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L'Afrique contemporaine
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Afrique

Illusions et désillusions des indépendances


Dans les années 1950 et 1960, quand les États d'Afrique noire s'émancipent après un demi-siècle de colonisation européenne, il ne fait pas de doute pour les commentateurs « éclairés » que cette vague d'indépendance ouvre la voie à des progrès rapides.

L'Afrique noire présente en effet au moment de la décolonisation d'immenses atouts : elle a une population jeune mais ne souffre nulle part ou presque de surpopulation ; elle bénéficie de terres bien arrosées et parmi les plus fertiles du monde et son sous-sol promet de belles surprises en minerais et pétrole.

Le niveau de vie des populations, quoique très bas, est plutôt meilleur que celui des malheureux Coréens, lesquels souffrent alors de tous les maux de la terre, y compris de la surpopulation, de la guerre et de la famine.

Désillusions

L'Afrique noire est mal partie (René Dumont)Pourtant, très vite, un prophète de mauvais augure apporte une note discordante parmi les bonnes fées penchées sur le berceau des nouveaux États. C'est un agronome tiers-mondiste et socialiste qui deviendra plus tard le chef de file des écologistes français.

Il a nom René Dumont et publie un livre au titre tonitruant : L'Afrique noire est mal partie (Seuil, 1962).

Il regrette en premier lieu que l'aide occidentale à l'Afrique fasse fi des besoins de la population. 

L'effort sur l'éducation est par exemple concentré sur l'enseignement supérieur. Il forme des juristes, des économistes, des intellectuels ou des médecins totalement inadaptés aux besoins de leur pays de sorte qu'ils n'ont d'autre hâte, une fois diplômés, que d'émigrer en Occident ou de travailler pour les organisations internationales. Rien n'est fait par contre pour former de bons professionnels, ouvriers ou techniciens, dans l'agriculture ou l'industrie. 

René Dumont dénonce surtout les maux qui, un demi-siècle après, affectent toujours le continent noir : corruption, absence de civisme et d'État de droit, détournement à grande échelle de l'aide occidentale, pillage des ressources naturelles par les bandits internationaux assistés des chefs locaux etc.

Sans exception, tous les jeunes dirigeants qui accèdent au pouvoir sous les applaudissements des médias occidentaux finissent au bout de quelques années en ploutocrates népotiques. 

La raison ? Elle tient principalement à ce que les sociétés traditionnelles, en Afrique noire, sont fondées sur la solidarité familiale. C'est sur la famille élargie ou le clan que chacun compte pour sa protection et son avancement, bien plus que sur ses mérites personnels dans un État impartial.

Les élections organisées pour complaire aux donateurs occidentaux se réduisent pour cette raison à des conflits ethniques. Derrière chaque parti politique se dissimule un clan ou une tribu, note l'historien africaniste Bernard Lugan.

Toute personne qui accède à un poste de responsabilité se voit aussitôt assaillie de demandes pressantes de son clan. Forcée de les satisfaire, elle va s'acoquiner avec des affairistes véreux, occidentaux ou africains, pour s'approprier l'aide internationale, tant publique que privée, et la redistribuer à ses obligés. 

Par un singulier paradoxe, les pays qui reçoivent le plus d'aide de la part des gouvernements occidentaux et des particuliers sont aussi ceux qui voient leur situation empirer le plus vite d'année en année. Ainsi en va-t-il du Sénégal ou, de l'autre côté de l'Atlantique, d'Haïti.

 C'est que les dirigeants de ces pays, prompts à détourner à leur profit l'aide internationale, ne voient aucun intérêt à ce que celle-ci diminue. Quant à leurs concitoyens pauvres, ils s'habituent à être pris en charge et assistés. Ils en oublient la nécessité de travailler par eux-mêmes.

Enfin, ultime paradoxe, cette situation toujours plus dramatique convient aux organisations caritatives occidentales, à leurs salariés et à leurs donateurs qui y voient une raison de poursuivre leur action, un peu comme des pompiers qui se féliciteraient de la recrudescence des incendies.

Statistiques et réalité

Les statisticiens affichent en ce début du XXIe siècle des chiffres flatteurs et rassurants concernant la croissance économique en Afrique subsaharienne : 3 à 6% par an dans certains pays. 

Considérant les incertitudes qui pèsent sur les statistiques des pays européens comme la Grèce ou l'Italie... ou la surévaluation grossière de la croissance soviétique dans les années 1960, on peut prendre ces taux de croissance avec circonspection. Ils traduisent surtout la hausse des prix des matières premières du sous-sol et de l'agriculture. Ce sont à peu près les seuls produits d'exportation du continent et le bénéfice de leur vente ne profite qu'à l'oligarchie et aux cadres étrangers qui les exploitent. 

Rien n'accrédite un décollage économique du continent noir (sauf peut-être en Éthiopie et au Ghana, pays qui ont pris le relais de la Côte d'Ivoire d'Houphouët-Boigny comme modèle de progrès). Le continent ne dispose ni d'infrastructures ni surtout de services publics fiables. Plus grave que tout, l'absence d'État de droit place les entrepreneurs potentiels dans l'insécurité totale de sorte que les talents africains soit émigrent, soit accaparent le pouvoir et les prébendes qui s'y rattachent (*).

Colonisation bis ?

Tandis que les anciennes puissances coloniales s'effacent faute de moyens et de volonté, de nouveaux acteurs s'introduisent sur le continent africain. Ce sont les États émergents d'Asie, telles la Corée, l'Inde et surtout la Chine.

Ils n'ont d'autre but que de s'approprier les ressources naturelles du continent sans prendre la peine de cacher leur avidité sous l'argument de la « mission civilisatrice », comme les Européens de la fin du XIXe siècle, ou de l'aide au développement, comme ceux de la fin du XXe siècle.

Dans les premières années du XXIe siècle, les Asiatiques ont commencé par acheter d'immenses surfaces de bonnes terres arables en Éthiopie, au Congo ou encore à Madagascar à seule fin de nourrir leur population et approvisionner leur industrie.

Depuis 2008, leur percée sur le continent africain donne le tournis. Déjà l'on compte près d'un million de Chinois établis en Afrique noire. C'est davantage que le total des Européens qui y ont vécu depuis l'époque de Louis XIII.

Il ne s'agit pas de fonctionnaires et d'ingénieurs destinés à encadrer la population locale et la former comme au temps de la colonisation européenne mais pour l'essentiel de pauvres hères sans qualification, qui ont débarqué avec à la main des sacs en plastique contenant tous leurs biens. Et ces Chinois-là, avec hargne et courage, ont défriché des terres, ouvert des commerces, conduit des taxis, exploité des carrières... bref, se sont lancés avec succès dans des activités jusque-là réservées aux Africains du cru. Les tensions communautaires n'ont pas manqué de croître dès lors que ces derniers ont ressenti les effets de cette concurrence.

Les dirigeants chinois, de leur côté, multiplient les tournées africaines en vue de mettre la main sur les ressources du sous-sol et de la mer, avec la complicité de la classe politique africaine. Ainsi ressurgissent les vieux schémas de la traite atlantique qui voyaient les chefs locaux vendre leurs sujets et leurs terres aux trafiquants de tous bords.

Au Gabon, par exemple, la pêche côtière est passée sous la coupe de trois armateurs chinois (seul résiste en 2012 un armateur franco-gabonais) et la population locale en vient à manquer de poisson. En Angola, tandis que les compagnies pétrolières exploitent les fonds sous-marins, les entreprises chinoises mettent en coupe réglée l'économie intérieure : exploitation du sous-sol, création de grandes exploitations agro-industrielles, réseaux commerciaux, infrastructures, le tout orienté vers les besoins chinois.

Par ailleurs, les commerçants chinois inondent les marchés locaux de produits manufacturés à bas prix qui tuent dans l'oeuf l'industrie de transformation africaine. En Afrique du Sud, seul pays industriel du continent, l'industrie textile nationale a été ruinée en quelques années par les importations à bas prix avec laquelle les Chinois paient leurs achats de minerais en tous genres.  

Ainsi l'Afrique est-elle mise en coupe réglée à l'entrée comme à la sortie. Cela ne va pas sans heurts. En août 2012, à Marikana, la police sud-africaine a massacré des mineurs qui réclamaient des hausses de salaires. Dans la Zambie voisine, les mineurs en révolte ont tué l'un de leurs patrons chinois. Une première. 

Mégalopoles et sous-développement

Le principal bouleversement apparu à la fin du XXe siècle en Afrique noire tient à l'explosion démographique, avec une fécondité qui ne faiblit que très lentement (deux milliards d'habitants prévus en 2050 contre 600 millions au début du XXIe siècle). Elle s'accompagne de l'apparition de mégapoles de plus de dix millions d'habitants (Lagos, Kinshasa...).

Ces mégapoles attirent les laissés-pour-compte des campagnes, avides de profiter des miettes de l'aide occidentale et des trafics en tous genres. À l'image des mégapoles de l'Antiquité, comme Rome, elles sont dépourvues de toute industrie et de toute activité productive et vouées à la consommation. Ainsi un quart des Africains possèderaient-ils déjà, en 2010, un téléphone portable... made in China.

Alban Dignat
Artificielles, les frontières ?

La Somalie est le seul État africain homogène : tous ses habitants appartiennent à la même ethnie et parlent la même langue. Pourtant, cela n'a pas empêché l'État somalien de disparaître dans les années 1970 et de laisser la place à des seigneurs de la guerre.

Devenue le premier territoire de l'époque contemporaine sans État ni administration, la Somalie montre que l'homogénéité ethnique n'est en rien un atout pour les États issus de la colonisation européenne.

Leurs frontières ne sont, somme toute, guère plus artificielles que celles de nombreux États asiatiques ou sud-américains nés aux XIXe et XXe siècles ou même de vieux États européens. Ces frontières inspirent souvent même déjà un fort sentiment d'appartenance nationale. On est Sénégalais avant d'être Toucouleur, Ghanéen avant d'être Peul et Gabonais avant d'être Fang...

Sauf à multiplier les guerres « à la yougoslave », il serait de toute façon impossible de dessiner en Afrique, aujourd'hui, des États viables sur des bases strictement ethniques ou linguistiques, celles-ci étant entremêlées et indistinctes. Rappelons le mot de Félix Houphouët-Boigny : « Non ! les Européens n'ont pas balkanisé les peuples d'Afrique ! Ils les ont au contraire rassemblés » (*).

Le seul véritable problème des États africains vient de leur absence de tradition centralisatrice. Au lieu de plagier les institutions des grands États européens, ces États auraient avantage à s'inspirer de la confédération helvétique, avec des gouvernements centraux réduits au minimum et des cantons autonomes à l'échelle de la tribu, codirigés par un chef traditionnel et un sénat (assemblée de vieux).


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• 26 juillet 1847 : Naissance du Libéria

Publié ou mis à jour le : 2016-09-28 17:15:42

Les commentaires des Amis d'Herodote.net

Les commentaires sur cet article :

Michel V. (20-12-201316:12:03)

Rien que la vérité dans ce texte mais ce n'est pas ce que propose d'enseigner à nos enfants le rapport sur l'assimilation que l'on trouve sur le site de l'Hôtel Matignon !

cornibert (23-04-201219:58:54)

Cette présentation de l'Afrique nouvelle et de son récent passé colonial mériterait d'être enseignée dans nos écoles.


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