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Gauche française

Une unité introuvable


Tout comme la droite, la gauche est née en 1789, et tout comme son adversaire historique, elle est plurielle. Elle a toujours été composée de nombreux courants, socialiste, communiste, autogestionnaire, gauchiste, anarchiste, aux stratégies divergentes, voire opposées, entre réformistes et révolutionnaires.

Au fil de l’Histoire, certaines de ces familles ont su parfois s’unir pour conquérir le pouvoir, mais l’exercice des reponsabilités a aussi creusé les antagonismes, au point qu’aujourd’hui certains évoquent des « gauches irréconciliables ».

Jean-Pierre Bédéï

Assemblée nationale, 4 février 1790, gravure, Archives nationales, Paris.

L’acte fondateur

L’acte fondateur intervient au début de la Révolution, lors de la séance de l’Assemblée constituante qui débat du droit de veto du Roi. « Ce fut à la suite de cette séance que l’Assemblée se sépara définitivement en côté gauche et côté droit. Tous les partisans du veto allèrent s’asseoir à droite du président ; tous les antagonistes se groupèrent dans la partie opposée », écrivent Buchez et Roux dans leur Histoire parlementaire de la Révolution française en 1833.

Jaques René Hébert, fondateur des « Hébertistes », portrait pris sur le vif par Vivant Denon, lorsque la charrette conduit Héebert à l'échafaud, collection particulière.Ainsi sont nées simultanément les deux forces qui allaient structurer pendant plus de deux siècles le paysage politique moderne, l’une se définissant par rapport à l’autre et inversement. Mais durant la Révolution, des reclassements liés à la dynamique de cette période troublée brouillent quelque peu les identifications.

Sous la Convention, les députés aux idées les plus radicales siègent dans les travées à gauche de la salle des séances mais aussi dans les plus élevées de la « Montagne », alors que les « Girondins » se retrouvent à droite et les représentants du Marais ou de la Plaine, ces modérés qui font office de centristes avant la lettre, prennent place sur les bancs inférieurs. La topographie parlementaire comme traduction des identifications et des évolutions politiques !

Quand le fossé se creuse au cours de l’année 1793 entre Girondins et Montagnards au sujet de l’alliance avec les sans-culottes que rejettent les premiers alors que les seconds y sont sensibles, la gauche révolutionnaire se divise : les Girondins sont catalogués à droite et les Montagnards à gauche, sous l’influence des Jacobins et du Club des Cordeliers, car ils s’affichent comme plus « révolutionnaires ».

Gracchus Babeuf, portrait paru dans « Histoire des journaux et des journalistes de la révolution française », Léonard Gallois, Bureau de la Société de l'industrie fraternelle, Paris, 1846.Déjà émerge le clivage entre une gauche modérée et une gauche radicalisée. Sur l’échiquier politique, plus à gauche que la Montagne éructent les Enragés, emmenés par Jacques Roux, et les Hébertistes.

Au terme de la Révolution, Gracchus Babeuf prône un système visant à la suppression des classes sociales et de la propriété privée, ainsi que l’administration des terres en commun. En 1796, il fomente la conspiration des Égaux qui entend renverser le Directoire. Arrêté, il est guillotiné mais reste dans l’histoire comme le premier concepteur d’un système relevant du communisme.

La Révolution a ainsi produit toute une gamme de sensibilités de gauche, ferment de celles qui s’entrechoqueront aux XIXème et XXème siècles.

Les libéraux et les socialistes utopiques

Sous le régime autoritaire de Napoléon, toute opposition est muselée, et la gauche n’a guère la possibilité d’exister.

Benjamin Constant, Hercule de Roches, vers 1830, musée Carnavalet, Paris, DRElle refait surface durant la Restauration puis la monarchie de Juillet sous la forme du libéralisme politique, dont Benjamin Constant constitue la personnalité la plus marquante. 

Ces libéraux ne veulent plus revenir à l’Ancien Régime, reconnaissent la « souveraineté du peuple » ainsi que le régime représentatif même s’ils sont partisans d’un système électoral censitaire et restent attachés à l’institution monarchique. Ils sont de peu de poids sur le plan parlementaire.

Pas question d’un retour en arrière non plus pour les « doctrinaires » autour de Royer Collard, de Broglie et d’une étoile montante, Guizot.

Mais ils organisent eux-aussi le système politique autour de la Charte. Ils sont plus hostiles à la « souveraineté du peuple », préférant se fier à la raison. Leur magistère s’exerce surtout dans le domaine intellectuel. Guizot, adepte du « juste milieu », finira par être paré d’une image de droite de 1840 à 1848 lorsqu’il dirigera le gouvernement de la monarchie de Juillet, en raison du conservatisme de sa politique centrée sur les classes moyennes.

L’héritage de la Révolution se retrouve aussi dans une nébuleuse républicaine proche des sociétés secrètes sous la Restauration et qui fomentent des complots contre la monarchie. Dans les années 1820 émerge ce qui pourra être qualifié de « socialismes originels ou utopiques ». Plus que le renouveau institutionnel qui domine chez les libéraux, il s’agit de créer une nouvelle organisation de la société.

L’établissement provisoire des Icariens à Nauvoo, dans l’Illinois, projet de Étienne Cabet, 1849.

- Le comte de Saint-Simon conçoit un système qui oppose les « producteurs » (banquiers, commerçants, agriculteurs, industriels) aux « oisifs » (noblesse, clergé, grands propriétaires) car « c’est dans l’industrie que résident toutes les forces réelles de la société ». Selon lui, seuls les premiers sont habilités à diriger le pays.

Bien qu’il n’ait pas l’égalité comme objectif, ce bouleversement de l’ordre social qui se base également sur la fraternité, avec pour but « l’amélioration la plus rapide possible de la classe la plus pauvre », fait du saint-simonisme l’un des précurseurs du socialisme.

Charles Fourier, personnage quelque peu fantasque, prône une vie en commun dans le Phalanstère, sorte de cité utopique fondée sur la coopération et la libre association des individus et les passions humaines plutôt que sur le capitalisme marchand ; il invente ainsi une doctrine et un mode de vie s’inscrivant dans des valeurs que pourra revendiquer la gauche. Mais leurs applications trop encadrées ou loufoques aussi bien en France qu’aux États-Unis se soldent par des échecs.

Proudhon détruisant la propriété, gravure, Gallica, BnF Paris.- Étienne Cabet, dans son Voyage en Icarie, propose une utopie égalitaire qui relève du totalitarisme, régissant les membres de la communauté jusque dans leur vie privée dans une uniformité sinistre.

À la fin des années 1830, ces théories connaissent un grand succès parmi les catégories populaires qui voient dans ce communisme un idéal social et démocratique. Mais les expériences concrètes de la doctrine de Cabet tournent à l’échec.

Saint-Simon, Fourier, Cabet, trois formes de socialisme utopiques qui font figure d’ancêtres de la gauche. On peut également y ajouter Pierre-Joseph Proudhon qui, avant d’incarner le courant anarchiste ou socialisme libertaire, se fait le critique virulent de la propriété avec sa formule « La propriété, c’est le vol », empruntée à Brissot. Rien, selon lui, ne peut la justifier. Mais par la suite, il se montre des plus sévères envers les socialistes de son époque.

Barricades rue Soufflot à Paris, juin 1848, Horace Vernet, musée historique allemand, Berlin.

1848 et l’irruption de la question sociale

C’est dans la deuxième partie du XIXème siècle que la gauche commence vraiment à prendre de la consistance dans le cadre de la double émergence de la société industrielle et du prolétariat.(...)

Version intégrale pour les amis d
L'auteur : Jean-Pierre Bédéï

Jean-Pierre Bédéï est éditorialiste et journaliste politique au bureau parisien de La Dépêche du Midi.

Co-auteur de Mitterrand-Rocard histoire d'une longue rivalité (Grasset) et Raspail, savant et républicain rebelle (Alvik), il a aussi publié L'Info pouvoir (Actes-Sud) où il est question du mensonge d'État relatif à Tchernobyl, La plume et les barricades (L'Express), Sur proposition du Premier ministre (L'Archipel)...

Publié ou mis à jour le : 2017-06-02 20:07:50

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