Enjeux démographiques

Huit milliards d'humains ! Et après...

La population mondiale s'élevait à 1 milliard d'hommes en 1800, 1,6 milliards d'hommes en 1900 et 6 milliards en 2000. Elle aurait atteint les huit milliards à la mi-novembre 2022 selon la Division de la Population des Nations Unies. Elle pourrait encore augmenter d'un tiers pour atteindre 9,7 milliards en 2050 et culminer à  10,4 milliards en 2080 d'après les projections moyennes de l'ONU (note).

Cette croissance très rapide résulte de la baisse de la mortalité et en particulier de la mortalité infantile (enfants de moins d'un an) et de la mortalité maternelle. Elle est la conséquence d'une amélioration sans précédent des conditions de vie moyennes de l'humanité : disparition des grandes famines et augmentation de l'espérance de vie d'environ vingt ans... Elle n'a rien à voir avec la natalité. Depuis les temps les plus anciens, en effet, les femmes n'ont cessé de s'éloigner de leur fécondité « naturelle » (vingt maternités environ dans une vie féconde complète) et, sauf rares exceptions, si, dans un pays, la population augmente, c'est seulement parce que la mortalité diminue plus vite que la natalité.

La croissance démographique des deux derniers siècles est donc étroitement liée à l'amélioration de nos conditions de vie. Elle est désormais derrière nous et l'on peut craindre que la décroissance démographique qui se profile, si elle devient trop rapide, soit le signe d'une dégradation de nos conditions de vie !...

La mortalité infantile, étant arrivée à son étiage, ne peut plus guère diminuer. Il n'y a pas de progrès significatif à en attendre. Par ailleurs, l'indice de fécondité est en train de chuter dans de nombreux pays très en-dessous du seuil indispensable au simple renouvellement de la population. Hors Afrique noire, cet indice de fécondité n'est plus que de 1,91 enfants par femme en 2021 selon un calcul d'Herodote.net fondé sur les chiffres onusiens (tableau) quand il en faudrait 2,1 pour simplement éviter une diminution de la population. Ce non-renouvellement massif des générations est un phénomène complètement inédit dans l'Histoire de l'humanité, du moins en temps de paix ! 

Dans toutes les hypothèses, la population mondiale hors Afrique noire diminuera bien avant 2100 et le reliquat de croissance sera tout entier porté par l'Afrique subsaharienne dont la population passera de 2 à près de 4 milliards. 

André Larané
Un document exceptionnel : la population mondiale, 1950-2100 !

Herodote.net met à la disposition de tous ses lecteurs un tableau synthétique des données économiques et démographiques de plus de 200 pays et territoires en 2021 : Des chiffres pour éclairer notre futur. Sous format pdf, ce tableau peut être téléchargé, imprimé et transférer à toute personne intéressée.

En avant-première, Herodote.net a aussi extrait des tables statistiques des Nations Unies du 11 juillet 2022 un document lumineux et instructif : Tableau général de la population mondiale (1950-2100). Ce document témoigne des grandes tendances démographiques (croissance et déclin, natalité, fécondité, mortalité, migrations) pour les grandes régions du monde et pour chaque pays en particulier. Au format Excel, il se prête à des manipulations pour des études spécifiques et des préparations de cours et d'exposés.

Le monde au milieu du XXIe siècle, projection d'après le nombre de naissances dans les grandes régions
 

Un monde sens dessus dessous

Le graphique ci-dessous, publié par les Nations Unies en 2019, montre les dix pays les plus peuplés du monde en 2019 avec des projections en 2050 et 2100. Les démographes de l'ONU confirment la croissance soutenue des États-Unis, sous l'effet de l'immigration, mais ils anticipent une diminution d'un tiers environ de la population chinoise d'ici la fin du siècle. Sauf cataclysme majeur, on voit que le Nigeria (900 000 km2 et 733 millions d'âmes) talonnerait en 2100 l'immense Chine (9 500 000 km2) qui n'aurait plus que 1,065 milliards d'âmes (10% de la population mondiale) ! L'Empire du Milieu, qui représentait 35% de la population mondiale en 1850 avec 435 millions d'habitants (un humain sur trois), n'en pèse déjà plus que 18%. L'Europe et la Russie pourraient de leur côté disparaître des écrans radars en dépit d'une importante immigration africaine. 

D'une manière générale, les démographes onusiens tablent sur un alignement de la fécondité de tous les pays du monde entre 1,5 et 2 enfants par femme en 2100 avec une moyenne à 1,84. L'Afrique subsaharienne chuterait ainsi de 4,31 à 1,99 enfants par femme, ce que l'on peut admettre et espérer car, même si elle est encore sous-peuplée, l'Afrique a malgré tout des ressources limitées. Cela dit, de publication en publication, les démographes sont toujours aussi déroutés par la lenteur de la transition démographique en Afrique et n'en finissent pas de corriger à la hausse les perspectives d'évolution de la population subsaharienne.

Plus surprenant, l'Extrême-Orient et l'Europe verraient leur fécondité se redresser respectivement de 1,17 à 1,50 et de 1,48 à 1,67. Ainsi, les démographes anticipent un redressement sensible de la fécondité chinoise, de 1,16 enfants par femme en 2021 à 1,48 en 2100 !  Ces projections sont grandement sujettes à caution en particulier lorsque la fécondité est tombée en-dessous de 1,5 ou 1,2 enfant par femme car, à cet étiage, les personnes âgées pèsent d'un tel poids sur les actifs et les jeunes ménages que ceux-ci n'ont plus les ressources d'élever correctement ne serait-ce qu'un ou deux enfants.

De l'avis du démographe Hervé Le Bras (Books, novembre 2022), ces projections très optimistes de l'ONU traduiraient la volonté politique de dessiner un avenir serein dans lequel s'effaceraient les déséquilibres actuels avec de puissants courants migratoires depuis l'Asie du sud et surtout l'Afrique vers l'Europe vieillissante et encore riche, en voie de dépeuplement accéléré.

Classement des dix pays les plus peuplés du monde selon les estimations et prévisions de la Division de la Population des Nations Unies

Le graphique ci-dessus illustre les deux phénomènes opposés qui sont en passe de bouleverser le XXIe siècle :
• D'une part donc, la croissance de la population subsaharienne portée par un irrépressible appétit de vie,
• D'autre part l'effondrement toujours plus rapide des populations occidentale et extrême-orientale, qui devront aussi supporter une proportion écrasante de vieillards. En 2021, la fécondité des Sud-Coréennes est tombée à 0,88 enfant par femme, ce qui correspond en régime de croisière à une division par deux de la population à chaque génération (note).

Un monde plus contrasté que jamais

En 2022, nous sommes donc 8 milliards d'êtres humains, avec une espérance de vie moyenne de 71 ans (en diminution de près de deux ans en raison du Covid-19). Derrière ce total et ces moyennes se cachent des disparités toujours plus fortes. Jamais dans l'Histoire de l'humanité n'ont en effet été observés d'aussi grands écarts entre les revenus, les espérances de vie et surtout les indices de fécondité, de 6,82 enfants par femme au Niger à 0,88 en Corée.

L'espérance de vie à la naissance et la mortalité infantile (proportion d'enfants morts avant l'âge d'un an) sont les indicateurs les plus pertinents du bien-être collectif car ils reflètent la qualité de l'alimentation et de l'hygiène, des infrastructures publiques et de l'éducation des femmes...

Alors que l’espérance de vie plafonne à 60 ans en Afrique subsaharienne (50 ans environ pour les hommes du Congo-RDC), elle atteint 87 ans pour les Japonaises, soit presque deux fois plus que celle des Congolais ! Notons que le Japon, dont les médias retiennent exclusivement le haut niveau d'endettement public, affiche également un autre record : une très faible mortalité infantile, avec seulement 2 décès pour 1 000 naissances vivantes.

Aux États-Unis, le taux de mortalité infantile s'élève à 6 pour 1 000 naissances vivantes, contre... 4 à Cuba ! Si l'on en croit les données ci-dessus des Nations Unies, les pauvres Cubains ont aussi une espérance de vie égale à celle des Étatsuniens, toutes classes confondues : 76-77 ans pour les hommes, 80-81 ans pour les femmes.

Malgré un système social et économique dont les médias et les dirigeants disent pis que pendre, la France se tient quant à elle à un niveau très honorable, bien meilleur que les États-Unis, tant pour la mortalité infantile (4 pour 1 000 naissances vivantes) que pour l'espérance de vie (79 ans pour les hommes, 85 ans pour les femmes).

La baisse, jusqu'où ?

Dans l'ensemble, et malgré les apparences, la croissance démographique et la crainte d'un trop-plein d'hommes sont derrière nous. Faut-il nous en réjouir ? Pouvons-nous espérer que cela nous conduise vers un monde stable, baignant dans la quiétude et le bonheur ?

Photo extraite du film Human (Yann Arthus-Bertrand, 2015)Nous le pourrions si la baisse de la fécondité s'arrêtait au niveau où se renouvellent les générations, avec une moyenne par femme d'une fille arrivant à l'âge adulte.

Or, ce palier, indispensable sur le long terme pour éviter la disparition d'une société humaine, n'est plus atteint dans la plupart des pays occidentaux, en Extrême-Orient et dans certaines régions du sud de l'Inde comme le Kerala.

En moins de deux décennies, l'indice de fécondité est même tombé aux alentours d'un enfant en moyenne par femme dans des régions naguère prolifiques comme la Ligurie (Italie), les Asturies (Espagne), la Corée ou Taiwan.

L'Allemagne, avec un indice de fécondité de 1,5 enfants par femme, se situe dans la moyenne basse de l'Europe. Elle fait « moins mal » que l'Europe du Sud (Espagne, Portugal, Italie, Grèce, Bosnie...) avec 1,2 à 1,4. Ces pays, tout comme le Japon ou encore Taiwan, voient déjà leur population diminuer et le mouvement est appelé à s'accélérer avec la disparition des générations âgées, plus nombreuses. 

La chute de la fécondité en-dessous du seuil requis pour le renouvellement des générations s'observe dans tous les pays modernes ou émergents (Amériques, Eurasie). Elle semble très liée au niveau d'instruction des femmes et à l'urbanisation. En Éthiopie l’indice de fécondité dans la capitale Addis-Abeba est de 1,8 enfant par femme, alors qu’il atteint 7,2 dans la région pauvre et rurale du Somali.

Pourquoi fait-on ou pas des enfants ?

Nul ne saurait dire pourquoi il a des enfants et c'est normal car l'enfantement échappe à la raison raisonnante. Il est motivé par des forces intérieures communes à l'ensemble des êtres vivants et que nous enrobons de sentiments et de tendresse. Mais chacun est en mesure de dire pourquoi il ne veut pas d'enfant ou seulement un nombre très restreint et ces raisons-là sont quasi-exclusivement sociales.
Photo extraite du film Human (Yann Arthus-Bertrand, 2015)Dans les pays pauvres, l'éducation et le statut des femmes sont sans doute pour beaucoup dans la diminution de la fécondité. Ainsi, en Inde, on observe de grandes disparités entre le Sud, où les femmes ont un niveau de vie très bas mais un taux d'alphabétisation élevé et un comportement proche des Européennes, et le Nord où elles ont un comportement plus proche des Orientales musulmanes (faible niveau d'éducation, oppression masculine et fécondité plutôt élevée).
D'autres facteurs d'ordre culturel ou politique peuvent aussi intervenir sur la fécondité. Au plus fort de la Seconde Guerre mondiale, l'indice de fécondité des Françaises a presque doublé. Peut-être un réflexe de survie dans un environnement dramatique ? Aujourd'hui, au Proche-Orient  (Israël et Palestine), les rivalités politiques se traduisent par une concurrence des berceaux entre Palestiniennes et Israéliennes.
En Afrique subsaharienne et dans quelques autres pays pauvres, la fécondité se maintient à des niveaux exceptionnellement élevés parce qu'à défaut de patrimoine foncier, le prestige des hommes et des femmes se mesure à la taille de leur descendance. Transcendant leur pauvreté, les femmes cultivent l'intime satisfaction de vaincre le dénuement et la mort à travers leur nombreuse progéniture et l'assurance d'une longue lignée (note).
Dans les pays développés, en Occident comme en Extrême-Orient, c'est la crainte de manquer de temps, d'argent, d'assistance et de tous autres moyens matériels pour élever l'enfant à venir, c'est le manque de logements spacieux dans les métropoles et le coût prohibitif de l'éducation et de la santé qui dissuadent les couples d'élever plus d'un enfant. Tout cela résulte d'un modèle de société qui privilégie la production et la consommation de biens et de services ludiques et bon marché au détriment des besoins fondamentaux que sont le logement, l'éducation et la santé. 
Un nombre croissant de couples se détournent de la maternité, perçue comme une charge qui entrave la réussite matérielle et le plaisir immédiat sans apporter un supplément de considération. Cette primauté de l'individu sur la société et du présent sur le long terme est sans précédent dans l'Histoire humaine. Elle remonte tout au plus aux années 1960-1970. Illustrée par les débats sur la procréation assistée, l'homo-trans-sexualité ou encore le transhumanisme, elle fait fi de la perpétuation de l'espèce, un objectif propre à tous les êtres vivants. Beaucoup de personnes, aussi, souffrent de ne pouvoir engendrer et élever une famille du fait de la solitude, du stress et des difficultés inhérentes à une société déréglée.
Dans les jeunes générations, désorientées par l'absence de perspectives politiques, le choix contraint de ne plus faire d'enfant s'abrite aujourd'hui derrière l'écologie. Il apparaît plus confortable que de changer notre mode de vie centré sur la voiture, l'avion et la virtualisation des échanges, qui tout à la fois dérègle le climat et nous détourne de la vraie vie.

L'« hiver démographique »

The big baby bust, rapport de James Pomeroy sur les perspectives démographiques (HSBC, Londres, 22 août 2022)Un indice de fécondité (dico) de 1,4 à 1,5 signifie une baisse d'un tiers du nombre des naissances à chaque génération (tous les trente ans environ), soit une division par trois de la population totale en un siècle.

Le plus important est que cette diminution s'accompagne d'un déséquilibre des rapports inter-générationnels, avec une augmentation relative très importante des catégories âgées et très âgées au détriment des plus jeunes.  

Entrevues par le grand démographe Alfred Sauvy, les conséquences humaines, sociales et politiques de l'« hiver démographique » sont difficiles à mesurer : non-transmission des savoirs, étiolement des liens sociaux, inégalités croissantes, domination par la fraction la plus âgée et la plus conservatrice de la population, absence de perspective d'avenir, morosité et manque d'appétence pour la vie, prévalence de la rente sur le travail, préférence pour l'épargne spéculative au détriment de l'investissement productif.

Dans la revue Books (novembre 2022), le démographe Emmanuel Todd y voit rien moins qu'une menace pour la survie de nos démocraties, avec le risque que les inactifs âgés, très majoritaires dans le corps électoral, n'en viennent à imposer dans tous les domaines de la politique des solutions de court-terme à leur seul bénéfice (pensions de retraite, soins de santé,...) au détriment des actifs, des jeunes couples et des familles.

Songeons qu'en 1970, avec deux à trois enfants par femme en moyenne, un sexagénaire français était entouré de quatre à six petits-enfants qui lui imposaient leur rythme et leur joie de vivre. Un demi-siècle plus tard, avec une descendance le plus souvent réduite à deux ou trois petits-enfants, les rapports sont inversés. Ce sont les petits-enfants, en minorité dans les réunions de famille, qui subissent le rythme lent et la neurasthénie des aînés... en attendant de supporter leur charge financière. 

L'Histoire nous instruit sur les effets d'une « déflation » démographique. Nul besoin pour cela de ressortir les poncifs sur la Grèce classique et l'empire romain, victimes de leur dénatalité, ni de remonter aux Ve et VIe siècles de notre ère durant lesquels la population mondiale a décrû du fait de la dénatalité à Rome et en Chine.

Photo extraite du film Human (Yann Arthus-Bertrand, 2015)Rappelons-nous simplement que les années les plus noires de l'Histoire européenne (1914-1945) ont coïncidé avec ses années de plus faible fécondité... Et que la fabuleuse embellie politique, économique et sociale dont  le Vieux continent a bénéficié de 1945 à 1973 était corrélée à une natalité exceptionnellement dynamique, en général proche d'une moyenne de 2,5 enfants par femme.

Notons enfin que l'explosion du chômage, à partir de 1973, a suivi en Europe l'effondrement de la natalité. Ce paradoxe vient d'une simple réalité : l'envie de fonder une famille et de prolonger la chaîne des générations reste pour tous les hommes la plus efficace incitation au travail, à l'investissement et au progrès social.

« La poussée démographique a été la clé de l'essor de l'Europe occidentale entre le Xe et le XIIIe siècles. À l'inverse, les périodes de repli ou d'effacement correspondent à des phases de régression démographique. Quel thème de méditation ! Quel sujet d'inquiétude ! L'Europe est aujourd'hui un monde creux entouré de mondes pleins, comme elle fut elle-même jadis un monde surabondant dominant des mondes vides. L'interrogation sur l'avenir de notre continent n'est pas séparable d'une interrogation sur sa démographie » rappelle l'historien René Rémond (note) dans un propos qui fait écho aux cris d'alarme d'Alfred Sauvy et de l'historien Pierre Chaunu.

Certains écologistes voudraient voir dans la baisse de la population des pays développés un remède à la surexploitation de la planète. Mais cette thèse reste à démontrer : l'environnement naturel souffre davantage de notre mode de vie (étalement urbain, agro-industrie, voiture, avion) que de la taille de nos familles. Un couple d'Européens sans enfants gaspille beaucoup plus qu’un foyer afghan ou africain avec une nombreuse progéniture (note).

Mirage oriental

Dans les années 1970, les démographes ont été pris de court par l'évolution de l'Europe et de l'Extrême-Orient vers une fécondité régressive, de l'ordre de 1 à 1,8 enfants par femme alors qu'ils attendaient une stabilisation à l'équilibre (2,05 enfants par femme), au terme d'une hypothétique « transition démographique » (note).

Évolution du taux de fécondité totale au Maghreb depuis 1990En ces années 2000, ils ont été doublement surpris par l'évolution des pays maghrébins. Ceux-ci connaissaient dans les années 1970 une fécondité exceptionnellement élevée (8 enfants par femme en Algérie). Puis, dans les années 1980, la fécondité des Maghrébines a paru rejoindre les seuils occidentaux plus vite qu'en aucune autre région du monde. Après cette première surprise, les démographes en ont eu une seconde quand ils l'ont vu se redresser légèrement mais significativement à partir de 2005.

L'Algérie a redépassé le Maroc et culmine en 2015-2020 à 3,1 enfants par femme (estimation des démographes onusiens) tandis que le Maroc semble en voie de se stabiliser à 2,4 enfants par femme. Plus surprenant encore, les pays déstabilisés par le « printemps arabe » de 2011, comme la Tunisie, l'Égypte ou encore la Syrie connaissent une relance de la natalité aux dires du démographe Youssef Courbage (note).

Ce regain de natalité, qui touche les villes plus que les campagnes, paraît corrélé au regain de religiosité dans les pays arabo-sunnites. Cela signifierait que le « modèle » européen et extrême-oriental n'est pas l'avenir inéluctable de l'humanité... Et l'on peut se demander si les pays du Moyen-Orient ne sont pas appelés eux aussi à connaître un regain après une décrue brutale, à l'image du Maghreb ?

Deux pays méritent toute notre attention :

- L'Arabie séoudite (30 millions d'habitants) a vu son indice de fécondité chuter en quinze ans de 6,4 à 2,3 enfants par femme, ce qui laisse augurer des remous sous la burqua. Difficile en effet d'imaginer que les Séoudiennes en voie d'émancipation supportent indéfiniment la barbarie wahabbite/djihadiste de la clique dirigeante, fut-elle « alliée » de l'Amérique.

- L'Iran (80 millions d'habitants) a un indice de fécondité « européen » (1,69 enfants par femme en 2021), preuve de sa grande proximité avec l'aire occidentale... Difficile de concevoir que des sénateurs et un président américains rêvent d'en découdre avec ce pays porteur d'une grande civilisation de deux mille ans plus ancienne que la leur. Notons que les Alaouites de Syrie, proches des chiites, ont une fécondité du même ordre, tout comme les chrétiens du Liban.

La remontée légère de la fécondité dans certains pays islamistes détonne par rapport à la baisse générale en Europe, en Asie et dans les Amériques. Mais cela n'est rien à côté de l'Afrique subsaharienne. Celle-ci témoigne en effet depuis un demi-siècle d'une fécondité exceptionnellement élevée, avec des conséquences explosives pour l'Afrique comme pour son environnement immédiat, le bassin méditerranéen et l'Europe occidentale...

Publié ou mis à jour le : 2022-11-24 09:37:12

 
Seulement
20€/an!

Actualités de l'Histoire
Revue de presse et anniversaires

Histoire & multimédia
vidéos, podcasts, animations

Galerie d'images
un régal pour les yeux

Rétrospectives
2005, 2008, 2011, 2015...

L'Antiquité classique
en 36 cartes animées

Frise des personnages
Une exclusivité Herodote.net