Otto von Bismarck (1815 - 1898)
« Ich habe Langweile. Die grossen Sachen sind fertig. Das Deutsche Reich ist gebildet » (en allemand)
« J'en ai assez. Les grandes affaires sont terminées. L'Empire allemand est désormais sur pied » (traduction)
Sitôt nommé chancelier (ministre-président du gouvernement prussien), le comte Otto von Bismarck n'a d'autre ambition que d'achever l'unité de l'Allemagne autour de la Prusse. En 1866, il engage un conflit avec l'Autriche en vue de mettre celle-ci hors jeu. La guerre se termine par la victoire spectaculaire de la Prusse à Sadowa et permet à Bismarck de constituer aussitôt une Confédération de l'Allemagne du Nord, bien évidemment sans l'Autriche.
En 1870, c'est l'affrontement avec l'Empire français qui se solde aussi par une écrasante victoire et la proclamation, le 18 janvier 1871, de l'Empire Allemand (le IIe Reich) dans la Galerie des glaces du château de Versailles.
Bismarck, surnommé le «Chancelier de Fer», peut savourer son triomphe lors de sa signature du traité de Francfort avec la France et c'est à cette occasion qu'il prononce les mots en tête de cet article.
Néanmoins, il n'en reste pas là et va mener une politique audacieuse à l'intérieur (premier système national de sécurité sociale, séparation de l'église et de l'état, soutien à l'industrie lourde et au commerce) et conservatrice à l'extérieur (alliances successives avec l'Autriche, la Russie, l'Italie).
Mais le nouvel empereur Guillaume II le renvoie en 1888 sur ses terres méditer sur l'ingratitude des souverains...
De sa région natale, il disait vers 1880 avec humour : «Si la fin du monde devait s'annoncer, il y aurait grand intérêt à se réfugier en Poméranie antérieure, car tout y arrive avec cinquante ans de retard !» Mais le Prussien cultivait aussi de solides préjugés à l'égard de ses compatriotes méridionaux : «Les Bavarois sont l'intermédiaire entre l'Autrichien et l'homme», lui est-il arrivé de dire.
« Macht geht über Recht » (en allemand)
« La force prime le droit » (traduction)
Otto Edouard Léopold, comte puis prince de Bismarck-Schönhausen, duc de Lauenbourg, est issu d'une famille de junkers, la classe des hobereaux prussiens conservateurs, militaristes et dévoués à leur souverain. Il se destine à vivre de ses modestes rentes sur la terre familiale lorsque son élection au Parlement ou Landtag de Prusse, dans les années 1840 le fait remarquer pour son attitude inflexible vis-à-vis des idées dites «révolutionnaires».
Nommé ambassadeur à la Diète fédérale de Francfort de 1852 à 1858, puis ambassadeur à Saint-Pétersbourg et enfin à Paris, il est appelé à Berlin le 23 septembre 1862 par le roi Guillaume 1er qui le nomme ministre-président, autrement dit Premier ministre. Il va dès lors exercer son autorité sans mélange sur la politique prussienne puis allemande.
Avec une froide détermination, Bismarck brave l'opposition libérale de l'assemblée législative du Landtag. Le budget et les crédits militaires, régulièrement rejetés par les députés, sont rétablis par ordonnance royale.
Bismarck justifie sa fermeté en expliquant que la Constitution ayant partagé le pouvoir législatif entre le roi et les Chambres et ne prévoyant aucune solution en cas de désaccord, on devait d'abord chercher un compromis. Mais, «si le compromis est rendu inutile parce qu'un des pouvoirs veut imposer ses solutions avec un absolutisme doctrinaire, alors... au lieu de compromis arrivent les conflits qui deviennent des questions de force. Celui qui a la force en main va de l'avant dans son sens» Cette déclaration est aussitôt condensée par un député dans la célèbre formule ci-dessus (*).
Louis Trochu (1815 - 1896)
« Trochu, participe passé du verbe trop choir »
Ce mot de potache est de Victor Hugo. Le poète fait allusion aux échecs à répétition du général Trochu, président du gouvernement de la défense nationale et gouverneur militaire de Paris, pendant la guerre franco-prussienne de 1870-1871 et le siège de la capitale. Le 5 janvier 1871, le général publiait un ordre du jour présomptueux : «Le gouverneur de Paris ne capitulera pas » Mais une ultime tentative de percer les lignes prussiennes à Buzenval allait échouer lamentablement le 20 janvier et entraîner sa mise à l'écart. Une semaine plus tard était signé l'armistice.
Henry Morton Stanley (1841 - 1904)
« Dr. Livingstone, I presume ? » (en )
« Vous êtes sans doute le Dr Livingstone ? » (traduction)
Apostrophe laconique de Henry Morton Stanley à l'adresse de David Livinstone, le 10 novembre 1871, à Ujiji, un petit village de la rive orientale du lac Tanganyika. Le missionnaire David Livingstone (1813-1873), qui explorait l'Afrique orientale, n'avait pas rencontré d'Européen depuis plus de cinq ans et passait pour disparu... quand il fut retrouvé par Stanley, de son vrai nom John Rowlands.
Henri, comte de Chambord (1820 - 1883)
« Henri V ne peut abandonner le drapeau blanc d'Henri IV »
Petit-fils du roi Charles X et héritier légitime de la dynastie des Bourbons, le comte de Chambord est pressenti en 1871, après la chute de Napoléon III, par le parti légitimiste, majoritaire dans les campagnes françaises, pour monter sur le trône et restaurer la monarchie. Mais cet homme grandi dans les aigreurs de l'exil, imbu de son rang et ignorant des réalités nationales, exprime son refus d'accéder au trône si la France ne veut pas de son côté adopter le drapeau blanc en remplacement du drapeau tricolore bleu-blanc-rouge. Le 6 juillet 1871, il publie un manifeste catégorique : «Je ne laisserai pas arracher de mes mains l'étendard d'Henri IV, de François 1er et de Jeanne d'Arc. C'est avec lui que s'est faite l'unité nationale... Il a flotté sur mon berceau, je veux qu'il ombrage ma tombe... Français ! Henri V ne peut abandonner le drapeau blanc d'Henri IV». Ses exigences ruinent les espoirs des légitimistes en une prochaine restauration de la monarchie.
Nicolas Ier Romanov (1796 - 1855)
« La Turquie est l'homme malade de l'Europe »
Tout à son rêve de chasser les Turcs de Constantinople, le tsar Nicolas Ier propose à la Grande-Bretagne un partage qui mettrait sous l’égide de l’empire russe les principautés roumaines, la Serbie, la Bulgarie et les Détroits, l’Égypte étant placée dans la sphère de l’Angleterre. Mais il veut un arrangement entre toutes les puissances occidentales avant que ne s'effondre l'empire ottoman.
« Nous avons sur les bras un homme malade, très malade, déclare-t-il à l'ambassadeur britannique Hamilton Seymour en janvier 1853, à l'occasion d'une réception à Saint-Pétersbourg. Ce serait un grand malheur s'il devait nous échapper avant que les dispositions nécessaires soient prises ».
Les chroniqueurs vont condenser le propos en une formule : « La Turquie est l'homme malade de l'Europe ». L'année suivante, en mars 1854, va éclater la guerre de Crimée et c'est en définitive la Russie qui va en payer le prix.








