« Auld Alliance »

L’Écosse, la plus vieille alliée de la France

Le 23 juin 1942, dans un discours prononcé à Édimbourg, le général de Gaulle a qualifié de « plus vieille alliance au monde » le lien diplomatique et militaire très particulier qui unissait la France et l’Écosse, que l’on a retenu sous le nom de « Auld Alliance ». Alors que la Seconde Guerre mondiale battait son plein, le chef de la résistance française tenait à rappeler que « dans tous les combats où, pendant cinq siècles, le destin de la France était en jeu, il y avait toujours des hommes d’Écosse pour combattre aux côtés des hommes de France ».

L'Angleterre et l'Écosse avec Minerve et l'Amour, allégorie de Pierre Paul Rubens représentant l'Union des Couronnes, vers 1632, Paris, musée du Louvre.Établi pour la première fois dans un traité officiel en 1295, cet accord mutuel entre les deux pouvoirs menacés par l’Angleterre n’avait dès l’origine, pas d’autres soucis que de contrarier leur ennemi commun. Néanmoins il semble que la Auld Alliance fut davantage une réussite diplomatique que militaire et démontra surtout la volonté acharnée de l’Écosse à vouloir affirmer sa légitimité en tant que royaume indépendant face à son puissant voisin anglais.

Renouvelé à maintes reprises à travers l’histoire, en particulier durant la Guerre de Cent Ans, le traité de 1295 devint caduc au moment du ralliement de l’Écosse au protestantisme et à la couronne d’Angleterre. Néanmoins la Auld Alliance continua d’exister sous différentes formes, notamment par exemple avec la Garde écossaise qui sera chargée de la protection de tous les rois de France jusqu’à la Révolution. De nos jours, la Auld Alliance est toujours célébrée en France comme en Écosse, à travers des éléments de la culture et des commémorations. Cette tradition encore vivace démontre l’importance du lien d’amitié et d’ancienneté qui lie les deux peuples entre eux depuis des siècles.

Matthias Mauvais

Jeanne d'Arc et sa Garde écossaise, John Duncan, XIXe-XXe siècle.

Aux origines de la Vieille Alliance, une nation en quête d’indépendance

L’idée d’une première alliance franco-écossaise émergea vers la fin du XIIIe siècle, à un moment où l’Écosse traversait une longue période de conflits. Depuis la mort de son roi Alexandre III en 1286, le pays connaissait une crise dynastique et un affaiblissement graduel dont l’Angleterre souhaitait tirer profit. En 1292, John Baillol, l’un des prétendants au trône d’Écosse, accéda au pouvoir grâce au soutien du roi d’Angleterre Édouard Ier à qui il avait porté allégeance.

John Baillol et sa femme, XVIe siècle.Ainsi le roi d’Écosse faisait davantage figure de vassal que d’égal face au roi d’Angleterre ce qui ne convenait pas à une partie de la noblesse écossaise et notamment aux Bruce, autre famille prétendante au pouvoir.

Au même moment de l’autre côté de la Manche, le royaume de France se préparait à un affrontement direct avec l’Angleterre d’Édouard Ier. Ce dernier avait convoqué ses vassaux (dont le roi d’Écosse) pour qu’ils viennent contribuer à l’effort de guerre dans le conflit à venir. La guerre de Guyenne (1294-1297) – la Guyenne étant un duché intégré au royaume de France, mais placé sous l’autorité de la couronne anglaise - sera l’une des prémices de la Guerre de Cent Ans.

De son côté le roi de France Philippe le Bel avait déjà réussi à retourner à son profit un royaume traditionnellement associé à l’Angleterre en concluant une alliance avec le roi Éric de Norvège. Il s’apprêtait alors à conclure un autre rapprochement diplomatique avantageux avec l’Écosse qui saisit cette opportunité pour réaliser une volte-face que l’on pourrait qualifier de « désespérée ».

Édouard Ier rend hommage à Philippe le Bel, Grandes Chroniques de France, enluminées par Jean Fouquet, Tours, vers 1455, Paris, BnF.Pour l’Écosse, l’alliance avec le royaume de France semblait un pari tentant puisque celui-ci constituait une grande puissance au cœur de l’Occident chrétien, capable justement de faire pression sur l’Angleterre. Ainsi le conseil des Gardiens d’Ecosse, refusant d’obéir à Édouard Ier, fit plutôt le choix d’envoyer en France une mission d’ambassadeurs procurateurs de l’autorité royale, pour mener les négociations avec Philippe le Bel.

Parmi eux se trouvaient des personnalités de poids comme William Fraser, évêque de St Andrews et John de Soules (qui avaient négocié le mariage d’Alexandre III avec la princesse capétienne Yolande de Dreux), mais aussi Matthew of Crambeth, évêque de Dunkeld, ou encore Sir Ingram de Umfraville.

1295 : l’acte de naissance officiel de l’Alliance

Le traité en lui-même insistait sur la volonté d’entériner « l’ancienneté vénérable » du lien d’amitié qui liait les peuples français et écossais. Et en effet des rapports entre la « France » et l’ « Écosse » existaient avant la fin du XIIIe siècle.

Sceau de Yolande d?Écosse, vers 1269-1322, comtesse de Montfort, qui deviendra duchesse de Bretagne à la suite d'un second mariage.Par exemple Guibert de Nogent (1053-1124), dans son Gesta Dei per Francos, a raconté comment les soldats écossais vinrent prêter main forte aux Français au moment de la première croisade. On pourrait également évoquer la proximité entre Guillaume le Lion et Louis VII face au pouvoir angevin (en 1173), le mariage de Marie de Coussy avec Alexandre II en 1239 ou encore celui d’Alexandre III avec Yolande de Dreux en 1285.

Néanmoins certains voulurent faire remonter l’origine de l’alliance franco-écossaise au VIIIe siècle et notamment à l’accord que Charlemagne aurait conclu en 789 avec le roi mythique écossais Achaius. Cependant il semblerait que cette tradition fut mise en place à la fin du Moyen Âge afin de donner plus de légitimité aux renouvellements du traité de 1295.

On retrouve donc ce récit côté écossais dans la chronique de Jean de Fordun, reprise plus tard par Walter Bower et Hector Boèce. Tandis que du côté français, Jean de Montreuil reprit la même légende en s’inspirant de la Vita Karoli Imperatoris rédigée par Eginhard dans la seconde moitié du IXe siècle.

- Le traité : permanence, stabilité et légitimité

Plus concrètement, le traité de 1295 prévoyait dans un premier temps qu’une aide mutuelle soit fournie par les deux royaumes dans le cas où ils auraient besoin de se défendre contre « ceux qui haïssent la paix », donnant ensuite des instructions financières liées à un tel arrangement.

Le roi d’Écosse y condamnait les agressions menées par le roi d’Angleterre contre son suzerain, le roi de France, et s’engageait à offrir à ce dernier ses conseils et son aide. Si le roi d’Angleterre venait à envahir la France, aussitôt le roi d’Ecosse devait mener une offensive au nord de l’Angleterre.

En contrepartie, si le roi d’Angleterre venait à attaquer le royaume d’Ecosse le roi de France s’engageait à le tenir occupé d’une part et à envoyer une « aide appropriée ». Cependant, ce traité allait très vite placer l’Ecosse dans une situation délicate et exposée.

- Les conséquences du traité

Face à cette insulte et cette trahison, la réponse du roi d’Angleterre fut immédiate et implacable. Édouard Ier qu’on a surnommé justement Malleus Scottorum, « Marteau des Écossais », décida d’envahir l’Ecosse et écrasa l’armée de Jean Balliol à la bataille de Dunbar le 27 avril 1296.

Portrait attribué à  Édouard Ier d'Angleterre l'abbaye de Westminster, entre 1272 et 1307. Agrandissement : Édouard Ier d'Angleterre dans la Chronique généalogique des rois anglais, entre 1300 et 1340.Ce fut à cette occasion que le roi d’Angleterre confisqua les deux attributs emblématiques de la couronne écossaise : la Stone of Destiny de Scone (sur laquelle étaient couronnés les rois) et le Black Rood of St Margaret (relique contenant un morceau de la Sainte Croix). L’objectif était clair : faire de l’Écosse une province anglaise, de manière définitive.

Du point de vue militaire, le traité avait donc débouché sur une impasse. L’Écosse fut incapable de causer de réels dommages à l’Angleterre et la France de son côté, brilla par son absence. Ainsi le traité, six mois après sa signature, fut rompu, et l’exemplaire écossais fut probablement détruit. La Auld Alliance semblait alors l’une des plus brèves alliances jamais conclues !

Néanmoins, si le traité de 1295 avait effectivement causé la chute de John Balliol, il avait aussi amorcé le début des guerres d’Indépendance de l’Écosse qui, nous le verrons, permettra à ce royaume de recouvrer son autonomie et d’avoir à sa tête un roi véritablement souverain. D’ailleurs la guerre de Cent Ans allait donner l’occasion de refonder l’Alliance et de la perpétuer jusqu’au XVIe siècle. Mais il nécessitait pour cela de le faire sur des bases nouvelles, avec des actes nouveaux.

Le traité de Corbeil de 1326

Les renouvellements de l’Alliance ne furent jamais le fruit du hasard et répondaient chaque fois à des nécessités. En 1326, elle fut ainsi ravivée à l’occasion de l’avènement d’une nouvelle dynastie en Écosse, celle inaugurée par Robert Ier, de la famille anciennement prétendante des Bruce.

Le roi Robert Ier d'Écosse et son épouse Isabelle de Mar, 1562, Edimbourg, National Library of Scotland. Agrandissement : Robert Ier d'Écosse, Jacob Jacobsz de Wet, vers 1684-1686, Londres, Royal Collection.Dans le cadre de la première guerre d’Indépendance de l’Écosse ce dernier obtint une victoire retentissante en 1314 contre les troupes anglaises à Bannockburn. Dès lors, le nouveau souverain chercha à légitimer son pouvoir et à le faire reconnaitre à l’échelle internationale.

C’est dans cet état d’esprit qu’il envoya la fameuse Declaration of Arbroath au pape en 1320. Ce texte était à la fois une réponse à l’excommunication qu’il avait reçue pour n’avoir pas accepté la trêve exigée par le Saint-Siège, mais elle était surtout une véritable déclaration d'indépendance écossaise dans laquelle était confirmé le statut de l'Écosse en tant que nation indépendante et souveraine ! Aussi ce texte justifiait-il le recours aux forces armées si l’Écosse se trouvait injustement attaquée.

Six ans plus tard, toujours dans cette même recherche de légitimité à l’international, Robert Ier envoya une délégation avec à sa tête Thomas Randolph, comte de Moray, auprès du roi de France Charles IV. Un nouveau traité d’alliance qui reprenait la forme du traité de 1295 fut signé au prieuré de Saint-Jean-en-l'Isle à Corbeil-Essonnes.

Le nom déchu de Jean Balliol ainsi que les éléments les plus belliqueux contre l’autorité du roi d’Angleterre en furent retirés, cependant il confirmait pour chacune des deux nations l'obligation de déclarer la guerre et de se joindre à l'autre si l'un des deux était attaqué.

Le roi d'Écosse David II, fait prisonnier (à gauche en orange) par les Anglais lors de la bataille de Neville's Cross, manuscrit des Chroniques de Froissart, XVe siècle, Paris, BnF.En somme, l’alliance franco-écossaise revêtait une forme qui s’apparentait à un « pacte défensif », mais en réalité, et nous l’allons montrer tout de suite, ses plus grands succès furent avant tout d’ordre « diplomatique ».

Ainsi lorsqu’en 1346, Philippe VI fut battu par Édouard III à Crécy, au même moment David II d’Écosse, qui avait été encouragé par l’allié français à envahir le Nord de l’Angleterre, fut à son tour défait puis capturé durant la bataille de Neville’s Cross. Les Écossais auraient reçu de France des informations erronées affirmant que l’Angleterre était vidée de ses troupes, présentes en masse sur le continent. Encore une fois, l’alliance montrait son inefficacité sur le plan militaire.

La tradition diplomatique était pourtant installée. A partir de Charles IV, tous les rois qui lui succédèrent procédèrent au renouvellement de l’alliance durant leur règne, à l’exception de Louis XI. D’ailleurs pour la première fois, le traité renouvelé en 1371 qualifiait la Auld Alliance de confederacionum antiquarum, insistant ainsi sur son ancienneté.

Les Écossais dans la guerre de Cent-Ans

Depuis l’odieux traité de Troyes de 1420 qui faisait du dauphin Charles un déshérité, la France vivait une situation critique.

Bataille de Verneuil (1424).  Enluminure ornant La Cronicque du temps de tres chrestien roy Charles, septisme de ce nom, roy de France par Jean Chartier, Paris, BnF. Elle fit donc appel à l’Écosse et lui demanda cette fois-ci de faire venir des troupes sur le sol français. Ainsi plusieurs milliers de soldats et principalement des cavaliers légèrement armés, débarquèrent à La Rochelle en 1421.

L’année suivante ils obtinrent une victoire à la bataille de Baugé, la première défaite anglaise en bataille rangée depuis 1415 ! D’après certains historiens, c’est même ce jour-là que les Écossais auraient assisté à une partie de chôle (ou « soule », l’ancêtre du rugby) avant de l’importer en Écosse…

Mais cette armée subit une première défaite à Cravant en 1423 puis fut massacrée l’année suivante à la bataille de Verneuil, sans doute le plus sanglante défaite de la période puisque 6 000 Écossais y perdirent la vie.

Représentation présumée d'Alain Chartier, enluminure du Livre d'Espérance, vers 1500, Paris, BnF, Gallica.Une fois de plus la tradition diplomatique entre les deux pays allait pourtant survivre, notamment grâce à l’intervention du poète et diplomate Alain Chartier qui dans la tourmente était resté fidèle au Dauphin Charles. En 1428, le poète se présenta à la cour de Jacques Ier pour le supplier de ne pas « se détourner de son ancien ami » car il craignait à juste titre que l’Écosse n’en vienne à se rapprocher de l’Angleterre.

Voici alors ce qu’il prononça dans son Discours au roi d'Écosse : « l'Auld Alliance n'a pas été écrite sur un parchemin de peau de brebis mais gravée sur la peau d'homme, tracée non par l'encre mais par le sang ». Et s’il évoquait le sang des hommes, ce fut sans doute aussi pour qu’on en vienne à discuter du sang des rois, car Alain Chartier demanda la main de la fille du roi d’Écosse, la jeune princesse Marguerite, pour le Dauphin de France, futur Louis XI.

 L'Adoration des mages, par Jean Fouquet, 1454. Charles VII y est représenté en roi-mage, entouré de sa garde écossaise, Livre d'heures d'Étienne Chevalier, Château de Chantilly, musée Condé.Rien de mieux qu’un mariage pour prolonger dans les esprits cette amitié forgée par les épreuves de la guerre ! En l’échange de cette heureuse alliance, le roi d’Écosse devait fournir une nouvelle armée à Charles VII. Néanmoins, les négociations se prolongèrent trop longtemps et les nouvelles troupes écossaises ne débarquèrent en France qu’en 1436, à un moment où la situation s’était déjà bien améliorée.

Les Écossais avaient donc pris part à toutes les batailles aux côtés des Français et assistèrent même Jeanne d’Arc lors du siège d’Orléans en 1429 qui marqua le renversement du cours de la guerre en faveur des Français.

Aubigny-sur-Nère, une enclave écossaise au cœur du Berry

En mars 1423, Charles VII fit don au connétable de l'armée d'Écosse Jean Stuart de Derneley - à ne pas confondre avec John Stuart, comte de Buchan, autre seigneur écossais mort à la bataille de Verneuil - de la seigneurie d’Aubigny, petite terre berrichonne issue du domaine royal. Un an plus tôt, le seigneur écossais débarqué à La Rochelle pour venir en aide à la France, avait déjà reçu la seigneurie de Concressault, près de Sancerre, en remerciement de sa participation à la victoire de Baugé. Le don de la seigneurie d’Aubigny devait encore récompenser ce grand chef militaire. Pour ce faire, Charles VII invoquait dans sa lettre patente les principes de la Auld Alliance et écrivait :
« Nostre cher et amé cousin Jean Stuart, seigneur de Darnelé et de Concressault, cosnestable de l'armée écossaise, à nostre prière et requeste, est venu dudit pays d'Écosse, et a amené avec lui grande compagnie de gendarmes, et de trait, en intention et mettant à effet les anciennes alliances des royaumes de France et d'Écosse et à nostre très grand besoin, affaire et nécessité... »
Vue d'artiste de Robert Stuart d'Aubigny par Merry-Joseph Blondel, 1834, Château de Versailles. Agrandissement : le roi Charles II, John Michael Wright, entre 1660 et 1665, Londres, National Portrait Gallery.Bien que John Stuart trouvât la mort quelques années plus tard au cours de la désastreuse « journée des Harengs », la seigneurie d’Aubigny allait rester sous possession écossaise pendant 250 ans. Son arrière-petit-fils, Robert Stuart, 5e seigneur d’Aubigny (1470 - 1544), fit construire le château de la Verrerie situé non loin de la ville, ainsi que le château des Stuart qui aujourd’hui sert d’hôtel de ville et abrite par ailleurs le Centre d’interprétation de Auld Alliance. Entré dans la Garde Écossaise du Roi en 1493, le seigneur d’Aubigny servit sous Charles VIII, Louis XII et François Ier, notamment durant les guerres d’Italie où il fut compagnon d’armes du chevalier Bayard. Par ailleurs en 1512, lorsque « la cité des Stuarts » - comme on l’appelait alors - fut entièrement ravagée par un incendie, le seigneur d’Aubigny autorisa à ses habitants d’exploiter le bois de ses forêts privées pour reconstruire les maisons qui font encore aujourd’hui tout le charme de la commune.
En 1672, lorsque décéda le dernier héritier des Stuart d’Aubigny, la ville ainsi que le château de la Verrerie revinrent à la Couronne de France comme l’acte de donation de Charles VII le prévoyait. Cependant en 1684, Charles II Stuart, roi d’Angleterre, réclama cette terre en faisant valoir qu’elle avait appartenu à ses ancêtres. Louis XIV accepta plutôt de la donner à Louise de Keroual (1649-1734), une Bretonne devenue maitresse du roi d’Angleterre mais aussi espionne au service du roi de France…
Louise de Keroual par Peter Lely, vers 1671. Agrandissement : Louise de Keroual par Pierre Mignard, 1682, Londres, National Portrait Gallery.Dès lors, Louise de Keroual duchesse de Portsmouth, devint aussi duchesse d’Aubigny et Pair de France. Surnommée la « bonne Dame d'Aubigny », elle prit ses quartiers dans le château de La Verrerie qui lui doit un embellissement certain, et nous légua de magnifiques jardins inspirés de Le Nôtre. Ses descendants conservèrent le château de La Verrerie jusque dans la première moitié du XIXe siècle, époque à laquelle Aubigny redevint officiellement territoire français.
Encore aujourd’hui de nombreux détails dans la ville rappellent toujours son passé écossais (les drapeaux, les boites aux lettres ou encore la marque de whisky « The Aubigny Auld Alliance »). Pour célébrer cet héritage, chaque année, aux alentours du 14 juillet sont organisées les Fêtes franco-écossaises durant lesquelles on peut y voir défiler la Garde écossaise en kilt et avec cornemuses, et où l’on peut profiter du marché médiéval et bien d’autres spectacles.

Château d'Aubigny-sur-Nère (département du Cher).

La défaite de Flodden Field (1513) et le traité d’Édimbourg (1560) signent la fin de l’Alliance

La litanie des débâcles militaires de la Auld Alliance continua au XVIe siècle, et finit par lui donner une image pour le moins médiocre, enterrant pour de bon l’idée d’une politique militaire commune entre la France et l’Écosse.

Le roi Jacques IV d'Écosse, Galeries nationales d'Écosse.En 1502, l’Écosse avait signé un accord de paix perpétuelle avec l’Angleterre, le premier depuis 1328, mais ce traité fut bientôt mis à l’épreuve. Dans le cadre de la quatrième guerre d'Italie (1508-1513), l’Angleterre avait rejoint la Sainte Ligue, une coalition formée en 1511 par le pape Jules II contre Louis XII.

Ainsi en 1513, le nouveau roi Henri VIII attaqua la France, ce qui mit l’Écosse dans une situation délicate et contradictoire puisqu’elle était toujours liée par les accords de la Auld Alliance. Néanmoins le roi Jacques IV décida de rester fidèle à la tradition et déclara la guerre à l’Angleterre.

Espérant profiter du fait qu’Henri VIII était absent de son royaume, il se mit à la tête d’une armée de 30 000 hommes, dont 5 000 étaient Français, et se mit en mouvement vers les marches du sud. Le 9 septembre il rencontra à Flodden Field l’armée anglaise forte de 26 000 hommes.

En termes d’effectif ce fut la plus grande bataille qui ait jamais eu lieu entre ces deux nations mais pour l’Écosse ce fut aussi et surtout un désastre. Jacques IV ainsi qu’une dizaine de milliers d’officiers et de soldats écossais furent tués ce jour-là. La Auld Alliance avait donc à son actif la chute de deux rois d’Écosse, le premier en 1295 et le deuxième en 1513.

Le mariage de Marie Stuart avec François II de France en 1558, François Clouet, vers 1573, Paris, BnF.Le traité de 1543, entre François Ier et Marie Stuart, ainsi que le mariage de cette dernière avec François II en 1558, relancèrent brièvement la Auld Alliance, mais le ralliement du royaume d’Écosse au protestantisme finit par le convaincre de mettre définitivement fin à la guerre avec l’Angleterre. Le Parlement et le peuple écossais considéraient dès lors comme ennemis la famille des Stuart restée catholique ainsi que son allié le royaume de France.

Dans ce contexte de guerre de Religion, le traité d'Édimbourg (ou traité de Leith) signé le 6 juillet 1560, entre Élisabeth Ire et François II, est donc généralement considéré comme « l’acte de décès » de l’Alliance puisqu’il mit officiellement fin à l'essentiel de ses dispositions, après presque 265 ans d’existence. En même temps, François II renonçait à tous les droits sur l’Écosse qui lui venaient de son mariage avec la reine Marie Stuart qui sera exécutée en 1587 sur l’ordre de la reine d’Angleterre.

En 1603, après la mort d’Elisabeth Ire, l’union des Couronnes sur la tête de Jacques VI Stuart, qui accéda au trône d'Angleterre et d'Irlande, sous le nom de Jacques Ier, suivi de l’Act of Union de 1707 qui entraina la naissance du Royaume-Uni de Grande-Bretagne, parachevèrent l’enterrement de la Vieille Alliance.

Jacques Ier, Anonyme, entre 1600 et 1650, Château de Chantilly, musée Condé. Agrandissement : Jacques Ier, Paul van Somer I, vers 1620, Windsor Castle.Cependant, des relations économiques privilégiées continuèrent d’exister entre la France et l’Écosse et certaines des clauses du traité perdurèrent encore pendant longtemps. La Garde Écossaise par exemple, continua à être affectée à la protection du Roi de France et de la famille royale.

Il faut aussi rappeler que pendant les guerres de Religion en France, quelques unités écossaises (et anglaises) vinrent prêter main forte au roi de Navarre, futur Henri IV dans sa lutte contre la Ligue catholique. Lors de la guerre de Trente Ans (1618-1648), des contingents écossais presbytériens furent recrutés dans l’infanterie de Louis XIII qui soutenait alors les princes protestants d’Allemagne pour tenter d’affaiblir les Habsbourg.

Il en fut de même dans l’infanterie de Louis XIV, du moins jusqu’au jour où la France se mit à faire la guerre aux protestants des Provinces Unies, ce qui décida le roi d’Angleterre à réclamer le rapatriement de ses fantassins en 1678.

La garde écossaise du roi

La Garde écossaise fut créée vers 1422 par Charles VII lorsque celui-ci choisit une centaine de soldats écossais parmi ceux qui avaient débarqués à La Rochelle, afin de se former une garde personnelle. La compagnie fut chargée de la protection permanente de la personne du roi, aussi la retrouve-ton dans l’escorte qui l’accompagnait de Reims à Paris en 1437. Puis en 1444, la compagnie fut dédoublée afin de créer la « compagnie écossaise des archers du corps du roi », spécialisée pour le service auprès du souverain (le terme d’archer désigne à l’époque un cavalier légèrement armé), tandis que l’autre compagnie était composée de « gens-d'armes écossais » (c’est-à-dire de cavaliers cuirassés), placée à la tête des quinze compagnies de gendarmerie du roi.

Deux gardes écossaises à partir du règne de Louis XIII, d'après François Quesnel, vers 1610.
Louis XI confirma la garde écossaise en garde personnelle mais l’employa aussi comme une unité combattante. Ainsi, nombre d’entre eux moururent lors de la bataille de Montlhéry contre les Bourguignons en 1465. Par la suite les soldats écossais furent aussi employés pour combattre dans les guerres d’Italie, sur les frontières du nord ou de l’est. Cette tradition subsista jusqu’à la fin de l’Ancien Régime, par-delà même les dénonciations de la Auld Alliance. Après le traité d’Édimbourg de 1560, la compagnie des archers de la garde du roi demeura donc fidèle à sa mission, même si la plupart de ses membres restaient avant tout des sujets français ou bien des Écossais catholiques. D’ailleurs, le dernier capitaine d’origine écossaise de cette compagnie fut le célèbre Gabriel de Montgomery, connu pour avoir provoqué involontairement la mort du roi Henri II lors d’un tournoi en 1559.
Après avoir combattue sous tous les rois de France, c’est finalement en 1788 que fut dissoute la compagnie des gendarmes écossais, avec les dernières unités de gendarmerie de France, tandis que la « compagnie écossaise des gardes du corps », première unité royale, connut sa dissolution en 1791. Cependant, lorsque les révolutionnaires attaquèrent les Tuileries le 10 août 1792, la Garde écossaise, malgré sa dissolution, fit le choix d’aller protéger la famille royale aux côtés des Gardes Suisses ; la plupart d’entre-eux furent massacrés. Cette unité fut brièvement reconstituée dans l’armée des émigrés, celle de Condé, puis à la cour de Mitau en 1798-1799 auprès du futur Louis XVIII alors en exil. Ce soutien leur sera d’ailleurs récompensé puisque l’unité connaitra un véritable rétablissement en 1814 au moment de la Restauration, avant d’être définitivement licenciée le 25 août 1830 lors de la chute des Bourbon, après 467 années de fidélités et de dévouement.

La bataille de Culloden, David Morier, entre 1746 et 1765, Royal Collection Trust.

La bataille de Culloden (1746) et les derniers relents de la Auld Alliance

Au XVIIIe siècle, les multiples soulèvements jacobites contre le pouvoir anglais donnèrent à la Auld Alliance une dernière occasion d’exister. Depuis que les Stuart avaient été écartés du trône d’Angleterre suite à la Glorieuse Révolution de 1688, les insurrections ne cessèrent de se multiplier dans les îles Britanniques.

Autant sous la Régence, la France resta à l’écart des tentatives de restauration jacobite en Écosse, car Philippe d’Orléans s’orientait plutôt vers une politique de rapprochement avec l’Angleterre, autant il en fut autrement sous Louis XV qui se devait de réagir face à la supériorité navale anglaise et l’extension inquiétante de ses possessions coloniales.

Charles Edward Stuart, entourage de Louis Tocqué, XVIIIe siècle, Écosse, Traquair House.  Agrandissement : William Augustus de Cumberland, Joshua Reynolds, 1758, Angleterre, Chatsworth House.L’occasion se présenta pendant la guerre de Succession d’Autriche (1741-1748), où la France et l’Angleterre se retrouvèrent dans deux coalitions opposées. Le 24 octobre 1745, Louis XV signa un traité d’alliance dit, de Fontainebleau, avec le prétendant jacobite Charles-Édouard Stuart, fils de Jacques III en exil.

En vertu de ce traité (qui peut être vu comme un renouvellement de la Auld Alliance puisqu’il reprenait dans son préambule les termes du traité de Corbeil de 1326), le royaume des lys s’engageait à apporter un soutien militaire (une centaine d’hommes) et économique (4000 livres sterling en pièces de louis d’or) aux jacobites dans le but de mener une opération navale sur les côtes écossaises.

Néanmoins les transports français furent interceptés par les anglais ou bien arrivèrent trop tard, et la bataille de Culloden du 16 avril 1746 fut un nouveau désastre qui anéanti tout espoir réaliste d’une restauration des Stuart sur le trône d’Angleterre.

La répression menée par le duc de Cumberland, surnommé le « boucher » (Butcher Cumberland), fut terrible. Charles-Édouard Stuart et ses partisans trouvèrent refuge en France en particulier à Saint-Germain-en-Laye et à Sancerre, grâce au soutien de Louis XV, cependant que les jacobites rebelles furent chassés de leur terre, obligeant certains à migrer jusque dans les colonies d’Amérique. Beaucoup d’ailleurs en gardèrent rancune contre les Français qu’ils accusaient de ne pas avoir pris au sérieux le soutien qu’ils leurs avaient promis.

Chasse aux rebelles : la recherche des Jacobites chez les habitants vue par John Seymour Lucas, 1884.

Les reliquats de la Auld Alliance à l’époque contemporaine

Au siècle suivant l’expédition franco-anglaise de Crimée (1853-1856) puis la Première guerre mondiale effacèrent ces tristes souvenirs. L’Angleterre n’étant plus une nation ennemie de la France, l’amitié franco-écossaise pouvait désormais se vivre pleinement.

On peut alors se demander ce qu’il reste aujourd’hui de la Auld Alliance. Or il semblerait que celle-ci n’ait jamais était explicitement abrogée ; et même si la plupart de ses clauses n’ont plus force de loi, il nous est encore permis d’affirmer que l’alliance franco-écossaise est la plus vieille de l’histoire !

Cortège historique des Grandes fêtes franco-écossaises d'Aubigny en 1931.

Actuellement il demeure des éléments dans nos cultures respectives qui font écho à cette alliance pluriséculaire, que ce soit dans la vie quotidienne, en droit, dans la langue, le sport et même la cuisine. Nous en avons déjà cité quelques exemples mais nous pourrions finalement évoquer la création en 2018 du « trophée de la Auld Alliance » disputé entre la France et l’Écosse à l’occasion du Tournoi des Six Nations de rugby.

Créer pour rendre hommage aux joueurs de rugby français et écossais morts pendant la Première Guerre mondiale, il veut aussi célébrer le souvenir de la Auld Alliance, preuve que son esprit vit encore parmi nous.

Lettres de naturalité

En septembre 1513, après la bataille de Flodden Field, le roi de France Louis XII avait accordé la nationalité française aux archers écossais de sa garde. Progressivement cette clause fut étendue à tous les Écossais résidant en France et en 1558, la régente Marie de Guise accorda la réciproque aux Français établis en Écosse. Ces dispositions furent confirmées du côté français par Henri II et furent renouvelées par Louis XIV en 1646.
Les Écossais résidant en France et les Français résidant en Écosse disposaient donc sans recours de la double nationalité, et ce jusqu’à la révocation de cette clause par le gouvernement français d’Émile Combes en 1903 puis par le Parlement britannique en 1906 !

Publié ou mis à jour le : 2024-03-08 19:32:56

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