Homosexualité - Entre tolérance et répression - Herodote.net

Homosexualité

Entre tolérance et répression

L'homosexualité (dico) a généralement bénéficié d'une grande mansuétude dans la chrétienté occidentale au cours du dernier millénaire. C'est seulement dans les sociétés laïcisées et eugénistes de la fin du XIXe siècle qu'elle a commencé d'être réprouvée.

Dans la plus grande partie du monde, hors de la sphère occidentale, l'homosexualité est encore aujourd'hui contrainte à la clandestinité et parfois réprimée de la plus féroce manière (note).

André Larané

Une pratique somme toute banale

L'homosexualité est aussi vieille que l'humanité et ses pratiquants, quoique minoritaires et souvent victimes de violences et d'exclusion, ont toujours participé à la vie sociale. L'anthropologue Maurice Godelier évoque ainsi des sociétés primitives qui inscrivaient la cohabitation homosexuelle parmi les rites de passage de l'enfance à l'âge adulte.

Autres temps, autres mœurs. Les notables grecs et romains ostracisaient les hommes mûrs qui, tel Sénèque, le précepteur de Néron, affichaient une relation avec un homme de leur âge ! Par contre, ils mettaient un point d'honneur à partager la couche d'un garçon pourvu qu'il fut impubère, suivant en cela l'exemple de Zeus, qui s'était transformé en aigle pour séduire le jeune Ganymède. C'était leur façon d'amener l'adolescent à l'âge adulte... Leur jeune amant  était désigné du nom de giton, emprunté à un personnage du Satiricon, roman de Pétrone (1er siècle de notre ère).

À Athènes, les notables avaient tout de même le souci de perpétuer leur lignée et se mariaient donc, passée la trentaine, avec une jeune fille d'une quinzaine d'années. La jeune mariée était aussitôt confinée dans le gynécée (équivalent antique du harem) cependant que son époux pouvait se livrer à ses occupations viriles dans un environnement de belles statues d'adolescent(e)s idéalisé(e)s.

La littérature garde aussi le souvenir de Sappho (630 à 580 av. J.-C.), une poétesse originaire de Mytilène, sur l'île de Lesbos, qui célébra en vers son attirance pour d'autres jeunes femmes. Mais il serait hasardeux d'en tirer des conclusions sur l'homosexualité féminine dans la société grecque. 

Dans les derniers siècles de l'empire romain, sous l'effet du puritanisme stoïcien et païen, la pédérastie fut finalement condamnée de même que les relations entre adultes du même sexe, et l'on remit à l'honneur l'amour conjugal de l'époque républicaine (Ubi tu Gaius, ego Gaia, « Où tu es toi Gaius, je suis moi Gaia »).

Ganymède et l'Aigle (Chastworth House, Londres)

Entre compassion et répression

Au Moyen Âge, la « sodomie » était inscrite par l'Église catholique parmi les péchés mortels car les hommes qui s'y adonnaient se soustrayaient au devoir de procréation en gaspillant leur sperme et devaient donc « être condamnés, de la même manière que les avares et les usuriers, pour n'avoir pas respecté le but de la nature humaine qui est celui de produire en vue du bien commun, et non de conserver les choses pour son propre plaisir » (note).

Il Doppio ritratto, par Giorgione (vers 1502), VeniseLa sodomie était donc tantôt punie par les clercs, tantôt tolérée selon que dominait dans l'Église le courant rigoriste ou le courant optimiste (note).

L'Église qualifie encore aujourd'hui de péché la sodomie et l'onanisme (la masturbation, ainsi baptisée d'après Onan, un personnage de la Genèse). Mais on ne saurait comparer cette réprimande morale aux sanctions pénales qui frappent aujourd'hui les homosexuels sur la plus grande partie de la planète, Occident excepté...

Au XVIIe siècle, les « libertins » de la cour de Louis XIV attestent de l'influence que pouvaient avoir les homosexuels au pied du trône. Le propre frère du roi, Philippe d'Orléans, était connu pour ses manières efféminées (il avait d'ailleurs été encouragé à se comporter en fille dès la petite enfance afin qu'il ne fasse pas de l'ombre au Roi-Soleil). 

Au siècle suivant, le grand roi de Prusse Frédéric II, fondateur de la puissance allemande, a pu vivre tranquillement son homosexualité sans en être affecté dans sa vie publique.

Plus près de nous, le juriste Cambacérès, l'académicien Julien Green, les philosophes Roland Barthes et Michel Foucault, le Prix Nobel André Gide, les couturiers Yves Saint-Laurent et Karl Lagerfeld... montrent que l'homosexualité n'a jamais été un obstacle à l'ascension sociale et aux honneurs publics.

Eugénisme et puritanisme progressiste

La situation des homosexuels s'est toutefois dégradée brutalement dans la société laïque et bourgeoise de la fin du XIXe siècle, quand les scientifiques en vinrent à considérer l'homosexualité et la masturbation comme une maladie ou une tare. Ils préconisèrent au nom de l'eugénisme (dico) d'enfermer leurs adeptes dans des hôpitaux psychiatriques ou des prisons.

L'Église catholique, qui faisait alors figure d'institution passéiste dans une société devenue massivement anticléricale, se trouva isolée dans son combat contre toutes les formes d'eugénisme dont celle-là.

Les mouvements révolutionnaires d'extrême-gauche, plutôt favorables quant à eux à l'eugénisme, restaient néanmoins attachés au modèle familial traditionnel car celui-ci gardait la faveur des masses populaires. Ils prônaient les vertus conjugales et parentales et réprouvaient l'homosexualité. Cela dit, dans le domaine privé, Lénine, Trotsky ou encore Hitler ne passaient pas pour des joyeux drilles mais Staline, Béria ou encore Mussolini étaient connus pour leur goût démesuré des femmes...

Pour sa part, le parti nazi, en rupture avec la culture dite judéo-chrétienne, exalta à ses débuts les vertus viriles des mythiques ancêtres germains et parmi celles-ci l'homosexualité entre compagnons de combat. Mais lorsqu'il accéda au pouvoir, Hitler y met très vite le hola dans le souci de séduire lui aussi les familles allemandes. Ernst Röhm, chef des SA et homosexuel notoire, paya de sa vie son incompréhension du nouveau cours des choses.

Au demeurant, la répression des homosexuels par les nazis resta limitée : quelques milliers de déportés au total, les tristement célèbres « triangles roses »... Et si l'on fait beaucoup de cas de la loi française de 1942, abrogée en 1982, établissant à 21 ans au lieu de 15 la majorité en matière de relations homosexuelles, reconnaissons qu'on a connu pire en matière de persécution !

Homosexualité et communautarisme 

L'homosexualité et les homosexuels demeurèrent confinés dans la sphère privée pendant les « Trente Glorieuses » (1944-1974). Comme dans les siècles passés, l'homosexualité apparaissait comme une pratique occasionnelle qui se conjuguait avec des relations hétérosexuelles plus conventionnelles, si l'on met à part une très petite minorité d'individus exclusivement orientés vers les personnes de leur sexe.

Mais au début des années 1980, l'irruption du virus VIH-1 en Occident et l'épidémie de sida qui s'en est suivie, avec son effroyable cortège de victimes, allaient entraîner un activisme sans précédent des associations et provoquer aussi un repli communautaire. Les homosexuels émergèrent sur la scène publique avec une presse magazine à leur intention, comme Le Gai Pied, fondé en 1979.

C'est en bonne partie grâce à leur mobilisation que l'épidémie de sida a pu être plus ou moins contenue et qu'une législation bienveillante a permis aux homosexuel(le)s de trouver leur place dans les sociétés occidentales (note).

Les choses n'en sont pas restées là. Poussant leur avantage, les organisations communautaires ont fait de l'homosexualité un critère d'appartenance et chacun fut sommé de se définir dès l'adolescence comme homo ou hétéro :
• En 1973, dans Les Valseuses de Bertrand Blier, les héros pratiquaient sans complexe une sexualité débridée tant homo- qu'hétérosexuelle,
• En 2000, dans la comédie de Francis Veber Le Placard, le héros devait choisir son camp.
Entre ces deux dates s'est imposé le principe d'enfermement communautaire.

Cet enfermement débouche aujourd'hui dans les milieux universitaires américains et de plus en plus européens sur une « théorie du genre » selon laquelle l'homosexualité et l'orientation sexuelle seraient des données génétiques sans rien à voir avec le contexte social et les aléas de l'existence. Il s'ensuit que des « thérapeutes » encouragent des adolescents à changer de sexe au plus tôt s'ils se trouvent mal à l'aise dans leur enveloppe corporelle !

Cette théorie qui classifie les êtres humains en fonction de leurs gènes, sans laisser place à leur liberté, apparaît de même nature que les théories raciales d'antan.

L'« outing » par lequel les activistes homosexuels dénoncent quiconque voudrait protéger son jardin secret renvoie à une forme inédite de « puritanisme inversé » qui impose à chacun d'afficher son statut (son « genre ») et abat le mur opaque qui séparait naguère sentiments privés et vie publique. Signe des temps, Hollywood diffuse aujourd'hui des comédies sur de jeunes homosexuels qui seraient tentés de renouer avec une fille mais en sont empêchés par la pression sociale !

L'ouverture du mariage aux couples homosexuels s'inscrit dans cette dichotomie (on est tout l'un ou tout l'autre). C'est là aussi une singulière rupture par rapport à la fin des années 1960 quand le mariage était considéré comme un archaïsme bourgeois tel qu'il n'y aurait bientôt plus que les curés pour en rêver !

L'« homophobie », réprimée par la loi, se cantonne désormais en Occident à quelques milieux marginaux. Elle demeure toutefois virulente dans les diasporas africaines ou musulmanes où l'homosexualité est perçue comme un obstacle à la perpétuation de la famille. C'est au point que des églises évangéliques d'origine afro-américaines prescrivent des « thérapies de conversion » pour les homosexuels.

L'homosexualité est réprouvée dans la plus grande partie de la planète

Les États à l'écoute des homosexuels (« gay-friendly ») représentent aujourd'hui une petite partie de l'humanité. Ils sont circonscrits aux populations européennes de culture catholique ou réformée : l'Europe occidentale elle-même, l'Amérique du Nord, l'Australie et la Nouvelle-Zélande ainsi que les pays du cône sud-américain (Argentine, Uruguay, Brésil). Il s'y ajoute une exception notable : l'Afrique du Sud, encore fortement influencée par le droit anglo-saxon. Au total, moins d'un milliard de personnes, soit 10% à 15% de la population mondiale. Dans les autres régions du monde, les homosexuels sont encore tenus de faire profil bas et l'on ne saurait oublier que dans une demi-douzaine de pays musulmans, ils sont même passibles de la peine de mort.

Publié ou mis à jour le : 2019-10-17 07:32:34

 
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