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Citations et Mots d'Histoire

Le temps des Révolutions

Daniel-François Auber    (1782 - 1871)

« Amour sacré de la patrie, rends-nous l'audace et la fierté »

Pacifique auteur de théâtre lyrique d'origine normande, Auber n'imaginait pas qu'une de ses œuvres serait à l'origine de la naissance de la Belgique. Le soir du 25 août 1830, le théâtre de la Monnaie, à Bruxelles, donne une représentation de «La Muette de Portici». Cet opéra raconte un soulèvement des Napolitains contre l'oppresseur. Le public, enthousiaste, reprend le refrain ci-dessus et la tension devient telle que des émeutes se produisent à la sortie du théâtre. De façon similaire, un peu plus tard, la bourgeoisie libérale italienne se mobilisera en faveur de l'unité nationale à l'écoute des opéras de Giuseppe Verdi. Comment ne pas être nostalgique de cette époque où les révolutions se faisaient en chansons et en frac de soirée ?...


Alphonse de Lamartine    (1790 - 1869)

« Plaignons les victimes et marchons [sous-entendu : continuons d'aller de l'avant] ! »

Paroles prononcées par Alphonse de Lamartine à la tribune de l'Assemblée législative, à Paris, au lendemain de la catastrophe ferroviaire de Meudon (8 mai 1842). Ce drame, le premier de l'histoire du chemin de fer, survient sur la ligne Paris-Versailles et fait 55 morts. Il se produit dans un train qui ramenait des Parisiens venus passer la journée à Versailles pour le spectacle des grandes eaux. Les dix-huit voitures en bois déraillent et prennent feu. Les voyageurs succombent sans pouvoir sortir des compartiments, fermés à clé de l'extérieur selon l'usage de l'époque.

Parmi les victimes figurent le navigateur Dumont d'Urville, découvreur de la terre Adélie, ainsi que sa femme et son fils. Ce premier accident de l'Histoire du rail n'ébranle en aucune façon la confiance des contemporains dans le progrès technique. Chacun croit qu'il a beaucoup plus à y gagner qu'à y perdre. Lamartine, poète romantique et homme politique, se fait le porte-parole de cette confiance dans le progrès, héritée de la «philosophie des Lumières». Qu'en reste-t-il aujourd'hui ?...


« ... Le drapeau rouge n'a jamais fait que le tour du Champ-de-Mars, traîné dans le sang du peuple en 1791 et 1793, et le drapeau tricolore a fait le tour du monde avec le nom, la gloire et la liberté de la patrie »

Le 26 février 1848, à Paris, deux jours après l'abdication du roi Louis-Philippe Ier et la proclamation de la IIe République, la foule s'agite encore autour de l'Hôtel de ville où délibère le gouvernement provisoire. Un jeune médecin de la Garde nationale lance par une fenêtre deux pièces de velours rouge enlevées à des canapés et des manifestants s'en font des drapeaux avec des manches à balai. Quelques-uns entrent dans une pièce où délibèrent trois membres du gouvernement, Lamartine, Marie et Garnier-Pagès. Ils exigent que le drapeau tricolore de la monarchie de Juillet (nom donné au règne de Louis-Philippe) soit abandonné au profit du drapeau rouge de la révolution (lointain héritier de la bannière royale de Saint-Denis !).

Lamartine monte alors sur une chaise et les harangue ainsi : « Citoyens, vous pouvez faire violence au gouvernement (...). Si vous êtes assez mal inspirés pour imposer une république de partis et un pavillon de terreur, le gouvernement est aussi décidé que moi-même à mourir plutôt qu'à se déshonorer en vous obéissant. Quant à moi, jamais ma main ne signera ce décret. Je repousserai jusqu'à la mort ce drapeau de sang et vous devriez le répudier plus que moi : car le drapeau rouge, que vous-mêmes rapportez, n'a jamais fait que le tour du Champ-de-Mars, traîné dans le sang du peuple en 1791 et 1793, et le drapeau tricolore a fait le tour du monde avec le nom, la gloire et la liberté de la patrie ».

Lamartine refusant le drapeau rouge devant l'Hôtel de Ville, Henri Félix Philippoteaux, 1848, Paris, musée du Petit Palais.


André Malraux    (1901 - 1976)

« L'esclave dit toujours oui »

André Malraux lance cette formule le 2 septembre 1973, sur le plateau des Glières, en Haute-Savoie, à l'occasion d'un discours à la gloire des malheureux résistants qui furent massacrés en ce lieu en mars 1944 par la Milice et les soldats. Extrait : «Le mot non, fermement opposé à la force, possède une puissance mystérieuse qui vient du fond des siècles. Toutes les plus hautes figures spirituelles de l'humanité ont dit non à César. Prométhée règne sur la tragédie et sur notre mémoire pour avoir dit non aux dieux. La Résistance n'échappait à l'éparpillement qu'en gravitant autour du non du 18 juin. Les ombres inconnues qui se bousculaient aux Glières dans une nuit de jugement dernier n'étaient rien de plus que les hommes du non, mais ce non du maquisard obscur, collé à la terre pour sa première nuit de mort, suffit à faire de ce pauvre gars le compagnon de Jeanne et d'Antigone... L'esclave dit toujours oui.»


Sir Charles Napier    (1782 - 1853)

« Peccavi » (en latin)
« J'ai péché » (traduction)

Cette formule latine se traduit en anglais par «I have sinned», qui se prononce comme «I have Sindh» , c'est-à-dire «J'ai pris le contrôle du Sindh», une région des Indes septentrionales, aujourd'hui au Pakistan. C'est par ce seul mot qu'en avril 1843, Sir Charles Napier, commandant en chef de l'armée des Indes britanniques, informa le gouverneur Ellenborough de la conquête de la région après sa victoire d'Hyderabad sur les Balouchtes. Le magazine Punch en tira une caricature restée célèbre dans le monde anglo-saxon. Parmi les commentaires suscités par cette formule, citons : «If this was a piece of rascally, it was a noble piece of rascally !» (si c'était là une saillie inopportune, c'était tout de même une noble saillie). Un peu plus tard, il arriva que le général reçut une délégation de notables hindous qui insistaient pour maintenir leur tradition du sati (sacrifice rituel de l'épouse par crémation lors des funérailles du mari). «Vous avez votre coutume, et nous avons la nôtre,» leur dit-il. «Celle-ci consiste à pendre haut et court ceux qui se sont rendus coupables d'assassinat. Je vous propose donc de faire désormais élever un échafaud à côté de vos bûchers. Vous ferez brûler la veuve, et aussitôt après nous pendrons les coupables.» Le jeune Napier avait commencé sa carrière, sous les ordres de Sir Arthur Wellesley, duc de Wellington, en Espagne, où il avait été blessé et fait prisonnier par les Français. Il fut chargé de missions en Amérique, en Afrique et en Chine. L'homme a laissé le souvenir de courage, d'indépendance et même d'ouverture d'esprit dans une époque qui n'avait guère d'égards pour l'homme du rang, le soldat indigène et les populations colonisées.


Henri Lacordaire    (1802 - 1861)

« Entre le fort et le faible, entre le riche et le pauvre, entre le maître et le serviteur, c'est la liberté qui opprime et la loi qui affranchit »
Source : 45e conférence de Notre-Dame

Religieux dominicain, avocat de formation puis prêtre, Henri Lacordaire tente de concilier le christianisme et le libéralisme politique. Ses conférences de Notre-Dame ont un vif retentissement chez les jeunes gens de l'école romantique. Élu député de gauche à l'Assemblée constituante en 1848, Lacordaire démissionne après les émeutes ouvrières de mai et juin 1848.

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