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Démocratie

« Fake news » contre mensonges d'État

Un nouveau terme est entré dans le langage médiatique : « fake news ». C’est une façon « branchée » de désigner les bobards, contre-vérités et rumeurs qui circulent sur les réseaux sociaux : facebook, youtube etc. Faut-il s’en plaindre ?

Internet n’a pas inventé les mensonges et force est de constater que les mensonges les plus dangereux ne sont pas ceux qui circulent anonymement sur les réseaux sociaux mais ceux qui sont proférés de façon très officielle par les gouvernements avec le concours des médias institutionnels. La preuve par l'Histoire...

André Larané

Bobards sans conséquence

Le phénomène facebook a fait tomber la barrière qui séparait, il y a peu encore, vie privée et vie publique. Le réseau social né à Harvard en 2004 compte d’ores et déjà un milliard d’utilisateurs actifs.

Il conduit des adolescents à exposer leur vie intime sur la Toile à leurs risques et périls et certains y laissent la vie quand des partenaires indélicats ou jaloux divulguent des photos ou des vidéos compromettantes. Ces faits divers tragiques constituent une violation de la vie privée et sont réprimés à ce titre.

Mais facebook, ce sont aussi des « communautés » virtuelles réunies par un intérêt commun et au sein desquelles circulent des informations plus ou moins fantaisistes, les fameuses « fake news ».

Pour retenir l’intérêt des internautes, ces informations doivent surprendre et donc se démarquer des informations communes, sans s’embarrasser de vérifications. Au milieu d'affirmations fantasques, elles doivent aussi contenir des éléments vraisemblables qui les rendent plausibles. Elles doivent surtout répondre aux attentes de la communauté et dire à chacun ce qu’il a envie d’entendre et de croire. Ainsi sont réunis les trois ingrédients des « fake news ».

Strasbourg après l'attentat du 11 décembre 2018 (DR)C'est comme cela qu'après l'attentat islamiste du 11 décembre 2018, à Strasbourg, un quidam a suggéré sur un chat internet que le gouvernement français aurait organisé cet attentat pour en finir avec les Gilets jaunes.

Si cette rumeur complotiste a pu susciter autant d'écho, c'est qu'elle est partie d'un fait objectif : quand ils ont eu connaissance de l'attentat, les services officiels ont pu penser qu'il dissuaderait les Gilets jaunes de poursuivre leur mouvement. Mais il serait calomnieux et indigne d'en conclure qu'ils auraient pu guider le bras du terroriste.    

C’est aussi comme cela que les « communautés » musulmanes font circuler avec un certain succès l’idée que Mahomet, nom donné en français au prophète de l’islam, serait une déformation dépréciative de son nom arabe qui remonterait au XVIIIe siècle. La réalité historique est autrement plus simple : Mahomet dérive de Mehmet, nom donné par les Turcs au prophète (les Perses l’appellent quant à eux Mahmoud et les Sahéliens Mamadou).

Plus sérieusement, au début de la Révolution française, en juillet 1789, les campagnes françaises ont été parcourues par une vague de rumeurs suivant lesquelles les aristocrates se disposaient à restaurer des droits féodaux tombés en désuétude. Ces rumeurs manifestement exagérées étaient suscitées par les avanies que subissaient à Versailles les députés des états généraux. Elles ont conduit à une traînée de violences odieuses contre les nobles, leurs familles et leur biens : la « Grande Peur ». À Versailles, les députés se sont hâtés en conséquence d'abolir les derniers droits féodaux !

Quand un bobard ne contient aucun élément de vraisemblance, il a vite fait de tourner court. Le 4 mai 2017, le débat de l’entre-deux-tours des présidentielles françaises a donné lieu à une sortie inattendue de la candidate Marine Le Pen, qui a relayé une rumeur propagée sur les réseaux sociaux et lancé à son rival : « J'espère qu'on n'apprendra pas que vous avez un compte offshore aux Bahamas… » Emmanuel Macron a gardé son calme et l’on peut penser que le bobard ne lui a pas fait perdre une voix.

De la même espèce est la calomnie à l’encontre du leader socialiste Léon Blum, selon laquelle celui-ci mangeait dans de la vaisselle en or. Diffusée par la presse de droite dans les années 1930, elle ne touchait que ses opposants et suscitait des haussements d’épaule chez les autres car elle ne reposait sur aucun fondement sérieux.

On peut classer dans la même catégorie les rumeurs de la Première Guerre mondiale selon lesquelles par exemple les « Boches » coupaient les mains des enfants. Les citoyens croyaient-ils à ces bobards diffusés par les journaux et les cartes postales ? C’est peu probable car ils ne reposaient sur aucun élément avéré. D’ailleurs, on eut vite fait de les qualifier de « bourrage de crâne ». Mais on laissait dire car ces bobards remplissaient une fonction symbolique en légitimant l’effort de guerre et la solidarité de tous contre l’ennemi commun. De la même façon que les « fake news » d’aujourd’hui, ils soudaient les membres de la communauté dans la haine de l’adversaire.

Face à Staline et Mahomet, même aveuglement

Après la Seconde Guerre mondiale, l’intelligentsia occidentale a témoigné d’un aveuglement maladif vis-à-vis de la réalité soviétique. Ainsi, lors du procès Kravchenko, en 1949, des personnalités aussi réputées que le Prix Nobel Frédéric Joliot-Curie, Louis Aragon, Julien Benda ou encore Vercors sont venus dire à la barre le dégoût que leur inspirait l'accusé, coupable d’avoir médit sur l’Union soviétique.

Comme les islamistes d’aujourd’hui, ces intellectuels étaient enfermés dans leurs certitudes, inaccessibles au doute cartésien et à la recherche de la vérité. Et face à leurs contradicteurs, ils cherchaient un réconfort au sein de leur groupe.

Les demi-vérités tuent

Si les bobards et les « fake news » n’ont jamais à notre connaissance cassé une réputation, c’est parce qu’ils ne reposent au mieux que sur des suppositions vraisemblables et ne contiennent aucun élément avéré. Ils ne convainquent que les convaincus et suscitent chez les autres des haussements d’épaules.

Il en va autrement des lettres anonymes d’antan ou des demi-vérités qui circulent aujourd’hui dans la presse et sur internet. Leur violence vient de la part de vérité qui rend leur contenu plausible. Elles peuvent en conséquence causer des torts irréparables aux personnes visées, comme on le voit dans le film Le Corbeau d’Henri-Georges Clouzot (1943).

Les demi-vérités ou demi-calomnies diffusées dans la bonne presse ont, bien avant l’ère internet, brisé des réputations et des vies. Comme les lettres anonymes, elles ont une issue fatale parce qu’elles contiennent une part de vérité qui leur apporte de la vraisemblance.

C’est le cas du « prêt gratuit » accordé par l’homme d’affaires Roger-Patrice Pelat en 1986 au ministre Pierre Bérégovoy pour l’achat d’un appartement. Révélé par Le Canard Enchaîné le 1er février 1993, ce prêt existait bien et laissait planer un doute sur la probité du Premier ministre de François Mitterrand alors qu’une enquête approfondie aurait montré l’absence d’intention délictueuse.

Patriote et républicain, qui plus est déprimé par l’échec de son camp aux législatives, Pierre Bérégovoy ne supporta pas que son honneur soit mis en cause. Il se suicida le 1er mai 1993.

Comment ne pas faire le rapprochement avec une autre affaire, le suicide de Roger Salengro ? Ministre de l’Intérieur dans le gouvernement de Léon Blum, il fut accusé d’avoir déserté vingt ans plus tôt, pendant la Grande Guerre. Il est vrai qu’il avait été capturé par l’ennemi mais c’était en tentant de récupérer le corps de l’un de ses compagnons d’armes, avec l’accord de son chef…

Plus loin dans le temps, songeons à la reine Marie-Antoinette, dont les maladresses firent le miel de ses ennemis. Elle avait renoncé, par souci d’économie, à une somptueuse rivière de diamants. Mais les bijoutiers vendirent ensuite ce collier à un soupirant de la reine sans que celle-ci le sût. Le scandale retomba sur elle et ternit à jamais sa réputation.

L’affaire du collier lui coûta beaucoup plus que l’accusation d’inceste proférée lors de son procès. Par son outrance, cette accusation sans fondement lui valut au contraire l’indulgence du public… pas assez cependant pour obtenir son acquittement.

Mensonges d’État et propagande

Plus que des rumeurs et des bobards sans conséquence, plus que des demi-vérités qui peuvent tuer, l’Histoire nous invite à nous méfier des mensonges d'État. Dans leur version la plus anodine, ils relèvent de la propagande avec l’inconvénient qu’ils entament la crédibilité des autorités.

Ainsi en a-t-il été du « nuage de Tchernobyl ». Le 26 avril 1986, l’explosion de la centrale nucléaire de Tchernobyl a entraîné des mesures urgentes de prévention partout en Europe. Partout… sauf en France.

Le président Mitterrand et son Premier ministre Jacques Chirac ne tenant pas à affoler la population ni se mettre à dos le lobby nucléaire, il s’en est suivi une politique de désinformation qui relève du mensonge d’État...


Publié ou mis à jour le : 2019-06-12 12:28:49

 
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