande menace est l'Allemagne, Roosevelt décide de donner alors la priorité à la guerre européenne : « Germany first ». Les pilotes américains participent aux raids sur l'Allemagne et l'armée prépare les attaques périphériques sur l'Afrique du Nord. Le tournant décisif est la bataille d'El Alamein, à l'automne 1942. Vient ensuite le débarquement en Sicile en juillet 1943 puis le débarquement de Normandie en juin 1944. Des opérations finalement secondaires par rapport aux batailles de titans que se livrent Allemands et Soviétiques dans les plaines de l'Est, à Stalingrad et Koursk.

Dès 1942, le président des États-Unis s'affirme comme le chef de la coalition antiallemande. Churchill, le « Vieux Lion », est condamné à jouer les utilités tandis que Staline, s'il se montre prodigue du sang de son peuple, ne peut se passer de l'immense machine de guerre américaine.

Deux mois après le débarquement anglo-saxon en Afrique du nord, premier des débarquements alliés dans l'espace nazi, il organise une première conférence interalliée à Casablanca (Maroc), dans l'hôtel Anfa (12-24 janvier 1943). Avec Churchill, il met au point le prochain débarquement en Sicile et l'aide à l'URSS. Il impose surtout l'objectif d'une capitulation sans condition de l'Allemagne, en rupture avec les traditions diplomatiques européennes, ce qui a pour résultat de renforcer l'union de l'armée et du peuple allemands autour de Hitler ! Roosevelt, qui cache mal par ailleurs son antipathie pour de Gaulle, échoue à le réconcilier avec le général Henri Giraud, un opportuniste falot auquel il aurait préféré confié la direction de la France Libre.

Le 22 novembre 1943, Roosevelt et Churchill se retrouvent au Caire où ils rencontrent Tchang Kaï-chek, le président de la Chine nationaliste en guerre contre le Japon. Ils se mettent d'abord sur les buts de guerre dans le Pacifique. Là-dessus, les deux dirigeants anglo-saxons reprennent l'avion pour l'Iran.

Le 28 novembre 1943, Roosevelt rencontre enfin Staline à la conférence de Téhéran. Le président est ébranlé et séduit par le dictateur. Il croit pouvoir l'amener à démocratiser son régime et se prend à rêver d'un condominium américano-soviétique sur le monde ! En attendant, il convient avec lui de l'ouverture d'un second front à l'Ouest. Ce sera le débarquement de Normandie. Par-dessus la tête de Churchill, les deux alliés préparent aussi le démembrement de l'Allemagne.

Deux mois plus tard, les mêmes hommes se retrouvent à la conférence de Yalta, en Crimée, pour régler le sort de l'Allemagne et du Japon. Roosevelt, déjà très malade, est chaperonné par Staline qui le manipule à loisir. Le président américain, impatient d'en finir avec le Japon, se montre prêt à toutes les concessions en échange d'une participation de l'URSS à l'invasion de l'archipel ! Plein d'illusions sur la parole de Staline, à la grande fureur de Churchill, il lui consent d'importants abandons en Europe orientale, notamment en Pologne.

Sur le retour, le président s'arrête à Suez pour mettre sur pied une alliance avec un autre chef aussi peu recommandable, le roi d'Arabie Ibn Séoud. Ce pacte du Quincy va perdurer jusqu'en ce XXIe siècle.

Épilogue

Franklin Delanoo Roosevelt en 1944Trois mois plus tôt, en novembre 1944, les Américains n'ont pas refusé à Roosevelt un quatrième mandat, malgré un état de santé des plus alarmants. Il a été réélu sans difficulté face au républicain Thomas E. Dewey avec 53,4% du vote populaire. 

L'élément important de l'élection fut le choix du nouveau vice-président, vu qu'il devait être appelé à gouverner à brève échéance. Ni les leaders du parti démocrate ni le président lui-même ne souhaitent une trop forte personnalité ! C'est sur Harry S. Truman que leur choix se porte. Né le 8 mai 1884 dans le Missouri, il n'a pas fait d'études supérieures. Fermier, employé, combattant sur le front français en 1917, il ouvre une chemiserie qui fait faillite et, en 1922, commence enfin une carrière politique. Il se montre un sénateur consciencieux et honnête.

L'inéluctable survient : épuisé et malade, Franklin Delano Roosevelt meurt d'une hémorragie cérébrale le 12 avril 1945, à 63 ans, quelques semaines avant le suicide de Hitler et la capitulation de l’Allemagne.

Funérailles du président Franklin Roosevelt, Pennsylavania Av., Washington (photo : Librairie du Congrès)

Il reviendra à son successeur, Harry S. Truman, de conclure la guerre et bâtir la paix au pied levé bien qu'il ait eu à peine l'occasion d'en débattre avec le président dans les semaines qui ont précédé sa mort. « J'ai cru que la lune, les étoiles et toutes les planètes m'étaient tombées dessus », confiera-t-il aux journalistes... En dépit de son impréparation, il va relever le défi et confirmer les États-Unis comme superpuissance.

Publié ou mis à jour le : 2020-02-11 16:10:22

 
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