Georges Pompidou (1911 - 1974)

Le président des « Trente glorieuses »

Georges Pompidou est à ce jour le seul président de la Ve République d'origine populaire. Issu de la France rurale, il est l'archétype de la méritocratie (dico) à la française. Son ascension doit tout à l'école républicaine.

Georges Pompidou et son épouse Claude en visite dans le Cantal le 11 juillet 1968Les Français conservent la nostalgie de son époque marquée par l’expansion économique et une relative insouciance. Ils sont redevables aussi au président du lien particulier qu’il a su tisser avec le pays. 

Sous la présidence du général de Gaulle, Georges Pompidou a dirigé le gouvernement de 1962 à 1968, soit plus longtemps qu'aucun autre Premier ministre ou président du Conseil depuis 1871. Mais sa présidence, écourtée par la maladie et la mort, a été la plus courte de la Ve République.

Par une chance insigne, pendant tout la décennie durant laquelle Georges Pompidou géra la France, les Français n'eurent à connaître aucune guerre, si ce n'est, de très loin, la guerre du Vietnam, la guerre des Six Jours et la guerre du Biafra. Mais le président quitta la scène sous un ciel d'orage, peu après la guerre du Kippour qui allait marquer la fin des  « Trente glorieuses » et de la domination sans partage de l'Occident...  

André Larané
Le président Georges Pompidou lors de sa troisième conférence de presse à l'Elysée, 2 juillet 1970, photo : JeanPierre Loth, INA

Fidèle parmi les fidèles

Né le 5 juillet 1911 à Montboudif (Cantal) dans un ménage d'instituteurs venus de la paysannerie, Georges Pompidou mène de brillantes études, d'abord au lycée La Pérouse d'Albi, puis en khâgne au lycée Fermat de Toulouse, enfin à l'École Normale Supérieure de la rue d'Ulm  (promotion 1931) où il noue des liens amicaux avec notamment le poète martiniquais Aimé Césaire et le futur poète et président du Sénégal Léopold Senghor. Lui-même est reçu premier à l'agrégation de lettres en 1934.

Pompidou et Le?opold Sedar Senghor en kha?gne au lyce?e Louis-le-Grand a? Paris, 1931

Il devient professeur de lettres dans un lycée de Marseille. Pendant la Seconde Guerre mondiale, il ne prend pas parti comme d'autres qui se rendent à Londres ou bien à Vichy. À la Libération, sur une recommandation de son camarade normalien René Brouillet, Georges Pompidou entre au cabinet de Charles de Gaulle comme chargé de mission pour les questions d’éducation, parmi une vingtaine d’autres chargés de mission ou conseillers techniques. 

Portrait de Georges Pompidou, Premier ministre, août 1966, photo de Sigismond Michalowski, Rennesn musée de Bretagne. Agrandissement : Portrait officiel du président Gorges Pompidou.La légende veut que le Général aurait réclamé  un « normalien sachant écrire ». De fait, quand de Gaulle se retire en janvier 1946, il garde auprès de lui le jeune homme dont il apprécie le bon sens et les qualités d'écriture. Pompidou va devenir son principal collaborateur pendant la douzaine d’années de la « traversée du désert » avec un intermède à la banque Rothschild.

En témoignage de la confiance qu'il lui accorde, le Général lui confie des responsabilités à la direction de la Fondation Anne de Gaulle, chère à son coeur.

En 1958, pendant les sept mois passés par le général de Gaulle à la présidence du Conseil, à l'hôtel Matignon, avant la mise en place des institutions de la Ve République, il devient naturellement son  directeur du cabinet. Pendant que son patron peaufine la nouvelle Constitution avec Michel Debré, il lui revient de préparer et engager le vaste train de réformes qui va remettre le pays sur les rails.

Les feux de la rampe

Le général de Gaulle fait enfin appel à lui en 1962 pour succéder à Michel Debré comme Premier ministre. Georges Pompidou conservera cette fonction pendant six ans, réalisant un record dans l'histoire de la France post-révolutionnaire.

Dédaigneux des joutes électorales, Georges Pompidou se fait néanmoins élire député du Cantal en 1967, tout en laissant son suppléant siéger à l'Assemblée comme l'y oblige la fonction ministérielle.

À la tête du gouvernement comme plus tard à l'Élysée, il manifeste un calme qui a raison de toutes les tempêtes et en particulier des revendications syndicales.

Il se veut ferme et résolu, à l'opposé du  « en même temps », ainsi qu'il s'en explique le 20 janvier 1967 au journal télévisé : « Le but est de définir une politique, une action, de la faire approuver par le pays et ensuite de l'appliquer ou de tâcher de l'appliquer au gouvernement. Or, gouverner, c'est décider, décider c'est choisir, et c'est choisir entre des solutions qui présentent toujours des avantages et des inconvénients... On ne gouverne pas avec des "mais". Je dirais même que gouverner, c'est l'art d'éliminer les "mais". Le dialogue, la discussion, la délibération, c'est avant la décision. Quand c'est décidé, c'est terminé. Il n'y a pas d'action politique en-dehors de cela  ».  

Georges Pompidou affronte avec calme et maîtrise de soi les événements de Mai 68. Il amène la droite gaulliste au triomphe lors des élections législatives des 23 et 30 juin 1968. Le président, quelque peu irrité par son succès, lui donne congé le 10 juillet 1968 et le remplace au poste de Premier ministre par le discret Maurice Couve de Murville.

Mais de Gaulle lui-même, désavoué par les Français lors du référendum de 1969 sur la régionalisation, démissionne dès le lendemain des résultats.

L'affaire Markovic, le chemin de croix du couple Pompidou

Le 1er octobre 1968, la police découvre dans un terrain vague le corps d'un truand d'origine yougoslave, Stefan Markovic, dont il apparaît rapidement qu'il a servi de garde du corps et de chauffeur à l'acteur Alain Delon. Une rumeur circule là-dessus dans la presse d'après laquelle il aurait participé à des « parties fines » impliquant de hautes personnalités et aurait été éliminé pour avoir voulu les faire chanter.
Georges Pompidou, après qu'il a quitté l'hôtel Matignon et le gouvernement, apprend que la rumeur mêle aux « parties fines » sa propre épouse, Claude, qu'il chérit plus que tout et à laquelle on peut tout au plus reprocher d'aimer fréquenter la société des gens du spectacle et des arts. C'est un choc terrible pour le couple. Georges Pompidou en veut à ceux de son entourage qui ont tardé à le prévenir, comme si la rumeur pouvait avoir un quelconque fondement. Il en veut tout particulièrement à Charles de Gaulle qui a osé douter de Claude Pompidou.
Le désir de revanche va jouer pour beaucoup dans l'énergie que va dépenser l'ex-Premier ministre pour succéder au Général à l'Élysée. Mais l'affaire Markovic va aussi très certainement accélérer l'évolution de la maladie qui va l'emporter après quatre ans de présidence et d'atroces souffrances.

Vive l'industrie !

Georges Pompidou apparaît aux élections comme le grand favori face à Alain Poher, président du Sénat et président par intérim, et à une gauche éclatée : la SFIO est  représentée par le duo improbable Gaston Deferre-Pierre Mendès France.  Il se fait élire sans trop de mal au second tour le 15 juin 1969, face au falot Alain Poher, le Parti communiste prônant l'abstention.

Sitôt à l'Élysée, il nomme au poste de Premier ministre Jacques Chaban-Delmas (54 ans), gaulliste brillant et dynamique.

Gouvernement Jacques Chaban-Delmas : portrait de famille (23 juin 1969), Archives nationale.

Critique de la régionalisation voulue par de Gaulle, le président Pompidou préfère une large déconcentration de l'administration au profit des départements et des communes. Il veille quoi qu'il en soit à préserver les solides institutions et les grands corps de l'État qui font la cohésion de la société française, dans le souci du bien commun. 

Il se fait le chantre du développement industriel de la France avec de premiers investissements dans le programme ferroviaire à grande vitesse (TGV), la modernisation du téléphone, la construction d'autoroutes, y compris en centre-ville (voie sur berges à Paris).

Son passage à l'Élysée laisse le souvenir d'une embellie économique et sociale sans précédent. On rêve en France d'égaler la puissance industrielle allemande et le président Pompidou offre à ses concitoyens la perspective d'une société aussi égalitaire et prospère que la Suède de l'époque, « avec le soleil en plus ».

Georges Pompidou, à l'image de De Gaulle, voit la construction européenne comme le moyen privilégié d'assurer la grandeur de la France et le bien-être des Français. Il est hostile à toute idée de supranationalité. Il s'en est expliqué le 4 septembre 1967 dans L'Express« J'accepte l'Europe comme objectif. Mais elle n'existera pas sans les cultures, les habitudes, les langues, les passions de l'Allemagne, de l'Italie, de la France, etc. Ce vers quoi nous tendons, c'est vers une confédération animée par un esprit commun, par une volonté commune de construire une civilisation différente de celles qui existent déjà autour de Washington ou de Moscou » (note).

Les Français se rappellent avec nostalgie le « bon vieux temps » où la gauche dénonçait une société qui fabriquait pas moins de... 200 000 chômeurs ! La télévision relève de la puissance publique. C'est l'ORTF (Office de la Radio-Télévision française, 1964-1975). Elle n'a encore que deux chaînes en noir et blanc. Dans les écoles et les entreprises, le matin, tout le monde communie dans le récit du film, de la pièce de théâtre ou du match de la veille, tout en riant aux aventures des Shadoks (1968-1974).

Georges et Claude Pompidou en 1965, André Cros, Archives municipales de Toulouse. Agrandissement : Dîner de gala à la fin de la conférence CEE au Lakenhal à Leiden avec la reine Juliana et le prince Bernhard (1969).Esprit matois et paysan, reconnaissable entre tous à ses sourcils broussailleux et sa voix rocailleuse, toujours la cigarette au coin de la bouche, le président Georges Pompidou en impose autant aux banquiers et aux intellectuels des beaux quartiers qu'à la France paysanne.

Fin et cultivé, il est aussi l'auteur d'une Anthologie de la poésie française (1960) qui fait toujours référence. Il émeut aussi le pays en citant le 22 septembre 1969 quatre vers de Paul Éluard à la mémoire de Gabrielle Russier, professeure morte par amour...

Le président partage également avec son épouse la passion de l'art contemporain et lui confie le soin de rajeunir la décoration du palais de l'Élysée en faisant appel à des artistes d'avant-garde. Avec elle, il conduit aussi le projet révolutionnaire d'un lieu multiculturel au coeur de Paris, sur le plateau Beaubourg. Il sera inauguré après sa mort sous le nom de Centre Pompidou.

La modernisation du pays n'est pas entamée par la maladie du président même si celui-ci, sous l'effet de la douleur, devient à la mi-mandat d'un naturel sombre et plus cassant que jamais.

Son Premier ministre Jacques Chaban-Delmas est remplacé à l'hôtel Matignon, le 5 juillet 1972, par un homme autrement plus conventionnel, Pierre Messmer. Le gouvernement amorce alors un virage conservateur illustré par les foucades du nouveau ministre des Affaires culturelles, l'académicien Maurice Druon.

Plus que la mort prématurée du président, c'est la guerre du Kippour entre Israël et les pays arabes qui va briser en octobre 1973 l'élan de modernisation de la France. Cette guerre est suivie d'un premier « choc pétrolier », en raison de l'embargo sur le pétrole organisé par les pays exportateurs, et il s'ensuit une hausse brutale du chômage.

L'année 1974 est aussi marquée par un retournement démographique concomitant dans tous les pays d'Europe occidentale. D'une année sur l'autre, les indices qui mesurent la fécondité, c'est à dire le nombre moyen d'enfants par femme, chutent de l'ordre de 10 à 20%.

Une disparition soudaine

En mai 1973, lors d'un sommet à Reikjavik (Islande) avec son homologue américain Richard Nixon, le président Pompidou apparaît fatigué et visiblement malade, qui plus est bouffi (son empâtement est dû à des injections de cortisone). Tandis que les journalistes français font mine de n'en rien voir, leurs confrères américains font leur Une sur la santé du président français. Elle occupe dès lors toutes les conversations politiques, au grand dam du principal intéressé.

Dans la nuit du 2 au 3 avril 1974, les programmes de radio et de télévision s'interrompent pour annoncer la mort du président, à 63 ans. On apprendra plus tard qu'il est décédé d'une septicémie consécutive à la maladie de Waldenström, ou cancer du sang.

Cette maladie s'était déclarée treize mois après son élection. Les médecins en avaient seulement prévenu son fils adoptif Alain, lui-même jeune médecin, mais laissé le couple présidentiel dans l'ignorance, dans l'espoir que la maladie ne progresse pas trop vite.

Soigné à coup d'injections de cortisone, le visage boursouflé, enveloppé dans d'épais manteaux, souffrant le martyre, Georges Pompidou avait néanmoins compris au bout de deux ans la gravité de son état mais toujours gardé l'espoir d'arriver au bout de son mandat de sept ans...

Sa disparition coïncide en France avec la fin des « Trente glorieuses », selon l'expression heureuse de l'économiste Jean Fourastié pour désigner les 30 années de modernisation, de croissance économique, de plein-emploi et de progrès social qui ont marqué l'après-guerre.

Bien que la maladie du président fût depuis plusieurs mois devenue visible à tout un chacun, la classe politique se laissa surprendre par sa mort comme en témoignent l'impréparation des postulants à sa succession. Pour la deuxième fois en cinq ans, Alain Poher, président du Sénat, exerce l'intérim ainsi que le veut la Constitution...


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La Ve République
Publié ou mis à jour le : 2024-05-10 11:43:46
Christian (02-04-2024 17:35:41)

La France fut tout de même impliquée à cette époque dans un conflit de plus ou moins basse intensité, celui du Tchad où l'armée française dut intervenir à partir de 1968 aux côtés du prési... Lire la suite

Bernard VACHÉ (14-06-2019 19:00:08)

La maladie de Waldenström est un Lymphome, cancer dont les cellules sont d'origine ganglionnaire. La formulation "Waldenström, ou cancer du sang" laisse croire que les 2 termes sont synonymes. En r... Lire la suite

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