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Droite française

Familles recomposées


Pour la première fois sous la Vème République, la droite est absente du second tour de l’élection présidentielle, qui s’est tenue le 7 mai 2017. Elle va s’efforcer de prendre sa revanche lors du scrutin législatif des 11 et 18 juin. Après la victoire d’Emmanuel Macron à la magistrature suprême, la montée relative du Front national et l’effondrement du Parti socialiste, une recomposition du paysage politique devrait intervenir.

Quelle place la droite va-t-elle occuper dans cette nouvelle configuration ? Ne risque-t-elle pas d’éclater ou de faire émerger de nouveaux clivages en son sein ? Ces questions renvoient à une histoire des droites car, comme la gauche, la droite est plurielle et ses frontières internes sujettes à des altérations.

Depuis deux siècles et demi, l’Histoire l’a modelée et remodelée dans des courants qui se sont enchevêtrés lors de glissements de terrains politiques qui ont souvent brouillé les cartes. Plus que la gauche, elle a su renouveler ses structures.

Jean-Pierre Bédéï

« Le sacre de Charles X », François Gérard, 1827, musée des beaux-arts de Chartres.

Des monarchistes aux républicains modérés

Lors de sa naissance en 1789, la droite se situe surtout par rapport à la gauche. Et vice versa, pourrait-on dire, à une époque où il n’existe pas de partis organisés. Ce couple turbulent se forme lorsque l’Assemblée nationale constituante débat de la question du veto royal. Les partisans d’une telle prérogative se placent à la droite du bureau du président, les opposants à gauche. Une forme de bipolarité de la vie politique est née qui sera renforcée durablement par les institutions de la Vème République.

Joseph de Maistre, Peinture de Karl Vogel von Vogelstein, vers 1810, Musée d'Art et d'Histoire de Chambéry.Jusqu’à la fin de la Restauration, le débat se cristallise autour de l’alternative entre monarchie absolue et monarchie constitutionnelle. Ceux que l’on appellera les « légitimistes » sont favorables à la première ; ils constituent la droite des « ultras » qu’incarnent Charles X, une noblesse de province et une partie des émigrés. À des degrés divers en fonction des époques, elle continuera à irriguer le courant le plus réactionnaire de la droite, notamment à travers un certain nombre de ses valeurs.

Symbole du trône et de l’autel, elle est animée par une haine de la révolution et inspirée par les œuvres de Joseph de Maistre, chantre d’un « ordre naturel » emporté par la vague révolutionnaire et qui repose sur le catholicisme, la tradition, enfin un ordre social immuable, celui de l’Ancien Régime.

Cette droite légitimiste traversera la Monarchie de Juillet, la Deuxième République et le Second Empire sans exercer le pouvoir, mais ses représentants restent accrochés à leurs vieilles convictions. « Depuis 1815, le vocable a changé ; le programme point. Trois révolutions et quarante années n’ont pu que renforcer leur certitude : elles les ont confirmées dans leur conviction de la fragilité de tout autre régime que monarchique et de l’impossibilité de fonder une société sur les principes de 1789 que l’expérience leur semble avoir définitivement condamnés », écrit René Rémond.

Louis-Philippe, duc d’Orléans, François-Xavier Dupré, musée d’Art et d’Histoire Marcel Dessal, Dreux.Face aux légitimistes, « l’orléanisme, attaché à la monarchie constitutionnelle constitue donc une gauche jusqu’à la révolution de Juillet. Gauche qui passe après 1830 à droite car, dès lors, le débat sur la nature du régime se fera entre monarchie constitutionnelle et République », écrit Jean-François Sirinelli.

Ce courant se caractérisera par une trajectoire plus diluée au sein de l’histoire de la droite. La révolution de Juillet amène au pouvoir Louis-Philippe d’Orléans qui libéralise le régime et s’affiche en « roi des Français »

Cette droite « orléaniste » assure la domination de la haute bourgeoisie, des élites et défend une monarchie constitutionnelle assumée. Il s’agit d’une droite libérale qu’illustre François Guizot, principal ministre de 1840 à 1848 et qui avait été sous la Restauration, la figure de proue des « doctrinaires ». Guizot ne rejette pas les apports de la Révolution mais veut un régime politique stable.

Les libéraux sont des adeptes du « juste milieu ». Selon eux, la classe moyenne est la clef de voûte de la société, de ses avancées et de sa prospérité. C’est sur ce levier qu’une monarchie constitutionnelle doit s’appuyer. Celle-ci doit être censitaire car les libéraux se méfient du peuple. Selon eux, c’est la raison qui doit gouverner et non une populace inculte et sujette aux émotions ou aux passions. Et ceux qui détiennent cette raison sont les « propriétaires », les possédants. Leur statut social détermine leur influence et leur pouvoir politique… plus que leur niveau intellectuel. Telle est la logique des orléanistes.

Cette droite libérale se montre plus souple, plus ouverte que la droite légitimiste et moins attachée aux rites monarchiques. Progressivement, elle se détachera de la maison d’Orléans et acceptera la République lorsque toute tentative de Restauration sera considérée comme vaine. Au début du XXème siècle, elle composera alors une partie de cette « république des notables », modérée, opportuniste, sous l’étiquette de républicains conservateurs.

«  Le général Bonaparte au Conseil des Cinq-Cents, à Saint Cloud. 10 novembre 1799 », François Bouchot, 1840, château de Versailles.

Le bonapartisme et ses ambiguïtés

Le début du XIXème siècle voit émerger une troisième droite qui naît avec l’épisode napoléonien. Bonaparte prend le pouvoir pour clore la Révolution, en garder l’héritage tout en restaurant l’autorité.

«  Le général Bonaparte au Conseil des Cinq-Cents, à Saint Cloud. 10 novembre 1799 », François Bouchot, 1840, château de Versailles.Cette droite se caractérise par un pouvoir exécutif fort (un Premier Consul puis un Empereur), qui abaisse les corps intermédiaires et réduit les libertés. C’est bien une forme de monarchie qu’instaure Bonaparte, consul à vie puis empereur dont le titre héréditaire crée une dynastie.

Il a cependant l’habileté de faire valider ces deux régimes par des plébiscites relatifs (compte tenu du nombre de votants). Une manière de conserver une fidélité aux valeurs démocratiques de la Révolution. Mais c’est bien la culture du chef que réintroduit Napoléon dans la gouvernance du pays.

« Au-dessus des partis » (Acte I) : Bonaparte

Après la Restauration et la Deuxième République, ce courant autoritaire ressuscitera sous les traits de Napoléon III qui fondera le Second Empire sur la crainte des « Rouges » en s’appuyant lui aussi sur les plébiscites. C’est ce lien direct entre le chef de l’État et le peuple qui caractérise le bonapartisme, régime ambigu qui ne se veut ni de droite ni de gauche afin de forger l’unité du pays, mais qui, dans les faits, est les deux à la fois. « Le bonapartisme est une force politique à deux têtes. Il a une dimension de gauche, populaire, distant vis-à-vis de l’Église, soucieux de la question sociale. Il a une dimension de droite, régime d’ordre, favorable aux notables, conservateur », écrit Michel Winock. Ces deux composantes seront à l’œuvre tout au long du Second Empire, mais le bonapartisme reste principalement une force de droite car il s’est construit contre la République et a restreint le pluralisme politique et la liberté d’expression.

Après la mort de Napoléon III, le bonapartisme survivra lors d’élections partielles à travers quelques fiefs (Corse, Sud-Ouest, Centre) et lors des élections de 1876. La légende de Napoléon Ier et la figure de Napoléon III restent encore vivaces dans une certaine France populaire et rurale. Car le bonapartisme, qui se veut au-dessus des partis, constitue une droite moins réactionnaire que les légitimistes et moins élitiste que les orléanistes.

Le creuset de la République

Par un paradoxe dont l’Histoire a le secret, quelques mois après la proclamation de la République le 4 septembre 1870, les élections de février 1871 envoient une majorité écrasante de députés monarchistes à l’Assemblée. Les trois droites, légitimiste, orléaniste, bonapartiste sont au nombre de 400 sur 650 élus. Elles peuvent entrevoir une restauration royaliste.(...)

Version intégrale pour les amis d
L'auteur : Jean-Pierre Bédéï

Jean-Pierre Bédéï est éditorialiste et journaliste politique au bureau parisien de La Dépêche du Midi.

Co-auteur de Mitterrand-Rocard histoire d'une longue rivalité (Grasset) et Raspail, savant et républicain rebelle (Alvik), il a aussi publié L'Info pouvoir (Actes-Sud) où il est question du mensonge d'État relatif à Tchernobyl, La plume et les barricades (L'Express), Sur proposition du Premier ministre (L'Archipel)...

Publié ou mis à jour le : 2017-06-02 20:09:37

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