Louis XVIII (1755 - 1824)
« Allons, finissons-en, Charles attend »
On prête ce mot au vieux roi Louis XVIII dans les derniers jours de sa vie.
Après une jeunesse insouciante à la cour de Versailles, le frère cadet de Louis XVI a vécu sous la Révolution et l'Empire unelongue errance à travers l'Europe. Il revient à Paris dans les fourgons des Alliés à la chute de Napoléon 1er et restaure la dynastie des Bourbons en essayant tant bien que mal de réconcilier la France de la Révolution et celle de l'Ancien Régime.
Doté d'un solide embonpoint, le roi doit progressivement se résigner à l'immobilité et, devenu impotent, se baptise lui-même le «Roi-fauteuil».
Dans les derniers mois de sa vie, incapable de tenir une plume et souffrant dans tout son corps, il tient néanmoins à exercer jusqu'au dernier souffle les prérogatives de sa charge, maintenant à l'excès le respect de l'étiquette de cour.
Résigné et usé par la douleur, il lance un jour à l'un de ses médecins la réflexion ci-dessus, en référence à son frère et héritier, appelé à recueillir la couronne sous le nom de Charles X.
Louis XVIII meurt le 16 septembre 1824 d'une gangrène infectieuse des deux pieds.
Horace (-65 - 8)
« Graecia capta ferum victorem cepit » (en latin)
« La Grèce a soumis son vainqueur » (traduction)
Ce mot du poète latin Horace traduit l'influence de la culture grecque sur la haute société romaine. Les Romains découvrent cette culture dès le IIIe siècle av. J.-C. en conquérant le sud de la péninsule italienne que l'on appelle aussi « Grande-Grèce ». Avec la conquête de Corinthe en 146 av. J.-C. et la soumission de l'ensemble de la Grèce puis de l'Asie mineure, c'est un éblouissement !
Forts de leur statut de vainqueurs, les héritiers des austères familles patriciennes de Rome s'emparent des richesses de l'Orient : oeuvres d'art mais aussi artistes, poètes, lettrés,... Eux-mêmes mettent un point d'honneur à rivaliser avec les Athéniens en matière poétique, littéraire, artistique ou encore sportive (les Romains participent volontiers aux Jeux Olympiques). Les poètes latins, tels Plaute, Térence, Virgile ou Ovide, copient la manière de leurs homologues grecs... tout en conservant l'usage du latin. Les patriciens romains n'ont pas ces scrupules.
Des gens comme Jules César ou son petit-neveu Octavien (le futur Auguste) sont éduqués en grec par des précepteurs grecs et parlent cette langue plus volontiers que le latin.
En matière religieuse, le panthéon romain s'aligne sur son homologue et les poètes établissant des parallèles entre les différents dieux. Au Zeus grec correspond le Jupiter romain,... L'administration de l'empire est elle-même marquée par cette double culture : de la péninsule ibérique jusqu'à l'Illyrie (actuelle Croatie) prévaut le latin ; au-delà et en Afrique, le grec. Cette césure culturelle va devenir politique à l'époque chrétienne avec le partage de l'empire entre Orient et Occident.
Charles de Talleyrand (1754 - 1838)
« Sire, la Russie a un peuple barbare et un prince civilisé. La France a un peuple civilisé et un prince barbare »
Napoléon Ier a convié au congrès d'Erfurt, du 27 septembre au 14 octobre 1808, les princes allemands et le tsar Alexandre Ier (32 ans).
Talleyrand (54 ans), arrivé à Erfurt un jour avant l'Empereur des Français, accueille le tsar par ces mots : « Sire, que venez-vous faire ici ? C'est à vous de sauver l'Europe, et vous n'y parviendrez qu'en tenant tête à Napoléon. Le peuple français est civilisé, son souverain ne l'est pas ; le souverain de Russie est civilisé, son peuple ne l'est pas ; c'est donc au souverain de la Russie d'être l'allié du peuple français » (d'après des confidences de Talleyrand à Metternich, rapportées par celui-ci dans ses Mémoires).
Napoléon Ier (39 ans) a réuni le congrès en vue de resserrer son alliance avec la Russie. Il veut éviter que se forme une cinquième coalition contre la France et prendre le temps de remettre à la raison les Espagnols qui se sont insurgés. Par une convention secrète en date du 12 octobre, il fait d'importantes concessions au tsar et lui demande en contrepartie de s'engager à ses côtés contre l'Autriche si celle-ci reprend la guerre. Talleyrand, qui a le titre de vice-grand Électeur mais n'est plus ministre des Relations Extérieures, acquiert la conviction que Napoléon Ier se perd et perd la France en brisant l'équilibre européen. Sa décision est dès lors prise de trahir son maître... et d'empocher au passage de consistants pots-de-vin. C'est l'explication de son adresse ci-dessus au tsar. En secret, il lui montre combien est précaire la situation de Napoléon et le convainc de lui tenir tête et de ménager l'Autriche.
François de Chateaubriand (1768 - 1848)
« Tout à coup une porte s'ouvre : entre silencieusement le vice appuyé sur le bras du crime. »
Après Waterloo et la chute de Napoléon 1er, l'héritier des Bourbons, le roi Louis XVIII, revient à petite vitesse de son exil temporaire à Gand. Le 6 juillet 1815, à Saint-Denis, il se résigne à recevoir Talleyrand, ex-évêque d'Autun, corrompu et jouisseur, - bien que boîteux -, qui s'est rendu indispensable à tous les régimes par ses talents de diplomate et a su défendre la France au Congrès de Vienne. Le roi reçoit par la même occasion Joseph Fouché, ex-oratorien, qui a voté la mort de son frère Louis XVI. Ministre de la police dès le Consulat, il a tissé un réseau d'agents dans tout le pays et dans tous les camps, ce qui le rend, lui aussi, indispensable à tout gouvernement désireux de tranquillité publique. Le vicomte François de Chateaubriand, illustre écrivain, attend dans l'antichambre d'être reçu par le roi quand il a l'amère surprise de voir ces deux figures de la Révolution le précéder dans le cabinet de Louis XVIII. Voilà comment il décrit la scène dans ses Mémoires d'Outre-Tombe : «Tout à coup une porte s'ouvre : entre silencieusement le vice appuyé sur le bras du crime. M. de Talleyrand marchant soutenu par M. Fouché; la vision infernale passe lentement devant moi, pénètre dans le cabinet du Roi et disparaît». Lui-même souffre de n'être pas reconnu à sa vraie valeur... Le poète a introduit le romantisme en France avant de participer au renouveau religieux en publiant à la veille du Concordat le Génie du christianisme. Plus tard, il s'est rallié sans surprise à la Restauration monarchique (le «retour des lys»). Devenu ministre des Affaires étrangères de Louis XVIII puis ambassadeur, il entraîne la France dans une aventure guerrière malheureuse et contribue par ses diatribes à l'échec de la monarchie constitutionnelle. Preuve qu'un serviteur zélé peut davantage nuire que de fieffés coquins dès lors que ceux-ci, tels Talleyrand et Fouché, sont guidés par leur intérêt.
Jean-Baptiste Say (1767 - 1832)
« Les vraies colonies d'un peuple commerçant, ce sont les peuples indépendants de toutes les parties du monde. »
Cette sentence figure dans le Cours complet d'économie politique, un ouvrage publié en 1830 où l'on peut lire :
«Les vraies colonies d'un peuple commerçant, ce sont les peuples indépendants de toutes les parties du monde. Tout peuple commerçant doit désirer qu'ils soient tous indépendants pour devenir plus industrieux et plus riches, car plus ils seront nombreux et productifs, plus ils présenteront d'occasions et de facilités pour les échanges. Les peuples deviennent alors pour nous des amis utiles et qui ne nous obligent pas de leur accorder des monopoles onéreux, ni d'entretenir à grands frais des administrations, une marine et des établissements militaires aux bornes du monde. Un temps viendra où on sera honteux de tant de sottise et où les colonies n'auront plus d'autres défenseurs que ceux à qui elles offrent des places lucratives à donner et à recevoir, le tout aux dépens du peuple.»
Ce texte prémonitoire conserve toute son actualité dans la France du XXIe siècle qui peine à sortir de l'ère coloniale. Son auteur, Jean-Baptiste Say, né à Lyon le 5 janvier 1767, est l'un des plus grands économistes français.
A la veille de la Révolution, la lecture de l'ouvrage majeur d'Adam Smith (Recherches sur la nature et les causes de la richesse des nations, 1776) décide de sa vocation. Dans ses premiers écrits, il clarifie et enrichit la pensée de l'économiste écossais tout en tirant les premiers enseignements de la révolution industrielle naissante.
JB Say fait un bref passage au Tribunat, sous le Consulat, et publie en 1803 son ouvrage majeur : Traité d'économie politique ou Simple exposition de la manière dont se forment, se distribuent et se consomment les richesses. Démissionnant du Tribunat pour conserver sa liberté de penser, l'économiste fonde une filature dans le Nord, ce qui lui vaut la fortune, et finit sa carrière au Collège de France. Il meurt le 15 novembre 1832 à Paris.
JB Say affiche sa confiance dans la capacité de l'économie industrielle à surmonter les crises. Il est à l'origine d'une loi qui porte son nom et est parfois dite «loi des débouchés», selon laquelle les produits s'échangent contre des produits, la monnaie ne jouant qu'un rôle d'intermédiaire neutre.
Cette vision libérale et optimiste, qui réprouve toute intervention de l'État, a été plus tard violemment critiquée par des économistes comme John Maynard Keynes.
Bastien Sébastiani (1772 - 1851)
« L'ordre règne à Varsovie »
Dans la nuit du 29 novembre 1830, à Varsovie, militaires et intellectuels polonais s'insurgent contre la tutelle russe, qui remonte au Congrès de Vienne de 1815. Ils appellent en vain les gouvernements occidentaux à leur aide. Le tsar Nicolas Ier réoccupe la capitale polonaise le 8 septembre 1831 et mène une répression brutale.
À Paris, le 16 septembre 1831, le ministre de la Guerre, le général Bastien Sébastiani, est interrogé sur la situation à Varsovie par les députés de la Chambre. Il transmet ensuite au journal gouvernemental Le Moniteur un communiqué sur le débat de la Chambre en ces termes : «Le gouvernement a communiqué tous les renseignements qui lui étaient parvenus sur les événements de la Pologne (...). Au moment où l'on écrivait, la tranquillité régnait à Varsovie (Mouvements divers)».
L'opposition se déchaîne contre le maladroit ministre et fait ses choux gras de la formule publiée en légende d'une lithographie dans le journal La Caricature : «L'ordre règne à Varsovie». C'est cette formule qui est restée dans les mémoires bien qu'elle n'ait jamais été prononcée...
Le comte Bastien Sébastiani n'est pas au bout de ses malheurs. Il sera honoré dans ses vieux jours du titre de maréchal de France eu égard à ses exploits dans les armées de Napoléon Ier. Mais il aura aussi la douleur de perdre sa fille unique, la duchesse de Choiseul-Praslin, dans des circonstances cruelles.








