Léon Gambetta (1838 - 1882)
« Quand la France aura fait entendre sa voix souveraine, il faudra se soumettre ou se démettre »
Cette invite comminatoire a été adressée publiquement à Lille par Léon Gambetta au président de la République, le maréchal Marie de Mac-Mahon, au terme de la crise institutionnelle ouverte le 16 mai 1877. Ce jour-là, le président avait renvoyé le président du Conseil, Jules Simon, puis il avait dissous la Chambre des députés. La nouvelle majorité législative ayant récusé le ministère choisi par le président de la République, celui-ci n'avait eu d'autre choix que de s'incliner en décembre 1877 puis de démissionner le 30 janvier 1879. Après lui, aucun président de la IIIe République n'osa plus dissoudre la Chambre des députés.
Ernest Renan (1823 - 1892)
« Je suis le premier à reconnaître que la race sémitique, comparée à la race indo-européenne, représente réellement une combinaison inférieure de la nature humaine »
Ernest Renan, issu d'une famille traditionnelle de Bretagne, perd la foi en suivant les cours du séminaire de Saint-Sulpice, à Paris. Poursuivant des études de philosophie et de lettres, il élabore un système de pensée positiviste qu'il expose dans L'avenir de la science (1848) et dans son Histoire générale et système comparé des langues sémitiques (1855). C'est de ce dernier ouvrage qu'est extraite la citation ci-dessus.
Elle témoigne de la personnalité complexe et ambigüe du philosophe, ainsi que le souligne l'historien Pierre Birnbaum, rappelant que « Renan a donc été adepte des théories raciales avant de devenir la gloire de la République. La tradition républicaine a préféré oublier cet aspect de son oeuvre tandis que la droite nationaliste, fermant pudiquement les yeux devant le Renan rationaliste, se réclame du seul Renan raciste et s'en souvient encore explicitement à l'époque de Barrès comme durant Vichy. » (La France imaginée, page 144, Gallimard Folio/Histoire, 2003).
« L'oubli, et je dirai même l'erreur historique sont un facteur essentiel de la création d'une nation, et c'est ainsi que le progrès des études historiques est souvent pour la nationalité un danger... »
Source : conférence prononcée le 11 mars 1882 à la Sorbonne, à Paris
Affecté par la défaite de 1870, Ernest Renan se rallie en 1877 à la IIIe République dont il devient avec Victor Hugo l'une des gloires tutélaires. Il se fait le chantre d'une France idéale et quelque peu irréelle, débarrassée de ses doutes et de ses conflits.
Il dénonce la vision qui a cours en Allemagne d'une nation fondée sur les liens du sang et de la langue. Lui-même présente la nation comme un «plébiscite de tous les jours» fondé sur le «culte des ancêtres», «la possession en commun d'un riche legs de souvenirs» et «la volonté de continuer à faire valoir l'héritage qu'on a reçu indivis». Les Français de son époque pouvaient se reconnaître dans cette définition.
Encensé par la gauche républicaine et laïque, Renan participe par son oeuvre intellectuelle à la poussée nationaliste qui a conduit l'Europe à la tragédie de la Grande Guerre de 1914-1918. Ernest Renan publie sur la fin de sa vie des réflexions sur sa jeunesse (Souvenirs d'enfance et de jeunesse, 1883).
Sa personnalité originale combine une sensibilité de poète avec une rigueur de positiviste et un humour de philosophe.
Jules Ferry (1832 - 1893)
« Messieurs, il faut parler plus haut et plus vrai ! Il faut dire ouvertement que les races supérieures ont un droit vis-à-vis des races inférieures. Je répète qu'il y a pour les races supérieures un droit, parce qu'il y a un devoir pour elles. Elles ont le devoir de civiliser les races inférieures »
Au début des années 1880, comme président du Conseil, Jules Ferry se fait le promoteur de l'expansion coloniale de la France... Le 28 juillet 1885, redevenu simple député, il défend dans les termes ci-dessus à la Chambre une demande de crédit du gouvernement pour une expédition à Madagascar.
Son discours, qui nous paraît aujourd'hui surprenant, est représentatif de la pensée progressiste de l'époque. Il n'y a guère pour le contredire que les droites libérale, royaliste et nationaliste ainsi que quelques électrons libres comme le chef du parti radical (extrême-gauche) Georges Clemenceau, qui réplique avec brio le 31 juillet 1885 au discours ci-dessus (note).
Joseph Chamberlain (1836 - 1914)
« Je crois que la race britannique est la plus grande des races impériales que le monde ait connues »
Joseph Chamberlain, ministre des colonies du Royaume-Uni, déclare devant les Communes, en 1895 : «En premier lieu je crois en l'Empire britannique, et en second lieu je crois en la race britannique. Je crois que la race britannique est la plus grande des races impériales que le monde ait connues. Je dis cela non comme une vaine vantardise, mais comme une chose prouvée à l'évidence par les succès que nous avons remporté en administrant les vastes possessions reliées à ces petites îles, et je crois donc qu'il n'existe pas de limite à son avenir». A cette époque-là, il est vrai, tout sourie à la reine Victoria et aux responsables de l'Empire britannique. Celui-ci pèse dans le monde autant que les États-Unis aujourd'hui, d'un point de vue économique, politique et également démographique (environ 1 homme sur 20 est alors britannique, de même qu'aujourd'hui, 1 homme sur 20 est américain). Pourtant, déjà à l'horizon pointent les orages du XXe siècle : soulèvement des Boers d'Afrique du sud, concurrence militaire et économique de l'Allemagne... Le déclin est proche.
Jean-Baptiste Marchand (1863 - 1934)
« En matière militaire, la supériorité ne se démontre que par la bataille ! »
Cette martiale lapalissade aurait été adressée par le chef de bataillon Jean-Baptiste Marchand au général-lord Kitchener le 19 septembre 1898, sur les bords du Nil, à Fachoda. La petite troupe française commandée par Marchand avait eu la désagréable surprise d'être rejointe la veille en ce lieu reculé du Soudan par l'armée anglo-égyptienne. Après quelques semaines de flottement et la menace d'une guerre entre l'Angleterre et la France, l'ordre arriva de rendre le fort aux Anglo-Égyptiens. Ulcéré, Marchand, élevé au grade de commandant, dut céder la place en janvier 1897 et continuer sa route vers l'Abyssinie où le Roi des Rois lui fit un accueil impérial, pour rejoindre l'Océan Indien...








