Charles de Gaulle (1890 - 1970)

De Gaulle, l'homme du « 18 Juin »

De Gaulle, portrait officiel à LondresOfficier peu connu de ses concitoyens, le général de Gaulle (1890-1970) est venu tardivement à la politique (à 50 ans) au pire moment de notre Histoire, en 1940, quand le pays était envahi par les armées allemandes et que les élites se soumettaient sans plus tenter de résister.

Il est à ce jour le dernier géant de l'Histoire de France. Toutes ses actions, en bien ou en mal, ont été guidées par l'amour de son pays.

Humble devant la France, de Gaulle a pu se montrer intraitable avec ses concitoyens quand, de son point de vue, l'intérêt supérieur de la Nation était en jeu. 

En cela, il s'est comporté en homme d'État, à l'opposé des carriéristes qui ne voient dans le pouvoir qu'un escabeau pour mieux se faire admirer de leur entourage.

« Une certaine idée de la France »

« Toute ma vie, je me suis fait une certaine idée de la France. Le sentiment me l'inspire aussi bien que la raison. Ce qu'il y a, en moi, d'affectif imagine naturellement la France, telle la princesse des contes ou la madone aux fresques des murs, comme vouée à une destinée éminente et exceptionnelle ». Charles de Gaulle, Mémoires de guerre (Plon, 1954).

Célébrité tardive

Le futur général et président naît à Lille le 22 novembre 1890 dans une famille bourgeoise d'origine flamande comme semble l'indiquer son patronyme (à moins qu'elle ne fut champenoise). Son père Henri, admissible à Polytechnique, renonça à se présenter à l'oral pour devenir au plus vite enseignant et soutenir financièrement sa famille. Il fut ensuite censeur ou directeur d'école dans l'enseignement catholique.

Charles de Gaulle en saint-cyrien, avec casoarAvec son épouse, une lointaine cousine du nom de Jeanne Maillot, il forme un couple pieux et de sensibilité monarchiste mais également dreyfusard. Leur morale imprègne durablement leurs cinq enfants dont leur fils Charles (« Je n'ai jamais eu qu'un seul ennemi, c'est l'argent » etc).

Sorti de Saint-Cyr en 1912, le jeune officier entre dans le régiment de Philippe Pétain, avec lequel il se lie d'amitié malgré leurs différences : Pétain, issu d'une famille de paysans du nord, agnostique et volontiers anticlérical, ne ressemble en rien à de Gaulle, bourgeois catholique et monarchiste, rallié à la République par raison.

Blessé à Verdun, le 2 mars 1916, d'un coup de baïonnette, le jeune officier est fait prisonnier et doit attendre l'armistice pour être libéré en dépit de cinq tentatives d'évasion.

Regrettant de n'avoir pu servir plus activement pendant la Grande Guerre, il accompagne le général Henrys et le général Weygand dans leur mission militaire auprès de l'Armée populaire polonaise, en lutte contre les bolchéviques russes. Il effectue deux séjours en Pologne d'avril 1919 à mai 1920 et de juin 1920 à janvier 1921.

Yvonne et Charles de Gaulle en 1942 à LondresDe retour en France, il en profite pour se marier. L'élue est une jeune fille de la bourgeoisie calaisienne, Yvonne Vendroux. Le couple aura trois enfants.

Passionné d'écriture et de stratégie militaire, Charles de Gaulle enseigne alors l'Histoire à l'école d'officiers de Saint-Cyr pui entre à l'École de Guerre, pour devenir officier d'état-major. 

Il écrit des articles où il affiche ses convictions nationalistes et un tantinet monarchistes ainsi que sa foi dans la vocation coloniale de la France. Il publie un premier ouvrage, La discorde chez l'ennemi (Berger-Levrault, 1924).

Son caractère impétueux, ses convictions et son ambition lui valent la méfiance de ses supérieurs mais il va pouvoir poursuivre sa carrière grâce à la protection du prestigieux Pétain, général et enfin Maréchal. Celui-ci, devenu vice-président du Conseil supérieur de la guerre, l'appelle à son état-major (1925-1927) et l'invite à prononcer trois conférences à l'École de guerre. 

Le commandant Charles de Gaulle avec sa femme et des amis, à Beyrouth en 1929Charles de Gaulle est affecté en qualité de commandant ou chef de bataillon à Trèves, en Allemagne, puis à Beyrouth où il s'installe avec sa famille de novembre 1929 à février 1932 et rédige Le Fil de l'Épée.

Pétain lui offre une nouvelle opportunité en le rappelant au Conseil supérieur de la défense nationale où il va pouvoir développer ses théories militaires. 

Dans Vers l'Armée de métier (Berger-Levrault, 1934), il préconise de rassembler les engins motorisés dans des divisions blindées au lieu de les disperser dans les différents corps de l'infanterie.

Il plaide pour une stratégie offensive dont le fer de lance seraient ces corps blindés appuyés par l'aviation. Ces corps d'élite devraient naturellement être constitués de soldats professionnels, dûment formés, et non de conscrits. Ces idées puisent leurs racines dans les rapports du général Estienne (1917) et de quelques autres pionniers anglais et allemands comme le général von Seeckt (1929). Mais elles sont contestées par le maréchal Pétain et vont à l'encontre des théories défensives qui ont cours à l'état-major.

L'état-major français fait confiance à la ligne Maginot pour protéger le pays de toute invasion... cependant qu'en Allemagne, dès novembre 1934, sont créées trois Panzerdivisions (ou divisions blindées) conformes aux principes de De Gaulle.

Dans les cénacles politiques français, le leader socialiste Léon Blum rejette le principe d'une armée de métier, dans lequel il voit une menace pour la démocratie. Seul parmi les leaders politiques, Paul Reynaud se laisse convaincre par l'argumentation du colonel de Gaulle.

Sa dernière publication, La France et son armée (1938), vaut à Charles de Gaulle une brouille définitive avec son mentor, le maréchal Pétain, qui devait signer l'ouvrage. De Gaulle, refuse de jouer le nègre du maréchal et le publie sous son seul nom. Les deux hommes suivront désormais des chemins opposés.

Fausses prophéties

Lucide sur les questions de stratégie, de Gaulle l'est moins en ce qui concerne la géopolitique. Dans son ouvrage : Vers l'Armée de métier, paru un an après l'accès de Hitler au pouvoir, il se risque ainsi à prophétiser imprudemment la Fin de l'Histoire : « Quel profit réel et durable procureraient à présent des annexions démesurées, quand on n'a plus, pour fixer les allogènes aux empires, ni droit divin, vassalité, servage, ni diètes à corrompre, clercs à effrayer, noblesse à séduire, mais seulement la violence ? Après d'intenses bouillonnements, le monde s'est cristallisé (...) » (page 80).

Un peu plus loin, l'officier affiche sa vision de l'empire colonial : « Les mille liens tissés entre la Métropole et ses possessions d'outre-mer ne cessent de se multiplier (...). Certes, s'il nous est donné de poursuivre notre oeuvre jusqu'à ce point du progrès où la sagesse vient aux élites et le loyalisme aux foules, on verra des populations, actuellement mal résignées, accepter franchement l'union. Mais, jusque-là, restons les maîtres, sous peine que tout soit perdu (...) » (page 91). Ces lignes témoignent d'une opinion très conservatrice sur la question coloniale, même au regard de l'époque. Elles sont publiées en effet quelques mois avant que les Britanniques n'accordent à leur principale colonie, les Indes, une très large autonomie annonciatrice de leur indépendance.

La tragédie

En 1940, pendant les jours cruciaux de mai et juin qui voient l'invasion de la France par les troupes de Hitler, les destins de Charles de Gaulle et Philippe Pétain se séparent à jamais.

Le 17 mai 1940, le colonel de Gaulle conduit une contre-attaque réussie à Montcornet, près de Laon, à la tête de la 4e division cuirassée dont il a reçu le commandement trois jours plus tôt.

Il obtient un nouveau succès à Abbeville le 28 mai. Cela lui vaut d'être nommé général de brigade à titre temporaire le 1er juin 1940.

Et le 6 juin 1940, son ancien protecteur Paul Reynaud l'appelle au gouvernement en qualité de sous-Secrétaire d'État à la Défense nationale.

Tandis que le vieux maréchal, de nature défaitiste, envisage très tôt l'armistice et la paix avec le vainqueur, Charles de Gaulle, désormais général et membre du gouvernement, ne voit d'autre avenir que dans la résistance à tout prix, avec la perspective d'une victoire dans le cadre d'une mondialisation du conflit.

Dès le 9 juin, il s'en entretient à Londres avec le Premier ministre britannique Winston Churchill et en rapporte le 14 juin la proposition d'une union politique complète entre les deux pays !

Mais deux jours plus tôt, Reynaud démissionne et se fait remplacer par le maréchal Pétain à la tête du gouvernement. Or Pétain ne cache pas son désir d'arrêter au plus vite les combats.

Alors, défiant le sentiment de l'écrasante majorité des Français, de Gaulle fait le pari fou de défier le gouvernement légitime et de proclamer, seul, le maintien de la France dans la guerre.

L'Appel

Il songe dans un premier temps à démissionner du gouvernement mais Georges Mandel l'en dissuade : « Ne pensez qu’à ce qui doit être fait pour la France et songez que, le cas échéant, votre fonction actuelle pourra vous faciliter les chose ».  Effectivement, grâce aux facilités de transport que sa fonction met à sa disposition, il peut quitter Bordeaux pour Londres dès le 16 juin à bord de l'avion du général Spears.

Le 18 juin 1940, de Gaulle lance de Londres un Appel mémorable à la résistance. L'Histoire consacrera la justesse de ce choix. Sa témérité, soutenue par une analyse lucide des rapports de force planétaires, aura raison de la lâcheté des gouvernants de Vichy et les Français finiront par reconnaître la justesse de ses positions.

Mais pour l'heure, il doit imposer sa légitimité et cela n'a rien d'évident. Le 2 août 1940, le gouvernement français le fait juger par contumace et condamner à mort. 

De Gaulle a la chance d'être soutenu par Churchill, en dépit des frictions entre leurs deux caractères. Bénéficiant de son aide financière, il peut fonder un comité de la France libre et recruter quelques poignées de soldats évacués de Norvège. 

Il tente aussi d'établir son autorité sur les colonies françaises d'Afrique. Il se heurte à un échec humiliant devant Dakar les 23-25 septembre 1940 mais a plus de chance avec l'Afrique équatoriale grâce au ralliement du gouverneur Félix Éboué le 26 août 1940. 

L'année suivante, il obtient grâce à l'intervention anglaise le ralliement de la Syrie et du Liban et en 1942 celui de Madagascar, la Réunion et Djibouti.

Le plus compliqué est son rapport avec le président américain Roosevelt qui persiste à traiter avec le gouvernement de Vichy, voit en de Gaulle une graine de dictateur et à tout prendre préfèrerait le général Henri Giraud pour diriger les Français du camp allié.

De Gaulle se veut intraitable car il a conscience d'incarner l'honneur de la France. Sur les instances de Churchill, il consent toutefois à se rendre à la conférence de Casablanca et serrer la main de Giraud le 24 janvier 1943.

Grâce au relais de Jean Moulin, de Gaulle arrive à unifier la résistance de l'intérieur, communistes compris. La constitution du Conseil national de la Résistance, à Paris le 27 mai 1943, consolide sa légitimité. Le CNR, sur une proposition de Georges Bidault, confie à de Gaulle la direction politique du mouvement et laisse à Giraud les affaires militaires.

De Gaulle dans une rue de Londres en juin 1940Grâce à ce compromis, de Gaulle obtient de Churchill et Roosevelt l'autorisation de s'installer à Alger le 30 mai 1943. Le 3 juin 1943 est constitué un Comité français de libération nationale coprésidé par de Gaulle et Giraud. 

Dans les mois qui suivent, de Gaulle va éliminer Giraud puis appeler auprès de lui d'anciens parlementaires de la IIIe République dont Mendès France. Il va enfin réunir une Assemblée consultative en novembre 1943 et transformer enfin le CFLN en gouvernement provisoire de la République française le 3 juin 1944.

Deux jours plus tard, convoqué à Londres à  la veille du débarquement de Normandie, le général a un entretien orageux avec Churchill.

Ce dernier lui souffle : « Sachez-le, général ! Chaque fois qu'il nous faudra choisir entre l'Europe et le grand large, nous serons toujours pour le grand large. Chaque fois qu'il me faudra choisir entre vous et Roosevelt, je choisirai Roosevelt ».

Churchill apprend à de Gaulle que les Alliés envisagent d'établir en France une administration à leurs ordres en attendant que les Français veuillent bien se choisir un nouveau régime. Ce projet prend le contrepied de l'action du général depuis l'Appel du 18 juin 1940.

De Gaulle n'entend pas se laisser faire. Il considère que la continuité de l'État français est assurée par lui-même depuis ce 18 Juin et qu'il n'y a pas lieu de se demander à qui reviendra après la Libération le soin de diriger le pays ! Ayant quitté en mai 1943 son exil londonien pour Alger, le général s'impose à la tête du Comité de libération nationale, qu'il transforme bientôt en gouvernement provisoire.

Le 6 juin 1944, jour du débarquement de Normandie, il prononce au micro de la BBC un discours vibrant à l'adresse de tous les Français :
« La Bataille suprême est engagée !
Après tant de combats, de fureurs, de douleurs, voici venu le choc décisif, le choc tant espéré.  Bien entendu, c'est la bataille de France et c'est la bataille de la France !... »

Enfin, avec une énergie peu commune, il obtient de Roosevelt, qui ne l'aime pas, qu'il revienne sur son projet de placer la France sous protectorat américain avec, comme en Allemagne, une monnaie d'occupation.

Le renouveau

Charles de Gaulle sur une plage de Normandie en juin 1944Après un retour triomphal à Paris le 26 août 1944, le général de Gaulle met toute son énergie dans le redressement du pays. Il obtient en particulier la collaboration des communistes, faisant fi de la désertion de leur chef, Maurice Thorez lors de l'attaque allemande et de leurs compromissions avec l'occupant en 1940.

De Gaulle rétablit la position internationale du pays.

Bien que vaincue dès 1940, la France, qualifiée de « cinquième Grand », obtient grâce à la ténacité du Général une place parmi les vainqueurs ainsi qu'au Conseil de sécurité de l'ONU. De Gaulle s'en justifie par le fait que le deuxième conflit mondial (39-45) est indissociable du premier (14-18), durant lequel la contribution de la France fut essentielle. Lui-même qualifie  ce drame avec justesse de « nouvelle guerre de Trente Ans » dans un discours à Bar-le-Duc (28 juillet 1946).

En matière économique, le général tourne le dos au libéralisme et affiche des idéaux que n'auraient pas reniés les gouvernants précédents.

C'est ainsi que, dans un discours prononcé à Lille le 1er octobre 1944, il proclame :
« Nous voulons la mise en commun de tout ce que nous possédons sur cette terre et, pour y réussir, il n'y a pas d'autres moyens que ce que l'on appelle l'économie dirigée. Nous voulons que ce soit l'État qui conduise, au profit de tous, l'effort économique de la nation tout entière et fasse en sorte que devienne meilleure la vie de chaque Français et de chaque Française (...). Il faut que la collectivité, c'est-à-dire l'État, prenne la direction des grandes sources de la richesse commune et qu'il contrôle certaines des autres activités, sans bien entendu exclure les grands leviers que sont, dans l'activité des hommes, l'initiative et le juste profit ».

Ce discours et les premiers actes du gouvernement provisoire séduisent les communistes ainsi que les intellectuels, pleins de méfiance à l'égard du capitalisme (dico) anglo-saxon et de sympathie pour le dirigisme à la manière des dictatures continentales.

Accès de mélancolie

Général de grande taille, à la voix forte et au regard acéré, possédé par le sentiment d'une mission historique au service de la France, Charles de Gaulle paraît aussi solide qu'un roc ou un chêne.

La réalité est sans doute plus nuancée. L'homme a éprouvé la fragilité humaine à travers l'affection pour sa fille trisomique Anne, décédée à 20 ans, en 1948.

Plusieurs fois aussi dans sa vie publique, il a connu de pénibles échecs et songé à se retirer. La première fois, ce fut sans doute à l'issue de l'expédition de Dakar, en septembre 1940, après que des Français s'entretuèrent sur son ordre sans résultat. Il y eut ensuite, à la Libération, le difficile atterrissage dans la politique ordinaire, qui aboutit à sa démission de la présidence du gouvernement provisoire en janvier 1946.

De retour au pouvoir, il encaisse très mal la mise en ballotage à l'issue du premier tour des élections présidentielles de 1965. Pris de court par les événements de Mai 68, il va en secret chercher du réconfort à Baden-Baden, auprès du général Massu. L'accalmie est de courte durée. Après le référendum de 1969, il démissionne avec hauteur de la présidence. Une forme de suicide politique.

Déconvenues et revanche

Inspiré dans la guerre, de Gaulle l'est beaucoup moins dans la paix. Il se montre très attaché à l'héritage de la colonisation comme le montre le discours de Brazzaville (30 janvier 1944) :
« Depuis un demi-siècle, à l'appel d'une vocation civilisatrice vieille de beaucoup de centaines d'années, sous l'impulsion des gouvernements de la République et sous la conduite d'hommes tels que : Gallieni, Brazza, Dodds, Joffre, Binger, Marchand, Gentil, Foureau, Lamy, Borgnis-Desbordes, Archinard, Lyautey, Gouraud, Mangin, Largeau, les Français ont pénétré, pacifié, ouvert au monde, une grande partie de cette Afrique noire, que son étendue, les rigueurs du climat, la puissance des obstacles naturels, la misère et la diversité de ses populations avaient maintenue, depuis l'aurore de l'Histoire, douloureuse et imperméable... »

À la différence des Britanniques, il ne comprend pas le caractère inéluctable de la décolonisation et laisse la France s'embourber dans les conflits d'Indochine et d'Algérie. Il réprime ainsi dans le sang une manifestation d'autonomistes algériens à Sétif et restaure tant bien que mal l'autorité du gouvernement français sur l'Indochine.

Bientôt désavoué par les électeurs et la classe politique, le Général est évincé du pouvoir en janvier 1946. Le gouvernement provisoire est remplacé un an plus tard par une IVe République, conduite par des dirigeants modérés, essentiellement MRP (chrétiens-démocrates), socialistes et radicaux.

Mais Charles de Gaulle ne se résigne pas à la retraite. Dès le 16 juin 1946, à Bayeux, devant la foule de ses fidèles, il formule une alternative constitutionnelle à la IVe République.

Il profite aussi de ses loisirs forcés pour écrire ses Mémoires de guerre. Ce livre de combat apparaît aussi avec le recul du temps comme un chef-d'oeuvre de la littérature française, fruit d'un travail personnel très intense. « Ces Mémoires me donnent énormément de mal pour les écrire et pour en vérifier tous les éléments historiques au détail près. Comprenez-vous, je veux en faire une oeuvre, ce n'est pas ce qu'a fait Churchill qui a mis bout à bout beaucoup de choses », écrit de Gaulle dans une lettre à Louis Terrenoire le 26 décembre 1953, peu après que son vieux rival (Churchill) eut obtenu le Prix Nobel de littérature.

Après une longue « traversée du désert », le Général revient au pouvoir à la faveur du vrai-faux coup d'État du 13 mai 1958. Par crainte d'une subversion militaire, la classe politique lui fait allégeance et le président René Coty demande le 29 juin au « plus illustre des Français » de former le gouvernement. Aussitôt après, le général de Gaulle obtient les pouvoirs spéciaux en Algérie, les pleins pouvoirs en métropole et le droit de procéder à une révision constitutionnelle.

Une Constitution sur mesure

Charles de Gaulle fait appel au fidèle Michel Debré pour écrire une nouvelle Constitution selon ses voeux. Celle-ci établit un régime présidentiel. Un collège électoral relativement large élit pour sept ans un Président qui n'est pas responsable devant le Parlement. Approuvé par référendum le 28 septembre 1958, le nouveau texte marque la fin de la IVe République et le début de la Ve.

Charles de Gaulle, président de la République française (photo officielle, 1959)Le premier Président est, cela va de soi, le général de Gaulle lui-même. Sa légitimité est renforcée après le référendum du 28 octobre 1962 qui introduit l'élection au suffrage universel du Président de la République.

Entre temps, le nouveau chef de l'État use de son autorité pour opérer les grandes réformes qu'attend le pays. Il met en application le plan de Jacques Rueff pour relancer l'économie. Le populaire ministre de l'Économie Antoine Pinay réussit à convaincre l'opinion publique des bienfaits de ce plan de rigueur qui passe notamment par la création d'une nouvelle monnaie (1 nouveau franc = 100 anciens francs).

Les colonies d'Afrique noire reçoivent une indépendance formelle au cours de l'année 1960 (mise à part la Guinée, dont le principal leader, Sékou Touré, a revendiqué et obtenu l'indépendance dès 1958, dans des conditions d'ailleurs désastreuses).

Plus difficile est le règlement de l'affaire algérienne. Le général de Gaulle doit longtemps louvoyer pour faire admettre aux colons le lâchage de l'Algérie. Le cessez-le-feu du 19 mars 1962, l'indépendance du pays et le départ précipité des « pieds-noirs » (les Français d'Algérie) vont laisser beaucoup de rancoeurs.

Enfin la paix et la prospérité

Après cela, la France va jouir enfin de quelques belles années de paix et de prospérité, favorisée par une natalité élevée, une jeunesse nombreuse et une communauté « pied-noir » dynamique.

Le général de Gaulle se cantonne plus ou moins dans le « domaine réservé » de la politique étrangère qui lui tient à coeur. Il retire l'armée française du cadre opérationnel de l'OTAN. Il développe une force nucléaire de dissuasion (l'armement nucléaire, sans rivaliser avec celui des Américains ou des Soviétiques, se veut assez dissuasif pour faire à un ennemi potentiel autant de mal qu'il pourrait en faire à la France).

Il reprend à son compte la construction européenne lancée par le traité de Rome du 25 mars 1957 mais s'oppose à la dilution de la Communauté Économique Européenne (CEE) dans un ensemble atlantique inféodé aux États-Unis et pour cela rejette l'entrée de la Grande-Bretagne dans l'Europe des Six. Il s'oppose tout autant à la fédéralisation de l'Europe et lui préfère une « Europe des Nations ».

Pour cette raison, le 30 juin 1965, lorsqu'est envisagé le remplacement de la règle de l'unanimité par la règle de la majorité simple, il boycotte le Conseil des ministres de la CEE. Cette « politique de la chaise vide » se conclut le 30 janvier 1966 par le compromis du Luxembourg, qui réserve la règle de l'unanimité aux décisions majeures.

Charles de Gaulle au balcon de l'hôtel de ville de Montréal le 24 juillet 1967 (DR)De Gaulle lance enfin quelques retentissantes proclamations, à Phnom-Penh (Cambodge) en septembre 1966 contre l'intervention américaine au Viet-Nam, à Québec en juillet 1967 (« Vive le Québec libre ! »)...

Lorsque survient la troisième guerre israélo-arabe en 1967, l'opinion occidentale est tout entière de coeur avec Israël et il n'y a que le général de Gaulle pour faire entendre une musique différente, jusqu'à annoncer un embargo contre Israël. Dans une conférence de presse, le 27 novembre 1967, il qualifie ce pays de... « peuple juif, peuple d'élite, sûr de lui-même et dominateur ». Dur à avaler de la part d'un leader occidental qui, pendant la Seconde Guerre mondiale et après, n'a pas eu un mot de compassion pour les victimes de la Shoah.

Mis en ballotage aux élections présidentielles des 5 et 19 décembre 1965 et réélu au deuxième tour de scrutin seulement, le général de Gaulle voit sa popularité s'éroder. Il est secoué par les émeutes étudiantes de mai 1968 et l'année suivante, le 27 avril 1969, prenant prétexte d'un référendum raté, il démissionne avec panache, sans attendre d'être rattrapé par l'âge.

Il meurt l'année suivante, dans sa maison de Colombey-les-Deux-Églises, à la veille de ses 80 ans. Il est selon son désir inhumé en toute simplicité dans son village d'adoption aux côtés de sa fille Anne.

André Larané

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Publié ou mis à jour le : 2020-06-18 13:08:28

 
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