Enjeux démographiques - Des chiffres pour comprendre - Herodote.net

Enjeux démographiques

Des chiffres pour comprendre

La démographie (en grec : « description des populations ») se situe au croisement de la sociologie et de l'Histoire. Elle est indispensable aux gouvernants pour évaluer dépenses et recettes futures. Elle est aussi indispensable à qui veut comprendre les ressorts de l'Histoire : tensions, guerres, phases de progrès et d'expansion.

À partir de recensements, sondages et déclarations administratives, les démographes produisent des indicateurs : natalité, mortalité, fécondité, mortalité infantile, espérance de vie, immigration etc. Ces indicateurs sont caractéristiques de l'état et de l'évolution d'une population, dans un cadre géographique (pays, province...) ou dans un intervalle de revenu. Ils ont l'avantage d'être difficilement falsifiables car interconnectés les uns aux autres à la différence des indicateurs économiques (note). Leur maîtrise est accessible à tous malgré leur aspect mathématique austère. Elle requiert davantage de bon sens et de réflexion que d'érudition scientifique.

André Larané

Natalité et mortalité

Les taux de natalité et de mortalité sont des indicateurs fondamentaux mais dont il faut se méfier car ils peuvent nous induire en erreur sur le comportement et l'évolution des populations considérées !

- natalité :

La natalité en telle ou telle année est le nombre de naissances recensées dans l'année considérée, rapporté à la population totale au mitan de l'année.
Exemple : en 2016, on a évalué la population de la France à 65 millions d'habitants (outre-mer compris) et l'on a enregistré 780 000 naissances ; il s'ensuivit cette année-là un taux de natalité de 1,2% (780 000/65 millions).

- mortalité :

De la même façon, la mortalité en telle ou telle année est le nombre de décès recensés dans l'année considérée, rapporté à la population totale au mitan de l'année.
Exemple : en 2016, en France, on a enregistré 585 000 décès ; il s'ensuivit cette année-là un taux de mortalité de 0,9% (585 000/65 millions).

Natalité et mortalité permettent de visualiser d'un coup d’œil le dynamisme d'une population et son évolution dans le temps. Mais à l'état brut, ils peuvent nous induire en erreur comme le montre l'exemple ci-après.

Niger-France : le paradoxe de la mort

Le Niger, l'un des pays les plus pauvres du monde, a un taux de mortalité de 1%, inférieur à celui de la France ! Est-ce à dire que l'on s'y porte mieux ? Bien évidemment non : les nouveaux-nés nigériens ont une espérance de vie de soixante ans contre plus de quatre-vingts ans pour les français.

Le paradoxe vient de ce que la population du Niger a quintuplé en un demi-siècle du fait d'un taux de natalité très élevé de l'ordre de 5% (cinq naissances pour cent habitants chaque année). Il s'ensuit que les naissances d'il y a soixante ans ou plus, qui font les décès d'aujourd'hui, étaient environ cinq fois moins nombreuses que les naissances actuelles ! C'est ce qui explique le faible taux de mortalité global. En France, au contraire, les naissances d'il y a quatre-vingts ans, qui font les décès d'aujourd'hui, étaient plus nombreuses que les naissances actuelles...

Pour rappel, 50% des Nigériens ont moins de quinze ans et 3% plus de 65 ans contre en France, respectivement 18% et 20%.

- accroissement naturel :

De la différence entre taux de natalité et taux de mortalité, on déduit immédiatement l'« accroissement naturel » de la population. Pour la France, en 2016, cet accroissement naturel était positif et égal à 185 000 personnes (780 000 naissances - 585 000 décès) : il combinait une assez faible natalité liée à une fécondité modeste et une faible mortalité liée à l'excellence des systèmes de santé.

Cette situation se retrouve dans tous les pays développés cependant qu'au contraire d'autres pays parmi les plus pauvres développent un accroissement naturel élevé, avec une fécondité et une natalité élevées combinées à une assez faible mortalité (comme dans le cas du Niger ci-dessus).

Introuvable transition démographique

Avant l'ère industrielle, les populations humaines enduraient une très forte mortalité, surtout dans les premières années de la vie ; elles ne maintenaient leurs effectifs que grâce à une natalité au moins aussi forte que la mortalité. Il s'ensuivait un accroissement naturel parfois négatif ou nul (premier millénaire de notre ère), parfois légèrement positif (entre l'An Mil et 1500).

Avec l'amélioration de l'hygiène et de l'alimentation en Europe à partir du XVIIIe siècle, la mortalité juvénile (décès avant cinq ans) a rapidement chuté mais les familles européennes ont tardé à prendre conscience du phénomène et elles ont conservé pendant plusieurs décennies une natalité élevée de type pré-industriel, d'où un accroissement naturel élevé qui a permis à la population européenne de doubler au XIXe siècle et de contribuer au peuplement du Nouveau Monde.

À la fin du XIXe siècle et au début du suivant, la natalité a chuté à son tour dans toute l'Europe. Elle est tombée au niveau de la mortalité au point que certains pays comme la France ont vu leur population décroître.

Le démographe Adolphe Landry a cru y voir l'émergence d'un nouvel état stable. Il a inventé l'expression « transition démographique » pour désigner le passage de l'équilibre ancien au nouveau : mortalité et natalité élevées => mortalité faible et natalité élevée =>mortalité et natalité faibles.

Les démographes en sont aujourd'hui revenus. Ils ne croient plus que la « transition démographique » soit l'avenir du genre humain car ils constatent deux déséquilibres opposés et appelés à durer :
• natalité très en-dessous de la mortalité en Occident et en Extrême-Orient, avec une baisse nette de la population,
• natalité très au-dessus de la mortalité en Afrique subsaharienne, avec la persistance d'une hausse explosive de la population.
Ils notent aussi dans certains pays musulmans (Maghreb, Égypte...) une nette remontée de la fécondité sous la pression religieuse, après une chute souvent spectaculaire dans les années 1990.

Fécondité

Le principal indicateur démographique est la fécondité. Elle est définie comme le nombre d'enfants qu'ont les femmes au terme de leur vie féconde, à 49 ou 50 ans.

On peut calculer aisément la « descendance finale » des femmes nées il y a plus de 50 ans... Mais quid des femmes plus jeunes ?

- Descendance finale et indicateur conjoncturel de fécondité :

Pour évaluer correctement la fécondité de l'ensemble des femmes dans une année donnée et apprécier son évolution dans le temps, les démographes recourent à un indicateur conjoncturel de fécondité (ou indice synthétique de fécondité) : il additionne à un moment donné les taux de fécondité observés à chaque âge, entre 15 et 49 ans (voir le tableau rétrospectif de l'INSEE, 17 janvier 2017).

Pour calculer l'indicateur conjoncturel de fécondité (on dit aussi indice de fécondité pour faire court), on recense le nombre de femmes qui ont un âge donné (entre 15 et 49 ans) et à chaque âge, le nombre de celles qui ont un enfant dans l'année.
• On additionne le nombre d'enfants à un âge donné et on le divise par le nombre de femmes de cet âge : on obtient le taux de fécondité à cet âge... Par exemple, si en 2018, sur 400 000 femmes nées en 1998, 8000 ont eu un enfant, il s'ensuit un taux de fécondité de 0,02 enfant pour ces femmes de vingt ans (le taux de fécondité par année de naissance n'est pas un pourcentage),
• Il ne reste plus qu'à additionner sur l'année les taux de fécondité à chaque âge pour obtenir un indicateur conjoncturel de fécondité.

L'atout essentiel de l'indicateur conjoncturel de fécondité est d'autoriser des comparaisons pertinentes dans le temps sur l'évolution  tendancielle de la fécondité. Mais cet indicateur doit être manié avec précaution...

Structure  par âge et fécondité

L'indicateur conjoncturel de fécondité ne dépend en aucune façon du nombre de femmes en situation de procréer aux différents âges de la vie. Mais il est sensible à la variation du taux de fécondité des femmes d'une année à l'autre... et d'un groupe à l'autre.

On ne peut sans précaution fusionner l'indicateur conjoncturel de fécondité de deux groupes de femmes très différents. C'est ce qui est arrivé pourtant à des démographes éminents : dans la lettre Population & Sociétés (INED, juillet-août 2019), ils ont ignoré le fait que les « immigrées » (nées à l’étranger) étaient nettement plus jeunes que les « natives » d'où leur erreur d'interprétation sur l'incidence de l'immigration sur la fécondité française (note).

- Indice de fécondité et « seuil de remplacement des générations » :

Pour qu'une population se renouvelle simplement, d'une génération à l'autre, il faut qu'en moyenne, chaque femme ait une fille qui arrive elle-même au terme de sa vie féconde. Trois facteurs déterminent ce seuil :
• Compte tenu du plus grand nombre de garçons que de filles à la naissance (le sex-ratio naturel est d'environ 105 garçons pour 100 filles à la naissance en Eurasie, un peu moins en Afrique), cela signifie déjà d'avoir en moyenne un peu plus de deux enfants (2,05),
• Ensuite est prise en compte la mortalité des femmes et des filles avant l'arrivée à la maternité,
• Enfin l'âge à la première maternité, relativement élevé aujourd'hui dans les pays développés.

Il s'ensuit que dans un pays moderne avec une faible mortalité infantile et juvénile, le « remplacement des générations » implique un indice de fécondité de l'ordre de 2,1 enfants par femme ; dans un pays pauvre avec une mortalité relativement élevé, il nécessite un indice de fécondité quelque peu supérieur.

Si l'indice de fécondité d'une population est de 1,8 à 1,9 enfants par femme comme aujourd'hui en France (85% du « seuil de remplacement »), il s'ensuit d'une génération à l'autre, autrement dit au bout d'environ 30-35 ans, une baisse d'environ 15% du nombre de naissances Au bout d'un siècle, la population n'est plus que 60% de son niveau initial, dont une proportion très forte de vieux.

Sex-ratio et élimination des fillettes

Le sex-ratio est un indicateur auquel les démographes prêtent attention depuis deux ou trois décennies car, dans certains pays, avec l'apparition de l’échographie et la possibilité de connaître le sexe du bébé à naître, de nombreux couples procèdent à un avortement sélectif des fillettes, pour éviter d'avoir plus tard à payer leur dot (Inde du nord) ou pour privilégier la transmission du nom par les garçons (Chine). Ces archaïsmes se reflètent dans un sex-ratio de 1,10 à 1,20, prometteur de lendemains qui déchantent avec une surreprésentation d'hommes célibataires et un déficit accru de femmes et d'enfants...
Dans les sociétés pauvres de l'ère pré-industrielle, on pratiquait aussi l'élimination des fillettes comme moyen de régulation des naissances : à défaut d'avortement sélectif, on laissait dépérir les bébés filles ou on les noyait ! Au Japon, cette pratique était désignée par un euphémisme, l'« arrachage des mauvaises herbes ».

- Effet multiplicateur ou diviseur de la fécondité :

En l'absence de guerres, famines, épidémies ou migrations de masse, la fécondité est le facteur déterminant de l'évolution d'une population :
• Un indice de fécondité de 1,2 ou 1,3 enfants par femme, comme aujourd'hui dans certaines régions d'Europe et d'Extrême-Orient, conduit les naissances à n'être plus que le tiers ou le quart de ce qu'elles étaient au bout d'un siècle. Cela veut aussi dire que chaque habitant peut compter au terme de sa vie sur un petit-enfant en moyenne. Plaignons lesdits enfants qui devront aligner leur rythme de vie sur celui de leurs grands-parents et arrière-grands-parents et surtout s'échiner au travail pour leur assurer une fin de vie décente.
• À l'inverse, avec près de 3 enfants par femme en moyenne, comme c'était le cas en France après la Seconde Guerre mondiale, les naissances doublent au bout d'un siècle.

Notons que le peuplement francophone du Canada (environ sept millions de personnes) est issu en quasi-totalité de 1200 colons de la région de Mortagne-au-Perche qui ont traversé l'Atlantique au milieu du XVIIe siècle : du fait d'une fécondité généreuse, ils ont multiplé leur effectif par cinq mille en l'espace de quatre siècles.

Croissance en trompe-l’œil

Dans les pays qui connaissent aujourd'hui une forte baisse de la fécondité, la population va néanmoins continuer d'augmenter encore pendant plusieurs années, voire une ou deux décennies. Rien de plus normal à cela : ces pays ayant connu dans les décennies passées une forte natalité, ils ont aujourd'hui un pourcentage faible de personnes âgées et donc relativement peu de décès. Par contre, ils ont beaucoup de jeunes adultes en âge d'avoir des enfants et même si ces adultes se satisfont d'un ou deux enfants, il s'ensuit malgré tout un nombre de naissances supérieur au nombre de décès.

Si l'indicateur conjoncturel de fécondité se stabilise, on va arriver à un rythme de croisière quand disparaîtront les jeunes ménages actuels. À ce moment-là, l'effet d'inertie s'estompera et la population évoluera à la baisse en conformité avec l'indice de fécondité.

Espérance de vie

L'espérance de vie à un âge donné est le nombre moyen d'années qui reste à vivre aux personnes de cet âge. C'est un indicateur capital pour les caisses de retraite qui doivent évaluer le montant des cotisations de leurs futurs pensionnés. 

Pour évaluer le niveau de bien-être d'une population, les démographes utilisent l'espérance de vie à la naissance, autrement dit l'âge que la moitié de la population considérée a la probabilité d'atteindre. Ils distinguent aussi les hommes des femmes car, en ce domaine, les sexes sont inégaux : si les hommes sont plus nombreux à la naissance, l'équilibre se rétablit toutefois à mi-vie car les hommes meurent en moyenne plus tôt que les femmes.

Il en va de l'espérance de vie comme de la fécondité : on ne peut la définir rigoureusement que pour les personnes nées il y a plus d'un siècle et déjà décédées ! Pour évaluer ce qui nous importe, à savoir notre propre espérance de vie, les démographes recourent comme pour la fécondité à un indice conjoncturel.

Calcul de l'espérance de vie

Considérons par exemple la Bordurie (pays fictif) en 1930 : elle compte 10000 hommes de soixante ans, 9910 de soixante-et-un ans, 9810 de soixante-deux ans... :
• Un démographe peut en déduire les chances de survie d'un homme de 60 ans au terme de l'année. Elles sont égales à 9910/10000=99,1%.
• De la même façon, dans les conditions de 1930, ses chances de survie dans l'année de ses 61 ans seront égales à 9810/9910=99%.
• Ses chances de survie dans les deux ans qui viennent sont le produit de ces deux indicateurs : 99,1% * 99% = 98,1%.
Suivant ce principe, le démographe peut calculer les chances de survie d'un homme de 60 ans à l'horizon de 3, 4,... 10,... 20 ans.

Son « espérance de vie » est le nombre d'années au terme duquel ses chances de survie deviennent inférieures à 50%, avec à cette échéance autant de défunts que de survivants dans sa classe d'âge (ou « cohorte »).

Cet indicateur est « conjoncturel », c'est-à-dire qu'il ne vaut que dans l'année 1930. Dans les année suivantes, le risque de mortalité à chaque classe d'âge peut en effet varier en fonction de l'état sanitaire du pays, des crises, des guerres etc.

L'espérance de vie à 60 ans est prisée par les actuaires chargés de calculer le montant des pensions pour les retraités. Quand aux démographes, sociologues et historiens, ils regardent tout particulièrement l'espérance de vie à la naissance, indicateur important du bien-être d'une population : elle varie en 2017 de 51 ans pour les Congolais de RDC (hommes) à 87 ans pour les Japonaises.

Mortalité infantile

La mortalité infantile est le nombre de décès avant l'âge d'un an sur un total de mille naissances. Ce taux atteignait près de 40% des naissances en France avant la Révolution. Il atteint encore les 80‰ dans certains pays comme le Centrafrique. Au Japon, record mondial, il est aujourd'hui inférieur à 2‰.

Pour réduire au maximum la mortalité infantile, il faut comme au Japon des infrastructures hospitalières et médicales de qualité et accessibles à tout le monde, avec des réseaux de transports et d'énergie qui fonctionnent ; il faut aussi une nourriture équilibrée pour les enfants comme pour les femmes ; il faut enfin que les femmes soient éduquées et socialement épanouies afin qu'elles puissent s'occuper correctement de leurs enfants et appliquer les recommandations du corps médical.

On voit à ce qui précède que la mortalité infantile est à la confluence de tous les facteurs qui dessinent les contours du bien-être (ou du mal-être) collectif. Elle est de ce fait l'indicateur le plus pertinent pour évaluer le bien-être réel d'une population !

Le paradoxe du nourrisson

Avant la révolution industrielle, en Europe, l'espérance de vie à la naissance dépassait à peine 40 ans du fait qu'un quart, voire la moitié des nourrissons, disparaissaient avant l'âge de cinq ans (mortalité juvénile). Mais si l'on regarde l'espérance de vie à 5 ans en ne considérant que les survivants qui ont franchi avec succès toutes les épreuves de la petite enfance, elle était nettement plus proche de 60 ans que de 40. Depuis lors, l'effondrement de la mortalité juvénile nous a fait gagner en deux siècles douze années d'espérance de vie à la naissance.

Dans les pays déshérités d'aujourd'hui, on a pu aussi réduire la mortalité infantile grâce aux vaccinations et à l'éradication des famines et des épidémies mais la mortalité des adultes reste précaire de sorte que l'espérance de vie à la naissance et l'espérance de vie à la naissance se tiennent l'une et l'autre autour de 60 ans.

La démographie a ses lois que la politique ignore

Pour comprendre les limites de l'action politique en matière de démographie, empruntons quelques observations à notre maître en la matière, Alfred Sauvy (1898-1990).

- Effet d'inertie :

Les actions dans le domaine démographique ont pour les dirigeants politiques un inconvénient dirimant : leurs effets se manifestent en général après la fin prévisible de leur mandat ! On sait d'ores et déjà quels seront les effectifs des actifs dans les 20 prochaines années ; une relance de la natalité dans un pays en pleine asthénie n'aura donc pas d'effet sur la population active avant cette échéance ; en attendant, elle pèsera sur les retraités qui représentent aussi les principaux bataillons d'électeurs ! De quoi dissuader les gouvernants de trop s'engager dans cette voie, si profitable qu'elle soit sur le long terme !

Non, les immigrés ne financent pas « nos » futures retraites !

L'immigration ne remédie en rien au déficit des systèmes de retraite, contrairement à une croyance bien enracinée. La démonstration par l'absurde en a été faite au début des années 2000 dans un rapport de l'ONU : Les migrations de remplacement : s'agit-il d'une solution au vieillissement ou au déclin des populatins ? À supposer que l'âge de départ à la retraite et la natalité demeurent ce qu'ils sont ; à supposer aussi que l'immigration fournisse les emplois qualifiés dont les pays industrialisés ont besoin, le rapport a ainsi montré que la Corée (50 millions d'habitants) aurait besoin de plusieurs centaines de millions d'immigrants...

C'est que les pensions sont financées par les actifs du moment en proportion de leurs gains ; chaque retraité reçoit une part de la cagnotte globale au prorata de ce qu'il a lui-même versé du temps de sa vie active au profit de ses aînés.

Les cotisations des immigrés s'ajoutent aux autres cotisations et viennent donc accroître la cagnotte globale. Ce supplément de pension pour les retraités du moment n'a rien d'un miracle : il vient simplement de ce que les cotisations des immigrés ne profitent pas à leurs parents restés au pays et qui ont assumé la charge de leur éducation... Notons que cette iniquité ne choque personne ! La justice voudrait que les immigrés puissent reverser leurs cotisations retraite à leurs parents ou les récupérer dans l'éventualité de leur retour au pays natal.

- Coup d'accordéon :

Les actions politiques mal calibrées ou mal pensées peuvent déboucher au bout d'une génération, voire de quelques mois, sur des tensions inédites : ce fut le cas en Roumanie quand le dictateur Ceaucescu interdisit brutalement les avortements en 1967, d'où, l'année suivante, un trop-plein d'enfants qui ne trouvèrent pas d'accès dans les institutions et les écoles. Ensuite, les couples inventèrent des arrangements et la natalité retomba rapidement à son niveau antérieur !

Dans un autre domaine, on a aussi connu ce type de phénomène dans les années 1970 quand nos dirigeants ont jugé qu'il y avait trop de médecins et pas assez de pêcheurs : ils ont donc brutalement fermé l'accès aux facs de médecine et subventionné l'achat de bateaux, cela pour s'apercevoir trente ans plus tard que l'on manquait cruellement de personnel médical et que l'on avait beaucoup trop de chalutiers !

- Contrastes démographiques :

Interpellé sur l'explosion démographique des années 1960-1970, Alfred Sauvy ne manquait jamais de souligner l'extrême diversité des situations : chaque région du monde a ses problèmes et requiert des solutions spécifiques ; on ne peut guérir l'une en soignant l'autre, de même qu'on ne guérit pas un obèse en mettant son voisin à la diète, surtout si ce dernier souffre d'anorexie. En clair, un enfant de moins en Occident ne fera pas que les Africains surchargés d'enfants vivront mieux !

Avantage à la jeunesse

Deux écueils pèsent sur l'équilibre démographique d'une population :
• Une croissance excessive car elle rend impossible tout progrès humain, comme c'est le cas aujourd'hui dans de nombreux pays africains dont la population triple ou même quintuple tous les cinquante ans,
• Une régression régulière et forte avec d'année en année de plus en plus de vieux à la charge d'un nombre de plus en plus faible de jeunes et de moins en moins de personnes qualifiées pour remplacer les départs ; c'est ce que Pierre Chaunu appelait la « mort blanche ».

Le juste milieu est le renouvellement de la population, tel que génération après génération, il se trouve autant de jeunes pour remplacer les vieux qui disparaissent. L'optimum sur lequel s'accordent les démographes et les dirigeants politiques raisonnables est un indice de fécondité égal au « seuil de remplacement des générations », soit un peu plus de 2 enfants par femme dans les pays développés, de façon que, sur le long terme, les naissances équilibrent les décès.

Il n'y a en tout cas nulle part de progrès possible sans une jeunesse nombreuse (mais pas trop) ; c'est l'observation du démographe Jean-Claude Chesnais qui a analysé le décollage de différents pays du tiers-monde (La revanche du tiers-monde, Robert Laffont, 1987). Ce principe s'applique bien évidemment à la France, qui n'a jamais été aussi créative et ouverte sur le monde que dans les périodes de forte natalité, au XVIIIe siècle et durant les Trente Glorieuses (1945-1973). A contrario, elle a été gagnée par la sclérose et tentée par le repli entre les deux guerres mondiales, quand sa fécondité était au plus bas. La même sclérose (politique, culturelle, économique, sociale...) s'observe aujourd'hui dans des pays européens comme l'Italie, frappés par une fécondité très en-dessous du seuil optimum.

On peut se l'expliquer par le fait que les ménages en charge de jeunes enfants éprouvent le besoin d'un avenir meilleur avec plus d'acuité et d'énergie que les seniors (comme l'auteur de ces lignes), plus naturellement orientés vers la conservation de leurs acquis (santé et biens matériels)... Quoiqu'il en coûte aux seniors, une nation soucieuse de son avenir et de celui de l'humanité se doit donc de faciliter avant toute chose l'établissement des jeunes ménages et d'encourager les naissances afin de conserver suffisamment de jeunes susceptibles d'inventer dans les universités et les laboratoires les solutions aux défis d'aujourd'hui.

Bibliographie

Il existe beaucoup d'ouvrages sur la démographie. Les livres d'Alfred Sauvy conservent pour la plupart leur pertinence. Sur les principes scientifiques de la démographie, on peut lire avec profit le livre de Gérard-François Dumont : Démographie politique. Pour les données d'actualité et les statistiques, on peut se reporter comme dans l'article ci-dessus à la lettre mensuelle de l'INED : Population & Sociétés ou mieux encore aux annuaires (en anglais) de la Division de la Population des Nations Unies.


Publié ou mis à jour le : 2019-09-12 07:50:57

 
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