9 mars 1762

Condamnation et mort de Jean Calas

Le 9 mars 1762, Jean Calas est condamné à mort par le Parlement de Toulouse. Il est roué vif, étranglé et brûlé sur la place Saint-Georges le lendemain. Il a 64 ans.

Le « philosophe » Voltaire, lui-même déjà âgé à ce moment-là de 67 ans, va se saisir de ce fait divers tragique pour mettre à nu les malfaçons de la justice française et surtout attaquer son ennemie intime, l'Église.

Camille Vignolle

Le fait divers et la rumeur

Cinq mois plus tôt, le 13 octobre 1761, ce riche négociant en tissus de religion calviniste avait découvert son fils Marc-Antoine, 29 ans, mort étranglé, à son domicile, rue des Filatiers, à Toulouse.

Pensant que le malheureux s'était tué, il avait maladroitement tenté de dissimuler le suicide afin de préserver l'honneur familial.

Mais comme les Calas appartiennent à la « Religion Prétendue Réformée » (R.P.R.), la rumeur publique accuse le père d'avoir assassiné Marc-Antoine parce qu'il voulait se convertir au catholicisme !

Le Capitoul David de Beaudrigue fait incarcérer les parents du jeune homme, Jean Calas et Anne-Rose Cabibel, son frère Pierre, leur servante Jeanne Viguière, et un ami, Gaubert Lavaysse, qui était arrivé la veille de Bordeaux. Le procès s'ouvre devant les huit Capitouls qui gouvernent la ville. Il est nourri par des ouï-dire et des faux témoignages.

L'écrivain Laurent Angliviel de La Beaumelle est le premier à prendre la défense des accusés. Sa Lettre pastorale du 1er décembre 1761 est reprise par Paul Rabaut qui publie quelques semaines plus tard « La Calomnie confondue, ou Mémoire dans lequel on réfute une nouvelle accusation intentée aux Protestans de la Province du Languedoc, à l'occasion de l'affaire du Sieur Calas détenu dans les prisons de Toulouse ».

Le Parlement de Toulouse n'en condamne pas moins Jean Calas, par huit voix contre cinq, à subir la question ordinaire et extraordinaire, à être rompu vif et jeté dans un bûcher. Le malheureux est exécuté après que le bourreau ait lacéré et brûlé La Calomnie confondue. Les autres co-accusés sont acquittés ou bannis.

La Beaumelle lui-même est banni de Toulouse pour « mauvaise conduite ». Cela ne l'empêche pas de rédiger au cours de cette année 1762 plusieurs mémoires pour solliciter la cassation du jugement du Parlement et obtenir la libération des filles de la veuve Calas, enfermées depuis le mois de mai par lettres de cachet dans des couvents toulousains.

La procédure judiciaire, de toute évidence mal menée, ne reflète pas, loin s'en faut, la justice du siècle de Louis XV, généralement soucieuse d'équité et de droit, assez proche en cela de la nôtre. 

Voltaire et l'affaire Calas

Dans sa retraite de Ferney, près de Genève, Voltaire est informé par un marchand marseillais, Dominique Audibert, de la condamnation de Jean Calas.

Le philosophe, qui n'a jamais jusque-là manifesté d'intérêt pour les erreurs et les abus de la justice, se gausse de cette affaire. Il écrit dans une lettre au conseiller Le Bault, datée du 22 mars 1762 :

« Vous avez entendu parler peut-être d'un bon huguenot que le parlement de Toulouse a fait rouer pour avoir étranglé son fils ; cependant ce saint réformé croyait avoir fait une bonne action, attendu que son fils voulait se faire catholique et que c'était prévenir une apostasie : il avait immolé son fils à Dieu et pensait être fort supérieur à Abraham car Abraham n'avait fait qu'obéir mais notre calviniste avait pendu son fils de son propre mouvement et pour l'acquit de sa conscience. Nous ne valons pas grand chose, mais les huguenots sont pires que nous et de plus ils déclament contre la comédie. »

Toutefois, ce persiflage ne dure pas car, dès la fin de ce même mois de mars, Donat Calas, un des jeunes fils du supplicié, réfugié en Suisse, arrive à rencontrer Voltaire et à le convaincre de l'erreur judiciaire. L'écrivain à succès, qui poursuit depuis sa jeunesse une guerre contre l'Église (« l'Inf... »), y voit une belle occasion de relancer l'offensive. 

Il recueille la veuve et deux de ses filles. Surtout, usant de son talent épistolaire et de ses nombreuses relations, il organise habilement un groupe de pression avec ses amis, y compris des souverains étrangers tels que Frédéric II de Prusse ou Catherine II de Russie (si la langue anglaise avait été à la mode, il l'aurait sans doute baptisé... Amnesty International).

Dénonçant les travers de l'organisation judiciaire, il publie les « Pièces originales concernant la mort des Sieurs Calas et le jugement rendu à Toulouse » (août 1762) puis son célèbre Traité sur la tolérance à l'occasion de la mort de Jean Calas (décembre 1763), sans pour autant se rapprocher de La Beaumelle, son ennemi littéraire de toujours.

Le 4 juin 1764, le Conseil du Roi casse enfin les jugements prononcés contre les Calas. David de Beaudrigue est destitué. Le 9 mars 1765, le Parlement de Paris réhabilite Jean Calas et restitue ses biens à sa famille. Le roi Louis XV lui-même ajoute un don personnel de 30 000 livres !

L'affaire Calas illustre les contradictions d'une époque déchirée entre les préjugés, la soif de justice et la découverte de la tolérance. Elle marque aussi la première intervention des « philosophes » (aujourd'hui, on dirait « intellectuels ») dans les joutes judiciaires et politiques.

Publié ou mis à jour le : 2020-09-12 18:59:15

 
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