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Bourgogne

Des Éduens au Téméraire, 2000 ans de passions

Les quatre départements de la Bourgogne actuelle ont une position de pivot au point de partage de trois grands bassins fluviauxBien avant d'accueillir le peuple germain qui allait lui donner son nom, la Bourgogne rayonna sur le monde celte et gaulois.

Cette région de collines qui culmine à 901 mètres d’altitude est en effet au point de partage des eaux entre les bassins du Rhône, de la Loire et de la Seine. Cette position de pivot commercial explique largement sa prospérité mais aussi son Histoire pleine de bruit et de fureur.

Pendant la guerre de Cent Ans, aux XIVe-XVe siècles, elle fut le siège d'un prestigieux duché aux ambitions impériales ! Mais la Bourgogne évoque également des vignobles parmi les plus réputés de France et du monde. Son sous-sol a aussi nourri une industrie métallurgique que le naturaliste Georges Buffon hissa à l'avant-garde de son temps dès le XVIIIe siècle à Montbard (Côte d'Or).

Les splendeurs de Dijon et du vignoble témoignent de ce riche passé mais ne sauraient cacher le déclin des quatre départements bourguignons, Côte d'Or, Nièvre, Saône-et-Loire et Yonne. Avec une industrie très amoindrie et une population vieillissante de 1,6 millions d'habitants sur 32 000 km2, ils participent à la « diagonale du vide » qui s'étire des Ardennes à la Dordogne. C'est une raison de plus de revisiter avec Vincent Boqueho sa magnifique Histoire...

Un carrefour entre la Méditerranée et la mer du Nord

C’est vers 750 avant J.-C. que la Bourgogne commence à se démarquer avec l’adoption très précoce de la métallurgie du fer originaire du nord des Alpes. La région devient alors l’extrémité occidentale d’un vaste ensemble appelé la culture de Hallstatt. Cela correspond probablement à la diffusion des premières langues celtiques dans la région.

Cette époque coïncide avec l’expansion des civilisations de la Méditerranée vers l’ouest, notamment les Phéniciens vers Carthage et l’Afrique du Nord, et les Grecs vers le sud de l’Italie. La demande en produits d’Europe du Nord, notamment l’ambre de la Baltique et l’étain des Cornouailles, suit alors le même mouvement. Les Proto-Celtes, qui servent d’intermédiaires commerciaux, trouvent en Bourgogne une position idéale. C’est en effet la voie naturelle par où transite l’étain des Cornouailles, via la Seine et le Rhône.

Torque en or de la tombe de Vix (musée du pays châtillonnais), volé le 24 juillet 2026Ces flux commerciaux sont fortement dynamisés vers 600 avant J.-C. lorsque les Grecs décident de s’implanter à Marseille précisément dans ce but. Les Celtes installés près de la ligne de partage des eaux font payer très cher le transbordement des marchandises par voie de terre.

Cela fait apparaître une élite très fortunée et de plus en plus familiarisée avec la culture grecque, comme l’atteste le cratère grec retrouvé dans la tombe de Vix datée de 500 avant J.-C.  environ, qui est le plus grand connu de toute l’Antiquité. La femme enterrée là devait au moins contrôler les routes commerciales, et peut-être régner sur un territoire assez large.

Cette puissance acquise fait de cette région le point de départ d’une nouvelle expansion celtique vers le reste de la Gaule et jusque dans les îles britanniques. On entre alors dans une nouvelle période culturelle appelée la Tène qui correspond à l’âge des Gaulois.

Les Éduens, malheureux « Amis de Rome »

Restauration des murailles de l'oppidum de Bibracte (Saône-et-Loire) ; agrandissement : vue imaginaire de l'oppidum de Bibracte au temps des Éduens Parmi les nombreuses chefferies qui s’imposent, celle des Sénons centrée sur l’oppidum de Sens va beaucoup faire parler d’elle. Constatant l’ampleur des richesses venues du sud, le chef Brennus (ou Brennos) va décider d’aller les chercher directement sur place en Italie. La vaste coalition qu’il mène conduit non seulement au sac de Rome en 390 avant J.-C., mais aussi à l’implantation des Gaulois au sud des Alpes qui prend alors le nom de Gaule Cisalpine.

Plus importante encore est la chefferie des Eduens centrée sur l’oppidum de Bibracte qui est l’une des plus puissantes de toute la Gaule. Enrichie par le commerce entre la Manche et la Méditerranée, elle noue des contacts étroits avec les Romains qui supplantent peu à peu les Grecs et les Carthaginois au IIIe siècle avant J.-C. Dès le début du siècle suivant, le Sénat leur octroie le statut « d’Amis de Rome » pour sanctionner ce partenariat. Celui-ci se renforce vers 120 avant J.-C. lorsque les Romains s’emparent de la Gaule transalpine jusqu’au Rhône, devenant ainsi de proches voisins.

Vercingétorix (1865, Aimé Millet, Alise-Sainte-Reine, Côte d'Or)En parallèle, cette époque voit le début des grandes migrations germaniques vers le sud. Pris en étau, les Celtes commencent à engager des migrations massives vers l’ouest : c’est notamment le cas des Helvètes dont la population migrante commence à ravager le territoire des Eduens en 58 avant J.-C.

C’est cette menace envers de proches alliés qui donne le prétexte à César, alors proconsul de Gaule, pour intervenir : c’est le début de la guerre des Gaules.

Dans un premier temps, les Eduens restent de fidèles alliés de Rome tandis que César renvoie les Helvètes dans leur pays, repousse les Germains, et mate toutes les rébellions des Belges et des autres Celtes. Mais ils réalisent qu’ils doivent maintenant nourrir l’occupant romain qui n’a pas l’intention de repartir.

Inscription lapidaire en langue gauloise et écriture latine découverte en 1839 à Alise-Sainte-Reine, avec le nom Alisiia (Muséoparc d'Alésia)La victoire de Vercingétorix à Gergovie et le soulèvement général qui s’ensuit pousse alors les Eduens à changer de camp, et Bibracte se transforme en un foyer majeur de résistance. C’est là que Vercingétorix tente de donner le coup de grâce aux Romains, ce qui conduit à la défaite d’Alésia en 52 avant J.-C. dont le Muséoparc d'Alise-Sainte-Reine (Côte d'Or) rappelle le souvenir. À compter de cet instant, toute la Gaule devient romaine.

Sous le premier empereur Auguste, des villes nouvelles sont fondées dans les plaines au carrefour des voies de communication. C’est notamment le cas d’Autun qui finit par absorber toute la population de Bibracte et devient l’une des plus grandes villes de Gaule. En particulier, son amphithéâtre est le plus grand de toute la Gaule et l’un des plus grands de l’empire romain.

C’est là que se déclenche la dernière rébellion gauloise contre l’autorité romaine en 70 de notre ère, menée par Julius Sacrovir, mais qui est rapidement matée. Cette date marque véritablement les débuts de la pax romana, et les Eduens comme les autres finissent par adopter le latin et se fondre dans la culture romaine. Une page se tourne dans l’Histoire de la Bourgogne.

La Porte Saint-André à Autun, cité gallo-romaine installée dans la vallée de la Saône à quelques kilomètres de l'ancien oppidum de Bibracte

Fin de Rome, arrivée des Burgondes

Si les invasions germaniques commencent à ravager la région autour de 256, c’est surtout l’anarchie qui s’ensuit au sein de l’empire romain qui provoque le plus de dégâts. Après avoir un temps rallié la sécession de « l’empire des Gaules » en 260, les autorités d’Autun changent de camp vers 268. Cela provoque la réaction immédiate de l’empereur des Gaules qui dévaste la ville.

Cet épisode contribue à réduire l’importance d’Autun au profit de Sens. Une fois l’unité de l’empire restaurée, celle-ci devient la capitale d’une province qui s’étend jusqu’à Paris et Orléans, tandis qu’Autun continue d’être rattachée à la province de Lyon. C’est ce découpage qui contribuera plus tard à faire de Sens le siège d’un archevêque.

Comme ailleurs en Gaule, c’est la grande invasion de 407 qui va définitivement ébranler l’empire romain d’Occident. Parmi les Germains installés en tant que fédérés pour rétablir la sécurité, les Burgondes vont jouer un rôle de premier plan : depuis leur bastion de Sapaudie, ils s’emparent d’abord de Lyon vers 461, puis poursuivent leur agrandissement dans les années 470, incluant une bonne part de la Bourgogne actuelle.

La ville de Sens, en revanche, se maintient dans la dernière enclave romaine tenue par Syagrius, avant de tomber entre les mains des Francs suite à la victoire de Clovis en 486.

Le royaume burgonde et le royaume des Francs se font face

Après une brève alliance entre les deux royaumes, les Francs finissent par s’emparer du royaume burgonde en 534. Celui-ci subsiste sous la forme d’un royaume de Bourgogne pleinement intégré au domaine franc. La Provence, cédée par les Ostrogoths, lui est rattachée peu de temps après.

Les luttes entres rois mérovingiens contribuent à agrandir ce royaume jusqu’à Orléans dans les années 560. Située jusqu’alors à l’écart du cœur politique mérovingien, la Bourgogne redevient centrale sous le règne de Gontran qui s’installe à Chalon-sur-Saône, peut-être dans les années 570. Mais cet apogée est de courte durée : à partir de 612, le roi de Bourgogne devient aussi roi d’Austrasie, puis de Neustrie, ce qui redéplace le centre de gravité plus au nord. La Bourgogne, amputée du nord-ouest, fluctue alors entre autonomie et influence neustrienne.

La région subit de plein fouet les raids des Sarrasins à partir de 725 : ils pillent la ville d’Autun et remontent jusqu’aux portes de Sens. Charles Martel finit non seulement par repousser ces assauts, mais il en profite pour restaurer de manière musclée un complet contrôle sur la Bourgogne. Celle-ci perd ainsi toute réalité politique sous les premiers Carolingiens.

En 843, le partage de l’empire carolingien par le traité de Verdun contribue à scinder l’ancien royaume de Bourgogne en deux parties principales qui vont adopter des trajectoires complètement distinctes. En Francie Occidentale, la Bourgogne va poursuivre son existence en tant que simple duché. En Francie Médiane, elle va bientôt reformer un royaume indépendant avant d’être intégrée plus tard au Saint Empire.

Naissance du duché de Bourgogne

L’émergence de la Bourgogne en Francie Occidentale s’amorce sur fond de lutte contre les raids vikings. Centrée sur une zone peu navigable, la région est d’abord préservée, jusqu’en 885 où les raids atteignent Sens et Auxerre, puis Dijon et Beaune en 888.

C’est alors le comte d’Autun, Richard de la Maison des Bivinides, qui parvient à les repousser, ce qui lui donne un immense prestige. Dans les années qui suivent, il acquiert les titres de comte d’Auxerre, puis de Nevers, de Troyes, et enfin de Sens dont il s’empare en 895. Lorsqu’il repousse une deuxième fois les Vikings sur l’Yonne en 898, il se fait reconnaître comme marquis par le nouveau roi Charles le Simple. De nombreux autres comtes, comme ceux de Dijon, de Langres et de Chalon, se rangent alors sous sa protection.

Le marquisat de Richard est rapidement commué en « duché de Bourgogne », attesté en 918. Trois ans plus tard, Richard meurt au profit de Raoul qui devient roi de Francie Occidentale en 923. La Bourgogne acquiert ainsi un rôle plus central sous l’autorité du frère du roi, Hugues le Noir.

En 932, le roi récupère par la force le comté de Sens aux dépens de son frère. Puis une véritable bascule survient à la mort de Raoul en 936. Le Robertien Hugues le Grand tente alors de récupérer le duché à son profit. Cela ouvre vingt années de divisions internes avant que le duché ne soit finalement récupéré par les Robertiens, mais amputé des comtés de Troyes, Langres, Auxerre et Nevers.

Le prestige des Robertiens augmente encore lorsque Hugues Capet devient roi en 987, fondant la dynastie des Capétiens. Son fils Robert le Pieux hérite du duché de Bourgogne en 1002 : celui-ci se retrouve ainsi placé sous l’autorité directe du roi de France.

Hugues de Semur avec les moines de Cluny (Vie de Saint Hugues, XIe siècle) ; agrandissement : vue de Cluny aujourd'huiA partir de 1032, le duché échoit à une branche cadette des Capétiens. Dorénavant centré sur Dijon qui en devient la capitale, il va alors entamer un âge d’or marqué par la fondation de nombreuses abbayes.

L’ordre de Cluny fondé en 910 est devenu une référence et joue un rôle de premier plan dans la diffusion de l’art roman sur toute la Bourgogne.

À partir de 1088, l’abbaye est considérablement agrandie jusqu’à devenir le plus grand édifice religieux de l’Occident.

Dans le même temps, le besoin de retrouver un idéal de sobriété pousse à la fondation de l’abbaye de Cîteaux en 1098. Cette abbaye-mère entraîne la fondation de l’abbaye de Clairvaux en 1115. L’impulsion décisive de son abbé Bernard va conduire à la reconnaissance de l’ordre cistercien par le pape en 1119. À l’instar de l’ordre clunisien, il va essaimer sur toute l’Europe Occidentale. En Bourgogne, l’abbaye cistercienne de Fontenay et l’abbaye de Vézelay rattachée à Cluny laisseront des vestiges remarquables jusqu’à aujourd’hui.

Cîteaux et la fondation des 4 premières abbayes. Miniature extraite du Commentaire sur l?Apocalypse d?Alexandre de Brême Cambridge, University Library (entre 1256 et 1271)

En parallèle, les moines de Cîteaux commencent à développer une viticulture beaucoup plus soignée qu’auparavant au niveau du Clos de Vougeot à partir de 1110. Ces techniques se diffuseront par la suite, fondant la réputation des vins de Bourgogne.

Pendant ce temps-là plus au nord-ouest, les villes de Sens et Saint-Denis voient l’érection des deux premiers édifices gothiques du Monde en 1135, respectivement une cathédrale et une abbatiale. Fort de son succès, l’art gothique finira peu à peu par supplanter l’art roman.

Après ce début de XIIe siècle tonitruant qui voit le développement du vignoble sous l'impulsion des moines, deux siècles plus paisibles vont s’écouler avant un nouvel apogée encore plus remarquable.

Le château du Clos de Vougeot, l'un des plus prestigieux crus de Bourgogne

La Bourgogne, apanage prestigieux des Valois

Pour le comprendre, il faut passer de l’autre côté de la frontière, dans le Saint Empire. Parmi les États féodaux issus de la fragmentation du royaume de Bourgogne, figure le comté de Bourgogne centré sur Dole. En 1330, le duc Philippe Ier de Bourgogne hérite de ce comté par le biais d’un mariage. Au passage, il récupère aussi l’Artois que la comtesse de Bourgogne avait hérité de sa grand-mère.

Il lui faudra toutefois du temps avant d’y mater la révolte des barons mécontents. Par ailleurs, les débuts de la guerre de Cent Ans en 1337 apportent des temps troublés. En 1359 et 1360, le duché est ravagé par les troupes du roi d’Angleterre, puis par les grandes compagnies. Cela favorise l’apparition d’une épidémie de peste qui conduit à la mort sans enfant du duc en 1361.

Tandis que les comtés de Bourgogne et d’Artois reviennent à sa grand-tante Marguerite, le roi de France Jean le Bon tente d’en profiter pour intégrer le duché au domaine royal, en vain. Face aux résistances locales, le duché est maintenu et passe entre les mains de son fils cadet Philippe, dit le Hardi, en 1364. Cela ouvre une nouvelle branche des Capétiens, celle des Valois-Bourgogne.

De l’autre côté de la frontière, les choses s’emballent en 1382 : en effet à la mort de Marguerite, son fils Louis de Male hérite des comtés de Bourgogne et d’Artois après avoir hérité des comtés de Flandres, de Nevers et de Rethel par son père. Or le duc de Bourgogne Philippe le Hardi a épousé la fille de Louis de Male. Ainsi à la mort de ce dernier en 1384, Philippe le Hardi se retrouve aux commandes d’un nombre considérable de territoires, qu’il augmente encore avec l’achat du comté de Charolais en 1390. Cela forme le point de départ des Etats Bourguignons.

Le puits de Moïse dans la Chartreuse de Champmol (Côte d'Or) ; agrandissement : les tombeaux des Ducs dans le Palais de DijonC’est un véritable point de bascule. En effet, la Flandre apporte des rentrées d’argent considérables grâce à ses draps très réputés qui se vendent dans toute l’Europe. Mais cela nécessite de maintenir des liens commerciaux étroits avec l’Angleterre d’où provient la laine nécessaire à la fabrication des draps. Dans le cadre de la Guerre de Cent Ans, cela revient à s’opposer frontalement à la volonté du roi de France.

À partir de 1392, les accès de folie du roi Charles VI entraînent l’établissement d’un conseil de Régence dominé par deux hommes : le frère du roi Louis d’Orléans, et le duc de Bourgogne devenu de loin son plus puissant vassal. La rivalité s’exacerbe encore lorsque Jean sans Peur succède à son père en 1404. Perdant peu à peu de l’influence au conseil de régence au profit de Louis d’Orléans, il le fait assassiner le 23 novembre 1407.

Cela déclenche aussitôt une guerre civile entre le parti des Bourguignons qui soutient Jean sans Peur, et celui des Armagnacs qui soutient le fils de Louis, Charles d’Orléans. Jean sans Peur est finalement lui-même assassiné le 10 septembre 1419, et son fils Philippe le Bon lui succède.

Il conforte encore l’alliance avec les Anglais et est à l’origine du traité de Troyes signé en 1420, qui fait du roi d’Angleterre l’héritier du trône de France aux dépens du fils de Charles VI, le dauphin Charles.

La guerre de Cent Ans se transforme en un conflit entre les Anglo-Bourguignons et les partisans du dauphin. Philippe le Bon en profite pour prendre le contrôle de tout l’est du royaume de la Picardie à la Champagne, en vue d’unir ses territoires du nord et du sud. En revanche, l’héritage des comtés de Nevers et de Rethel est passé dans une branche cadette des Valois-Bourgogne.

En 1430, Jeanne d’Arc est prise par les Bourguignons à Compiègne et confiée aux Anglais, mais son action aura contribué à ranimer le parti du dauphin Charles qui reprend peu à peu les terres perdues aux dépens de Philippe le Bon.

En 1435, celui-ci doit signer le traité d’Arras dans lequel il reconnaît Charles VII comme roi de France, mettant fin à la guerre civile. En contrepartie, Philippe le Bon obtient les comtés de Macon et d’Auxerre, la vicomté de Bar, et tout un domaine en Picardie.

En parallèle, il profite de ses ressources et de son influence par acquérir plusieurs territoires dans le Saint Empire : il hérite du duché de Brabant et des comtés de Hainaut et de Hollande, et il achète le comté de Namur ainsi que le duché de Luxembourg en 1443.

Ce dynamisme remarquable transparaît dans l’érection d’édifices toujours plus prestigieux en Bourgogne, notamment à Dijon avec le palais des ducs, mais aussi à Beaune où la construction des hospices démarre en 1443.

Palais des ducs et des États de Bourgogne (Dijon) ; agrandissement : Hôtel-Dieu des Hospices de Beaune

Portrait de Charles le Téméraire par Roger van der WeydenCharles le Téméraire succède à son père en 1467. Son rêve est alors d’unifier ses territoires du nord au sud dans l’esprit de l’ancienne Lotharingie. Il paye cher le droit d’hériter des duchés de Gueldre et de Zutphen, et d’administrer la Haute Alsace. En 1475, il conquiert les duchés de Bar et de Lorraine par la force et fait de Nancy son nouveau centre d’opération.

Cependant, cela provoque la rébellion des Alsaciens et l’entrée en guerre des Suisses qui craignent cet expansionnisme agressif. Ceux-ci obtiennent de larges finances du roi de France Louis XI qui compte en profiter pour affaiblir son trop puissant voisin. Charles le Téméraire meurt finalement au combat le 5 janvier 1477.

Sa fille Marie de Bourgogne hérite de ses territoires, mais Louis XI en profite aussitôt pour envahir le duché de Bourgogne et la Picardie. Cette guerre s’achève en 1493 par le traité de Senlis qui acte le rattachement de ces deux territoires à la Couronne de France. C’est une date charnière qui marque la fin du duché et de l’apogée bourguignon.

La Bourgogne dans le giron de la France

La fin du duché ne signifie pas la fin de l’autonomie grâce au maintien d’un Parlement à Dijon et à la réunion des États de Bourgogne qui votent les impôts.

Comme ailleurs en France, la Bourgogne est frappée par les guerres de religion au XVIe siècle, puis est confrontée à la centralisation progressive du pouvoir au siècle suivant. Celle-ci est parachevée en 1790 avec la fin des États de Bourgogne et la création des départements.

Si l’ancien duché de Bourgogne s’identifie surtout à la Côte d’Or et la Saône et Loire, la Bourgogne historique a eu des extensions beaucoup plus lointaines au Moyen Age, sans même compter l’époque mérovingienne où le royaume de Bourgogne s’étendait jusqu’en Provence.

La petite paysannerie reste largement prédominante en 1790 cependant que l’industrie émerge au XIXe siècle grâce aux abondants gisements de charbon qui provoquent le développement rapide du Creusot et de Montceau-les-Mines. En 1830, le transport du charbon entraîne la construction de l’une des toutes premières voies ferrées de France.

Ateliers Schneider au Creusot ; agrandissement :  La ville industrielle du Creusot représentée par Pierre Trémeaux en 1847

Ce développement se poursuit jusqu’à la crise de 1929, suite à laquelle les houillères sont progressivement fermées. La viticulture redevient alors un secteur-clé pour le PIB de la région avec l’élevage de bovins, à quoi vont s’ajouter l’automobile, le nucléaire et la pharmacie.

La démographie des villes s’en trouve encore largement modifiée, la ville de Dijon étant la seule à poursuivre sa croissance. De façon plus qualitative, on peut remonter beaucoup plus loin jusqu’à l’empire romain : on constate en particulier que la ville d’Autun est passée de la 1ère à la dernière place alors que Dijon a adopté la trajectoire inverse. Sens est un autre exemple de ville qui a beaucoup perdu de sa gloire passée, tandis qu’Auxerre a surtout rayonné du Moyen-Age jusqu’au début de la Révolution Industrielle. On retrouve les pics charbonniers du Creusot et de Montceau-les-Mines. Chalon, Mâcon et Beaune sont les pôles traditionnels proches de la Saône, tandis que Nevers est resté un pôle à part.

La Bourgogne renaît nominalement en 1956 avec la création des régions de programme. C'est ainsi qu'avec la Franche-Comté voisine se voit reconstituée la Bourgogne historique, à l’exception de Troyes et de Langres. Finalement, le regroupement de ces deux régions administratives en 2016 aurait du sens historiquement, même s’il tend à effacer la séparation très durable entre la France et le Saint Empire. C’est d’ailleurs cet héritage très distinct qui a empêché de renommer cet ensemble la « Grande Bourgogne ».

Publié ou mis à jour le : 2026-09-08 07:09:02
Pedro69 (06-09-2026 14:34:59)

Une carte (comme celle de 534) des Bourgognes issues du partage de Verdun serait appréciée. Merci

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