Reliques

Dieu à portée de main

Y a-t-il rien de plus universel que le culte des reliques ? Il n’est que de voir les fans de Johnny ou Kylian Mbappé se disputer leurs lambeaux de chemise, de guitare ou de maillot...

En d’autres époques, au Moyen Âge pour ne pas le cacher, ce culte a pris une dimension tout à fait officielle mais il est vrai qu’il s’adressait à un personnage de plus grande consistance, Dieu lui-même.

Le culte des reliques est apparu dans le christianisme dès le IIe siècle, quand l’empire romain était encore en pleine vigueur (note).

Dans Trésors sacrés, un petit livre délicieux paru en 2018, l’historien Michel Pierre raconte les péripéties auxquelles la chasse et la vénération des reliques ont donné lieu pendant plus de quinze siècles dans la chrétienté. C’est de la lecture de ce livre qu’est sorti le présent article.

Notons toutefois que toutes les religions - et pas seulement elles, comme on l’a vu en introduction – sont concernées peu ou prou par ce phénomène. C’est l’expression d’un besoin auquel même les esprits forts n’échappent pas. Qui ne conserve par devers lui l’image de l’être aimé ? Qui ne cache pieusement un objet auquel il prête une valeur très supérieure à sa valeur matérielle ?

André Larané

Saint-Louis recevant la Sainte-Couronne, la Sainte-Croix, la Sainte-Lance et d’autres reliques, enluminure du XIVe siècle.

Les traces matérielles de la Foi

Tout commence donc au milieu du IIe siècle. Jusque-là, la petite communauté de chrétiens n’a guère eu à souffrir le martyre, si l’on met à part la répression consécutive à l’incendie de Rome, sous Néron, en 64.

Le martyre de saint Polycarpe, fresque byzantine.Les choses se gâtent sous le règne de Marc-Aurèle, quand cet empereur philosophe s’inquiète de ce que les chrétiens refusent de sacrifier au culte impérial (on ne leur demande pourtant pas grand-chose, juste de brûler quelques grains d’encens en hommage à l’empereur).

À Smyrne (Asie mineure), le proconsul décide de sévir et, après avoir sacrifié quelques chrétiens aux bêtes féroces dans l’arène, il s’en prend au vieil évêque de la ville, Polycarpe, qui a reçu dans sa jeunesse la foi de l’apôtre saint Jean en personne ! Comme il est déjà tard et que les bêtes sont repues, il l’envoie au bûcher.

« Nous recueillîmes ses ossements d’une plus grande valeur que les pierres précieuses, pour les déposer en un lieu convenable. C’est là que, dans la mesure du possible, nous nous réunirons dans la joie et l’allégresse, pour célébrer, avec l’aide du Seigneur, l’anniversaire du jour où Polycarpe est né à Dieu par le martyre », écrit l’une de ses ouailles, un certain Marcion. C’est le premier témoignage d’une dévotion populaire pour les reliques et d’une dévotion accordée aux saints le jour anniversaire de leur naissance... à la vie éternelle.

Icône bulgare orthodoxe de Constantin et Sainte-Hélène, Pologne.La chronique ne nous dit pas quelles étaient les motivations des fidèles. Sans doute voulaient-ils d’abord offrir une sépulture honorable à leur évêque. Sans doute voulaient-ils aussi, de la sorte, ne pas l’oublier et rester fidèles à son enseignement, génération après génération.

Pour dire vrai, le culte des reliques ne commence à prendre forme pour de bon que deux siècles plus tard, après qu’Hélène, la mère de l’empereur Constantin le Grand, ait pris les choses en main.

Chrétienne très pieuse, elle a converti son fils à la nouvelle foi et l’un et l’autre, pragmatiques, se disent qu’il serait temps de s’intéresser aux témoignages matériels du passage du Christ sur cette Terre. C’est ainsi qu’en 327, à près de 80 ans, l’impératrice se rend en Terre Sainte. Elle est la première à effectuer un pèlerinage sur les lieux où le Christ a prêché et est mort.

Jérusalem n’a plus grand-chose à voir avec la ville de son temps. En 136, elle a été rebaptisée Aelia Capitolina par l’empereur Hadrien et, sur le Golgotha, le lieu même où le Christ a été crucifié, il a fait ériger un temple à Vénus !

Son lointain successeur Constantin s’empresse de faire raser le temple. Dans le même temps, sa mère, conseillée par l’évêque de la ville, saint Macaire, entame des fouilles pour retrouver des traces de la crucifixion.

Chapelle des reliquaires de la basilique Sainte-Croix-de-Jérusalem. Le reliquaire central contiendrait un fragment de la Vraie Croix. L'agrandissement montre  le coffret reliquaire de la Vraie Croix, avec couvercle coulissant, Byzance, XIIe siècle, Paris, musée du Louvre.Par chance ou plutôt par miracle, elle retrouve la Vraie Croix et « encore les autres instruments de la Passion, à savoir : les clous dont Notre-Seigneur avait été attaché, et le titre qui avait été mis au-dessus de sa tête [INRI] ». C’est du moins ce que relatera plus tard saint Ambroise (340-397), évêque de Milan.

Dans un louable souci d’équité, l’impératrice divise en trois les morceaux de bois. Les uns restent à Jérusalem dans une nouvelle basilique qui lui est dédiée, d’autres partent à Constantinople, les derniers enfin à Rome, dans son palais du Latran.

Trois siècles après, en 614, voilà que l’empereur perse Chosroès s’empare de Jérusalem, asservit ou massacre une fois de plus ses habitants et surtout s’empare de la Vraie Croix et l’emmène dans sa capitale, Ctésiphon. L’empereur byzantin Héraclius ne l’entend pas de cette oreille.Dix ans plus tard, il marche sur la Perse sassanide et reprend la Vraie Croix aux impies (les Perses sont alors de confession mazdéenne).

Au terme d’une longue et meurtrière campagne (la première « croisade » !), Héraclius reprend la relique et lui-même la réinstalle en 630 dans sa basilique après l’avoir porté sur son dos tout au long de laVia dolorosa, à l’image du Christ !

L'Invention de la Croix, Agnolo Gaddi, 1380, Florence.Las, quelques années plus tard, en 638, le calife Omar déboule dans la Ville Sainte et la soumet à la loi de l’islam. La relique disparaît jusqu’à sa redécouverte miraculeuse longtemps après, en 1099, avec l’arrivée des croisés.

Ceux-ci, comme tous les chrétiens de l’époque, manifestent beaucoup de ferveur à l’égard des reliques. Ils y voient un moyen de communiquer avec Dieu et de faire monter vers lui leurs prières.C’est aussi pour être mieux entendus de lui qu’ils vont porter la Vraie Croix en tête de leur armée lors de leur bataille décisive face à Saladin, à Hattîn en 1187. Le sultan ayant défait les croisés, il s’empare de la relique et celle-ci disparaît cette fois-ci pour de bon.

Notons que la découverte ou « invention » de la Vraie Croix par sainte Hélène est intervenue opportunément quelques mois après le concile de Nicée par lequel Constantin a obtenu la condamnation de l’hérésie arienne. Elle a ainsi paru donner raison à celui-ci !

Le reliquaire de sainte Hélène dans la crypte de Saint-Leu-Saint-Gilles à Paris. L'agrandissement montre la relique de Sainte-Hélène dans la crypte de la cathédrale de Trèves, Allemagne.L’exploit a valu à l’impératrice d’être déclarée sainte dès après sa mort, en 530, par la vox populi. Sa propre dépouille est elle-même devenue un objet de convoitise longtemps après sa mort, en 845. Elle a été alors volée à Rome par un moine qui l’a transférée à l'abbaye de Hautvillers, en Champagne, surtout connue aujourd'hui pour les exploits œnologiques de Dom Pérignon (l'inventeur des petites bulles du champagne).

Nouvelle pérégrination en 1820 : un autre moine a transféré les reliques à Paris, en l'église Saint-Leu-Saint-Gilles, rue Saint-Denis, au siège de la Confrérie des Chevaliers du Saint-Sépulcre, où l'on peut encore les vénérer.

Des reliques et des saints pour intercéder auprès de Dieu

Dans la chrétienté médiévale, le culte des reliques est apparu timidement mais l’on peut en voir les prémices aux premiers temps de l’Église, quand les chrétiens se réunissaient dans les catacombes pour y célébrer la messe. Les sarcophages servaient alors d’autels et cette pratique inspira l’idée qu’il ne pouvait y avoir d’eucharistie hors la présence de quelques restes d’un saint ou d’un martyr.

Le pape Félix Ier (269-274) en fit une obligation et celle-ci fut officialisée par le concile de Carthage, en 401.

À l’époque carolingienne, vers l’an 800, avec l’évangélisation en profondeur des campagnes, on se mit donc en quête de reliques pour les nouvelles églises, y compris dans les plus modestes villages, et, pour pourvoir à la demande, on eut vite fait d’invoquer la sainteté de tel prédicateur ou ermite des temps anciens dont la sépulture avoisinait le futur édifice.

Dans le même temps, avec l’avènement de la société féodale et l’immixtion de l’Église dans les hommages qui lient entre eux suzerains et vassaux, l’usage serépand de prêter serment sur des reliques. Au sommet de l’ordre féodal, c’est une relique prestigieuse entre toutes qui sanctifie le sacre du roi, à partir de Pépin le Bref : l’huile sainte, la même que celle utilisée pour le baptême de Clovis, voire pour le baptême du Christ lui-même dans le Jourdain !

La statue reliquaire de sainte-Foy à Conques.Les tombeaux des saints deviennent très tôt des lieux de pèlerinage. Il n’est que de citer Saint-Martin-de-Tours, Sainte-Foy-de-Conques et surtout Saint-Jacques-de-Compostelle pour comprendre ce que pouvait être l’attrait des reliques et les déplacements de populations qu’elles engendrèrent.

À Rome, note l’historienne Françoise Biotti-Mache, on édite dès l’époque carolingienne des guides de visite pour les pèlerins où les reliques tiennent un rôle éminent. Ces itineraria indiquent les tombeaux de saints et les églises avec la description de leurs reliques. On ne craint pas de déplacer les saintes dépouilles pour la bonne cause, que ce soit pour leur éviter d’être profanées par des barbares ou pour leur offrir une sépulture à la hauteur de leur réputation.

Cité par Françoise Biotti-Mache, le moine picard Paschase Radbert écrit au IXe siècle : « Jamais auparavant, depuis le commencement du monde, les reliques de saints n’avaient accompli tant de grandes choses, car en tous lieux les saints de ce royaume et ceux qui y ont été rapportés rivalisent pour chanter, de même que des coqs aux premières lueurs de l’aube. »

Au besoin, on vole des reliques pour sanctifier son village, son abbaye ou sa ville. C'est ce que fit tel moine de l'abbaye de Conques au milieu du IXe siècle. Il alla dérober à Agen les reliques de sainte Foy et les ramena dans sa chère abbaye dont elles firent très vite la renommée et la prospérité grâce à quelques miracles opportuns. Mais le vol le plus mémorable est celui de l'évangéliste saint Marc, qui avait été inhumé sur les bords du Nil après avoir porté la Bonne Nouvelle en Égypte. C'est sur lui en effet que les Vénitiens jetèrent leur dévolu quand l'envie leur prit de sanctifier leur ville. Le doge demanda en novembre 827 à un marchand de faire le nécessaire. Celui-ci accosta près d'Alexandrie, en terre d'islam, subtilisa lesdites reliques et, pour échapper à la surveillance des douaniers musulmans, les glissa dans un récipient contenant du porc !

Vol des reliques de Jean Baptiste par les chevaliers de Saint-Jean, Geertgen tot Sint Jans, vers 1484, Autriche, musée d'Histoire de l'art de Vienne.

Un commerce de grande ampleur

Après l’An Mil, à l’apogée de la chrétienté médiévale, les reliques en viennent à occuper une place prépondérante dans la société et le cœur des fidèles. Il n’est pas de corporation ou de métier qui ne veuille les siennes. L'un des plus populaires poèmes épiques de l'époque, le roman du roi Arthur, est aussi centré sur la quête d'une relique, la plus prestigieuse de toutes, le Saint Graal, autrement dit le calice avec lequel le Christ aurait célébré la dernière Cène, la veille de sa crucifixion. 

L'Ostension des reliques de la Sainte-Chapelle, Paris, musée de Cluny, musée national du Moyen Âge.Dans les communautés villageoises et les paroisses urbaines, lors de la fête anniversaire du saint patron de l’église (dies natalis), on ne manque pas de sortir en procession ses reliques pour les présenter en « ostension » à la vénération des fidèles. On renouvelle aussi les ostensions dans les périodes de crise, en cas de disette, de maladie ou de guerre. Chacun demande alors au saint protecteur, de toute la force de sa foi, de bien vouloir intervenir auprès de Dieu pour que la communauté soit épargnée par le malheur.

La qualité des reliques importe beaucoup : dans une ville ou une abbaye, un saint patron réputé peut en effet attirer nombre de pèlerins et faire la fortune du lieu ! D’où la chasse aux reliques, qui prend parfois l’allure d’un polar ou la dimension d’une affaire d’État.

Saint Louis, le saint mendiant, Vie et miracles de saint Louis, Guillaume de Saint-Pathus, Paris, BnF.  La scène représente l'installation des célèbres reliques dans leur nouvelle châsse. Au centre, le roi couronné est en prières; à droite, la châsse est conçue pour laisser voir en transparence les objets sacrés qu'elle contient, posés sur des linges liturgiques.Par piété mais aussi par sens politique, le roi Louis IX, futur saint Louis, ambitionne de hisser sa capitale à la hauteur des grandes villes saintes du monde chrétien, Jérusalem, Byzance, Rome. Et pour cela, il va se porter acquéreur auprès de son cousin le basileus Baudouin II d'un morceau de la Vraie Croix et de quelques autres reliques de la Passion du Christ dont la Couronne d'épines ! À l'image de ses contemporains, le roi ne doute pas de leur authenticité. Et il y met le prix : 135 000 livres, soit la moitié de son budget annuel. Il va encore dépenser 40 000 livres pour ériger sur l'île de la Cité un écrin qui leur soit digne. Ce sera la Sainte Chapelle, consacrée en 1248.

Ces montants permettent de mesurer l'ampleur du commerce des reliques au coeur du Moyen Âge... Bien évidemment, les sommes que n'hésitent pas à investir les fidèles et le haut clergé suscitent la convoitise des marchands, en premier lieu les Vénitiens qui ont vite fait de trouver en Orient des reliques prestigieuses et bien entendu « certifiées » authentiques.

Une aspiration universelle et ô combien humaine

La dévotion pour les reliques, passionnelle et touchante, exprime une « poésie des peuples », selon l’expression de Michel Pierre. Par la matérialité d’un objet que l’on peut toucher ou contempler tout en priant, elle permet d’approcher Dieu de façon point trop abstraite ni intellectuelle (tout le monde n’est pas Pascal !).

Résurrection d'un mort qui avait touché les reliques du prophète Élisée, Jan Luyken, 1770.La prière et les aumônes adressées à un saint sont aussi une invitation pour celui-ci à intercéder auprès de Dieu. Quand ses vœux se réalisent, le fidèle ne manque pas de l’en remercier. Parfois, l’intercession aboutit à une guérison inexpliquée. Le bruit s’en répand, on parle alors de miracle et il s’ensuit un afflux de pèlerins au sanctuaire…

Aux époques anciennes, quand la médecine était encore très faillible, la prière et l’invocation des saints apparaissaient comme indispensable à l’équilibre de chacun, rois et manants. À défaut de garantir la santé, au moins apportaient-elles l’espoir d’accéder à la vie éternelle après la mort.

L’Église médiévale se montrait compréhensive à l’égard du culte des reliques tout en lui fixant des limites strictes afin qu’il ne dérive pas vers l’idolâtrie ou le fétichisme. Saint Thomas d’Aquin, au XIIIe siècle, en rappelle les règles : « Il est sot de vénérer un objet insensible, ce que sont pourtant les restes des saints… Ainsi donc, en honorant les reliques des saints, nous ne tombons pas dans l’erreur des païens qui rendaient aux morts un culte de latrie [culte divin]. Nous n’adorons pas ce corps insensible pour lui-même, mais à cause de l’âme qui lui fut unie et qui jouit maintenant de Dieu, et à cause de Dieu, dont l’âme et le corps furent les serviteurs » (Somme théologique).

Il n’empêche que ces limites étaient souvent franchies, par un travers très humain et très universel qui porte les esprits inquiets à se protéger du mauvais sort par des amulettes, grigris, talismans et autres objets de superstition.

Au Moyen Âge, des chevaliers faisaient ainsi sertir des reliques dans la garde de leur épée et des bourgeois en portaient autour du cou. La relique n’est plus alors intercession auprès de Dieu ; elle devient par elle-même objet magique et objet d’adoration. Certains fidèles ne sont pas éloignés aujourd’hui de cette pratique, par exemple dans l’usage qu’ils font par exemple de la « médaille miraculeuse » de la rue du Bac (Paris)…

Le culte des reliques se retrouve sous différentes formes dans toutes les religions, encore aujourd’hui.

Au Japon, le shintoïsme, dernière grande religion animiste, exige que soient apaisées et bénies chaque fois que nécessaire les divinités présentes dans les éléments qui nous entourent, aussi bien la voiture que l’on vient d’acheter ou la montagne que l’on se dispose à percer. Dans le bouddhisme, religion sans Dieu ni divinité, on ne manque pas pour autant de vénérer diverses reliques associées au Bouddha Cakyamouni ou à des bodhittsavas.

Sri Dalada Maligawa, le Temple de la Dent (dent de Bouddha) à Kandy Sri Lanka. Depuis l'Antiquité, la relique a joué un rôle important dans la politique locale, car on croit que le détenteur de la relique détient la gouvernance du pays. Kandy est un site du patrimoine mondial de l'UNESCO.

L’hindouisme, troisième religion en importance et principale religion polythéiste, ne connaît pas à proprement parler de reliques mais vénère des représentations figuratives de ses divinités et c’est à elles que le fidèle adresse ses prières.

Parmi les religions les plus rétives au culte des reliques figure le judaïsme, à l’origine du monothéisme (« Tu n'auras pas d'autres dieux devant ma face. Tu ne te feras point d'image taillée, ni de représentation quelconque des choses qui sont en haut dans les cieux, qui sont en bas sur la terre, et qui sont dans les eaux plus bas que la terre », Exode 20:3). Mais là aussi, les fidèles éprouvent le besoin d’une intermédiation avec Dieu ainsi que l’attestent les prières devant le mur Ouest (« Qoleth » en hébreu) ou « Mur des Lamentations », à Jérusalem.

L’islam a renouvelé avec force la condamnation de l’idolâtrie et, par extension, du culte des reliques. Cette condamnation est toutefois demeurée très relative dans la plupart des sociétés islamiques et en particulier au Maghreb où l’on vénère volontiers les saints de l’islam ou marabouts.

Ailleurs encore, on prête beaucoup d’attention à des reliques relatives à Mahomet ou à des personnages du Coran. Le palais du Topkapi, à Istamboul, présente ainsi de nombreuses Reliques Saintes reçues par le sultan Sélim au XVIe siècle, parmi lesquelles un cheveu du Prophète.

La condamnation des reliques a toutefois retrouvé de la vigueur avec l’expansion du salafisme et du wahhabisme séoudien. Ainsi les souverains d’Arabie ont-ils rasé sans scrupule des vestiges patrimoniaux de Médine qui remontaient à l’époque de Mahomet ! Et l’on a vu en Afghanistan, avec la destruction à l’explosif en 2001 des Bouddhas de Bâmiyân à quels excès pouvait conduire ce rigorisme. Cela n’empêche que les salafistes eux-mêmes cèdent à une forme primitive de superstition en prétendant imiter leur Prophète par leur accoutrement.

Les confessions protestantes sont aussi en pointe dans la condamnation du culte des reliques et des images. Il est vrai qu’elles sont nées au XVIe siècle du scandale des Indulgences, quand les clercs catholiques abusaient de la crédulité des fidèles en leur promettant d’abréger leur passage au purgatoire, antichambre du paradis, en échange d’aumônes sonnantes et trébuchantes... Il n'empêche que les luthériens eux-mêmes vont céder à une forme de superstition plus violente et incompréhensible que toute autre. Ils seront partie prenante en effet dans la « grande chasse aux sorcières » (1560-1630) qui sévira surtout en Europe centrale.

En Europe occidentale et en France, le culte des reliques a évidemment beaucoup décliné aux Temps modernes. Il fut interdit sous la Révolution française et beaucoup de reliquaires furent détruits suite à la loi du 10 septembre 1792 qui imposa de les livrer aux Hôtels des monnaies pour les fondre et en récupérer les métaux précieux. En pleine Terreur anticléricale, le 7 octobre 1793, en public et en place de Reims, le Conventionnel Philippe Rhühl se fit aussi un plaisir d'écraser la Sainte Ampoule du sacre. Le 3 décembre 1793, à Paris, en place de Grève, ce furent les reliques de sainte Geneviève entre autres qui partirent en fumée.


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• 11 septembre 910 : fondation de l'abbaye de Cluny
Publié ou mis à jour le : 2020-02-26 11:31:32

 
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