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Himmlers Hirn heisst Heydrich (Le cerveau d'Himmler s'appelle Heydrich)


Laurent Binet (Grasset, Livre de Poche, 432 pages, 7,90 euros,  2010-2017)

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21 juin 2017 : la sortie du film HHhH de Cédric Jimenez a conduit à la réédition en format de poche du roman de Laurent Binet auquel le film a emprunté le titre (*). C'est bien le principal mérite que l'on peut reconnaître à ce film car, pour le reste, il n'a aucun rapport avec le livre.

Celui-ci, qui a mérité en 2010 le Prix Goncourt du premier roman est proprement inclassable. Son auteur, agrégé de lettres et enseignant, relate en plus de quatre cents pages son envie d'écrire un livre sur l'élimination de Heydrich par des résistants tchécoslovaques.  Au fil de ses cogitations, par des aller-retour incessants entre passé et présent, entre souvenirs personnels et documents d'époque, il donne à voir Heydrich, son ascension au sein de l'appareil nazi, son arrivée à Prague en qualité de Reichsprotektor (dictateur), son élimination enfin. Par quelques détours opportuns, il raconte aussi des épisodes douloureux de cette période comme le massacre de Babi Yar ou le match de la mort à Kiev.

Mais bien entendu, c'est vers les parachutistes Josef Gabcik et Jan Kubic que le porte son coeur. Il se représente avec empathie ces héros pleins d'énergie juvénile, pleins de joie et d'optimisme, qui ont fait le choix de donner leur vie à leur patrie...

Jan Kubis (24 juin 1913, Dolní Vilémovice, Moravie – 18 juin 1942, Prague) et Jozef Gabcik (8 avril 1912, Poluvsie, Slovaquie) – 18 juin 1942, Prague)

Notons que « donner » est d'ailleurs un terme inexact. Aux antipodes des fous islamistes d'aujourd'hui, qui se suicident pour leur cause, les jeunes Tchécoslovaques ont eu le souci de se ménager une issue heureuse. Ainsi ont-ils choisi d'abattre Heydrich en ville, de façon à pouvoir aussitôt disparaître dans la foule. Laurent Binet est d'ailleurs convaincu qu'ils auraient pu survivre à la guerre sans la trahison d'un autre parachutiste, Karel Curda. Celui-ci n'aurait jamais dû être recruté pour cette mission car lui-même avouait n'agir que par goût de l'aventure et pas par patriotisme !

Remarquons que si Jan Kubic et Josef Gabcik étaient disposés à se battre pour leur patrie, c'était aussi le cas de Heydrich. En cela, il se distingue du nazi fictif dont Jonathan Littell raconte les mémoires dans Les Bienveillantes (Gallimard, 2006). Ce personnage désabusé et revenu de tout, n'a rien à voir avec Heydrich et ses acolytes, qui étaient mûs par des convictions profondes. Et Laurent Binet a ce mot à propos des Bienveillantes : « Houellebecq chez les nazis ! ».

L'Histoire comme un roman

HHhH n'est pas un livre d'Histoire. Au total, on en apprend moins dans ses 400 pages que dans les quelques articles d'Herodote.net relatifs à Heydrich. HHhH n'est pas non plus un roman. C'est mieux que tout cela. C'est l'Histoire écrite comme un roman, par un écrivain qui, avec sa sensibilité et son flair, exprime l'atmosphère et les mentalités de l'époque, ce qui nous en rapproche et ce qui nous en éloigne. 

Le livre est d'une lecture très agréable et se lit sans peine. Peut-être vaut-il mieux tout de même survoler auparavant les notes d'Herodote.net sur le sujet pour ne pas avoir à s'interroger sur tel ou tel raccourci.

Nous avons retrouvé dans la démarche de Laurent Binet quelque chose qui n'est pas sans rappeler... le Mémorial de Sainte-Hélène, réédité en ce moment même par Herodote.net. Son auteur, le comte de Las Cases, pratique lui aussi les aller-retour entre le passé et le présent, entre son sujet, Napoléon, et lui-même. Dans l'un et l'autre cas, il s'ensuit un récit alerte, dans une langue fluide. Principale différence : Heydrich n'est pas Napoléon ! La tonalité d'HHhH prête à la gravité, parfois à l'émotion, jamais au sourire.

André Larané


Publié ou mis à jour le : 21/06/2017 15:44:58

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