Faut-il arrêter de faire des enfants pour sauver la planète ? Notons l'ironie de cette formule empruntée à un essai d'Emmanuel Pont : la planète est née cinq milliards d'années avant nous et elle nous survivra encore cinq milliards d'années ; elle n'a nul besoin de nous pour être « sauvée ». Ce qu'il s'agit de sauver est l'humanité elle-même, menacée par la crise écologique et le réchauffement climatique... et sans doute plus encore par la crise démographique !
Le réchauffement climatique (note) puise son origine dans la consommation de futilités en tous genres (SUV, voyages en avion, croisières, fast fashion,nourritures industrielles, mobiles, IA, etc., etc.). Ce consumérisme débridé est le fait d'à peine deux milliard d'êtres humains nés dans la deuxième moitié du XXe siècle. Vous et moi faisons partie de ces privilégiés. Nous faudrait-il pour autant renoncer à ces plaisirs qui font le piment de la vie ? Pas besoin, nous disent les porte-parole de l'écologie militante. Malins et habiles comme le Renard de la fable du bon La Fontaine, Les Animaux malades de la peste, ils ont trouvé le coupable idéal qui nous évitera ce sacrifice. Ce ne sera pas l'Âne comme dans la fable mais l'enfant à naître ! Il ne saurait protester et sa disparition nous arrangera tous, du moins en apparence...
L'enfant à naître est-il donc responsable de l'augmentation des émissions de gaz à effet de serre ? C'est tout le contraire que révèlent les chiffres de l'ONU :
• Les populations les plus pauvres de la planète émettent très peu de gaz à effet de serre (0,1 à 0,5 tonnes de CO2 par habitant et par an) et ce sont aussi les seules dont la fécondité reste élevée, voire très élevée.
• Les populations des pays riches diminuent en nombre de plus en plus vite mais ce sont les seules qui émettent des gaz à effet de serre en excès (5 à 20 tonnes de CO2 par habitant et par an).
Dans certains pays (Italie, Espagne, Corée, etc.), la fécondité tourne autour d'un enfant par femme, voire moins. Cela veut dire une division par deux du nombre des naissances à chaque génération, tous les trente ans environ. En Italie, le nombre de naissances devrait tomber de 400 000 en 2024 à 50 000 vers 2100 hors immigration.
Bien évidemment, si les riches font le choix de disparaître par dénatalité, l'effet s'en fera sentir sur le climat, mais bien au-delà de 2050, beaucoup trop tard pour enrayer l'emballement actuel des températures. Au demeurant, est-ce un objectif sensé que celui de « mourir guéri » ? L'objectif de toute société humaine saine d'esprit et de cœur n'est-il pas plutôt de se perpétuer de la meilleure des façons, dans un environnement social et écologique aussi harmonieux et aussi beau que possible ? Quel sens peut avoir la vie dans une société sans enfants ni avenir ?
Une réduction de la fécondité plus drastique qu'elle n'est aujourd'hui n'empêcherait de tout façon pas le réchauffement climatique d'aller à son terme pour deux raisons :
• Les enfants appelés à naître n'auront pas d'impact significatif sur les émissions de gaz à effet de serre dans les vingt prochaines années (leurs consommations se limitent à la nourriture et l'habillement).
• Qui plus est, depuis le début du XXIe siècle, nous observons que la chute de la fécondité dans les pays riches est concomitante d'une accélération des émissions de gaz à effet de serre : celles-ci ont augmenté de 60% environ depuis 1990 ! C'est le signe que nos émissions de CO2 sont avant tout liées à notre mode de vie et très largement déconnectées de la démographie.
Le « bon sens » est trompeur
Le lien présumé entre croissance démographique et émissions de gaz à effet de serre (CO2) repose sur une erreur de raisonnement : nous tendons à penser que si la population mondiale doit augmenter de huit milliards d'habitants aujourd'hui à dix milliards à la fin du siècle, les émissions de CO2 augmenteront normalement dans les mêmes proportions, soit de l'ordre de 25%.
Rien n'est plus faux comme le montre une rapide simulation :
• Selon les projections des démographes onusiens, la population de l'Afrique subsaharienne est appelée à quadrupler d'ici la fin du siècle, de un à quatre milliards d'habitants. Cette explosion démographique interdit toute amélioration significative du niveau de vie de sorte que ces nouveaux consommateurs ne dépasseront pas le ratio de 1 tonne de CO2/hab./an. Leurs effectifs augmentant de trois milliards, ils ajouteront donc un maximum de trois milliards de tonnes aux quarante milliards déjà émis chaque année, soit 7%.
• Le reste de l'humanité, responsable aujourd'hui de 97,5% des émissions de CO2 (39 milliards de tonnes par an environ sur 40 milliards), va perdre environ un milliard d'âmes du fait de son infécondité, de sept à six milliards. Si cette humanité déclinante a au moins la sagesse de stabiliser ses consommations d'énergies fossiles, il s'ensuivra une chute de ses émissions à 33 milliards de tonnes par an (39/7*6).
Au total, à la condition expresse que les populations d'Eurasie et des Amériques modèrent leur consommation (c'est mal parti : IA, SUV, croisières, transports aériens, etc.), les émissions de gaz à effet de serre devraient chuter de 10% en dépit d'une augmentation de la population mondiale de l'ordre de 25%. L'ampleur du réchauffement climatique dépendra donc entièrement de la propension de chacun à consommer et aucunement du nombre de naissances à venir. CQFD.





Climat : la faute aux bébés ?









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Voir les 10 commentaires sur cet article
Dunois (18-08-2024 21:01:20)
Il faudrait un peu plus de finesse dans l'analyse de tous ces brillants experts qui mettent dans le même sac Européens et Etats-Uniens ces derniers étant les plus gros producteurs de CO2 par tête... Lire la suite
jarrige (08-01-2024 15:15:45)
à Marcorel:
... c'est ce DONT on voudrait nous convaincre...
Roland Peccoud (09-01-2023 15:08:58)
On pourrait aussi parler de la surpopulation au niveau du ressenti des individus : manque d'espace vital, difficulté pour les parents de pouvoir nourrir convenablement leur progéniture et lui permet... Lire la suite