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20 janvier 1946

De Gaulle s'en va !


Le dimanche 20 janvier 1946, le général Charles de Gaulle, chef de la France libre, se présente en uniforme devant son gouvernement et annonce sa démission. « Je fous le camp ! » lance-t-il devant les ministres.

C'est la fin de la période tragique (et épique) ouverte par l'invasion allemande et le départ du général à Londres.

André Larané

La France retrouve sa souveraineté

En exil à Londres pendant la guerre, de Gaulle n'a eu de cesse de batailler pour faire reconnaître sa légitimité à représenter la France en lieu et place du gouvernement collaborationniste de Vichy incarné par le maréchal Philippe Pétain. Il avait des rapports tendus avec le Premier ministre britannique Winston Churchill et était ouvertement méprisé par le président américain Franklin D. Roosevelt.

Ainsi de Gaulle n'est-il informé du débarquement allié en Normandie que l'avant-veille du jour J. Et par la même occasion, il apprend que les Américains prévoient de placer la France libérée sous l'autorité d'une administration anglo-saxonne. Déjà sont imprimés des billets de banque à l'en-tête de cette administration.

De Gaulle prend de court les Alliés en débarquant en Normandie quelques jours après le débarquement. Après avoir été chaleureusement applaudi par les habitants de Bayeux, il peut revenir à Londres en faisant valoir une authentique légitimité. Celle-ci sera consolidée par la Libération de Paris et l'entrée triomphale dans la capitale de la IIe division blindée du général Leclerc, le 25 août 1944.

Le même jour, alors qu'il arrive à l'Hôtel de Ville de Paris, le général de Gaulle se voit demander de proclamer la République par Georges Bidault, président du Conseil National de la Résistance. À quoi il répond qu'il n'en est pas question : « La République n'a jamais cessé d'être... Vichy fut toujours et demeure nul et non avenu. Moi-même suis le président du gouvernement de la République. Pourquoi irais-je la proclamer ? »

Par ce propos, le général estime illégitime le vote du 10 juillet 1940 par lequel les députés de la Chambre du Front Populaire ont donné les pleins pouvoirs au maréchal Pétain. Il dénie également toute légitimité républicaine à la résistance intérieure, représentée par le Conseil National de la Résistance et son chef, Georges Bidault, successeur de Jean Moulin. Il estime que seul lui-même, à Londres, a préservé la continuité de la République pendant tout le temps de l'occupation allemande.

C'est ainsi que restent en fonction le Gouvernement provisoire de la République française (GPRF) né à Alger en juin 1944 ainsi que l'Assemblée consultative, constituée également à Alger et composée non d'élus mais de personnes désignées par le général. Dans les mois qui suivent, le général entame une tournée des grandes villes françaises pour faire valoir sa légitimité et partout veiller au retour de l'ordre. À Toulouse, il renvoie dans l'ombre le chef de la résistance communiste locale, Ravanel, qui croyait son heure venue.

Pour maintenir la continuité de l'État et prévenir une révolution communiste ou des troubles, le général ne craint pas de conserver à leur poste des fonctionnaires pétainistes comme, à Bordeaux, un certain Maurice Papon, suspect d'avoir supervisé des rafles de Juifs et de résistants...

Les mouvements de résistance rentrent dans le rang : les jeunes résistants des FFI (Forces Françaises de l'Intérieur) se voient proposer de rejoindre l'armée régulière pour poursuivre le combat contre l'Allemagne nazie ; enfin, les Milices patriotiques d'obédience communiste sont dissoutes le 30 octobre 1944.

Le même jour, de Gaulle amnistie Maurice Thorez, secrétaire général du Parti communiste, en exil à Moscou pour cause de désertion (il a refusé en 1939 de servir sous les drapeaux pour combattre Hitler). Du fait de ce donnant-donnant et de la présence des leurs au gouvernement, le puissant Parti communiste entérine le nouvel ordre national. En quelques mois, le général réussit le tour de force d'avoir rétabli la France dans sa souveraineté et dans la paix civile.

Quelle République pour la France ?

Le dimanche 21 octobre 1945, les Français ont à élire une nouvelle assemblée pour renouveler celle de... 1936 ! Par la même occasion, il doivent dire par référendum s'ils souhaitent que cette assemblée se fasse constituante et donne à la France une Constitution en remplacement de la précédente (celle de la IIIe République).

Pour l'élection des députés, le général de Gaulle délaisse le scrutin d'arrondissement propre à la IIIe République (une circonscription, un député). Il institue le scrutin de liste dans le cadre départemental (la proportionnelle) : les électeurs de chaque département choisissent la liste d'un parti et chaque parti a dans le département la même proportion d'élus qu'il a eu de voix.

Aux législatives, 26,1% des voix se portent sur le Parti communiste, faisant de lui le premier parti de France ! Avec son syndicat, la CGT, et ses organisations locales, il encadre solidement les milieux ouvriers et populaires. Il séduit les milieux intellectuels. La SFIO (Section française de l'Internationale ouvrière) réunit les socialistes et recueille 24,6% des voix. Avec le Parti communiste et les radicaux, elle donne une écrasante majorité de gauche à la nouvelle assemblée.

Face à celle-ci, le MRP (Mouvement républicain populaire) réunit les électeurs de sensibilité démocrate-chrétienne. C'est le deuxième parti de France avec 25,6% des suffrages exprimés.

de Gaulle à la sortie du conseil des ministres en janvier 1946Reconduit à la tête du gouvernement en novembre, le général de Gaulle hésite à donner un grand ministère au Parti communiste. Finalement, un MRP, Edmond Michelet, hérite de la Défense et un communiste prend la responsabilité des Armements. Les rapports se tendent très vite entre la nouvelle assemblée, imbue de sa légitimité électorale, et le prestigieux chef du gouvernement, qui ne supporte pas les atteintes à son autorité.

En annonçant sa démission et son retrait, le général de Gaulle espère sans doute que ses amis du MRP vont tout mettre en oeuvre pour son retour. En fait, ceux-ci vont très vite apprendre à se passer du général et conclure un pacte de bonne entente avec les deux autres grands partis, le communiste et le socialiste.

Deux votes pour une Constitution

Lors du référendum du 21 octobre 1945, 96% des électeurs ont exprimé leur désir d'une nouvelle Constitution. En foi de quoi l'assemblée sortie des urnes soumet au peuple une Constitution à forte connotation marxiste. À la surprise générale, celle-ci est rejetée à une très forte majorité, le 5 mai 1946.

Une deuxième assemblée constituante est alors élue, donnant la première place au MRP avec 28% des suffrages exprimés. Georges Bidault, le président du parti, devient le chef du gouvernement et un deuxième projet de Constitution est présenté au peuple. Il prévoit un président de la République élu par un collège électoral ainsi que deux assemblées législatives : l'Assemblée nationale et un Conseil de la République aux pouvoirs restreints (en remplacement de l'ancien Sénat).

Malgré la condamnation sans appel portée par le Général, depuis sa retraite de Colombey-les-deux-Églises, la nouvelle Constitution est adoptée à une courte majorité par le référendum du 13 octobre 1946.

Le 16 janvier 1947, un an après le départ du général de Gaulle, un collège électoral élira le premier président de la IVe République, Vincent Auriol (63 ans).

André Larané

Publié ou mis à jour le : 2015-12-31 13:31:34

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