Anthologie de la répartie - Les 1000 meilleures répliques de l’Histoire - Herodote.net

Anthologie de la répartie

Les 1000 meilleures répliques de l’Histoire

L’anecdote est à l’histoire ce que le sel est à la cuisine. Et tout conteur apprend que la gravité qui imprègne un récit nécessite de temps en temps un contrepoids plus léger ou piquant.

Couverture de l'ouvrage de Julien Colliat, Anthologie de la répartie, les 1000 meilleures répliques (éd. Cherche-Midi).Il ne fait d’ailleurs aucun doute que la lecture des grands événements historiques n’aurait pas la même saveur si elle n’était parsemée d’épisodes rocambolesques, de quiproquos drolatiques, de paradoxes savoureux, de propos vachards ou d’inepties comiques.

Véridiques, embellies ou même inventés. Quelle phrase synthétise mieux le décalage entre l’aristocratie et les révolutionnaires de 1789 que celle prêtée (à tort) à Marie Antoinette : « S’ils n’ont pas de pain, qu’ils mangent de la brioche » ?

Les amateurs considèrent le mot d’esprit comme la forme la plus raffinée de l’humour. Le mot d’esprit n’est pas une citation ordinaire. C’est une répartie spirituelle de circonstance prononcée en réaction à un événement ou un propos, telle une réplique caustique. Les grandes pages de l’histoire sont émaillées de ces mots d’esprit, célèbres ou oubliés, que l’on doit aussi bien à d’illustres personnages qu’à de simples anonymes.

Julien Colliat, Anthologie de la répartie, les 1000 meilleures répliques (2019, Cherche-Midi, 278 pages, 20€)
Une authenticité pas toujours certaine…

Parce que le mot d’esprit appartient au registre de l’anecdote, il est quasiment impossible de garantir son authenticité. À l’instar des citations historiques, il est généralement rapporté par des chroniqueurs, parfois très longtemps après les faits. Or on devine que pour le narrateur la tentation est grande d’améliorer une réplique ou de la reformuler pour le plaisir d’amplifier son effet. Quitte même à la forger de toute pièce.
On cite ainsi régulièrement cet échange entre de Gaulle et Massu lors de leur entrevue à Alger en juin 1958 :
- Alors, Massu, toujours aussi con ?
- Toujours gaulliste, mon général.

Hélas, aussi savoureuse que soit cette répartie, il semble bien qu’elle doive plus à l’esprit malicieux des journalistes qu’à celui du général Massu qui niera toujours l’avoir prononcée. De même, il est fréquent qu’un mot d’esprit fameux ne soit pas attribué à son véritable auteur. On ne prête qu’aux riches, comme dit l’expression…
Ce dialogue entre Louis-Philippe et un Talleyrand agonisant est repris dans le film Le Diable boiteux de Sacha Guitry :
- Sire, je souffre comme un damné.
- Déjà ?
*
La répartie fut en réalité prononcée en 1777 par un médecin nommé Bouvart, au chevet du cardinal de La Roche-Aymon.

* Toutes les citations mentionnées dans cet article sont extraites de l'ouvrage de Julien Colliat, Anthologie de la répartie, les 1000 meilleures répliques, 2019, Cherche-Midi éditions.

Alexandre et Diogène, Pierre Puget, vers 1680, bas-relief en marbre, Paris, musée du Louvre.

Une tradition très ancienne

Contrairement à ce qu’on pourrait croire, le mot d’esprit n’est pas né dans les salons feutrés du XVIIIe siècle. Les Anciens maîtrisent déjà l’art de la répartie, comme en témoignent les répliques savoureuses de Diogène, Socrate ou Cicéron.

L’un des plus anciens mots d’esprit se rapportant à un événement historique remonte à la Première guerre punique. En 249 av. JC, les marines romaines et carthaginoises se font face à Drepanum, au large de la Sicile. Comme c’est la tradition avant une bataille, le consul Publius Claudius Pulcher veut prendre les auspices.

Stèle de Publius Clodius, soldat de la première légion, Bonn, Rheinisches Landesmuseum.Les poulets sacrés vont-ils accepter de manger le grain et annoncer un présage favorable ? Mais les volailles refusent de sortir de leur cage. Fou de rage, Pulcher ordonne alors qu’on jette les poulets à la mer, arguant : « Puisqu’ils ne veulent pas manger, qu’ils boivent ! »

C’est à un esclave que revient la plus belle répartie de l’Antiquité. La scène se passe lors du voyage d’Auguste en Grèce. On présente à l’empereur un homme de son âge et qui lui ressemble comme deux gouttes d’eau. Goguenard, le souverain questionne sournoisement l’esclave :
- Ta mère n’a-t-elle pas servi à Rome avant ta naissance ?
- Non, seulement mon père, et je suis son portrait craché.

Avec le Moyen Âge, le mot d’esprit entame une longue traversée du désert. Le poids du christianisme, l’omniprésence de la guerre et de la mort, la rusticité des manières, l’exhibition des émotions ne favorisent guère le recours à l’ironie et à la causticité.

Portrait du connétable Anne de Montmorency, Léonard Limosin, 1556, Paris, musée du Louvre.Un regain pour cette forme d’humour commence à poindre au XVe siècle, observable par exemple dans les réponses percutantes de Jeanne d’Arc à son procès. Et avec l’avènement de la Renaissance, le mot d’esprit revient peu à peu en grâce.

Le jour de son exécution, le vieux Thomas More, demande à l’un des hommes qui l’accompagnent de l’aider à gravir les marches de l’échafaud. Et de préciser : « Je ne vous donnerai pas la même peine pour descendre. »

En 1567, s’éteint Anne de Montmorency. Par ses intrigues et sa politique brutale, le connétable ne s’est pas fait que des amis. Aussi, lorsqu’on apprend qu’il a demandé à mourir en habit de capucin, c'est-à-dire la tête recouverte par une capuche, ses détracteurs claironnent : « Il a bien raison de se déguiser : c’est son seul moyen de pouvoir entrer au paradis. »

Le mot d’esprit dans le « processus de civilisation »

Un tournant majeur se produit à la fin du XVIe siècle avec l’émergence de l’absolutisme. Le développement de la civilité, l'intériorisation des règles sociales et le raffinement des mœurs et du langage, concourent à une évolution anthropologique théorisée par le sociologue Norbert Elias sous le nom de « processus de civilisation ». Dans la haute aristocratie, les mots supplantent désormais les mains et bien avant les salons, la cour est le terrain privilégié du mot d’esprit.

Jean Louis de Nogaret de La Valette, duc d'Épernon, anonyme, XVIIe siècle.En 1599, quelques mois après la mort de Gabrielle d’Estrées, Henri IV trouve une nouvelle favorite en la personne d’Henriette d’Entragues. Le Vert-Galant est éperdument amoureux et s’empresse de demander à la jeune femme :
- Par où pourrait-on gagner votre chambre ?
- Par l’église, Sire !

Vingt-cinq ans plus tard, c’est au château de Saint-Germain que le vieux duc d’Épernon, prononce un mot d’esprit que Françoise Chandernagor reprendra dans son best-seller L’Allée du roi. L’ancien mignon d’Henri III, dont l’influence à la cour ne cesse de se réduire au profit du cardinal de Richelieu, descend les escaliers lorsqu’il croise justement son rival qui en monte les marches. Arrivé à sa hauteur, le ministre de Louis XIII le salue :
- Quelles nouvelles, monsieur le duc ?
- Rien, sinon que vous montez et que je descends.


Publié ou mis à jour le : 2019-12-23 13:00:29

 
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