Gustave Courbet (1819 - 1877)
« Quand je serai mort, il faudra qu'on dise de moi : celui-là n'a jamais appartenu à aucune école, à aucune église, à aucune institution, à aucune académie, surtout à aucun régime si ce n'est le régime de la liberté. »
Source : lettre ouverte de Gustave Courbet (Le Siècle, 1870)
La lettre ci-dessus a été publié par le peintre Gustave Courbet pour exprimer son refus de recevoir la Légion d'Honneur. Né en Franche-Comté, il étudie à l'académie de Besançon avant de gagner Paris où il se forme en autodidacte. Il sera distingué après des années de galère par quelques amateurs éclairés comme le marchand Wisselingh. Lié à la bohème parisienne (Baudelaire, Millet, Daumier, Proudhon), Courbet peint de manière conventionnelle mais défie la critique par le choix de sujets réalistes (Enterrement à Ornan), voire scandaleux (Filles de Loth, L'Origine du Monde). Bourgeois voltairien et anticlérical, convaincu de son génie («Je peins comme un Dieu», dit-il), il se veut socialiste et participe à la Commune de Paris comme président d'une Commission pour la protection des beaux-arts. Plus tard accusé d'avoir fait détruire la colonne Vendôme, symbole de guerre et de conquêtes, il est condamné à rembourser les frais de restauration. Il finit ses jours en Suisse en 1877 (sans avoir payé ladite amende).
Maximilien de Robespierre (1758 - 1794)
« La terreur n'est autre chose que la justice prompte, sévère, inflexible ; elle est donc une émanation de la vertu... »
Le 5 février 1794 (17 pluviôse An II), Robespierre monte à la tribune de la Convention en vue d'obtenir la mise hors la loi de Danton, coupable de mollesse dans la défense des acquis de la Révolution. Il prononce alors ces mots terribles : «Si le ressort du gouvernement populaire dans la paix est la vertu, le ressort du gouvernement populaire en révolution est à la fois la vertu et la terreur : la vertu, sans laquelle la terreur est funeste ; la terreur, sans laquelle la vertu est impuissante. La terreur n'est autre chose que la justice prompte, sévère, inflexible ; elle est donc une émanation de la vertu ; elle est moins un principe particulier, qu'une conséquence du principe général de la démocratie, appliqué aux plus pressans besoins de la patrie. On a dit que la terreur était le ressort du gouvernement despotique. Le vôtre ressemble-t-il donc au despotisme ? Oui, comme le glaive qui brille dans les mains des héros de la liberté, ressemble à celui dont les satellites de la tyrannie sont armés...» Robespierre parvient à faire guillotiner son rival le 5 avril 1794. Dès lors tout-puissant, il entraîne dès lors la France dans la Grande Terreur («Je suis inflexible pour les oppresseurs parce que je suis compatissant pour les opprimés», se justifie-t-il). Mais au bout de quatre mois, les députés de la Convention, lassés par ses excès, le décrètent d'arrestation et le font à son tour guillotiner.
Louis Antoine Saint-Just (1767 - 1794)
« Le bonheur est une idée neuve en Europe »
L'auteur de cette maxime est un jeune homme beau autant que cruel, tard venu à la Révolution. Fils d'un capitaine bourguignon, Louis Antoine de Saint-Justétudie et écrit des vers quand la Bastille est prise. S'enthousiasmant pour la Révolution et pour Robespierre, il doit attendre la Convention pour être élu député de l'Aisne. Il lui reste alors moins de deux ans à vivre... Il fait voter la loi des suspects qui permet d'arrêter ceux qui «n'ayant rien fait contre la Liberté, n'ont rien fait pour elle». Il proclame froidement : «Ce qui constitue une République, c'est la destruction totale de ce qui lui est opposé». Le 3 mars 1794 (13 ventôse An II selon le calendrier révolutionnaire), il monte à la tribune de l'Assemblée et propose au nom du Comité de Salut Public un décret en vue de recenser les indigents et de leur attribuer les biens enlevés aux contre-révolutionnaires. Il fait valoir que cette mesure constituera une excellent propagande à l'étranger. C'est ainsi qu'il lance aux députés de la Convention : «On trompe les peuples de l'Europe sur ce qui se passe chez nous. On travestit vos discussions. On ne travestit point les lois fortes; elles pénètrent tout à coup les pays étrangers comme l'éclair inextinguible. Que l'Europe apprenne que vous ne voulez plus un malheureux, ni un oppresseur sur le territoire français ; que cet exemple fructifie sur la terre ; qu'il y propage l'amour des vertus et le bonheur ! le bonheur est une idée neuve en Europe»... (*).
Olympe de Gouges (1748 - 1793)
« La femme a le droit de monter à l'échafaud, elle doit avoir également le droit de monter à la tribune »
Extrait de l'article 10 de la Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne, publiée en 1791 par Olympe de Gouges... avec une dédicace à la reine Marie-Antoinette.
Née en mai 1748 dans un ménage modeste de Montauban sous le nom de Marie Gouzes, la future Pasionaria de la Révolution française, précurseur du féminisme, est libérée du mariage par un veuvage précoce.
Montée à Paris, elle fréquente divers amants dont l'écrivain François Sébastien Mercier, auteur du Tableau de Paris, et se manifeste dès 1788 par des écrits révolutionnaires (Remarques patriotiques) comme par sa dénonciation de l'esclavage.
Sous la Convention, elle milite au club des Jacobins, dénonçant la peine de mort, revendiquant le droit de vote sans distinction de sexe,... Proche des Girondins, elle s'oppose aux Montagnards et à leur chef, Robespierre, ce qui lui vaut d'être condamnée à l'échafaud le 3 novembre 1793. «Enfants de la Patrie, vous vengerez ma mort !» lance-t-elle avant de mourir.
Mme Roland (1754 - 1793)
« Ô Liberté, que de crimes on commet en ton nom ! »
Apostrophe de Mme Roland, le 18 brumaire an III (8 novembre 1793), au moment de monter sur l'échafaud, lequel était situé en face d'une statue de la Liberté, sur la place de la Révolution (ci-devant place Louis XV, future place de la Concorde), à Paris.
Ce cri fait écho aux Montagnards, ou députés de la « Montagne », qui proclament à qui veut les entendre : « Pas de liberté pour les ennemis de la liberté ! ».
Dès 1791, les Montagnards s'opposent aux Girondins - ou Brissotins -. Il s'agit de plusieurs députés originaires du département de la Gironde. Parmi eux, Brissot, Guadet, Buzot, Condorcet, Pétion, Pache, Louvet, Barbaroux ainsi que Roland de la Platière et son épouse, Manon Philipon, femme de grande culture et de caractère, lectrice passionnée de Plutarque, qui tenait un salon à la mode sous l'Ancien Régime, rue Guénégaud.
Manon Philipon a épousé l'inspecteur des poudres Roland de la Platière en 1780. Sous la Révolution, elle devient l'égérie de son groupe et acquiert une influence notable dans le gouvernement girondin où elle obtient pour son mari les fonctions de ministre de l'Intérieur. Ce gouvernement est à l'origine de la déclaration de guerre à l'Autriche en 1792.
Le 10 juin 1792, comme le roi refuse de sanctionner les décrets portant sur le bannissement des prêtres réfractaires et la formation près de Paris d'un camp de 200 000 fédérés, Mme Roland adresse au roi, sous la signature de son mari, une lettre comminatoire « à peine polie ». Le roi réplique en renvoyant Roland et ses deux collègues, les ministres Servan et Clavière. C'est la fin du gouvernement girondin et le retour des feuillants (monarchistes modérés) au pouvoir.
Après la chute de la monarchie (10 août 1792), les Girondins doivent faire face à l'hostilité des Montagnards de la Convention et de la Commune de Paris. Ils sont arrêtés le 2 juin 1793 et guillotinés six mois plus tard, à l'exception de Jean-Marie Roland qui réussit à s'échapper... mais se donne la mort en apprenant l'exécution de sa femme.
Celle-ci, qui s'était laissée arrêter le 2 juin 1793, avait été libérée le 24 juin puis à nouveau incarcérée le jour même. Dans l'attente de son jugement, elle rédige à la Conciergerie des Mémoires qui demeurent un témoignage de première main sur la Gironde.
Henri de la Rochejaquelein (1772 - 1794)
« Allons chercher l'ennemi : si je recule, tuez-moi ; si j'avance, suivez-moi ; si je meurs, vengez-moi »
Ainsi répondit le jeune comte Henri de la Rochejaquelein (20 ans) aux paysans vendéens qui vinrent le supplier de se mettre à leur tête pour combattre l'hydre révolutionnaire.
Ce sous-lieutenant de cavalerie issu d'une famille de haute noblesse s'était retiré en sa terre de Clisson après la chute de la royauté (10 août 1792). L'insurrection vendéenne allait l'entraîner dans des aventures aussi héroïques que brèves.








