COP 27 au Sinaï

Entre réchauffement climatique et hiver démographique

8 novembre 2022 : la COP27, ou 27e édition annuelle de la COP (Conférence des parties) sur les changements climatiques, s'est ouverte le 7 novembre 2022 dans la station balnéaire de Charm el-Cheikh (Égypte), à l'entrée du golfe d'Eilat et à la pointe du Sinaï, autrement dit en Asie (et non en Afrique comme le ressassent la plupart des médias).
En même temps, on s'apprête à célébrer le seuil de 8 milliards d'humains, qui sera officiellement atteint le 15 novembre 2022. Ce nouveau seuil cache l'effondrement démographique qui affecte les pays développés, aussi lourd de menaces que le réchauffement climatique...
 

À la différence des précédentes COP, celle de Charm el-Cheikh se préoccupe moins de freiner le réchauffement climatique que de s'y adapter. Comme si le pire était devenu inéluctable. Il est vrai que dans le même temps, un rapport publié par les chercheurs du Global Carbon Project indique que les émissions de gaz à effet de serre atteignent de nouveaux records, portées par  la reprise du transport aérien, par la croissance économique de l'Inde, fondée sur le charbon, et aussi par le remplacement en Europe du gaz russe par le gaz de schiste américain et le charbon.

Les pays pauvres, principalement Afrique et Asie du sud, ramènent dès lors l'enjeu à une dotation financière. Par la voix de Macky Sall, président du Sénégal et président de l'Union africaine, ils réclament la mise en oeuvre du mécanisme « pertes et dommages » évoqué depuis plusieurs années déjà et selon lequel les pays développés devraient verser cent milliards de dollars par an aux pays pauvres pour pallier les conséquences du réchauffement climatique : inondations, incendies, etc.

L'argument principal tient à ce que les pays développés occidentaux sont jugés seuls responsables du réchauffement climatique cependant que les pays pauvres en sont les principales victimes. L'argument demande à être nuancé : chacun s'est réjoui jusqu'au milieu du XXe siècle d'une révolution industrielle qui a sorti l'humanité de la misère. Mais si la consommation d'énergies fossiles s'est emballée dans les dernières décennies,  par le biais de la mondialisation des échanges, du capitalisme financier et d'un consumérisme outrancier, les classes dirigeantes de tous les pays en partagent la responsabilité, y compris celles des pays pauvres.

D'autre part, si les populations des pays pauvres sont impuissantes face aux manifestations du climat, elles le doivent avant tout à l'incurie de leurs propres dirigeants. Cette incurie est entretenue et aggravée par les aides financières des pays développés. Les dotations « pertes et dommages » n'arrangeront rien. Enfin, notons-le, dans la plupart de ces pays, en particulier dans la bande sahélienne, les menaces les plus immédiates tiennent à une croissance démographique qui ne tarit pas et au refus de tout planning familial par les dirigeants de ces pays. Un pays semi-désertique comme le Niger, dont la population est appelée à tripler ou quadrupler d'ici la fin du siècle, a besoin de planning familial bien plus que de dotations « pertes et dommages »...

Pays vieux et gaspilleurs contre pays jeunes et démunis

En matière de démographie comme en toutes choses, le concept de « population mondiale » n'a pas de sens. Chaque région du monde vit, jouit et souffre selon ses propres règles. Si l'Afrique souffre d'une natalité demeurée trop élevée, au moins sa pauvreté l'empêche-t-elle de participer au réchauffement climatique ! A contrario,  le monde développé souffre de sous-natalité avec à l'horizon de deux ou trois générations, des perspectives peu réjouissantes... 

L'enjeu démographique et l'enjeu climatique doivent donc être traités séparément et non pas liés. Ainsi que le répétait le démographe Alfred Sauvy, un anorexique et un obèse peuvent afficher ensemble un poids moyen raisonnable mais l'un et l'autre n'en sont pas moins malades, chacun à leur façon, et l'anorexique ne soulagera pas son voisin en s'abstenant plus encore de manger !

Rappelons quelques chiffres qui sortent des dernières statistiques du PRB (ONU) : Afrique subsaharienne mise à part, le reste du monde a d'ores et déjà une fécondité inférieure au seuil de renouvellement de la population. Après 2050, selon toutes les projections, la population diminuera plus ou moins fortement dans la plupart des pays sauf en Afrique subsaharienne. Si la population humaine a pu bondir de sept milliards en un siècle et demi, elle le doit à la chute phénomènale de la mortalité et surtout de la mortalité infantile (enfants de moins d'un an) induite par les progrès scientifiques, sociaux et matériels mis en oeuvre par les Européens. Dans tous les pays, encore une fois à l'exception de l'Afrique subsaharienne et de quelques autres pays (Afghanistan,...), les populations se sont adaptées à la nouvelle donne en limitant le nombre de leurs enfants. C'est la « transition démographique » (dico).

Des pays comme l'Iran ont vu leur fécondité passer en 20 ans de 7 enfants par femme à moins de deux. Les Iraniennes nées il y a 20 à 30 ans font moins de deux enfants mais le total des naissances reste néanmoins beaucoup plus élevé que le total des décès car les Iraniens qui meurent aujourd'hui sont pour la plupart nés il y a 70 ans quand le pays était encore très peu peuplé et eux-mêmes étaient donc très peu nombreux. Voilà pourquoi la population de l'Iran comme de la plupart des autres pays (sauf en Afrique) continuera de croître pendant quelques décennies (mais de moins en moins vite), comme une voiture lancée à grande vitesse et dont le moteur aurait été coupée.

Mais dans les pays les plus avancés, Extrême-Orient (Corée, Japon, Chine,...) et Occident, la chute de la natalité ne s'est pas arrêtée au seuil de 2 à 2,1 enfants par femme qui assure le renouvellement des générations, sans plus. Elle a poursuivi sa baisse de sorte que ces pays sont sur la voie d'un effondrement démographique très rapide, avec une fécondité de 0,9 à 1,5 enfant par femme quand il en faudrait 2,1. Conséquence : des sociétés écrasées par le poids des vieux.

Avec une fécondité proche d'un enfant par femme, les classes éduquées qui fournissent l'essentiel des enseignants, ingénieurs, informaticiens, médecins, magistrats, infirmiers, artisans, agriculteurs, compagnons et ouvriers qualifiés, etc., voient leurs effectifs divisés par près de deux à chaque génération, tous les trente ans environ. Nous ne pouvons pas recourir à l'immigration pour y remédier car celle-ci n'a à offrir pour l'essentiel que des prolétaires sans qualification, pour la plupart seulement aptes à des emplois de service dans la restauration, le ménage, les livraisons, etc. Et tandis que les actifs qualifiés ne sont pas renouvelés, les effectifs de personnes âgées à la charge des actifs n'en finissent pas de s'accroître. Cet insuffisant renouvellement des générations fait que nous sommes confrontés à l'effondrement des services vitaux par manque de personnel qualifié : santé, éducation, justice, etc. 

Un « modèle » de développement doublement mortifère

Cet « hiver démographique » limitera-t-il du moins le réchauffement climatique ? Pas du tout, même si les deux phénomènes puisent leur origine dans l'american way of life, orientée vers la consommation à outrance et ne laissant pas aux jeunes gens, surtout dans les métropoles, le temps de se rencontrer, s'aimer et fonder une famille. Trop de stress... et trop de perturbateurs endocriniens qui affectent la fertilité  !

Ce ne sont pas les bébés de demain qui vont pourrir le climat dans les trente années décisives qui sont devant nous ; ils seront encore trop jeunes pour cela. Les seuls responsables du réchauffement climatique à venir sont les générations déjà, nées dans les pays dits « développés »

Les émissions de gaz à effet de serre viennent en effet  de notre addiction à des produits et des services sans cesse renouvelés de plus en plus énergivores : véhicules SUV, mobiles à courte durée de vie (obsolescence programmée), visioconférences associées au télétravail, services en ligne (très énergivores), produits et aliments exotiques, croisières et vacances au bout du monde. Chaque année qui passe voit émerger de nouveaux « besoins » plus énergivores que les précédents. Dans les dernières années sont ainsi apparus le home cinéma et les murs vidéo, les  publicités lumineuses, l'internet 5G et le métaverse, les réfrigérateurs connectés, etc., sans que les enfants à naître en soient responsables.

Tout cela n'a n'a rien à voir avec le nombre. Les deux à trois milliards d'Africains supplémentaires qui s'ajouteront à l'humanité d'ici 2100 ne contribueront pour ainsi dire pas à l'accroissement de l'effet de serre. Par contre, le milliard et demi d'Occidentaux et de Chinois de 2100 émettra, au train où s'accroît leur consommation, beaucoup plus de gaz à effet de serre que les 2,5 milliards actuels...

André Larané
Publié ou mis à jour le : 2022-11-24 10:39:02

 
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