Guerre de la Ligue d’Augsbourg (1686-1697)

Le Roi-Soleil contre l’Europe

Troisième des quatre guerres de Louis XIV, la guerre de neuf ans (1688-1697) ou guerre de la Ligue d'Augsbourg fut aussi la plus longue et la plus dure, par sa nature quasi-planétaire.

Elle opposa la France de Louis XIV à une coalition européenne comprenant le Saint Empire romain germanique, les Provinces-Unies, l'Angleterre, l'Espagne, la Savoie, la Suède et le Portugal. Deux facteurs ont joué dans le déclenchement de ce conflit : la répression des protestants par Louis XIV et son ambition hégémonique traduite par la politique des « Réunions ».

Yoann Taieb

Martin Desjardins : L'Hérésie détruite. Médaillon en bronze commandé le 9 mars 1685 pour le piédestal de la statue de Louis XIV place des Victoires à Paris, détruite par les révolutionnaires. Agrandissement : La Religion terrassant l'hérésie, Jean Hardy, 1688, Paris, musée du Louvre.

Louis XIV rétablit l’intolérance religieuse

En 1598, l’Édit de Nantes instaura la tolérance religieuse en France et mit fin aux conflits religieux. Des tensions ressurgirent, notamment en 1629 lors du siège de la Rochelle sous le règne de Louis XIII. Mais, peu à peu, les protestants rentrèrent dans le rang.

La France des premières années du règne de Louis XIV était une monarchie plus tolérante qu’auparavant et dans laquelle les protestants avaient droit de cité. Dans l’entourage proche du roi, son ambassadeur à La Haye, auquel il avait juré par une lettre écrite qu’il protégerait les protestants, l’était lui-même ainsi que le ministre Colbert qui menait une politique très favorable à leur égard, compte tenu de leur rôle prépondérant dans le commerce. Des personnages influents  dans les cercles de la Cour, comme le maréchal de Turenne ou les peintres Jean-Baptiste Tavernier et Jean Petitot étaient également protestants.

Interdiction des prêches et arrestation des protestants à Paris après la révocation de l'Edit de Nantes, Gourdon de Genouillac, 1886.À l’automne de sa vie, cependant, le roi acta sa rupture avec les réformés. Dès 1661, des mesures furent mises en place à leur encontre, telles que l’interdiction des chants en public ou seulement à voix basse et, en 1678, l’interdiction de l’accès aux emplois et aux écoles.

En octobre 1685, Louis XIV émit l'édit de Fontainebleau, révoquant l'édit de Nantes. Cette nouvelle mesure interdit toute pratique de la religion protestante et toute émigration des protestants. Les pasteurs furent contraints de se convertir ou de partir dans un délai de quinze jours. Cette révocation conduisit à des départs clandestins vers des pays d'accueil et à de nombreuses conversions, sincères ou non.

L'exaspération contre le roi se manifesta par des pamphlets, des libelles et beaucoup d'écrits injurieux le qualifiant de « scélérat », de « démon de l’enfer », d’ « antéchrist », « bête de l’apocalypse ». Beaucoup en profitèrent pour critiquer le fonctionnement « tyrannique » de la monarchie française, une exception en Europe.

La politique des Réunions qui fait peur à l’Europe

En plus de la politique de répression à l’égard des protestants, ce furent les ambitions guerrières du roi qui effrayèrent l’Europe. Louis XIV était décrit comme hautain, superbe et assoiffé de conquêtes tels Alexandre et César.

Les traités de Nimègue de 1678-1679 portent le royaume à son apogée et valent au roi à peine quadragénaire le surnom de « Grand ». Mais Louis XIV ne s’en satisfait pas. Il met en place plusieurs « Chambres des Réunions », des tribunaux spéciaux qui s’appliquent à justifier l’adjonction à la France de plusieurs places frontalières, dont Strasbourg.

Ces annexions feutrées irritent l’Europe. Elles prennent fin avec la trêve de Ratisbonne, le 15 août 1684, entre l’Autriche et la France.

Godfried Schalken, Allégorie de la Paix de Nimègue de 1678, musée Het Valkhof, Nimègue, Pays-Bas. Agrandissement : Romeyn de Hooghe, Allégorie sur la ratification de la Paix de Nimègue le 20 septembre 1678. Au centre une colonne avec la Paix, les armoiries de l'Espagne, de la France et de la République.

La ligue d’Augsbourg comme réponse aux ambitions de Louis XIV

Malgré cette trêve et les promesses de Louis XIV, les monarchies européennes décidèrent de s’organiser concrètement.

La Suède, les Provinces-Unies, rapidement rejointes par l'Empereur germanique et son cousin, le roi d'Espagne, formèrent une alliance visant à contraindre Louis XIV à restituer ces territoires réunis, donnant naissance à la Ligue d'Augsbourg le 9 juillet 1686.

À ceux-ci s’ajoutèrent au fil des ans les princes allemands, les électeurs de Bavière, de Saxe et du Palatinat, Selon le marquis de Sourches, témoin du règne du roi à Versailles, « jamais la France n’avait eu sur les bras tant d’ennemis à la fois. »

Les débuts de la guerre

En 1688, Louis XIV est le roi le plus puissant d’Europe. Son pouvoir est renforcé avec ses succès dans les guerres de Dévolution (1667-1668) et de Hollande (1672-1678) ainsi que dans sa conduite des politique des Réunions (1683-1684), et l'éclat de la culture française atteint son apogée.

Son influence connut toutefois un net recul en Europe tandis que celle de son rival Léopold Ier ne cessait de grandir après sa conquête de la Hongrie et ses victoires contre les Ottomans. À Versailles, dans l’entourage du roi, chacun sentait que le moment fatidique approchait. La guerre européenne semblait inéluctable. Louvois, principal ministre de Louis, conseilla alors de mener une guerre préventive, rapide et violente, destinée à impressionner les adversaires de la France.

Benjamin Block, Leopold Ier, empereur du Saint Empire romain germanique, vers 1672, Vienne, Kunsthistorisches Museum.Avant cela, le roi publia un « mémoire de raisons » dans lequel il exposait tous les arguments qui le poussaient à attaquer. Il évoquait le refus obstiné de l'Empire de transformer en paix définitive la trêve de Ratisbonne et le refus des aspirations légitimes de la duchesse d’Orléans à la succession de l'électeur palatin.

Il mentionnait aussi la formation de la ligue d’Augsbourg, terriblement menaçante et située aux frontières directes de la France. Si ses conditions étaient acceptées, le roi se déclarait prêt à rendre Fribourg, à renoncer aux droits de sa belle-sœur contre dédommagement et à accepter l’élévation de Joseph Clément de Bavière dès que l’évêque de Strasbourg serait reconnu comme Électeur de Cologne. Louis donna trois mois aux puissances pour accepter ses propositions.

Sans même attendre une réponse définitive, l’armée française se mit en marche et occupa la ville d’Avignon, l’électorat de Cologne et l’évêché de Liège. Dans le même temps, une armée sous les ordres du Grand Dauphin, le fils aîné dru roi, vint mettre le siège devant Philippsbourg. Une occasion pour celui-ci de se faire connaître des soldats et, surtout, de préparer une éventuelle succession de Louis XIV.

La ville fortifiée se montra très dure à conquérir et résista pendant plus d’un mois. Face au mauvais temps, à la boue qui enlisait les troupes, la fatigue et surtout à l’immense armée française, elle capitula le 29 octobre 1688. Pour le roi, le plus dur était fait. Ses menaces avaient été efficaces et il n’aurait pas besoin de mener une longue guerre.

Las. Léopold Ier décida de faire marcher une armée sur le Rhin et Louis XIV dût se préparer à l’affronter. Mais ce faisant, il oublia les Anglais. À la suite de la Glorious Revolution, le roi Jacques II avait été détrôné et son cousin Guillaume d’Orange, fervent protestant, fut proclamé roi le 23 juin 1689. Animé par sa haine anti-française, il déclara et justifia la guerre en arguant de l’aide apportée par les Français au roi déchu, Jacques II.

La destruction d'Heidelberg par les Français en 1689, Royaume-Uni, British Library. Agrandissement : Façade du château de Heidelberg non restauré après le sac du Palatinat.

Survint l’épisode tragique du sac du Palatinat, en 1689, qui choqua une grande partie de l’Europe et incita de nombreux princes allemands à rejoindre la Ligue d’Augsbourg.

À l’origine, le ravage du Palatinat avait pour objectif de créer une protection au-delà du Rhin qui rendrait difficile l’avancée des armées de Léopold Ier. Louvois proposait de tout détruire : cultures, bétails, fourrages, vivres, fortifications, raser villages, villes, palais, églises, trésors et même exactions contre les habitants. Louis XIV accepta.

Pierre Mignard, Liselotte de Palatinat, XVIIe siècle, musée des Beaux-Arts de Narbonne. Agrandissement : A la manière de Willem Wissing, Guillaume d'Orange, âgé de 27 ans, vers 1680, Amsterdam, Rijksmuseum.Débuta alors l’incendie de la ville de Mannheim et du château des princes. Les soldats pillèrent et profanèrent les tombeaux des anciens rois médiévaux et empereurs. Ils furent dépeints comme des bêtes sans foi ni loi. Une réputation qui préfigurera celle qu’auront les armées révolutionnaires et napoléoniennes un siècle plus tard.

La princesse Palatine, au nom de laquelle se commettait le crime, se lamentait constamment de voir sa patrie de naissance ravagée : « Chaque nuit et aussitôt que je commence à dormir il me semble être dans la ville et voir les ravages qu'on a commis en mon nom … Je me réveille en sursaut et je ne peux pas me rendormir. Ce qui me désole c'est que le roi a attendu tout ce temps pour me le dévoiler et que l'on trouve encore mauvais que je m'en afflige ». Guillaume d’Orange, apprenant que les Français avaient brûlé sa demeure de Meurs, aurait dit en parlant de Louis XIV : « Je périrai ou j’irais brûler son Versailles. »

Face à cet acte de vandalisme, les princes allemands, initialement neutres, se décidèrent à entrer dans la guerre. L’électeur de Brandebourg Frédéric Ier et l’électeur de Saxe, le duc de Hanovre et le Landgrave de Hesse répondirent à l’appel de Léopold Ier.

Prise de Mannheim par le grand Dauphin, 10 novembre 1688, Édouard Pingret, XIXe siècle, Château de Versailles.

De l’autre côté des Pyrénées, un scénario similaire se dessinait. La France avait perdu son influence depuis que le roi Charles II s’était remarié à une princesse allemande, sœur de l’impératrice Éléonore de Neubourg. Sous la pression de Léopold, il scella un accord avec les Provinces-Unies et ouvrit les portes de ses places belges aux armées impériales. Louis XIV lui déclara la guerre le 15 avril 1689.

Juste avant la signature du traité de Vienne, le 12 mai 1689, l’Autriche et les Provinces-Unies avaient signé une alliance militaire à laquelle s’ajoutèrent l'Angleterre en décembre, l’Espagne en juin 1690 et la Savoie en octobre suivant. Tous étaient sur la même ligne : il faut mettre un frein aux ambitions continentales de Louis XIV.

Face à une telle coalition, l'armée française était forte de 250 000 hommes, auxquels il fallait ajouter les garnisons et la milice levée dans les paroisses. La puissance maritime était la première au monde et profitait d’une direction unique qui faisait défaut à la coalition.

Bataille de la baie de Bantry, à proximité des côtes irlandaises, le 11 mai 1689,  vue par un illustrateur du XIXème siècle, Paris, BnF, Gallica. La flotte de la Ligue était commandée par Arthur Herbert, 1er comte de Torrington et la flotte française était aux ordres du marquis de Châteaurenault.

La guerre fait rage

Les premiers combats, rudes, se déroulèrent aux Pays-Bas espagnols et autour du Rhin. D’entrée de jeu, en août 1689, le maréchal d’Humières fut défait à Valcourt par le prince de Waldeck. En septembre, Mayence fut perdue par le marquis d’Huxelles. Bonn capitula en octobre 1689.

Le roi de France modifia son dispositif et fit remplacer le maréchal d’Humières par le maréchal de Luxembourg. Celui-ci ramena l'ordre dans les rangs et restaura la confiance de l’armée dès le 1er juillet 1690, près de Fleurus, où avec 40 000 hommes, il battit l’armée du prince de Waldeck. Mais la victoire ne fut pas exploitée car le roi et Louvois préféraient la guerre défensive à la guerre de position.

En août, en Italie du Nord, le commandant en chef Catinat écrasa l'armée du duc de Savoie et d’Espagne à Staffarde. Au final, l’année 1690 permit d’oublier les déceptions passées mais ne changea pas profondément le cours de la guerre. Aucune victoire n’avait été décisive.

Louis XIV acceptant la reddition de Mons en 1691, Jean-Baptiste Martin the elder, 1692–1695, Royaume-Uni, National Trust, Waddesdon Manor.

En mars 1691, eut lieu à La Haye, sous la présidence de Guillaume d’Orange, un congrès général des nations et États coalisés. En réponse, le 17 mars, Louis XIV envahit la ville de Mons avec 100 000 hommes. Malgré la durée de la guerre et la détermination renouvelée de ses ennemis, le roi semblait être de bonne humeur et menait la guerre de siège qu’il affectionnait. Mons capitula rapidement.

Dans les Flandres, la campagne de l’année 1692 fut couronnée de succès. Le 20 mai eut lieu à Givry la plus importante revue militaire du siècle : Louis XIV, le maréchal de Luxembourg, les princes, les officiers d'état-major passèrent en revue plus de 120 000 hommes, cavaliers et fantassins alignés sur quatre rangs et s’étirant sur plusieurs kilomètres. Une scène destinée à impressionner l’Europe et à lui porter un message : le roi de France possède l’armée la plus puissante.

Jean-Baptiste Martin, Le Siège de Namur, 30 juin 1692, Château de Versailles. Agrandissement : Le siège de la forteresse de Namur, Jan van Huchtenburgh, 1695.L’armée en question se dirigea immédiatement vers Namur qui ne put résister et céda au bout de six jours, hors la présence du roi. Souffrant de la goutte, celui-ci avait laissé la conduite des opérations au maréchal de Luxembourg. Guillaume d’Orange tenta malgré tout d’intervenir avec une nouvelle et grande armée mais échoua.

La France engrangea un succès similaire près de Steinkerque, où Luxembourg, Turenne et Conti, refusèrent de céder à la pression des armées de Guillaume et finirent par les repousser. Les victoires s’enchaînèrent et l’armée française se construisait une glorieuse réputation.

Sur le front italien, dans le Piémont, les opérations furent plus difficiles. En août 1692, Victor-Amédée de Savoie et ses 45 000 hommes envahirent le Dauphiné et occupèrent les villes d’Embrun et de Gap. Avec des troupes peu nombreuses, le gros étant mobilisé sur le front au nord, l’armée du roi limita les revers et stoppa le prince en Provence.

Défaite navale à la Hougue

En 1692, Guillaume d’Orange était de plus en plus contesté chez lui et inquiétait aussi bien les aristocrates que les milieux financiers londoniens qui voyaient en lui un roi arrogant, cassant et obnubilé par sa « croisade protestante » contre Louis XIV. De son côté, celui-ci voulait aider Jacques II à chasser cet « usurpateur hérétique » et avait accepté le principe d’une attaque maritime des îles britanniques avec 21 bataillons, dont quelques irlandais.

Portrait de Tourville, l'un des principaux chefs de la flotte de guerre de Louis XIV avec une petite représentation de la bataille de La Hougue en 1692, gravure XVIIe siècle.Le roi ordonna au commandant Tourville de livrer bataille sans attendre l'arrivée des renforts de Toulon. Malgré des vents contraires, il devait se jeter sur les navires anglo-hollandais. Le 29 mai, il rencontra effectivement une flotte de 89 bâtiments, alors qu’il n’en avait que 44. Un combat inégal s’engagea et Tourville fit preuve d’une intelligence stratégique si forte qu’il tint tête pendant une douzaine d’heures mais succomba sous le poids du nombre.

La victoire fut anglaise et l’événement désigné sous le nom de « désastre de la Hougue » par les Français. D’après nombre d’historiens, la défaite ne fut pas si importante qu’on l’a dit : une quinzaine de bâtiments avaient coulé et il restait encore une centaine de vaisseaux de ligne. Ce fut une défaite psychologique qui requinqua les Anglais, redora le blason d’un Guillaume d’Orange contesté et renforça les sceptiques français, dont Vauban faisait partie.

La bataille de la Hougue conduisit les Français à réorienter leur stratégie militaire vers les opérations terrestres sur le continent. Renonçant à faire de la mer sa priorité, Louis XIV laissa cela à d’autres et encouragea les corsaires à harceler les coalisés, tels Jean Bart, Saint-Pol ou Forbin.

Ludolf Bakhuizen, Bataille de Barfleur, 19 mai 1692. Au centre, le Soleil Royal français entre un vaisseau hollandais et un vaisseau anglais. Agrandissement : Adriaen van Diest, Destruction du Soleil Royal à la bataille de La Hougue le 23 mai 1692, Londres, National Maritime Museum.

Une année 1693 sans avancées majeures

Pour entamer la cinquième année de guerre, le roi récompensa nombre de ses meilleurs commandants et fit une promotion de maréchaux : Choiseul, Villeroy Boufflers ou Tourville, Noailles et Catinat obtinrent le bâton.

D'après Hyacinthe Rigaud, Louis François, maréchal duc de Boufflers, XVIIe siècle. Agrandissement : Portrait du margrave Ludwig Wilhelm de Baden-Baden, dit le Türkenlouis, Anonyme, 1705, Vienne, HGM (musée de l'Histoire militaire).Au printemps, Guillaume d’Orange profita des retards de l’armée française pour faire de Liège une place imprenable et disposa ses troupes dans la région de Louvain. Louis XIV porta le glaive en Allemagne et ordonna au nouveau maréchal Boufflers et à son propre fils le Grand Dauphin de soutenir avec 23 000 hommes les armées du maréchal Lorges aux prises avec le margrave Louis de Bade.

Le maréchal de Luxembourg resta dans le Brabant pour repousser les coalisés et commença un combat violent le 29 juillet 1693 à Neerwinden. Ce fut une boucherie puisqu’une journée suffit à décompter 30 000 morts. Après cette bataille, le maréchal de Luxembourg acquit le surnom de « Tapissier de Notre-Dame » en raison du nombre importants de drapeaux pris à l’ennemi.

Enfin, vers Turin, le maréchal Catinat repoussa une armée hispano-savoyarde conduite par Victor-Amédée lors de la bataille de la Marsaille, le 4 octobre 1693.

Bataille de La Marsaille, le 4 octobre 1693, Eugène Devéria, 1837, Château de Versailles.

L’enlisement général conduit à des négociations

La situation semblait bloquée. Aucune victoire n’était décisive et tous les acteurs semblaient vouloir cesser la guerre. Les Allemands, faute de ressources financières, faisaient retomber le fardeau de la guerre sur les puissances maritimes.

Charles XI de Suède, neutre, offrit sa médiation. Louis XIV accepta et fit plusieurs propositions mais celles-ci se heurtèrent à l'intransigeance de Léopold et à la surenchère de ses adversaires. Guillaume d’Orange tenta au même moment une nouvelle percée dans les Flandres mais fut arrêté par le maréchal de Luxembourg.

Distribution de pain au Louvre pendant la grande famine de 1693-1694, estampe d'André Leroux, Paris, BnF, Gallica.Louis XIV fut renforcé dans sa volonté d’en finir par la Grande Famine qui frappa la France durant l’hiver 1693-1694. Un million de mort, des pauvres « accourus de tous les côtés de la campagne, les visages exténués, mourant de misère » selon les écrits de l’époque. Bref, les appels à faire la paix se multiplièrent et conduisirent à des tractations secrètes à Bruxelles dès l’année 1693.

Les discussions devinrent actives mais bloquèrent sur le sort de la Lorraine, du Luxembourg et de Strasbourg ainsi que sur les avantages commerciaux à consentir aux Hollandais, les sûretés à accorder aux protestants étrangers résidant en France et sur la reconnaissance de Guillaume d'Orange comme roi d’Angleterre.

Fatigué par la guerre et ses défaites, Victor-Amédée de Savoie, élément le plus faible de la Ligue, accepta de négocier avec Louis XIV qui, sous la pression d’une nouvelle armée de 50 000 hommes entrés en Italie, signa le 29 juin 1696 un traité secret comportant l’évacuation et la restitution de places comme Pignerol, Suse, Nice ainsi que des promesses d’alliances et mariages familiaux.

Face à cette défection, Léopold Ier et Charles II d’Espagne durent signer une suspension d’armes en Italie du nord.

Guillaume d’Orange se résigna aussi à négocier avec Louis XIV, sous la médiation de la Suède. Au début, sa reconnaissance en tant que roi d’Angleterre et le sort de Jacques furent des éléments bloquants mais vite arrangés par le sac de Carthagène et la prise de Barcelone qui mirent la pression sur les acteurs de la ligue. Léopold, lui, voulait à tout prix récupérer la ville de Strasbourg et que les Bourbons renoncent à leurs conquêtes. Mais il n’était pas en position de force non plus.

L’événement attendu eut lieu dans la nuit du 20 au 21 septembre 1697 avec la signature du traité de paix de Ryswick par l’Angleterre, les Provinces-Unies et l’Espagne. Léopold Ier et les princes allemands suivirent le 30 octobre suivant.

Le château du Nieuwburg et ses jardins pendant les négociations du traité de Ryswick, Jan van Vianen, 1697. Agrandissement : Chambre du Médiateur, le diplomate suédois Nils Lillieroot, Jan van Vianen, 1697.

Le prix de la paix

Pour satisfaire les belligérants, la France accepta de restituer la plupart de ce qu’elle avait gagné sur le champ de bataille : elle rendit à l’Espagne la ville de Barcelone, Luxembourg et les places des Pays-Bas occupées depuis la paix de Nimègue ; au Saint-Empire romain germanique, elle restitua le Palatinat, Kehl, Fribourg, Vieux-Brisach, Phillipsbourg et Montbéliard. Enfin, elle céda le duché des Deux-Ponts au Royaume de Suède.

Maximilien-Emmanuel de Bavière par Joseph Vivien, Munich, palais de Schleißheim. Agrandissement : le roi Guillaume III, attribué à Thomas Murray, vers 1691, Londres, National Portrait Gallery.L’électeur Maximilien Emmanuel de Bavière se voyait confirmé comme gouverneur général des Pays-Bas espagnols, le duc de Lorraine Léopold fils de Charles V récupérait l’héritage de son grand-père et sa capitale Nancy mais dut, en retour, livrer Marsal, Sarrelouis, Longwy et accorder un droit de passage aux armées de Louis XIV qui conserva Strasbourg et obtint décompensation pour la duchesse d’Orléans en échange de sa renonciation à la succession du Palatinat.

Il reçut aussi de l’Espagne la partie occidentale de l’île de Saint-Domingue, cependant que les Hollandais lui rendirent Pondichéry. L’Angleterre, elle, retrouva ses établissements du Canada, entre la baie d’Hudson et Terre-Neuve.

Louis XIV reconnaissait enfin Guillaume III d’Orange comme roi d'Angleterre et promis de ne jamais aider ses ennemis. Cependant, il refusa d’expulser Jacques II ainsi que cela avait été envisagé. Les Provinces-Unies obtinrent de la France des avantages commerciaux et de l’Espagne une permission d'entretenir des garnisons dans les places rendues (Courtrai, Mons ou Charleroi). Personne ne sortait réellement gagnant ni perdant de ces négociations. L’équilibre européen était gravé dans le marbre.

Louis XIV : ni perdant, ni gagnant

Pour le roi de France, le constat est dur. Il perd ses points d’appui en Italie et échoue à impressionner ses adversaires. Certes, il a su résister face à l’Europe entière, ce qui n’est pas un mince exploit, mais, même s’il « donna la paix », ses adversaires finirent le conflit avec de meilleurs acquis, notamment son grand rival Léopold, méprisé par les Français, qui conquit la Hongrie, la Transylvanie et la Slavonie.

Portrait équestre de Louis XIV, René-Antoine Houasse, vers 1674, Château de Versailles. Agrandissement : Louis XIV devant Strasbourg, attribué à Adam François van der Meulen, vers 1682-1685, musée historique de Strasbourg.	La France n’est plus la grande nation rayonnante des années 1660-1680. L’échec de l’élection du prince de Conti au trône de Pologne et la perte de l’alliance des princes allemands montrent que son influence était affaiblie.

A contrario, l’Angleterre ressort renforcée de l’épreuve. Guillaume est reconnu et a acquis un prestige sans commune mesure puisqu’il a été le meneur de l’alliance anti-française et a conceptualisé le principe de « balance de l’Europe ». Il a maintenu une alliance étroite avec les Provinces-Unies et fait en sorte que la ligue d’Augsbourg ne se dissolve pas.

À l’orée des années 1680, Louis XIV rêvait de conquérir des territoires en Belgique, Allemagne, Italie et Espagne. Finalement, il consolida ses anciennes possessions et stabilisa ce qu’on appellera les « frontières naturelles ». L’opinion française ne comprit pas que le roi offrit tant d’avantages à ses adversaires alors qu’il avait tant gagné sur le champ de bataille. Le temps glorieux du Roi-Soleil n’était plus.

Publié ou mis à jour le : 2024-02-18 14:18:37

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