264 à 146 av. J.-C. - Les guerres puniques - Herodote.net

264 à 146 av. J.-C.

Les guerres puniques

Pendant près d'un siècle, entre 264 et 146 avant Jésus-Christ, deux cités de la Méditerranée, l'une et l'autre promises à un grand destin, Rome et Carthage, vont s'affronter impitoyablement.

– Carthage, trois fois défaite, ne survit pas à ces guerres dites puniques, autre nom donné aux habitants de la cité.

– Rome, de son côté, en sort transformée. De simple cité italienne, elle devient un empire à vocation universelle.

Jean-François Zilberman

Hannibal vainqueur contemple pour la première fois l'Italie depuis les Alpes (Francisco de Goya, 1771)

La première guerre punique (264 à 241 av. J.-C.)

Rome ayant achevé en 270 av. J.-C. la conquête du sud de l’Italie aux dépens des Grecs, les cités grecques de Sicile se retrouvent menacées et se tournent vers Carthage. Cela ne fait pas l'affaire de Rome qui encourage des mercenaires campaniens à débarquer sur l'île. Les mercenaires ayant pris Messine, alliée de Carthage, sont attaqués à leur tour en 264 av. J.-C. par le tyran Hiéron de Syracuse, lui aussi allié de Carthage. Ils appellent Rome à leur secours.

Les Romains, qui ont une bonne expérience de la guerre terrestre, sont victorieux en Sicile, à Mules et Ecnome. Ils tentent un débarquement en Afrique, près de Carthage, avec 40 000 hommes sous le commandement du consul Atilius Regulus.

Chronologie des guerres puniques

264 à 241 av. J.-C. : première guerre punique
241 à 238 av. J.-C. : guerre des mercenaires
219 à 202 av. J.-C. : deuxième guerre punique,
149 à 146 av. J.-C. : troisième guerre punique

Mais la flotte romaine est détruite à Drepanum, près de la Sicile, tandis qu'en Afrique, Atilius Regulus est battu et fait prisonnier par les mercenaires carthaginois sous le commandement du Spartiate Xanthippe.

La légende de Regulus

Selon une tradition romaine aussi belle qu'incertaine, le consul Atilius Regulus ayant été fait prisonnier par les Carthaginois, ces derniers l'envoient à Rome pour négocier la paix. Le consul promet de revenir à Carthage se constituer prisonnier s'il échoue dans sa mission. Mais, contre toute attente, il conseille au Sénat de poursuivre la guerre. Il revient alors se constituer prisonnier comme promis et meurt à Carthage dans d'atroces supplices !

Les Romains comprennent que, pour vaincre, ils doivent abattre la puissance maritime de Carthage. Comme ils n'ont aucune expérience de la mer, ils construisent d'abord des quinquérèmes sur le modèle des navires carthaginois à cinq rangs de rameurs.

À l'initiative du consul Duilius, ils renoncent à la technique de l'éperonnage et inventent le « corbeau » d'abordage. Il s'agit d'un pont volant qui s'aggrippe au navire ennemi et permet de reproduire en mer un combat d'infanterie.

En 242, la guerre reprend en Sicile contre le général carthaginois Hamilcar Barca. L'année suivante, mettant à profit leurs recherches navales, les Romains commandés par le consul Lutatius Catulus défont la flotte carthaginoise devant les îles Aegates. Du coup, le général Hamilcar Barca se retrouve piégé en Sicile et doit accepter la paix.

Rome sort ainsi victorieuse de cette première guerre en 241 av. J.-C.. Il n'était que temps car elle est à bout de souffle. Carthage lui verse une robuste indemnité et lui cède la Sicile. L'île devient la première province de ce qui deviendra l'empire romain.

À peine la guerre finie, Hamilcar doit rentrer précipitamment à Carthage pour combattre un soulèvement des mercenaires. Ceux-ci sont conduits par le campanien Spendios et le libyen Matho. Cette « guerre inexpiable » va durer plus de 3 ans. Elle se termine par l'extermination de 40 000 mercenaires dans le défilé de la Hache, au sud de Carthage.

Salamnbô

La guerre des mercenaires a été relatée par Gustave Flaubert dans son magnifique roman, Salammbô.

Rappelons les première et dernière phrases :
« C'était à Mégara, faubourg de Carthage, dans les jardins d'Hamilcar. (...)
Ainsi mourut la fille d'Hamilcar pour avoir touché au manteau de Tanit ».

Fin de l'acte 1.

Le col de la Traversette, dans le massif du Queyras, d'o% Hannibal descendit sur l'Italie

La deuxième guerre punique (219 à 202 av. J.-C.)

Rome profite de la guerre des mercenaires pour annexer la Sardaigne et la Corse, s'affirmant désormais comme une grande puissance maritime. Par ailleurs, elle part à la conquête de la plaine du Pô et annexe en 222 la Gaule Cisalpine pour mettre un terme aux raids gaulois sur l'Étrurie.

 : poussée par le désir de revanche, elle s’est lancée dans la colonisation de l’intérieur de l’Espagne, reconstituant ainsi sa puissance économique et militaire. Carthagène, fondée en 227, .

Pendant ce temps, Hamilcar, après avoir écrasé les mercenaires, entreprend la conquête de l'Espagne intérieure, riche en minerais et en blé. Les Carthaginois y fondent plusieurs colonies parmi lesquelles Carthagène (ou Carthago nova, la nouvelle Carthage) qui en devient la principale voie d’accès. Ils reconstituent leur puissance et peuvent espérer une revanche sur leur rivale.

En 219 av. J.-C., le fils d'Hamilcar, Hannibal (27 ans), devient général en chef des troupes carthaginoises. Il attaque Sagonte, une ville espagnole alliée de Rome. Il offre ce faisant un prétexte fallacieux aux Romains pour reprendre la guerre.

Forte de sa maîtrise des mers, Rome s’empare de Malte et envisage d’attaquer directement Carthage mais Hannibal ne lui en laisse pas le temps.

L'audacieux général entreprend une longue marche à travers la Gaule. Bénéficiant de la neutralité bienveillante des tribus gauloises, il atteint le Rhône mais il doit ensuite s'éloigner de la côte pour éviter Marseille, fidèle aux Latins.

En 218, il franchit audacieusement les Alpes avec ses éléphants, 50 000 fantassins et 9 000 cavaliers, sans compter quelques éléphants. La traversée des cols alpins, sans doute par le massif du Queyras et le col de la Traversette, lui coûte la moitié de ses hommes.  

Il reconstitue ses effectifs en recrutant des Gaulois dans la vallée du Pô et soulève l'Italie. Mais il perd un oeil dans la traversée des marais du Pô, à peine moins difficile que celle des Alpes.

Les éléphants d'Hannibal

Le plus grand des chefs carthaginois, Hannibal, se rend célèbre par son génie stratégique mais aussi par le recours aux éléphants. Il s'agit d'éléphants de la forêt, plus petits que les éléphants d'Asie mais néanmoins impressionnants. Ils ont pour principale fonction d'effrayer l'ennemi. À vrai dire, Hannibal va perdre tous ses éléphants à l'exception d'un seul lors de la traversée des Alpes, en 219 av. J.-C..

Le génial stratège bat successivement les armées romaines sur le Tessin et la Trébie, deux affluents du Pô.

Le 21 juin de l'an 217 av. J.-C., le consul romain Flaminius tombe dans un piège qu'il lui a tendu sur les bords du lac Trasimène, en Étrurie (Italie centrale). Les Romains perdent 15 000 légionnaires et laissent autant de prisonniers. Pour Rome, le pire est à venir.

Le dictateur Fabius Cunctator, dont le surnom Cunctator signifie le Temporisateur, préconise la tactique de l'usure. Mais l'année suivante, le 2 août de l'an 216 av. J.-C., contre son avis, les consuls Varron et Paul Émile préfèrent engager le combat à Cannes, en Apulie, non loin de la Ville éternelle.

Hannibal laisse les légions marcher vers le centre de ses propres troupes. Puis, les jugeant suffisamment avancées, il lance sur leur côté sa cavalerie numide.

L'affrontement se solde par une écrasante défaite des Romains. Plus de 60 000 légionnaires sont mis hors de combat sur un total de 86 000. 10 000 sont par ailleurs faits prisonniers !

La bataille de Cannes révèle le génie stratégique d'Hannibal et va durablement inspirer les généraux, jusqu'à Napoléon, von Schlieffen et Rommel.

Auréolé par sa victoire, le général carthaginois renonce à attaquer Rome, trop bien défendue. Il la contourne et prend ses quartiers d'hiver à Capoue (on lui reprochera non sans abus d'avoir cédé aux délices de Capoue). Rome, provisoirement épargnée, revient à la tactique de la temporisation.

Les délices de Capoue

L'historien Tite-Live prête cette admonestation en latin à Maharbal, l'un des chefs carthaginois : « Non omnia Hannibali dei dederunt: vincere scis, Hannibal ; victoriae fructum capere nescis (ou victoria uti nescis). Cur quiescis? Cur Romam non petis ? »

Traduction : « Les dieux n'avaient pas tout donné à Hannibal : tu sais vaincre, Hannibal, mais tu ne sais pas tirer profit de la victoire. Pourquoi te reposes-tu ? Pourquoi ne cherches-tu pas à atteindre Rome ? »

L'admonestation, sans doute apocryphe, est injuste. Sans doute Hannibal n'avait-il pas en effet des forces suffisantes pour poursuivre son offensive et assiéger Rome après sa victoire de Cannes.

Hannibal attend en vain à Capoue des renforts d'Afrique. Les sénateurs de Carthage rechignent à lui en envoyer, craignant que sa gloire ne leur porte ombrage.

En désespoir de cause, le jeune généralissime tente de retourner les alliés de Rome en sa faveur. Mais son propre allié, Philippe de Macédoine, lui fait faux bond.

Il lance en 211 un ultime raid sur Rome. Affolement dans la Ville : « Hannibal ad portas est » (Hannibal est à nos portes). On s'empresse de reconstruire les murailles dans la crainte de l'assaut. Mais les Carthaginois sont épuisés et manquent de machines de siège.

Profitant de l'inaction forcée d'Hannibal, le consul romain Claudius Marcellus assiège Syracuse, en Sicile. La ville résiste pendant trois ans grâce aux machines conçues par le plus génial de ses habitants, le savant Archimède en personne. Celui-ci trouve la mort pendant la mise à sac de la ville par les Romains en 212.

Au sud des Pyrénées, le jeune Publius Cornélius Scipion (24 ans) s'empare de Carthagène et l'Espagne est bientôt transformée en province romaine. Bousculé par Scipion, le frère d'Hannibal, Hasdrubal, trouve moyen de se porter en Italie, au secours de son frère, mais il est battu à l'embouchure du Métaure, sur la mer Adriatique, en 207.

Rome peut alors conquérir l’Espagne sous le commandement de Scipion. Devenu consul, celui-ci obtient du sénat romain l'autorisation de porter la guerre en Afrique, aux portes de Carthage. Il y gagnera le surnom « L'Africain ».

La guerre emporte les royaumes berbères dans la tourmente : le roi Massinissa s’allie à Rome tandis que Syphax reste fidèle à Carthage.

Hannibal quitte l'Italie à sa poursuite et le rejoint sur le sol africain. La défaite du Carthaginois est consommée à l'automne 202 sous les murs de Zama, la capitale du royaume numide voisin de Carthage. L'armée d'Hannibal est battue par les Romains alliés aux cavaliers numides de Massinissa.

Reprenant en main le gouvernement de Carthage, Hannibal tente de réformer au plus vite les institutions et de préparer la revanche. Mais l'oligarchie carthaginoise, jalouse de ses privilèges, l'oblige à l'exil.

Le génial stratège se réfugie d'abord chez Antiochos, roi de Syrie, qu'il aide contre Rome, puis chez Prusias, roi de Bithynie. Trahi, il s'empoisonne en 183 pour échapper une dernière fois aux Romains.

Fin de l'acte 2.

Carthage et les guerres puniques

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Les deux grandes cités-États de la Méditerranée occidentale, l'une et l'autre promises à un grand destin, Rome et Carthage, s'affrontent impitoyablement de 264 à 146 av. J.-C..

Carthage, trois fois défaite, ne survit pas à ces guerres dites puniques, autre nom donné aux habitants de la cité (de 264 à 241, de 219 à 202 et de 149 à 146). Rome, de son côté, en sort transformée. De simple cité italienne, elle devient un empire à vocation universelle...
 

La troisième guerre punique (149 à 146 av. J.-C.)

Après la défaite et la fuite d'Hannibal, Carthage perd l’Espagne et les Baléares et doit céder toute sa flotte ainsi qu’une forte indemnité. La Numidie revient entièrement à Massinissa.

Rome étend par ailleurs sa mainmise sur le sud de l’Illyrie afin de contrecarrer les attaques des pirates sur l’Adriatique. Puis elle se tourne contre la Macédoine qui s’était alliée à Carthage pendant la guerre. Les Romains s’allient à la Grèce et au royaume de Pergame et les Macédoniens à l’empire séleucide. Après trois guerres successives, Rome remporte la bataille de Pydna qui lui donne le contrôle de la Macédoine en 168 av. J.-C.

Parallèlement, Rome engage la conquête de l’intérieur de l’Espagne, où elle rencontre toutefois une forte résistance illustrée par celle de la ville de Numance, qui durera plusieurs décennies.

Réduite à l'impuissance, humiliée et abaissée, Carthage voit son territoire sans cesse grignoté par le vieux roi numide Massinissa, le vainqueur de Zama. Elle tente de riposter en 150. Les Romains, sermonnés par le sénateur Caton l'Ancien qui ne finit pas un discours sans lancer : « Delenda est Carthago » (Il faut détruire Carthage), prennent ce prétexte pour intervenir.

C'est le coup de grâce. L'orgueilleuse cité est rasée en 146 après un siège de trois ans par Scipion Emilien (fils adoptif d'un fils de Scipion l'Africain). Jules César reconstruira plus tard une ville romaine sur son emplacement. Les possessions africaines de Carthage deviennent la province romaine d'Afrique (le nom s'étendra plus tard à l'ensemble du continent noir). On peut encore visiter des ruines puniques et surtout romaines sur le site de Carthage, dans la banlieue nord de Tunis.

L'année même où Carthage est rasée, les Romains battent en Grèce la Ligue achéenne et s'emparent de Corinthe. Ils transforment la Grèce prestigieuse en province ordinaire. Quant au roi Attale III de Pergame, fidèle allié de Rome, il meurt sans héritier et lègue son royaume  à Rome en 133 av. J.-C. Enfin, la Gaule Transalpine devient une province romaine en 121 av. J.-C..

Désormais, et pour longtemps, rien ne résiste plus à Rome. Cette cité italienne parmi d'autres est devenue à la faveur des guerres puniques un empire à vocation universelle. 

Publié ou mis à jour le : 2018-11-27 10:50:14

 
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