De la sodomie à la gay attitude

L'homosexualité de la honte à la fierté (XIXe-XXe s.)

L'homosexualité (dico) a généralement bénéficié d'une grande mansuétude dans la chrétienté occidentale. Tout change à la fin du XIXe siècle, sous la pression des élites laïcisées, avides de science et sensibles aux théories eugénistes.

Les médecins et les scientifiques, devenus les nouveaux référents politiques, assimilent l'attirance pour les personnes du même sexe à une maladie ou une perversion.  Cette intolérance qui se veut progressiste, en opposition frontale au catholicisme traditionnel, débouche sur une répression d'une ampleur inédite dans les sociétés totalitaires du XXe siècle et en particulier dans l'Europe nazie.

C'est seulement en 1990, sous la pression des mouvements gays, que l'homosexualité sera retirée de la liste officielle des maladies par l'Organisation Mondiale de la Santé. Mais dans la plus grande partie du monde, hors de la sphère occidentale, elle est encore aujourd'hui contrainte à la clandestinité et parfois réprimée de la plus féroce manière...

André Larané

Eugénisme et puritanisme progressiste

Dans la deuxième moitié du XIXe siècle, l’homosexualité en vint à tourmenter les scientifiques comme elle tourmentait autrefois les magistrats. Avides de progrès, ils aspirent à « améliorer la race humaine » dans le droit fil du darwinisme social et des théories eugénistes en vogue. Ils considèrent la préférence pour les personnes du même sexe comme une maladie honteuse ou une tare. Même chose pour la masturbation. Ils préconisent au nom de l'eugénisme d'enfermer les personnes concernées dans des hôpitaux psychiatriques ou des prisons, voire de les « guérir » par des lobotomies (chirurgie du cerveau) !

À la même époque, les savants et les penseurs des sociétés démocratiques, se firent fort de hiérarchiser les races humaines par des méthodes « scientifiques » comme la phrénologie (morphologie des cerveaux) ou encore de démontrer l'infériorité naturelle du « sexe faible ». Paradoxe des paradoxes, ces dérives survinrent à l'apogée de la civilisation européenne, quand ses artistes, ses lettrés, ses industriels, ses savants... et ses soldats convertirent le monde entier à la modernité.

L'Église catholique, qui faisait à la fin du XIXe siècle figure d'institution passéiste dans une société devenue massivement anticléricale, se trouva isolée dans son combat contre toutes ces formes d'eugénisme (note).

Mais sans doute par un reste de religiosité, les pays de culture catholique s’abstinrent de pénaliser explicitement les relations entre personnes du même sexe. En France comme en Espagne, au Portugal ou encore en Italie, y compris sous le fascisme, policiers et magistrats s’en tinrent à traquer les homosexuels sous le chef d’« outrage à la pudeur ».

À Paris, par exemple, la police des mœurs surveille les vespasiennes (urinoirs publics), lieu de racolage privilégié des homosexuels. Ainsi se trouve piégé au début de la IIIe République le comte Eugène Le Bègue de Germiny (35 ans), figure montante de la droite catholique et partisan de l’Ordre moral. Arrêté le 6 décembre 1876 par la police des mœurs en compagnie d’un ouvrier de 18 ans, il fait deux mois de prison, voit sa carrière et son ménage brisés et doit s’exiler et changer de nom. Le très réactionnaire Gustave Flaubert en rit dans une lettre à Tourgueniev : « Quelle histoire que celle du sieur de Germiny arrêté comme boulgre [autre nom donné aux homosexuels] ! Voilà de ces anecdotes qui consolent et aident à supporter l’existence. »

Il en va différemment dans les pays de culture protestante, au Royaume-Uni, dans le Commonwealth et aux États-Unis, ainsi qu’en Allemagne, en Suisse et en Scandinavie. L’homosexualité y est explicitement sanctionnée, parfois de plusieurs années de prison. Notons que ces pays se confondent en bonne partie avec ceux qui ont pratiqué avec le plus de frénésie la « grande chasse aux sorcières » deux siècles plus tôt.

Aux États-Unis, les relations homosexuelles sont criminalisées de façon variable selon les États, sous les lois dites de sodomy ou buggery. En Angleterre, la pénalisation de l’homosexualité entre dans le droit à la faveur du vote du Criminal Amendment Act de 1885, une loi qui visait à protéger les jeunes filles contre la prostitution.

Le député Henry Labouchere obtient l’ajout d’un amendement ainsi formulé : « Tout homme qui, en public ou en privé, commet, participe à, ou tente de provoquer la commission par un autre homme d’un acte d’indécence grave (gross indecency), sera coupable de délit (misdemeanor) et pourra être condamné, à la discrétion du tribunal, à une peine d’emprisonnement pouvant aller jusqu’à deux ans, avec ou sans travaux forcés. »

Avec ce texte, l’homosexualité est en Angleterre considérée comme un crime passible de peines de prison même pour des pratiques comme la masturbation entre hommes. Mais cela ne va freiner en rien les ardeurs des membres de la haute société ! Et si  l’amendement Labouchere conduisit en 1895 à l'incarcération de l'écrivain Oscar Wilde, ce fut moins en raison de son homosexualité que de ses outrages envers un membre de la haute aristocratie, le père de son jeune amant.

L’Empire allemand n’est pas en reste. Le paragraphe 175 du Code pénal de 1871 punit ainsi jusqu'à cinq ans de prison les « actes ressemblant au coït » perpétrés entre hommes.

Lettre d'Arthur Rimbaud à Paul Verlaine

En 1873, la relation tumultueuse qui lie les deux poètes est sur le point de se terminer. Le 3 juillet, Verlaine quitte brusquement son ami pour rejoindre sa femme. Rimbaud lui adresse alors cette lettre passionnée. Sans grand résultat puisqu'à peine 5 jours plus tard, Verlaine fera feu sur l'adolescent :
« Les 4 et 5 juillet 1873
Reviens, reviens, cher ami, seul ami, reviens. Je te jure que je serai bon. Si j'étais maussade avec toi, c'est une plaisanterie où je me suis entêté, je m' en repens plus qu'on ne peut dire. Reviens, ce sera bien oublié. Quel malheur que tu aies cru à cette plaisanterie. Voilà deux jours que je ne cesse de pleurer. Reviens. Sois courageux, cher ami. Rien n'est perdu. Tu n'as qu'à refaire le voyage. Nous revivrons ici bien courageusement, patiemment. Ah ! je t'en supplie. C'est ton bien d'ailleurs. Reviens, tu retrouveras toutes tes affaires. J'espère que tu sais bien à présent qu'il n'y avait rien de vrai dans notre discussion. L'affreux moment ! Mais toi, quand je te faisais signe de quitter le bateau, pourquoi ne venais-tu pas ? Nous avons vécu deux ans ensemble pour arriver à cette heure là ! Que vas-tu faire ? Si tu ne veux pas revenir ici, veux-tu que j'aille te trouver où tu es ? Oui c'est moi qui ai eu tort. Oh ! tu ne m'oublies pas, dis ? Non, tu ne peux pas m'oublier.
Moi, je t'ai toujours là. Dis, réponds à ton ami, est-ce que nous ne devons plus vivre ensemble ? Sois courageux. Réponds-moi vite. Je ne puis rester ici plus longtemps.
N'écoute que ton bon cœur. Vite, dis si je dois te rejoindre. À toi toute la vie.
Rimbaud »
(Arthur Rimabud, « Lettre à Paul Verlaine », 1873).

Difficile retour à la liberté des moeurs

Après la Première Guerre mondiale, sous les « Années folles », les esprits se détendent. L’Europe est considérée comme un eldorado pour les mouvements homosexuels qui se multiplient notamment en Allemagne.

L’Eldorado est d’ailleurs le nom du plus célèbre club homosexuel de Berlin à cette époque. Personnalités et touristes s’y bousculent pour y voir des spectacles de travestis et participer à ce bouillonnement culturel et festif qui accompagne l’émergence d’une visibilité homosexuelle dans tous les domaines artistiques : en littérature avec la publication du Corydon d’André Gide en 1924, au cinéma avec le film Anders als die Andern de Richard Oswald en 1919, ou encore dans de nombreuses revues et journaux tels que Inversions en France et Die Freundin en Allemagne.

Côté scientifique, l'Allemand Magnus Hirschfeld, médecin et militant homosexuel, fait valoir que l'homosexualité n'est pas une perversion mais une forme de sexualité comme une autre, une « âme de femme prisonnière dans un corps d'homme ». Il tente d'obtenir l'abrogation du paragraphe 175 mais meurt en 1935 sans y être arrivé.

La situation dérape dans les années 1930, avec la crise induite par le krach de 1929 et la dictature stalinienne. En URSS, le Code pénal de 1934 introduit une sévère pénalisation de l'homosexualité dans son Article 121 :
« Les relations sexuelles entre hommes (muzhelozhstvo) sont punies d’une privation de liberté pour une durée de trois à cinq ans.
Les relations sexuelles entre hommes accompagnées de violence, de menaces, ou commises à l’égard de mineurs, ou avec abus d’autorité, sont punies d’une privation de liberté pour une durée de cinq à huit ans ».

Magnus Hirschfeld (14 mai 1868, Kolberg ; 14 mai 1935, Nice)S’alignant sur Moscou, les partis communistes européens, à leur tour, désignent l’homosexualité comme étant une « perversion fasciste ». Dans le même temps, les mouvements d'extrême-gauche, à l'imitation du parti communiste d'URSS, restaient attachés au modèle familial traditionnel car celui-ci gardait la faveur des masses populaires. Ils prônaient les vertus conjugales et parentales et réprouvaient l'homosexualité. 

Même chose pour le parti nazi. Celui-ci exalta à ses débuts les vertus viriles des mythiques ancêtres germains et parmi celles-ci l'homosexualité entre compagnons de combat. Mais lorsqu'il accéda au pouvoir, Hitler y mit très vite le hola dans le souci de séduire lui aussi les familles allemandes. Ernst Röhm, chef des SA et homosexuel notoire, paya de sa vie son incompréhension du nouveau cours des choses.

La répression des homosexuels par les nazis se solda par le fichage de près de 100 000 homosexuels. 50 000 ont fait l’objet d’une condamnation et 5 000 et 15 000 furent envoyés en camp de concentration, où la plupart ont trouvé la mort. Ce sont les tristement célèbres « triangles roses »...

Les théories hygiénistes ont perduré jusqu'au milieu du XXe siècle comme le montre le sort odieux fait au mathématicien Alan Turing en Angleterre en 1952, et c'est seulement le 17 mai 1990 que l'OMS (Organisation Mondiale de la Santé) a retiré l'homosexualité de la liste des maladies mentales.

Paul, Madeleine et... Pauline

Dans cette nouvelle, Guy de Maupassant raconte les mésaventures de monsieur Paul. Dans une guinguette au bord de l'eau avec sa maîtresse Madeleine, il se dispute avec elle à propos de quatre disciples de Lesbos qui arrivent en barque. Et voilà que Madeleine disparaît...
« Il la chercha, mais ne la trouva pas. Il parcourait les tables d'un œil anxieux, allant et revenant sans cesse,interrogeant l'un et l'autre. Personne ne l'avait vue.
Il errait ainsi, martyrisé d'inquiétude, quand un des garçons lui dit : « C'est madame Madeleine que vous cherchez. Elle vient de partir tout à l'heure en compagnie de madame Pauline. » Et, au même moment, Paul apercevait, debout à l'autre extrémité du café, le mousse et les deux belles filles, toutes trois liées par la taille, et qui le guettaient en chuchotant.
Il comprit, et, comme un fou, s'élança dans l'île. [...]
On parlait de nouveau ; et il s'approcha courbé en deux. Puis un léger cri courut sous les branches tout prés de lui. Un cri ! Un de ces cris d'amour qu'il avait appris à connaître aux heures éperdues de leur tendresse. Il avançait encore, toujours, comme malgré lui, attiré invinciblement, sans avoir conscience de rien... et il les vit. Oh ! c'eût été un homme, l'autre mais cela ! cela ! Il se sentait enchaîné par leur infamie même. Et il restait là, anéanti, bouleversé, comme s'il eût découvert tout à coup un cadavre cher et mutilé, un crime contre nature,monstrueux, une immonde profanation.
Alors, dans un éclair de pensée involontaire, il songea au petit poisson dont il avait senti arracher les entrailles... Mais Madeleine murmura : « Pauline ! » du même ton passionné qu'elle disait : « Paul ! » et il fut traversé d'une telle douleur qu'il s'enfuit de toutes ses forces »
(Guy de Maupassant, « La Femme de Paul », La Maison Tellier, 1881).

Le sommeil, par Gustave Courbet, 1866 (toile,  140x200 cm,  Paris, Petit Palais)

Retour à la normalité

En France, le gouvernement de Vichy édicta la loi du 6 août 1942 qui pénalisait les rapports sexuels d'un adulte (ving-et-un ans et plus) soit avec un mineur de l'autre sexe de moins de 13 ans, soit avec un mineur du même sexe de moins de vingt-et-un ans (article 331-2 du Code pénal).  

Cette loi fut promulguée dans une totale indifférence, mais jusqu'à la fin des années 1970, policiers et juges y virent un motif supplémentaire de mettre à l'amende et éventuellement en prison des adultes reconnus coupables d'avoir eu une relation avec un mineur de leur sexe. Leur zèle fut encouragé par une ordonnance du 25 novembre 1960 « relative à la lutte contre le proxénétisme » qui créait une circonstance aggravante en cas d'outrage public à la pudeur lorsque celui-ci était commis avec une personne du même sexe.

Du fait de ces textes et des réserves de l'opinion à leur égard, les homosexuels demeurèrent confinés dans la sphère privée. Sur la place publique, ils étaient seulement représentés par la revue Arcadie fondée en 1954 par André Baudry.

Quoi qu'il en soit, Jean CocteauColette, l'académicien Julien Green, les philosophes Roland Barthes et Michel Foucault, le Prix Nobel André Gide, les couturiers Yves Saint-Laurent et Karl Lagerfeld, l'acteur Jean Marais ou le chanteur Charles Trenet attestent que leur orientation sexuelle n'était pas un obstacle à l'ascension sociale et aux honneurs publics... sous réserve qu'ils ne l'affichent pas !

Charles Trenet, qui veillait comme tout un chacun à rester discret sur son homosexualité, n'en fut pas moins appréhendé le 13 juillet 1963 dans une brasserie d'Aix-en-Provence en compagnie de quatre mineurs (la majorité civile était alors fixée à vingt-et-un ans). Inculpé d'« outrage public à la pudeur », il est incarcéré pendant un mois. L'année d'après, il sera à nouveau appréhendé pour les mêmes raisons et condamné à un an de prison avec sursis. Notons que le public ne tint aucunement rigueur de ses moeurs au « Fou chantant ».

D'autres, moins célèbres, n'ont pas sa chance. Plusieurs milliers d'homosexuels sont appréhendés et parfois incarcérés pour plusieurs mois, toujours sous l'inculpation d'« outrage à la pudeur » et de relations avec des mineurs du même sexe.

Loving boys, Christian Schad, 1929, Christian Schad Museum, Aschaffenburg, Allemagne. L'agrandissement montre une photographie de Claude Truing-Ngoc  - Le baiser de Strasbourg - prise lors de la Manif pour tous à Strasbourg, le 4 mai 2013.Les homosexuels sortent de l'ombre dans les années 1970 quand, aux États-Unis, une intervention musclée de la police dans un bar gay de New York aboutit à la création du Gay Liberation Front !

Deux ans plus tard, le 10 mars 1971, à Paris, salle Pleyel, l'animatrice vedette de RTL Ménie Grégoire organisa un débat sur l'homosexualité. L'émission fut troublée par l'irruption de militantes lesbiennes. Quelques jours plus tard fut fondé le FHAR, Front homosexuel d’action révolutionnaire.

Le 23 décembre 1980, Monique Pelletier, Secrétaire d'État auprès du garde des Sceaux dans le gouvernement de Raymond Barre, sous la présidence de Valéry Giscard d'Estaing, obtint l'abrogation de l'ordonnance de 1960. 

Enfin, l'ultime discrimination qui subsistait dans le droit français, à savoir la loi du 6 août 1942, fut abrogée dix-huit mois plus tard par la loi Forni du 4 août 1982, ainsi nommée d'après son rapporteur Raymond Forni, sous l'égide du garde des Sceaux Robert Badinter, dans le gouvernement de Pierre Mauroy, sous la présidence de François Mitterrand.

Tout s'accéléra au début des années 1980 avec l'irruption du virus VIH-1. L'épidémie de sida qui s'ensuivit, avec son effroyable cortège de victimes, entraîna un activisme sans précédent des associations et provoqua aussi un repli communautaire. Les homosexuels émergèrent sur la scène publique avec une presse magazine à leur intention, comme Le Gai Pied, fondé en 1979.

C'est en bonne partie grâce à leur mobilisation que l'épidémie de sida put être plus ou moins contenue et qu'une législation bienveillante permit aux homosexuel(le)s de trouver leur place dans les sociétés occidentales.

Mais les choses n'en sont pas restées là.

Poussant leur avantage, les organisations communautaires ont fait de l'homosexualité un critère d'appartenance et chacun fut sommé de se définir dès l'adolescence comme homo ou hétéro :
• En 1973, dans Les Valseuses de Bertrand Blier, les héros pratiquaient sans complexe une sexualité débridée tant homo- qu'hétérosexuelle,
• En 2000, dans la comédie de Francis Veber Le Placard, le héros devait choisir son camp.

Entre ces deux dates s'est imposé le principe d'enfermement communautaire au détriment du principe de non-détermination qui avait prévalu dans la culture occidentale, selon lequel on pouvait à un moment ou un autre, surtout dans l'adolescence, s'abandonner à des pratiques homosexuelles.

Enfermement communautaire

L'« outing » par lequel les activistes homosexuels dénoncent quiconque voudrait protéger son jardin secret renvoie à une forme inédite de « puritanisme inversé ». Il impose à chacun d'afficher son identité sexuelle (son « genre ») et abat le mur opaque qui séparait naguère sentiments privés et vie publique. Il tend à réduire les sentiments à un choix d'orientation sexuelle (note).

L'ouverture du mariage aux couples homosexuels s'inscrit dans cette dichotomie (on est tout l'un ou tout l'autre). C'est là aussi une singulière rupture par rapport à la fin des années 1960 quand le mariage était considéré comme un archaïsme bourgeois tel qu'il n'y aurait bientôt plus que les curés pour en rêver !

Mais avec la fumeuse « théorie du genre » apparue à la fin du XXe siècle dans les milieux universitaires américains et selon laquelle le sexe biologique serait une construction sociale tandis que l'orientation sexuelle serait une donnée génétique, les homosexuel(le)s occidentaux sont en passe d'être renvoyés dans les ténèbres. En effet, sur les réseaux sociaux, les adolescents et plus encore les adolescentes qui ont des doutes sur leur orientation sexuelle ne sont pas encouragés à assumer leur part d'homosexualité mais tout bonnement à changer de genre. Cela passe par de douloureux et irréversibles traitements chimiques et chirurgicaux. Cette théorie qui classifie les êtres humains en fonction de leurs gènes, sans laisser place à leur liberté, apparaît de même nature que les théories raciales d'antan.

Il s'ensuit en conséquence des tensions entre milieux féministes, homosexuels et transgenres, ces derniers ne comprenant pas que les homosexuels ne suivent pas leur exemple !

Cela étant, dans les pays occidentaux, l'homophobie (« peur de l'homosexualité ») se cantonne désormais à quelques milieux marginaux. Elle n'en est que plus réprimée conformément au  « paradoxe de Tocqueville » selon lequel un phénomène devient plus insupportable à mesure qu'il décline (note).

La réprobation de l'homosexualité demeure virulente dans les diasporas africaines ou musulmanes où elle est perçue comme un obstacle à la perpétuation de la famille. C'est au point que des églises évangéliques d'origine afro-américaines prescrivent des « thérapies de conversion » pour ramener les homosexuels dans le droit chemin. C'est en moins brutal une variante des traitements chirugicaux destinés à changer de sexe.

Ce clivage au sein des sociétés multiculturelles occidentales du XXIe siècle souligne l'opposition qui a toujours existé entre un Occident plus ou moins bienveillant à l'égard de l'homosexualité (sauf à de rares périodes) et le reste du monde. L'ennui est que celui-ci est devenu ultra-majoritaire (90% de la population mondiale) et prend le contrepied d'un Occident vieillissant et en voie d'appauvrissement, plus guère en mesure d'imposer ses principes.

Le 30 juin 2013, dans le désir de se démarquer des Occidentaux, le président russe Vladimir Poutine a ratifié une loi visant à « protéger les enfants contre les informations qui favorisent le déni des valeurs traditionnelles de la famille ». Comme il s'y attendait, la Cour européenne des droits de l'homme a condamné ce texte qui tendait à stigmatiser à ses yeux les homosexuels. Loin de lui porter préjudice, cette condamnation a renforcé son influence dans les pays du Sud et notamment en Afrique. En 2015, à la tribune de l'ONU, le président Mugabe (Zimbabwe) déclarait tout bonnement que « l’Afrique ne voulait pas de gays sur son sol » car l’homme noir se devait de « perpétuer sa race avec des femmes. »

L'homosexualité est réprouvée dans la plus grande partie de la planète

Les États à l'écoute des homosexuels (« gay-friendly ») ne représentent aujourd'hui qu'une petite partie de l'humanité. Ils sont circonscrits aux populations européennes de culture catholique ou réformée : l'Europe occidentale elle-même, l'Amérique du Nord, l'Australie et la Nouvelle-Zélande ainsi que les pays du cône sud-américain (Argentine, Uruguay, Brésil), sans compter le Japon. Au total, moins d'un milliard de personnes, soit 10% à 15% de la population mondiale. Ajoutons-y une exception notable : l'Afrique du Sud, colonisée pendant plus de trois siècles et encore fortement influencée par le droit anglo-saxon. L'Inde, qui a été également colonisée pendant plus de deux siècles par les Anglais, manifeste une relative mansuétude à l'égard du fait homosexuel. Dans les autres régions du monde, les homosexuels sont encore tenus de faire profil bas et l'on ne saurait oublier que dans une demi-douzaine de pays musulmans, ils sont même passibles de la peine de mort.


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Publié ou mis à jour le : 2025-10-13 08:31:22

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