Georges Pompidou (1911 - 1974)

Le président des «Trente glorieuses»

Né le 5 juillet 1911 à Montboudif (Cantal) dans un ménage d'instituteurs venus de la paysannerie, Georges Pompidou est à ce jour le seul président de la Ve République d'origine populaire.

Son ascension doit tout à l'école républicaine. Élève de l'École normale supérieure (promotion 1931), il devient professeur de lettres dans un lycée de Marseille. Pendant la Seconde Guerre mondiale, il ne prend pas parti comme d'autres qui se rendent à Londres ou bien à Vichy.

Le président Georges Pompidou lors de sa troisième conférence de presse à l'Elysée, 2 juillet 1970, photo : JeanPierre Loth, INA (DR)

Fidèle parmi les fidèles

Georges Pompidou (1911-1974), photo : Archives nationalesÀ la Libération, sur une recommandation de son camarade normalien René Brouillet, Georges Pompidou entre au cabinet de Charles de Gaulle comme chargé de mission pour les questions d’éducation, parmi une vingtaine d’autres chargés de mission ou conseillers techniques. 

La légende veut que le Général aurait réclamé  un « normalien sachant écrire »). De fait, quand de Gaulle se retire en janvier 1946, il garde auprès de lui le jeune homme dont il apprécie le bon sens et les qualités d'écriture. Pompidou va devenir son principal collaborateur pendant la douzaine d’années de la « traversée du désert » avec un intermède à la banque Rothschild.

En 1958, pendant les sept mois passés par le général de Gaulle à la présidence du Conseil, à l'hôtel Matignon, avant la mise en place des institutions de la Ve République, il devient naturellement son  directeur du cabinet. Pendant que son patron peaufine la nouvelle Constitution avec Michel Debré, il lui revient de préparer et engager le vaste train de réformes qui va remettre le pays sur les rails.

Les feux de la rampe

Le général de Gaulle fait enfin appel à lui en 1962 pour succéder à Michel Debré comme Premier ministre. Georges Pompidou conservera cette fonction pendant six ans, réalisant un record dans l'histoire de la France post-révolutionnaire.

Dédaigneux des joutes électorales, Georges Pompidou se fait néanmoins élire député du Cantal en 1967, tout en laissant son suppléant siéger à l'Assemblée comme l'y oblige la fonction ministérielle.

Georges Pompidou affronte avec calme et maîtrise de soi les événements de Mai 68. Il amène la droite gaulliste au triomphe lors des élections législatives des 23 et 30 juin 1968. Le président, quelque peu irrité par son succès, lui donne congé le 10 juillet 1968 et le remplace au poste de Premier ministre par le discret Maurice Couve de Murville.

Mais de Gaulle lui-même, désavoué par les Français lors du référendum de 1969 sur la régionalisation, démissionne dès le lendemain des résultats.

L'affaire Markovic, le chemin de croix du couple Pompidou

Le 1er octobre 1968, la police découvre dans un terrain vague le corps d'un truand d'origine yougoslave, Stefan Markovic, dont il apparaît rapidement qu'il a servi de garde du corps et de chauffeur à l'acteur Alain Delon. Une rumeur circule là-dessus dans la presse d'après laquelle il aurait participé à des « parties fines » impliquant de hautes personnalités et aurait été éliminé pour avoir voulu les faire chanter.

Georges Pompidou, après qu'il a quitté l'hôtel Matignon et le gouvernement, apprend que la rumeur mêle aux « parties fines » sa propre épouse, Claude, qu'il chérit plus que tout et à laquelle on peut tout au plus reprocher d'aimer fréquenter la société des gens du spectacle et des arts. C'est un choc terrible pour le couple. Georges Pompidou en veut à ceux de son entourage qui ont tardé à le prévenir, comme si la rumeur pouvait avoir un quelconque fondement. Il en veut tout particulièrement à Charles de Gaulle qui a osé douter de Claude Pompidou.

Le désir de revanche va jouer pour beaucoup dans l'énergie que va dépenser l'ex-Premier ministre pour succéder au Général à l'Élysée. Mais l'affaire Markovic va aussi très certainement accélérer l'évolution de la maladie qui va l'emporter après quatre ans de présidence et d'atroces souffrances.

Investiture de Georges Pompidou à l'Élysée, juin 1969 (DR)

Vive l'industrie !

Favori face à une gauche éclatée, Georges Pompidou se fait élire sans trop de mal à la présidence de la République le 15 juin 1969, face à Alain Poher, président du Sénat et président par intérim. Il nomme sans tarder au poste de Premier ministre Jacques Chaban-Delmas, gaulliste brillant et dynamique.

Le président se fait le chantre du développement industriel de la France avec de premiers investissements dans le programme ferroviaire à grande vitesse (TGV), la modernisation du téléphone, la construction d'autoroutes, y compris en centre-ville (voie sur berges à Paris).

Son passage à l'Élysée laisse le souvenir d'une embellie économique et sociale sans précédent. On rêve en France d'égaler la puissance industrielle allemande et le président Pompidou offre à ses concitoyens la perspective d'une société aussi égalitaire et prospère que la Suède de l'époque, « avec le soleil en plus ».

Les Français se rappellent avec nostalgie le « bon vieux temps » où la gauche dénonçait une société qui fabriquait pas moins de... 200 000 chômeurs !

Esprit fin et cultivé, Georges Pompidou est l'auteur d'une Anthologie de la poésie française qui fait toujours référence....

Le président Georges Pompidou pose avec son épouse Claude (DR)

Le président partage également avec son épouse la passion de l'art contemporain et lui confie le soin de rajeunir la décoration du palais de l'Élysée en faisant appel à des artistes d'avant-garde.

Avec elle, il conduit aussi le projet révolutionnaire d'un lieu multiculturel au coeur de Paris, sur le plateau Beaubourg. Il sera inauguré après sa mort sous le nom de Centre Pompidou.

La modernisation du pays n'est pas entamée par la maladie du président même si celui-ci, sous l'effet de la douleur, devient à la mi-mandat d'un naturel sombre et plus cassant que jamais.

Son Premier ministre Jacques Chaban-Delmas est remplacé à l'hôtel Matignon, le 5 juillet 1972, par un homme autrement plus conventionnel, Pierre Messmer. Le gouvernement amorce alors un virage conservateur illustré par les foucades du nouveau ministre des Affaires culturelles, l'académicien Maurice Druon.

Plus que la mort prématurée du président, c'est la guerre du Kippour entre Israël et les pays arabes qui va briser en octobre 1973 l'élan de modernisation de la France. Cette guerre est suivie d'un premier « choc pétrolier », en raison de l'embargo sur le pétrole organisé par les pays exportateurs, et il s'ensuit une hausse brutale du chômage.

L'année 1974 est aussi marquée par un retournement démographique concomitant dans tous les pays d'Europe occidentale. D'une année sur l'autre, les indices qui mesurent la fécondité, c'est à dire le nombre moyen d'enfants par femme, chutent de l'ordre de 10 à 20%.

Une disparition soudaine

En mai 1973, lors d'un sommet à Reikjavik (Islande) avec son homologue américain Richard Nixon, le président Pompidou apparaît fatigué et visiblement malade, qui plus est bouffi (son empâtement est dû à des injections de cortisone). Tandis que les journalistes français font mine de n'en rien voir, leurs confrères américains font leur Une sur la santé du président français. Elle occupe dès lors toutes les conversations politiques, au grand dam du principal intéressé.

Dans la nuit du 2 au 3 avril 1974, les programmes de radio et de télévision s'interrompent pour annoncer la mort du président, à 63 ans. On apprendra plus tard qu'il est décédé d'une septicémie consécutive à la maladie de Waldenström, ou cancer du sang.

Cette maladie s'était déclarée treize mois après son élection. Les médecins en avaient seulement prévenu son fils adoptif Alain, lui-même jeune médecin, mais laissé le couple présidentiel dans l'ignorance, dans l'espoir que la maladie ne progresse pas trop vite.

Soigné à coup d'injections de cortisone, le visage boursouflé, enveloppé dans d'épais manteaux, souffrant le martyre, Georges Pompidou avait néanmoins compris au bout de deux ans la gravité de son état mais toujours gardé l'espoir d'arriver au bout de son mandat de sept ans...

Sa disparition coïncide en France avec la fin des « Trente glorieuses », selon l'expression heureuse de l'économiste Jean Fourastié pour désigner les 30 années de modernisation, de croissance économique, de plein-emploi et de progrès social qui ont marqué l'après-guerre.

Bien que la maladie du président fût depuis plusieurs mois devenue visible à tout un chacun, la classe politique se laissa surprendre par sa mort comme en témoignent l'impréparation des postulants à sa succession. Pour la deuxième fois en cinq ans, Alain Poher, président du Sénat, exerce l'intérim ainsi que le veut la Constitution...

Publié ou mis à jour le : 2020-02-25 18:22:41

 
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