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Côte d'Ivoire

Le rêve fracassé d'Houphouët-Boigny


La Côte d'Ivoire, sur le golfe de Guinée, était qualifié à l'époque coloniale de «tombeau des Blancs» en raison du climat insalubre de la zone littorale.

Elle est devenue dans les premières décennies de l'indépendance l'État le plus prospère de la région et d'aucuns ont espéré qu'elle serait le premier pays africain à entrer dans le club des pays développés.

Cette performance était à mettre au crédit du président Félix Houphouët-Boigny, qui a voulu bâtir une Nation à partir de «soixante tribus qui ne se connaissaient pas».

Ce rêve est en ce début du XXIe siècle compromis par la guerre civile et l'émergence de tensions ethniques et religieuses.

Joseph Savès.
Le pays aux soixante tribus

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Sur un quadrilatère de 322.000 km2 (les 2/3 de la France), la Côte d'Ivoire compte environ 21 millions d'habitants en 2010 (3 millions au moment de l'indépendance, en 1960).

La population native se répartit entre une soixantaine d'ethnies ou tribus, avec autant de langues ou de dialectes, divisées en quatre groupes principaux :
- Au sud-est, les Akans, cousins des habitants du Ghana voisin et répartis entre Baoulés, Sanwis...
- Au sud-est (et au Libéria limitrophe), les Krous,
- Au nord-ouest (ainsi qu'en Guinée), les Malinkés ou Mandingues,
- Au nord-est, les groupes voltaïques et en particulier les Sénoufos, principale ethnie ivoirienne.

Dans les zones forestières du sud, vouées à la culture du café et surtout du cacao, principale richesse du pays, la population est chrétienne ou animiste. Dans les savanes du nord, elle est majoritairement musulmane...

Un prince ivoirien chez le Roi Soleil

Le pays est repéré dès le XIIIe siècle par des marchands de Dieppe, qui viennent y charger des défenses d'éléphant. En 1469, il est redécouvert par l'explorateur portugais Soeiro da Costa qui donne aux fleuves locaux les noms de San Andrea (aujourd'hui Sassandra) et San Pedro.

Le littoral est appelé Côte des Dents puis Côte d'Ivoire. En raison du climat malsain des lagunes et des mangroves, et sans doute du mauvais accueil de ses habitants, on l'appelle aussi Côte des malgens (ou mauvaises gens).

Au XVIIe siècle, des marchands français de la Compagnie de Guinée s'intéressent à la région et en particulier au royaume d'Assinie, à l'est de la Côte d'Ivoire actuelle, où ils soupçonnent la présence d'or. Un prince d'Assinie est envoyé à Versailles, à la cour de Louis XIV. Il est baptisé par Bossuet en personne.

Mais cette tentative de rapprochement fait long feu et il faut attendre le milieu du XIXe siècle pour que les Français s'intéressent à nouveau à la région.

Le temps des colonies

En 1842, sous le règne de Louis-Philippe 1er, le lieutenant de vaisseau Charles-Philippe de Kerhallet rencontre Attékéblé, qui se dit souverain de Bassam, et conclut avec lui le traité de Bassam par lequel la France place sous son protectorat la lagune de Grand-Bassam.

À Assinie, sur la lagune de Grand-Bassam, un négociant rochelais du nom d'Arthur Verdier crée en 1863 une première «factorerie» (ainsi appelle-t-on les établissements qui pratiquent le négoce avec les populations locales). Il inaugure aussi les premières plantations de café et entreprend l'exploitation forestière.

D'abord nommé «Dépendances des Rivières du sud», l'ensemble de la région acquiert son nom définitif : «Côte d'Ivoire» par le décret du 12 décembre 1891. La colonie du même nom est officiellement constituée par le décret du 10 mars 1893. Elle se dote progressivement d'une administration. Vers le nord, sa frontière se stabilise après la capture d'un redoutable souverain local, Samory Touré.

En 1902, la Côte d'Ivoire devient partie intégrante d'un ensemble appelé Afrique Occidentale Française (AOF) et dirigé par un gouverneur général établi à Dakar, au Sénégal. En 1934, le port d'Abidjan, sur la lagune de Grand-Bassam, devient sa capitale.

La construction d'une voie ferrée d'Abidjan vers Ouagadougou, actuelle capitale du Burkina-Faso (anciennement Haute-Volta) marque le début d'un développement fondé sur l'exploitation du café, de la forêt, du coton et surtout du cacao, qui fait de la Côte d'Ivoire, après la Seconde Guerre mondiale, la colonie la plus prospère d'AOF.

Culture spéculative destinée à l'exportation, le cacao a l'avantage d'être exploité dans le cadre d'une agriculture familiale, en complément de cultures vivrières traditionnelles. Celles-ci trouvent leur place entre les rangées de cacaoyers.

Trois décennies de prospérité

Le 7 août 1960, la Côte d'Ivoire devient une république indépendante. Le premier président du nouvel État est un médecin de 55 ans devenu planteur de cacao et militant syndical, Félix Houphouët-Boigny. Il est né dans le village de Yamoussoukro (aujourd'hui capitale administrative du pays), en pays baoulé, et a été baptisé à l'âge de dix ans.

Surnommé le «Vieux», le nouveau président fait d'emblée le choix d'une coopération sans réserve avec l'ancienne puissance coloniale et se contente d'une armée d'opérette, faisant confiance à la France pour assurer sa sécurité extérieure.

Il instaure un parti unique, le Parti Démocratique de Côte d'Ivoire (PDCI) mais a soin d'y intégrer des représentants de toutes les ethnies ou tribus du pays. Au sein du gouvernement et dans l'administration, le président fait preuve de la même pondération. Chaque ethnie a sa part du pouvoir et... de l'aide occidentale.

Grâce au café et surtout au cacao, dont le pays est devenu le premier producteur mondial, le produit national brut par tête triple de l'indépendance à 1972, dépassant celui de tous les autres pays d'Afrique noire à l'exception de l'Afrique du sud.

Premiers nuages

En 1990, le pays est frappé de plein fouet par la crise économique et l'on s'aperçoit que les bénéfices du cacao ont été dilapidés par la corruption au sein de l'État. Après le discours de la Baule, et pour conserver l'aide financière de la France, le «Vieux» se résigne à introduire le multipartisme.

Il meurt le 7 décembre 1993 et dans les mois qui suivent, ses anciens dauphins, le sudiste Henri Konan Bédié et le nordiste Alassane Dramane Ouattara («ADO»), commencent à se déchirer. De l'ancien parti unique PDCI se détache un parti à dominante nordiste, le Rassemblement des Républicains (RDR).

Aux élections présidentielles de 1995, le président sortant Bédié est élu après avoir empêché Ouattara de se présenter au motif qu'il aurait des origines burkinabé (du Burkina Faso) et ne serait donc pas un vrai Ivoirien. Le président invente à cette occasion le concept xénophobe d'«ivoirité» et réveille imprudemment dans tout le pays les tensions tribales.

Suite à un coup d'État militaire, Ouattara est une nouvelle fois écarté des élections en 2000 et l'abstention massive de ses électeurs conduit à l'élection d'un sudiste, Laurent Gbagbo. Les milices du camp d'Ouattara, conduites par le jeune Guillaume Soro, tentent de le renverser en 2002. Ils en sont empêchés par l'intervention de l'armée française, toujours présente sur place depuis l'indépendance.

Le pays n'en sombre pas moins dans la guerre civile et se scinde en deux. Le président légal conserve la maîtrise de la capitale et de la zone cacaoyère ; les partisans d'Ouattara s'emparent du nord. En 2007, un semblant d'accord permet à Guillaume Soro de devenir Premier ministre. Enfin, poussé par les bailleurs de fonds internationaux, Laurent Gbagbo consent à remettre en jeu son mandat.

Les élections de novembre 2010 se soldent par sa défaite dans les urnes mais c'est au prix d'une brève guerre civile et d'une nouvelle intervention de l'armée française qu'Alassane Ouattara peut, à 69 ans, savourer sa victoire.

Publié ou mis à jour le : 2011-04-19 13:31:16

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