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XVIe-XXIe siècles

De la Nouvelle-France au Québec


La Nouvelle-France doit son nom à l'explorateur Verrazano qui a découvert la région en 1524.

Dix ans plus tard, Jacques Cartier entame une série de trois expéditions qui lui permet de reconnaître la région et d'en prendre possession au nom du roi François 1er. Il donne au fleuve qui le traverse le nom de Saint-Laurent et au pays le nom de Canada, d'après le mot indien qui désigne un village.

André Larané
Le Québec aujourd'hui

« La Nouvelle France appelée vulgairement Canada », ainsi désignée sur tous les papiers officiels de l'Ancien régime (vulgairement pour communément), s’étendait sur un territoire immense, qui allait des bords du Saint Laurent jusqu’à la baie d’Hudson au Nord, aux montagnes Rocheuses à l’Ouest et au golfe du Mexique au Sud.

Le Québec, ultime avatar de cette Nouvelle-France, est aujourd'hui l'une des dix provinces du Canada. Elle recense environ 8 millions d'habitants sur 1,6 million de km2 (trois fois la superficie de la France).

La plus grande partie de la population vit sur les bords du Saint-Laurent et la moitié autour de Montréal, une métropole vivante et cosmopolite, avec une importante minorité anglophone.

Une colonie mal aimée

L'absence d'or et de diamants ainsi que l'impossibilité de cultures spéculatives détournent le roi de la Nouvelle-France. Il n'y a guère que quelques aventuriers pour se hasarder à faire le commerce des fourrures avec les Indiens du cru.

L'exploration est reprise sous les règnes d'Henri IV et de Louis XIII par un hardi aventurier, Samuel de Champlain, lequel traversera 21 fois l'Atlantique ! Champlain fonde la ville de Québec. Il mérite amplement le surnom de « Père de la Nouvelle-France ».

En 1627, la Nouvelle-France est concédée par Richelieu à une société par actions : la Compagnie des Cent-Associés. Mais en 1663, à la demande des élites locales, Louis XIV dissout la compagnie et réorganise la colonie sur le modèle d'une province avec un gouverneur général qui représente le roi et dirige les affaires militaires ainsi qu'un intendant, qui a en pratique le rôle le plus important car il dirige la justice, l'intérieur et même les finances publiques, et un évêque. Le monopole du commerce est concédé à une Compagnie des Indes occidentales. Quant aux terres, elles sont attribuées à des seigneurs, à charge pour eux de les peupler.

Sous l'impulsion du premier intendant, Jean Talon, la Nouvelle-France, en panne depuis les désillusions de Jacques Cartier, connaît un rapide développement économique, fondé sur l'agriculture mais aussi la pêche à la morue autour de Terre-Neuve et surtout la pelleterie (commerce des peaux).

Premier essor

Les paysans, au nombre de quelques milliers, se cantonnent sur les berges du Saint-Laurent, qu'ils défrichent et mettent en culture sous la tutelle de leurs curés et de leurs seigneurs.

Des aventuriers s'enfoncent par ailleurs dans les forêts. Ces trappeurs nouent des contacts avec les Indiens, en particulier les Algonquins nomades. Ils leur achètent des fourrures, un sous-produit que méprisent les Indiens mais qu'apprécient au plus haut point les élégants et élégantes de Paris. Ils leur vendent en échange de la quincaillerie en cuivre ou en fer dont les Indiens tirent de précieux outils, ainsi que des fusils qui remplacent avec profit les arcs traditionnels et des perles de verre, très prisées car elles se substituent à la monnaie traditionnelle à base de coquillages marins.

Ces relations entre Français et Indiens, fondées sur l'échange économique, débouchent parfois sur des unions. Ainsi naît une population métisse très habile au commerce des fourrures, « l'or de la Nouvelle-France ». Rien à voir avec les pratiques des colonies anglaises voisines : les Européens de ces colonies, beaucoup plus nombreux, se vouent avant toute chose à la mise en culture des terres et n'attendent rien des Indiens, sinon qu'ils leur cèdent des territoires, le plus souvent par la transaction à l'amiable, parfois par la guerre.

Frontenac, un gouverneur de mérite

En 1672 arrive à Québec un nouveau gouverneur, Louis de Buade, comte de Frontenac (50 ans). Celui-ci se prend immédiatement de passion pour la Nouvelle-France et ambitionne d'en faire un véritable empire. Sans attendre, il réunit des états généraux de la Province, ce qui n'a pas l'heur de plaire au Roi-Soleil et à son ministre Colbert.

Qu'à cela ne tienne, il ne va avoir de cesse de développer l'activité de la Province autour des trois centres principaux : Québec, Trois-Rivières et Montréal. 

À son initiative, Louis Jolliet et le père Jacques Marquette découvrent l'existence du Mississippi. Frontenac noue aussi une alliance avec les Cinq-Nations iroquoises et envoie au-devant d'elles René-Robert Cavelier de la Salle, qui va construire le fort Frontenac (aujourd'hui Kingston) sur le lac Ontario et, dix ans plus tard, descendra le Mississippi et baptisera la Louisiane

Rappelé en France en 1682 suite aux manigances d'un courtisan, Frontenac retrouve ses fonctions et sa chère province en 1689, alors que la France et l'Angleterre s'affrontent dans le cadre de la guerre de la Ligue d'Augsbourg. Le gouverneur repousse tant les attaques des Anglais que de leurs nouveaux alliés, les Iroquois. Il meurt à Québec le 28 novembre 1698 après avoir ramené les Iroquois dans l'alliance française.

Château Frontenac, un hôtel de luxe de la fin du XIXe siècle, en style néogothique, conserve à Québec le souvenir du gouverneur. 

Rivalité franco-anglaise

Au cours du XVIIIe siècle, la Nouvelle-France se développe à vitesse lente, sans apport migratoire, forte seulement de la fécondité de ses habitantes, au contraire des colonies anglaises voisines. Tandis que 70 à 80% du commerce de la Nouvelle-France sont orientés vers la métropole, les colonies anglaises commercent entre elles à 80%, preuve de leur dynamisme propre.

Les Anglais ne restent pas indifférents aux fourrures du grand Nord. En vue d'en faire commerce eux-mêmes, ils créent dès 1670, à Londres, la Compagnie des aventuriers d'Angleterre, plus connue sous le nom de Compagnie de la baie d'Hudson (cette grande baie se situe au nord-ouest de la Nouvelle-France).

Dans cette conjoncture, plutôt défavorable à la France, l'Amérique du nord est atteinte par la rivalité entre Français et Anglais... Cette rivalité ne va cesser de croître, les uns et les autres souhaitant s'approprier le commerce des fourrures mais aussi se réserver la colonisation des grandes étendues à l'ouest du continent.

Chacun recherche l'alliance avec les Indiens. Après la paix de Ryswick entre la France et l'Angleterre (1697), le gouverneur Frontenac amorce un rapprochement avec les Cinq-Nations iroquoises jusque-là alliées des Anglais. Son successeur Callière conclut la Grande Paix en 1701. Cette alliance va durer jusqu'au milieu du siècle. Ensuite, les Iroquois, prenant acte de la supériorité démographique des Anglais, vont rentrer peu à peu dans leur orbite...

La Grande Paix de Montréal (1701)

La rivalité franco-anglaise débouche sur la guerre de Sept Ans (1756-1763), que les Anglais dénomment « French and Indian War » (la guerre contre les Français et les Indiens). C'est le principal conflit du XVIIIe siècle.

La guerre de Sept Ans

Les hostilités débutent dans les territoires encore vierges du bassin du Mississipi deux ans avant la déclaration de guerre officielle. La mort d'un officier français à Fort-Duquesne, le 28 mai 1754, entraîne riposte et contre-riposte. Au final, faute de l'emporter sur terre, Londres ordonne la saisie de 300 navires de commerce français partout dans le monde... et, par mesure de précaution, ordonne la déportation des Acadiens francophones de sa colonie de Nouvelle-Écosse.

La guerre générale devient dès lors inéluctable. Cette guerre va se dérouler sur tous les continents. Les Anglais, qui tirent de plus en plus de ressources du commerce avec leurs établissements d'outre-mer, vont en effet faire en sorte d'éliminer leurs concurrents français d'Amérique du Nord et des Indes.

En Amérique du nord, au début des hostilités, les Français compensent leur infériorité numérique en pratiquant la « petite guerre » à l'image de leurs alliés indiens : ils lancent des attaques brèves, limitées et inopinées de façon à décontenancer l'adversaire. Mais cette guérilla s'épuise face à des effectifs ennemis sans cesse croissants.

Le marquis de Montcalm, tout juste débarqué de France, prend le commandement des opérations mais il ne dispose que de 6.800 soldats. Les Anglo-Américains en viennent à aligner quant à eux 40.000 hommes dont 23.000 soldats de métier et le reste de miliciens. Ils lancent trois attaques contre la Nouvelle-France : l'une à l'ouest, dirigée contre Fort-Duquesne, l'autre au centre vers Montréal, la troisième à l'est vers la forteresse de Louisbourg et Québec. Montcalm repousse les 15.000 soldats qui se dirigent vers Montréal. Mais il ne peut empêcher la chute de Fort-Duquesne, rebaptisé Pittsburgh en l'honneur du Premier ministre anglais, ni celle de Louisbourg, contrainte à la reddition le 26 juillet suivant par le major général Wolfe.

L'année suivante, dans la nuit du 12 au 13 septembre 1759, ce dernier occupe avec 4.800 hommes les plaines d'Abraham, une prairie qui longe les fortifications de Québec. Montcalm accourt sans attendre les renforts. L'affrontement se déroule « à l'européenne », prenant de court les Canadiens et les miliciens français, fauchés par une salve de fusils. Montcalm est mortellement blessé (de même que son adversaire) et les Anglais entrent peu après dans la ville de Québec. Un an plus tard, c'est au tour de Montréal de se rendre.

Difficile compromis

Cédée à l'Angleterre par le traité de Paris et rebaptisée « Province of Quebec », la Nouvelle-France voit son identité compromise par la poussée anglophone. Elle va être sauvée paradoxalement par l'insurrection des Treize Colonies anglaises. Pour y faire face, le roi d'Angleterre choisit de s'appuyer sur les élites québécoises, plus dociles que leurs homologues anglophones des Treize Colonies.

Par l'Acte de Québec de 1774, il quadruple le territoire de la province, garantit les droits et l'autonomie de l'Église catholique, reconnaît le régime seigneurial et le droit civil hérités de l'ancien régime français. Mais l'indépendance des États-Unis et l'afflux au Canada de dizaines de milliers de colons loyalistes anglophones change une nouvelle fois la donne. L'Acte constitutionnel du 10 juin 1791 fait une place aux nouveaux-venus en créant, en lieu et place de la Province of Quebec, une colonie du Bas-Canada à majorité francophone et une colonie du Haut-Canada à majorité anglophone.

Échec de la rébellion patriote

Au début du XIXe siècle, en concomitance avec la flambée des nationalismes (indépendance de la Belgique, de la Grèce, des colonies sud-américaines...), certains Québécois commencent à songer à une émancipation politique de leur province. Parmi eux Louis-Joseph Papineau, qui fonde le parti Patriote. Empêchés de s'exprimer au Parlement de Québec où ils se heurtent à l'opposition des Loyaux, partisans du statu quo, les Patriotes en viennent à se soulever en 1837 et 1838.

La répression est féroce. Douze d'entre eux sont pendus devant la prison Au-pied-du-courant, à Montréal, sur ordre du gouverneur John Colborne, surnommé le « Vieux brûlot » parce qu’en plus de faire tomber des têtes, il brûlait les villages. La rue de la prison porte aujourd'hui le nom de Thomas Chevalier de Lorimier, le plus connu des condamnés, pendu le 15 février 1839 avec trois de ses compagnons d’armes.

Londres, en vue de prévenir une nouvelle rébellion, décide le 23 juillet 1840, par un Acte d'Union, de réunir le Haut et le Bas-Canada en une seule colonie, simplement appelée Canada, avec l'espoir sous-jacent que les francophones seront à terme noyés au milieu des anglophones.

L'échec des Patriotes amène la bourgeoisie francophone à se replier sur des positions conservatrices. Louis-Hippolyte La Fontaine, de concert avec le réformateur anglophone Robert Baldwin, arrache à Londres une pleine autonomie de la colonie.

Émergence d'une nation bilingue

Le 1er juillet 1867, enfin, naît le Canada sous sa forme actuelle. Ce jour-là, la reine Victoria signe l'Acte de l'Amérique du nord britannique par lequel est créée la Confédération canadienne. Les deux anciennes provinces canadiennes du Haut et du Bas-Canada réapparaissent sous la dénomination respective d'Ontario et de Québec (à ne pas confondre avec la ville fondée par Samuel de Champlain). Elles sont par ailleurs réunies à deux autres colonies britanniques : le Nouveau-Brunswick et la Nouvelle-Écosse. L'ensemble est représenté par un Parlement fédéral à Ottawa. En souvenir de cet événement majeur, le 1er juillet est devenu fête nationale du Canada.

De 1936 à 1959, le gouvernement du Québec est assuré presque sans interruption par le chef du parti de l'Union nationale, Maurice Duplessis. Conservateur, il renforce l'autorité de l'Église et s'en prend aux mouvements syndicaux comme aux partis suspects de collusion avec les communistes. Il dote la province du drapeau fleurdelisé. Il encourage aussi les investissements étrangers, ce qui permet à la province de s'industrialiser à grandes enjambées.

À cette période, qualifiée de « grande noirceur » par l'opposition libérale, succède une révolution tranquille illustrée par la grande Exposition universelle de Montréal (1967) mais troublée par la montée des souverainistes du parti Québécois de René Lévesque, partisans de l'indépendance de la province. La « Crise d'octobre », en 1970, porte à son comble la crise politique.

L'accession de René Lévesque au poste de Premier ministre (1976) et l'échec du premier référendum sur l'indépendance (1980) entraînent un recul des souverainistes.

Avec l'effondrement de la fécondité et l'arrivée en masse d'immigrés de tous pays, la Province du Québec est en train d'effectuer une mue sans précédent. Il est à souhaiter que son particularisme linguistique et son histoire l'aident à conserver une identité attachante, à mi-chemin de l'Europe et de l'Amérique anglo-saxonne.

Un nouveau drapeau pour une nouvelle Nation

Par égard pour les Québécois francophones, soucieux de leur différence, la Confédération canadienne renonce le 15 décembre 1964 au drapeau de l'Union Jack et le remplace par l'actuel drapeau unifolié à la feuille d'érable. Le choix est avalisé par la reine Elizabeth II le 28 janvier 1965.

Publié ou mis à jour le : 2016-04-29 12:25:24

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