Toute l'Histoire en un clic
Ami d'Herodote.net
 
>> 11 mars 1963

Vous avez accès à
un dossier complet
autour de ce sujet :

Articles récents
Les 10 articles les plus lus
Publicité

11 mars 1963

Dernière exécution politique en France


À l'aube du 11 mars 1963, Jean Bastien-Thiry est passé par les armes au fort d'Ivry. Cette exécution politique est la dernière qu'ait connue la France à ce jour.

La victime est un polytechnicien de 35 ans originaire de Lunéville, marié et père de trois fillettes. Scientifique brillant et de stature internationale, il oeuvre à la Cité de l'Air, à Paris, avec le grade de lieutenant-colonel, quand sa conscience est bouleversée par le drame algérien.

Sentiment d'abandon

Après la signature des accords d'Évian, les Pieds-noirs refluent en désordre vers la métropole et les vainqueurs du FLN assassinent plusieurs dizaines de milliers de harkis et autres musulmans francophiles, abandonnés par l'armée française et le gouvernement du général de Gaulle.

Comme beaucoup de militaires de sa génération, Jean Bastien-Thiry ne comprend pas les revirements du général de Gaulle. Il les interprète comme autant de trahisons à l'égard de la Nation, des Français d'Algérie et des musulmans fidèles à la France. Refusant l'inéluctable, il se convainc que le Général est un obstacle à la restauration de la grandeur de son pays. C'est ainsi que sous l'égide d'un mouvement clandestin, le Conseil National de la Résistance (CNR) de Georges Bidault, il organise un attentat contre le cortège du Président.

L'attentat

Le 22 août 1962, le général de Gaulle, avec son épouse, se rend de l'Élysée à sa résidence de Colombey-les-deux-Églises. De l'Élysée même, un informateur jamais identifié prévient Bastien-Thiry du choix de l'itinéraire fixé au dernier moment par les services de sécurité parmi les trois possibles.

Jean Bastien-ThiryAu Petit-Clamart, dans la banlieue sud de Paris, la DS présidentielle est mitraillée par les six tireurs du commando de Bastien-Thiry. Les tireurs visent principalement les pneus afin d'arrêter la voiture. Mais les pneus résistent aux balles et le grand talent du chauffeur fait le reste.

L'un des tireurs lâche une rafale à la hauteur des têtes des passagers du véhicule. Les impacts de son fusil-mitrailleur - 8 au total - permettront au procureur général de requérir pour tentative d'assassinat.

Le président et son épouse, assis à l'arrière du véhicule, sont sans doute sauvés par la réaction de leur gendre Alain de Boissieu qui, assis à l'avant, se retourne vers eux et ose ordonner : « Père, couchez-vous ! »

Les tireurs sont bientôt arrêtés. Jean Bastien-Thiry est arrêté à son retour d'une mission scientifique en Grande-Bretagne. Un tribunal d'exception, la Cour militaire de Justice, juge les prévenus.

Le procureur requiert la mort contre Bastien-Thiry, Bougrenet de La Tocnaye et Buisines. Prévost demande la parole et prie le jury de prendre la place de Buisines, affirmant sa responsabilité supérieure. Le tribunal militaire tient compte de cette précision en condamnant à la peine capitale Prévost au lieu de Buisines.

Le recours en cassation n'est pas permis aux condamnés. Leur vie repose entre les mains du chef de l'État. L'opinion publique est convaincue qu'il usera de son droit de grâce pour un attentat qui n'a pas entraîné mort d'homme. Le général de Gaulle grâcie effectivement les tireurs mais non leur chef. Jean Bastien-Thiry est fusillé huit jours à peine après le jugement.

Version intégrale pour les amis d

Publié ou mis à jour le : 2016-09-21 11:53:52

Les commentaires des Amis d'Herodote.net

Voir les 12 commentaires sur cet article

Anonyme (12-03-201318:28:14)

L'indépendance de l'Algérie n'était nullement inéluctable;tout a dépendu d'un homme,Charles de Gaulle qui loin d'être un visionnaire, s'est lourdement trompé pour le moins et en 1962 la France a cessé d'être une grande nation;les événements actuels de dislocation de la famille et de la nation ont leurs origines dans ce lâche abandon;le maréchal Juin a écrit:le châtiment est en marche;c'est très juste et nous le constatons tous les jours et encore plus depuis un an.

Gérard (12-03-201309:02:09)

Nous attendons qu'un tribunal de l'histoire juge enfin De Gaulle pour non pas l'abandon de l'Algérie mais bien pour avoir lâchement abandonné les harkis à la vindicte du FLN. Tan que ce jugement ne sera pas fait la France aura toujours cette plaie ouverte dans son honneur.

Georges Schell (12-03-201300:19:01)

L'exécution de JMBT ne fut rien d'autre qu'un assassinat politique. L'article est très intéressant, mais il n'aborde pas les problèmes juridiques nombreux qui entourent cette affaire. Cela mérite tout de même d'être connu.
Tout d'abord, il faut savoir que le Conseil d'Etat avait annulé l'ordonnance de de Gaulle créant la cour militaire de justice. Source : site du CE, arrêt Canal :
http://www.conseil-etat.fr/fr/presentation-des-grands-arrets/19-octobre-1962-canal-robin-et-godot.htm... Lire la suite

Castor (23-10-201215:38:24)

On reproche au général de ne pas avoir contrecarré la sentence des juges? C'est de Gaulle ou nos magistrats qui ont ôté la vie à Bastien Thiry? Revenons aux réalités quand même. Aurait il était un innocent qui rate sa victime?
Un peu de sérieux, messieurs les jurés!
Par contre il faut peut être se réjouir de l'abolition de la peine de mort en France. Mais les criminels. l'entendent ils de la même manière? Bien sur nos juges ont un avis déterminant, plus convainquant que celui des ... Lire la suite

Frédo 30 (28-09-200910:58:50)

L'exécution du Colonel Bastien-Thiry est un crime parmi tant d'autres de De Gaulle, l'opportuniste assoiffé de pouvoir.
Honte à ceux qui ont participé à cet acte de vengeance du "prince" et à ceux qui le défendent encore aujourd'hui.
Dommage que cet attentat ait eu pour épilogue, non pas la fin d'un traitre, mais celle d'un homme honnête.

or2 (06-09-200918:02:18)

BT n'a pas été gracié pour différentes raisons. Entre autres, le Général de Gaulle n'admettait pas que le cerveau de l'opération ne se soit pas mouillé au moment même de l'attentat: BT ne faisait pas partie des tireurs au petit clamart. Il a gracié tous les tireurs mais pas le cerveau, c'etait sa logique.


Les Amis d'Herodote.net peuvent envoyer un commentaire sur cet article.

Suivez Herodote.net sur twitter
Offrez-vous quelques minutes d'évasion
avec Les Chroniques d'Herodote.net

Adhérez aux Amis d'Herodote.net

D'où vient le surnom d'«Immortel» donné aux membres de l'Académie française ?

Réponse
Publicité