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Le pèlerinage de Compostelle

Après l'An Mil, d'innombrables pèlerins dirigent leurs pas vers le tombeau supposé de l'apôtre Jacques le Majeur, au-delà des Pyrénées et du col de Roncevaux. Saint-Jacques-de-Compostelle devient ainsi l'un des pèlerinages plus populaires de la chrétienté, avec le tombeau de saint Martin, à Tours, déjà très en vogue dans les siècles antérieurs.

Ce pèlerinage est le fait de gens de toutes conditions, y compris des nobles, mûs par des mobiles très divers comme le montre l'histoire du seigneur tchèque Léon de Rosmital, au XVe siècle.

Les origines du pèlerinage

À partir du VIIe siècle, une tradition attribue à l'apôtre Jacques le Majeur l'évangélisation de l'Occident et plus précisément de l'Espagne dont il est fait le patron vers la fin du VIIIe siècle.

Divers récits des IXe et Xe siècles racontent sa légende en deux parties. La première est la Translation : deux disciples auraient mis son corps décapité dans une barque et furent conduits miraculeusement jusque sur la plage d'El Padron, en Galice, à l'extrémité occidentale de l'Espagne, où ils l'ensevelirent et où son tombeau fut oublié.

La seconde partie est l'Invention du tombeau retrouvé par un ermite, Pelayo (Pélasge), guidé par une lumière surnaturelle vers un cimetière où l'évêque Theodomir d'Iria Flavia identifia la tombe de l'apôtre ! La découverte aurait eu lieu le 25 juillet 813, le jour de la fête du saint, quelques mois avant la mort du grand empereur Charlemagne. Cette date fournie par la tradition n'a bien sûr rien d'historique.

Une des étymologies de Compostelle (le «Champ de l'étoile») se rapporte à cette légende.

Le tombeau de l'apôtre devient rapidement un pèlerinage prisé des chrétiens de la péninsule espagnole. Puis, au Xe siècle, sa réputation dépasse les Pyrénées. Un des premiers visiteurs notables dont la trace a été conservée est l'évêque du Puy-en-Velay, Godelscalc, qui fait le voyage de Compostelle en 951 (la trace en a été retrouvée en 1866).

Récits autour du pèlerinage

Les récits relatifs à saint Jacques, rassemblés dans un manuscrit conservé à la cathédrale de Compostelle, le Codex Calixtinus, appellent l'attention sur la Galice. L'un d'eux, connu sous le nom de Chronique de Turpin, raconte l'intervention (légendaire) de saint Jacques auprès de Charlemagne pour qu'il vienne délivrer son tombeau soumis à la menace des Sarrazins.

Au XIIIe siècle, le dominicain Jacques de Voragine va populariser cette histoire dans la Légende dorée et contribuer ainsi à diffuser le culte de saint Jacques, également vénéré comme rédacteur de l'Épître de Jacques du Nouveau Testament.

La cathédrale Santiago de Compostelle (DR)Plusieurs sanctuaires comme Angers ou Toulouse (Saint-Sernin) proposent des corps ou des reliques majeures de saint Jacques à la vénération des fidèles.

Tous contribuent à l'aura de Compostelle dont la renommée devient telle que bien des biographes inventent des pèlerinages pour des personnages célèbres. On raconte ainsi, à tort, que saint François d'Assise aurait été se recueillir sur le tombeau de l'apôtre.

Les relations de voyage des pèlerins médiévaux, bien que rares, permettent de restituer l'ambiance de ces pèlerinages, à la fois dévote, festive, commerciale et «touristique». Les pèlerins se font plus nombreux après la Réforme qui épargne l'Espagne et fait apparaître Compostelle comme un lieu de réconfort face aux protestants.

Les pèlerins de Compostelle sont souvent appelés «jacquets». Ils sont reconnaissables à leur bâton et à la fameuse coquille de Saint-Jacques, qui rappelle le mollusque de la côte galicienne. Cette coquille est aussi représentée sur les lieux dédiés à saint Jacques ou fréquentés par les pèlerins.

La renaissance du pèlerinage

En 1882 le dernier Livre du Codex Calixtinus est édité pour la première fois. Il commence par ces mots «Quatre chemins vont à Saint-Jacques» et décrit ces chemins avec plus ou moins de détails. Ceci le fait considérer, à tort, comme l'équivalent médiéval des guides touristiques et conduit à la croyance contemporaine en l'existence de chemins de pèlerinage historiques.

Mais contrairement aux idées reçues, il n'existe pas de routes spécifiques aux pèlerins. À toutes les époques, ces derniers ont emprunté les itinéraires suivis par les marchands et autres voyageurs, comme par exemple les Itinéraires de Bruges (XVe siècle).

Deux ans après la publication du Codex Calixtinus, en 1884, le pape Léon XIII authentifie les restes de Saint Jacques par la bulle Deus Omnipotens. Compostelle sort dès lors du purgatoire dans lequel elle sombrait. 

Après la Seconde Guerre mondiale, le tourisme pédestre s'intéresse aux chemins de Compostelle et au début 1970, un chemin de grande randonnée, le GR 65, dit «le Saint-Jacques», est tracé au départ du Puy-en-Velay. Mais il faut attendre 1982 et le pèlerinage du pape Jean-Paul II pour qu'un élan nouveau soit donné au pèlerinage.

En 1987, l'année suivant l'entrée de l'Espagne dans la CEE, les chemins de Compostelle sont définis comme «Premier Itinéraire culturel européen». En 1989, Jean-Paul II, encore lui, y organise les JMJ (Journées Mondiales de la Jeunesse). Le pèlerinage contemporain est définitivement lancé. Le principal chemin en Espagne, le Camino francès, est inscrit au patrimoine mondial de l'humanité en 1993.

Fondation David Parou Saint-Jacques

 

Publié ou mis à jour le : 2018-11-27 10:50:14

 
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