Antoine-Laurent de Lavoisier (1743 - 1794)
« La République n'a pas besoin de savants »
Comme fermier général et privilégié de l'Ancien Régime, le chimiste Antoine-Laurent de Lavoisier eût à pâtir de la Révolution. Il est emprisonné le 24 novembre 1793, sous la Terreur, en dépit des services rendus à la République. Le tribunal révolutionnaire l'ayant condamné à la guillotine, le savant demande un sursis de quinze jours pour terminer une expérience. Si l'on en croit une relation tardive de l'abbé Grégoire, il s'attire cette réplique du vice-président du tribunal, un certain Coffinhal : Nous n'avons pas besoin de chimistes». La postérité, pour souligner la malfaisance de la Convention, retient la formule : La République n'a pas besoin de savants !»... La scène et la formule paraissent peu vraisemblables quand l'on sait la vigueur avec laquelle le gouvernement révolutionnaire mobilisait les scientifiques au service de la guerre contre l'envahisseur. Lavoisier est guillotiné le 8 mai 1794 sur la place de la Révolution (aujourd'hui place de la Concorde) ainsi que ses 27 collègues de la ferme générale.
Mirabeau (1749 - 1791)
« Allez dire à votre maître que nous sommes ici par la volonté du peuple et que l'on ne nous en arrachera que par la force des baïonnettes »
Ainsi aurait répondu Gabriel-Honoré Riquetti, comte de Mirabeau et député du tiers état, au marquis de Dreux-Brézé, grand maître des cérémonies du roi Louis XVI, le 23 juin 1789, selon une légende colportée par le manuel d'histoire de Malet (édition 1912). Trois jours plus tôt, les députés du tiers état et quelques députés du clergé s'étaient constitués en Assemblée nationale en vue de donner une Constitution au pays, au grand mécontentement du roi.
À sa requête, le grand maître des cérémonies se rend à l'Assemblée. Il demande au président Bailly que les députés des états généraux continuent de siéger séparément, selon les trois ordres traditionnels : noblesse, clergé et tiers état. Le président répond qu'il ne peut «séparer l'Assemblée qu'elle n'eût délibéré librement sur ce sujet». Dreux-Brézé se retire et rend compte de cette réponse au roi. Après la mort de Mirabeau (2 avril 1791), la société des Jacobins va magnifier l'incident en commandant au sculpteur Houdon un buste du tribun sur lequel est gravée la célèbre harangue : «Allez dire à ceux qui vous envoient que nous sommes ici par la volonté nationale et que nous n'en sortirons que par la puissance des baïonnettes». L'historien Malet la retouchera en des termes encore plus héroïques.
« Quand je secoue ma terrible hure, il n'y a personne qui osât m'interrompre »
Corrompu et jouisseur, le visage enlaidi par la vérole, Mirabeau n'en jouit pas moins d'une très grande popularité due à son talent d'orateur. «Quand je secoue ma terrible hure, il n'y a personne qui osât m'interrompre», dit-il, comparant sa tête à celle d'un sanglier. Il n'a pas de scrupule à mettre son talent d'orateur, sa popularité et son intelligence politique au service du roi après la séance fameuse du Jeu de Paume... en se gardant bien de le faire savoir au peuple à ses collègues députés qui lui font confiance. Il écrit à Louis XVI le 10 mai 1790 : «Je promets au roi loyauté, zèle, activité, énergie et un courage dont peut-être on est loin d'avoir une idée». Il lui suggère d'organiser un parti à sa dévotion au sein de l'Assemblée, voire de corrompre certains adversaires. Dans la pire des éventualités, il envisage un coup de force, le roi s'éloignant de Paris et y revenant avec des troupes pour dissoudre l'Assemblée. Mais Mirabeau meurt trop tôt pour mener ses projets à leur terme. S'illusionnant sur son honnêteté, l'Assemblée lui décerne, trois jours après sa mort, le 5 avril 1791, l'honneur d'être inhumé en l'église Sainte Geneviève, transformée pour l'occasion en Panthéon des gloires nationales. Il en sera exclu le 21 septembre 1794, après qu'auront été découvertes les preuves de sa duplicité.
Pierre Dupont de Nemours (1739 - 1817)
« Périssent les colonies, plutôt qu'un principe »
Brillant économiste, Pierre Samuel Dupont de Nemours compose avec François Quesnay le traité La Physiocratie (1768), d'où le nom de physiocrates donné aux économistes du siècle des « Lumières ». L'un d'eux, Turgot, devient ministre du roi Louis XVI et Dupont entre à son service.
Il est ensuite élu député de Nemours aux états généraux, combat la création des assignats et surtout, fidèle à ses idées, se mobilise (en vain) en faveur de l'abolition de l'esclavage. Le 15 mai 1791, le débat fait rage à ce propos à l'Assemblée nationale. Les représentants des colonies menacent de faire sécession si l'on abroge l'esclavage.
« On nous menace du ressentiment de ces nobles d'outre-mer... Ils se consoleront comme se sont consolés les nobles français qui avaient un peu de sens. Si toutefois cette sécession devait avoir lieu, il vaudrait mieux sacrifier la colonie plutôt qu'un principe », répond Dupont de Nemours.
Finalement, l'Assemblée se contente d'accorder le droit de vote à certains hommes de couleur libres. Resté fidèle au roi, Dupont de Nemours se cache pendant la Terreur. En 1815, il s'établit aux États-Unis, dans le Delaware. C'est là que son fils Éleuthère Irénée fonde une poudrerie. Elle est devenue aujourd'hui, sous le nom de Du Pont, la première entreprise chimique du monde !
Henri Grégoire (1750 - 1831)
« Les rois sont dans l'ordre moral ce que sont les monstres dans l'ordre physique [...]. L'histoire des rois est le martyrologe des peuples »
L'abbé Grégoire adressa cette grandiloquente formule à l'Assemblée de la Convention, le 21 septembre 1792, jour de son ouverture et de la fondation officielle de la première République française.
Henri Grégoire est le fils d'un paysan lorrain. Ayant montré des dispositions pour les études, il est éduqué au collège jésuite de Nancy, ordonné prêtre en 1776 et nommé curé à Embermesnil, en Lorraine. Très ouvert aux idées généreuses des «Lumières», il publie en 1788 un Essai sur la régénération physique, morale et politique des juifs qui est distingué par l'Académie de Metz.
Député du clergé aux états généraux en 1789, l'abbé demande et obtient la réunion des trois ordres. Il vote la Constitution civile du clergé (1790) puis l'égalité des droits civils pour les juifs (1791).
Devenu évêque assermenté de Blois, il siège à la Convention, dans les rangs de la Montagne (la gauche révolutionnaire).
Son action réformatrice ne faiblit pas. C'est ainsi qu'il fait voter l'abolition de l'esclavage (1794) et se penche sur les patois et dialectes en vue d'établir la suprématie définitive du français, défini comme langue de la liberté et de la démocratie. Grégoire contribue également à la fondation de l'Institut et du Conservatoire des Arts et Métiers.
On lui doit l'invention du mot vandalisme, en référence à des Barbares qui saccagèrent Rome en 455. Il emploie ce mot dans un rapport adressé à la Convention le 11 janvier 1794 où il dénonce les destructions intempestives de monuments et d'oeuvres d'art par les armées républicaines. Avec lui émerge donc le concept de protection du patrimoine.
Absent lors du procès de Louis XVI en 1793, Grégoire se prononce pour sa condamnation tout en réclamant l'abolition de la peine capitale.
Après la chute de Robespierre, il devient membre du Conseil des Cinq-Cents (1795-1798) puis du Corps législatif (1800), enfin sénateur (1802). Il se range dans l'opposition libérale sous l'Empire et sous la Restauration. À sa mort, il est interdit de sépulture chrétienne en raison de ses engagements passés !
Maximilien de Robespierre (1758 - 1794)
« Personne n'aime les missionnaires armés. »
Maximilien de Robespierre, ancien député de la Constituante et président du Club révolutionnaire des Jacobins, déclare à la tribune de celui-ci, le 2 janvier 1792 : « La plus extravagante idée qui puisse naître dans la tête d'un politique est de croire qu'il suffise à un peuple d'entrer à main armée chez un peuple étranger pour lui faire adopter ses lois et sa Constitution. Personne n'aime les missionnaires armés ; et le premier conseil que donnent la nature et la prudence, c'est de les repousser comme des ennemis. Avant que les effets de notre Révolution se fassent sentir chez les nations étrangères, il faut qu'elle soit consolidée ».
Au même moment, à l'Assemblée législative, de plus en plus de députés songent à une guerre qui consoliderait la monarchie constitutionnelle et diffuserait au-delà des frontières les idées généreuses de la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen.
Il faudra plus de vingt ans de guerres et environ deux millions de morts avant que les révolutionnaires ne mesurent leur erreur et que ne se vérifient les avertissements prophétiques de Robespierre.








